Le conflit entre la République dachnake et les populations non-arméniennes - Turquie News
lundi 26 septembre 2022

Le conflit entre la République dachnake et les populations non-arméniennes

Publié le | par SibiryaKurdu | Nombre de visite : 3 |

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"Bulletin du jour : La crise d’Orient", Le Temps, 24 septembre 1919, p. 1 :

"Les nouvelles de Turquie continuent à être assez inquiétantes. On y distingue trois principaux sujets de préoccupation :

Offensive turque en Transcaucasie. — Au congrès nationaliste turc d’Erzeroum , qui a suivi les inspirations du général Moustafa Kemal et de l’ancien ministre de la marine Reouf, il paraît avoir été décidé que les forces turques réoccuperaient les territoires de Kars , Ardahan et Batoum. On se rappelle que les bolchevistes avaient promis, par l’article 4 du traité de Brest-Litovsk, de faire évacuer ces territoires par les troupes russes. Les Turcs y étaient entrés ; mais le 30 octobre 1918, les autorités turques ont signé avec l’amiral anglais Calthorpe l’armistice où on lit, à l’article 11 : « Les troupes turques ont déjà reçu l’ordre d’évacuer une partie de la Transcaucasie ; le reste de ce pays sera évacué si les alliés l’exigent, après qu’ils auront étudié la situation dans ce pays. » Depuis lors, les Turcs se sont retirés et la Transcaucasie s’est trouvée sous le contrôle des anglais, qui ont armé les Arméniens. Mais les Anglais semblent être partis à leur tour, et les hostilités ont commencé entre Turcs et Arméniens sur un front qui mesure plus de 300 kilomètres à vol d’oiseau, entre Olty et Bayazid. On pense que les Turcs agissent d’accord avec les Géorgiens, avec les musulmans de Batoum , ainsi qu’avec les Tatars fixés sur la rive occidentale de la Caspienne, et que le but commun de toutes ces populations est de relier l’Anatolie orientale à la région de Bakou, en chassant les Arméniens des positions que ceux-ci occupent, et notamment de Nakhitchevan. Les troupes arméniennes qui sont actuellement engagées dans cette lutte ne paraissent pas obéir au gouvernement arménien d’Erivan. Elles sont assaillies par des irréguliers turcs et par des Kurdes , tous abondamment pourvus de canons et de mitrailleuses ; on doute qu’elles puissent résister longtemps.

Propagande dans les pays musulmans d’Asie. — Le programme des nationalistes turcs, tel qu’il a été arrêté à Erzeroum, ne consiste pas seulement à défendre et à étendre au besoin les limites de la Turquie proprement dite. Il comporte aussi, semble-t-il, l’organisation d’une vaste propagande en Asie centrale, en Mésopotamie et dans l’Inde. Cette propagande aurait déjà produit certains résultats. Elle est en rapports avec l’agitation égyptienne.

Communications coupées en Asie-Mineure. — Développé par les deux congrès d’Erzeroum et de Sivas, le mouvement nationaliste turc n’est plus confiné dans les cinq vilayets orientaux de l’Anatolie. Il a gagné au nord les vilayets de Trébisonde et de Kastamouni, à l’ouest ceux d’Angora et de Konia. Il est ainsi en liaison directe avec l’autre groupe de forces nationalistes qui opère dans le vilayet d’Aïdin. Les voies ferrées et les communications télégraphiques sont partout interrompues dans l’intérieur de l’Asie-Mineure, et le bruit court — sans être encore confirmé officiellement — que des détachements anglais ont eu à combattre pour défendre la ligne Constantinople-Konia.

En présence de cette situation il ne suffirait vraiment pas de déclarer que le conseil suprême va se dissoudre et que les alliés s’occuperont de la Turquie plus tard. C’est dès maintenant qu’il faut avoir une politique. Mais quelle politique ? Intervention ou non intervention ? Nous croyons exprimer l’opinion unanime du public français en disant qu’il réprouverait catégoriquement L’envoi de troupes françaises dans l’inférieur de Asie-Mineure et notamment dans l’Anatolie orientale. Les troupes françaises ont déjà la charge de maintenir la tranquillité en Cilicie. C’est une fonction très utile, tant pour la population musulmane et chrétienne qui habite ce pays, que pour la paix de l’Orient en général : car la Cilicie est en quelque sorte l’articulation où les contrées turques et kurdes rejoignent les contrées arabes. Contentons-nous de remplir cette mission importante et délicate, à laquelle vont s’ajouter nos responsabilités de Syrie. Plus au nord, la France n’a ni le devoir, ni le moyen d’intervenir les armes à la main.

