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Le conflit du Haut Karabakh en 10 points


Ecrit par Pakize, 2020-10-02 18:21:33


Co-auteurs : Gunash Taghiyeva (Etudiante à la Sorbonne) et Gani NOVRUZOV (cadre bancaire)

Un conflit gelé depuis 26 ans, un conflit tout prêt de l’Europe, un conflit qui reste, pour l’instant contrôlé, mais désormais rallumé avec des opérations militaires : la Guerre du Haut Karabakh revient sur les actualités. La presse en parle, mais avec beaucoup d’imprécisions, parfois dues à une partialité. En 10 points, nous souhaitons informer les lecteurs sur les éléments qui ne sont pas toujours évoqués lorsque la presse française en parle. La particularité de cet article est que nulle source azérie, ni arménienne n’est citée.

  • L’objet du conflit n’est pas uniquement le statut du Haut Karabakh, un « oblast » autonome créé en 1923 par le gouvernement soviétique, république auto-proclamée depuis 1991, mais restant toujours un territoire disputé. Il y a en plus, 7 régions environnant le Haut Karabakh qui ont été occupées par l’Arménie et l’autorité locale du Haut Karabakh. C’est ce que confirme les 4 résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU. Ces résolutions, N°822, N°853, N°874 et N°884, appellent les arméniens à retirer leurs forces de ces régions. la France et la Russie sont membres permanents du Conseil de sécurité et ces résolutions ont été votées en leur présence. Le Haut Karabakh constitue 4% des territoires azéris, tandis que ces 7 régions font au total 17 % de la superficie azerbaidjanaise et ces régions n’ont aucun rapport avec le conflit ethnique arméno-azéri. Comme source, le lien vers l’une de ces résolutions est disponible ci-dessous : N°822 : https://digitallibrary.un.org/record/165604?ln=fr.
  • L’Azerbaïdjan réclame de la communauté internationale une seule chose : l’application des résolutions en question qui forment un cadre juridique international. L’application à la lettre, car rien ne peut résoudre un conflit si ce n’est le Droit. Une autre résolution (N°62/243) adoptée à l’Assemblée générale de l’ONU en 2008, « Exige le retrait immédiat, complet et inconditionnel de toutes les forces arméniennes des territoires occupés de la République d’Azerbaïdjan ». Source : le lien vers site de l’ONU : https://undocs.org/fr/A/RES/62/243
  • Le Haut Karabakh n’est pas une enclave arménienne comme la presse l’affirme assez souvent, car 25 % de la population du Haut Karabakh étaient des azéris avant la guerre et eux aussi, réfugiés en Azerbaïdjan pour fuir un nettoyage ethnique qui s’était déjà déclenché à Khojaly dont nous parlons dans le point 10. Donc, c’était un « oblast » autonome majoritairement peuplé d’arméniens, mais non exclusivement arménien. En pensant aux arméniens, il faut penser aussi aux azéris qui sont depuis 27 ans, en exile. Source, American Peace Institute : Article analytique de l’Institut : https://web.archive.org/web/20080110054651/http://www.usip.org/pubs/peaceworks/pwks25/chap1_25.html
  • La résolution du Parlement européen N°2009/2216(INI) exige « le retrait des forces arméniennes de tous les territoires qu’elles occupent en Azerbaïdjan » et « exprime ses vives préoccupations quant au fait que des centaines de milliers de réfugiés et de personnes qui ont fui leur foyer pendant la guerre du Haut-Karabakh se voient privés de leurs droits, notamment leur droit au retour ». Source : Site du PE : https://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?type=TA&reference=P7-TA-2010-0193&format=XML&language=FR
  • L’Azerbaïdjan n’est pas un pays influencé par la Turquie dans son conflit avec l’Arménie. L’Azerbaïdjan qui n’a jamais fait partie de l’Empire ottoman, est économiquement plus intéressant pour la Turquie en temps de stabilité, car cela permet aux producteurs turcs de maintenir leurs exportations vers le plus gros marché du Caucase et plus globalement, la fourniture énergétique venant de l’Azerbaïdjan reste pérenne. Or, une guerre active lui fera, d’abord, beaucoup de réfugiés (déjà, problématique avec 4 millions de réfugiés syriens sur le sol turc). En plus, se confronter dans le Caucase encore une nouvelle fois avec la Russie et avec l’Iran n’a absolument aucun intérêt pour ce pays. De toute manière, ce pays est très apprécié en Azerbaïdjan, comme « frère », en temps de guerre, comme en temps de paix. Elle soutient l’Azerbaïdjan qui s’est déjà lancé dans les opérations militaires, mais ce n’est pas la Turquie qui a encouragé M. Aliev à prendre ses initiatives.
  • L’Azerbaïdjan avait proposé, dès le début du conflit, l’équivalent du statut du Québec aux arméniens résidents dans le Haut-Karabakh. Son ancien président, Heydar Aliev avait déclaré qu’il proposait une autonomie « au plus haut niveau que l’histoire n’a jamais vue ». Cela pourrait même être élargi jusqu’à une double nationalité, arménienne et azérie. C’est une communauté qui vit en plein sommet des monts de Karabakh avec des conditions d’infrastructure très insatisfaisantes. Tandis que la formule à la québécoise est avant tout un projet de co-construction durable, ambitieux, prometteur d’avenir. La question qui se pose, c’est à quoi cela sert d’annexer un bout de territoire, une enclave autonome, ou la rendre indépendante sans aucune ressource naturelle, ni de moyens pour s’en sortir, sous un simple prétexte qu’ils sont arméniens ? Et ce, en faisant autant de victimes de 2 côtés ? Est-ce que les québécois sont moins respectés et moins respectables que les arméniens du Haut Karabakh ? Bien sûr que non. Mais la vision des arméniens est différente, apparemment.
  • Les arméniens soutient l’idée que chaque communauté a droit de déterminer son statut et créer sa propre administration. Or, dans la pratique cela se fait en saisissant les instances internationales spécialisées en la matière et sans violence. La Catalogne, l’Ecosse, la Nouvelle Calédonie sont des exemples démontrant qu’il n’est pas nécessaire d’occuper 7 régions environnant le territoire disputé pour organiser un référendum et déterminer son statut.
  • L’Agacement des azéris c’est également lié au fait que M. Serge Sarkissian, l’ex-président de l’Arménie, avait lui-même reconnu avoir été à l’origine du massacre de Khojaly, faisant perdre la vie à 613 civils vivant dans une ville peuplée d’azéris se trouvant dans le Haut Karabakh. Majoritairement des femmes, des enfants et des personnes âgées, en train de quitter le territoire pour se sauver, ont été massacrés dans un bois, en une nuit, le 26 février 1992. Lors de son interview avec le journaliste britannique, le « héros » du Karabakh, l’ex-président arménien a fièrement dit[GN1] : « Avant Khojaly, les azerbaidjanais pensaient que les arméniens ne toucheraient jamais aux civils. Mais, avec Khojaly nous avons rompu ce stéréotype. » (Thomas de WAAL, « Black Garden », page 172, https://www.amazon.com/Black-Garden-Armenia-Azerbaijan-through/dp/0814719449).

Il semblerait que le gouvernement arménien n’est pas « doux comme un arménien », une description qu’utilisait Voltaire, dans son conte, Le Blanc et le Noir, du moins dans leur rapport avec les azéris.

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