L’Angleterre n’y tient pas davantage, puisqu’elle a retiré ses troupes de la Transcaucasie. Aux Etats-Unis, le sentiment national est manifestement opposé à toute entreprise militaire dans l’ancien continent ; et l’on n’aiderait pas le président Wilson à obtenir la ratification du traité, si on lui suggérait aujourd’hui d’envoyer 100,000 ou 200,000 hommes entre Angora et Van. Quant à d’Italie, elle a déjà une place à tenir dans le sud-ouest de l’Asie-Mineure, et cette place peut n’être pas toujours commode. En résumé, ce n’est pas une politique d’intervention qu’il faut proposer aux alliés.

Mais pour agir, est-il nécessaire d’intervenir ? Croit-on que tous les Turcs sont des exaltés qui veulent mettre le feu aux ruines de leur pays et à l’Orient tout entier ? Croit-on que le paysan turc désire une nouvelle mobilisation, ne fût-elle que de quatre classes comme on l’a demandé à Erzeroum ? Parmi les chefs mêmes du mouvement nationaliste turc, ne croit-on pas qu’il y a des réalistes, des hommes qui comprennent la nécessité de se concerter avec les alliés pour rétablir l’indépendance et la prospérité de la Turquie ?

On doit pouvoir causer, et avec le gouvernement de Constantinople, et avec certains chefs du mouvement nationaliste turc. Mais, pour causer avec les gens, il faut leur offrir autre chose que le rôle du suicidé par persuasion. Il faut pouvoir leur dire : « Votre patrie subsistera. Entendons-nous pour la réorganiser. » "

"Dans le Proche Orient", Le Temps, 5 février 1920, p. 2 :

"Les épreuves de l’Arménie

Un Français qui vient de visiter l’Arménie nous écrit de Téhéran :

La République d’Arménie emprunte ses territoires à l’ancienne Russie et à la Turquie ; elle traverse, en ce moment, une crise grave, difficile à surmonter, et n’est pas encore parvenue à reconstituer là patrie indépendante, but de ses efforts constants.

Entourée d’ennemis, placée, par sa situation géographique, sous la tutelle économique des Géorgiens maîtres du chemin de fer de Batoum et de la plus grande partie du matériel roulant, gênée dans son ravitaillement par l’embargo de ses voisins sur les farines américaines, dépendant de l’Azerbeïdjan pour la fourniture du mazout, combustible de ses locomotives et, au demeurant, presque toujours en guerre avec cet Etat, l’Arménie doit monter une garde vigilante le long de ses frontières.

A l’intérieur , la situation de l’Arménie n’est guère plus favorable ; elle se heurte à l’hostilité des Kurdes, des Tartares, des dissidents russes molokauts [moloques] (buveurs de lait), voire de quelques bolchevistes , perpétuels éléments de trouble.

Sans la protection des alliés , il est à présumer que le nouvel Etat qui n’a pu armer qu’environ 15,000 soldats réguliers, braves, disciplinés , mais mal équipés, aurait disparu depuis longtemps. Ce n’est pas sans des sacrifices pénibles que l’Arménie a obtenu cet appui matériel et moral sans lequel elle ne pouvait vivre : elle a dû abandonner à la Géorgie l’administration du district d’Akhalkhalati [Akhalkalaki] , où habitent 200,000 enfants de sa race, ainsi que la partie nord de celui de Choulavery ; de leur côté, les Azerbeïdjians occupent Choucha et ses environs , objets de ses justes revendications.

Détestés par leurs voisins à cause de leurs qualités et de leurs défauts bien connus, les Arméniens passent par une série d’épreuves que leur ténacité finira sans doute par vaincre.

Le ministre-président, M. Khatinian [Khatissian] , n’en doute pas ; c’est un homme intelligent, cultivé, d’esprit net, s’exprimant avec aisance dans notre langue ; il aime rappeler la constante fidélité de ses concitoyens à la cause des alliés ; cet attachement ne s’est démenti, en effet, ni quand leur territoire se trouva submergé par les Turcs — les Géorgiens pactisaient alors avec les Allemands , — ni lorsque leurs voisins du nord et de l’est leur offraient de signer, contre Denikine, un traité d’alliance avantageux.

M. Khatinian se rend compte des difficultés qui l’attendent dans son œuvre de reconstitution nationale. Ne faut-il pas garder 580 kilomètres de frontières avec des effectifs réduits, subvenir aux besoins de l’existence de 300,000 réfugiés , compléter l’armement des troupes régulières, rétablir, par camions automobiles, les relations directes avec les ports de la mer Noire ? A ces problèmes et à d’autres d’un intérêt tout aussi immédiat, le président et ses collaborateurs s’efforcent d’apporter les meilleures solutions.

A Trébizonde, j’ai pu mesurer toute l’étendue des dévastations matérielles et l’horreur des massacres commis par les Turcs. Dans la ville, il n’est guère resté d’Arméniens ; hommes, femmes, enfants, tout a été massacré ou emmené de force dans les sérails. Si, à présent, on ne redoute plus de pareils excès, c’est que la population de cette race a été complètement exterminée dans le vilayet.

La région située au nord de Trébizonde, en direction de Hamsi-Keui, paraît avoir moins souffert : elle est peuplée de Grecs bien armés, ayant constitué des bandes de volontaires ; la résistance a été organisée contre les massacreurs, à la solde des comités jeunes-turcs, et qui se montrent toujours lâches devant des adversaires résolus à leur tenir tête.

L’Arménie réclame des alliés la reconnaissance de son autonomie ; elle veut s’organiser et vivre en paix dans le travail ; il est à souhaiter que les concours sur lesquels elle est en droit de compter ne lui fassent pas défaut. Pour ces malheureuses populations alternativement livrées à l’arbitraire et au despotisme des Turcs ou des Russes, c’est le seul moyen de sortir enfin d’un ébat anarchique qui ne saurait se prolonger.

L’aide économique de l’Entente n’est pas moins utile à l’Arménie si l’on veut sauver des affres de la faim les habitants des districts encore soumis à l’administration turque, en particulier ceux de Bayazid et de Kara-Kilissa. Les Kurdes occupent les villages où résidaient jadis ces pauvres gens, qui, poussés par le besoin ou par l’amour du sol natal, tentent parfois d’y entrer et sont massacrés sans pitié.

L’établissement de communications par route et par fer avec la mer Noire est d’une nécessité urgente ainsi, l’Arménie, devenue indépendante de ses voisins, pourra se développer librement ; un projet de chemin de fer entre Batoum et Kars est actuellement à l’étude ; on poursuit également la création d’une route automobile reliant le centre du pays au port de Trébizonde.

La présence de troupes alliées permettrait la réalisation prochaine de ce programme. — E. L."

"L’Arménie déclare la guerre aux nationalistes turcs", L’Homme libre, 15 octobre 1920, p. 2 :

"Constantinople, 13 octobre. — La déclaration de guerre de la République d’Arménie aux nationalistes turcs a produit dans les milieux arméniens de Constantinople une vive impression.

Selon des renseignements, transmis de Batoum, aussitôt après l’occupation par les bolcheviks de Karabagh et Zangeuzour , les populations kurde et tartare ont fomenté des troubles. Elles ont organisé des bandes qui ont attaqué les troupes arméniennes de la région de Nachdjivan. Les officiers turcs qui commandent ces bandes cherchent à occuper la région Kars-Ardasan, conformément à la décision prise par les chefs kemalistes.

L’occupation des salines situées aux alentours de Kulp par les bandes nationalistes, a été considérée comme un casus belli et les troupes arméniennes ont repris immédiatement les salines.

Selon la presse arménienne, la Géorgie prend des mesures contre des attaques éventuelles des forces nationalistes.

Ils demandent l’appui de l’Entente

On mande de Constantinople, 11 octobre, au Times  :

Le gouvernement arménien demandera aux puissances de l’Entente et à la Grèce de lui procurer du matériel de guerre. Les hauts commissaires français et britannique, ainsi que le fonctionnaire italien faisant fonctions de haut commissaire, ont eu hier une conférence avec le sultan."

Voir également : Histoire des Arméniens dans le Caucase : un bilan du nationalisme épurateur arménien jusqu’en 1921

Transcaucasie (1918) : les tueries de populations azéries par les forces dachnako-bolchevistes

Deux criminels de guerre dachnaks (soi-disant "héros" de la "cause arménienne") dans le Caucase : Dro Kanayan et Garéguine Njdeh

Une épuration ethnique nommée "arménisation"

Arménie : le "travail de mémoire" est très loin d’être fait 1920 : les musulmans persécutés en Arménie

Les populations musulmanes et chrétiennes de Kars, au gré des fluctuations militaires et géopolitiques

Les enquêtes diligentées par le gouvernement américain en Anatolie orientale (1919-1920)

Le conflit entre les premières Républiques d’Arménie et de Géorgie

L’analyse des divergences arméno-géorgiennes par Simon Vratsian

La première République d’Azerbaïdjan et la question arménienne

Le sabotage de l’unité caucasienne par les nationalistes grand-arméniens

Des victimes oubliées du terrorisme nationaliste arménien en Anatolie : les Juifs de Van et les Grecs de Trabzon

Les Juifs ont eu beaucoup à souffrir des Arméniens

Kemal Atatürk et les Arméniens

Le général Kâzım Karabekir et les Arméniens

Les relations turco-arméniennes dans le contexte de la nouvelle donne du bolchevisme La politique arménienne des Jeunes-Turcs et des kémalistes



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