dimanche 29 janvier 2023

La zone euro

Publié le | par TN-pige | Nombre de visite 652
La zone euro

En 1865 on avait déjà donné naissance à l’Union latine qui était composé de la France, Belgique, l’Italie, l’Espagne, le Portugal et la Grèce. Cette confédération a été tuée dans l’œuf à partir durant la Première Guerre mondiale. Aujourd’hui, la belle histoire recommence. L’euro a été mis en place afin de développer une synergie dans les échanges commerciaux et consolider les relations économiques pour inciter aux coopérations politiques. L’euro a commencé à être frappé à partir du 1er janvier 1999 et les premiers billets ont circulé à partir de 2002. Néanmoins, l’entrée dans la zone euro n’est pas chose facile : il faut respecter ce qu’on appelle les « critères de Maastricht ». Ces critères sont au nombre de cinq. Il s’agit tout d’abord d’avoir la main mise sur les finances publiques : déficit public annuel inférieur à 3% du PIB, dette publique inférieure à 60% du PIB. Le second levier d’action repose sur la stabilité des prix (l’inflation nationale ne doit pas dépasser le taux d’inflation moyen des trois pays les plus performants de 1.5%), la capacité d’emprunt (le taux d’intérêt des emprunts à long terme ne doit pas dépasser le taux moyen des trois pays les plus performants de plus de 2%, la stabilité du change (absence de dévaluation de la monnaie pour les pays n’ayant pas adopté l’euro). Ces critères ont été mis en place comme un « ticket d’entrée » dans la zone euro. Par conséquent, il était obligatoire de les respecter.

Cette zone euro n’a pas été bien gérée et les inégalités économiques n’ont pas été prises en compte. C’est pourquoi il faut se poser la question suivante : comment et pourquoi en est-on arrivé là ?

Les débuts

Les origines de cette union monétaire sont plurielles et il paraît judicieux de les développer dans cet article. Jadis, l’Europe cherchait à mettre en place une ambition commune. À cet effet, après la mise en place d’une interconnexion des marchés, l’Europe se sentait assez forte pour démarrer un nouveau projet. Le but de l’euro était sans commune mesure : cesser les dévaluations entre les pays d’une même zone et favoriser les échanges économiques. Ainsi, on cherchait à éviter qu’un pays voisin dévalue pour améliorer sa compétitivité. Réuni sous une monnaie unique, il était alors beaucoup plus simple de procéder à des échanges. Au même titre que le dollar, l’euro a été mise en place, car on savait qu’elle allait attirer la confiance d’un grand nombre d’individus. En effet, la contrepartie logique est qu’une grande partie des produits mondiaux soient libellés en euro, et ce, afin de réduire considérablement les coûts de transactions (c’est-à-dire les frais de changes d’une monnaie à une autre). Aussi, l’euro a contribué aux pays membres de bénéficier de taux d’intérêts avantageux. Mais ces taux préférentiels ont été utilisés à des faims spéculatives plutôt qu’à des faims productives. Enfin, s’il y a bien un élément nouveau qui apparaît avec l’euro, c’est que durant les crises, les monnaies européennes ne peuvent pas être concurrente l’une des autres. Ainsi, cela permet de faciliter la reprise économique sans avoir à resserrer de manière drastique les du taux d’intérêt. Dès sa création, on avait fermé les yeux sur un élément fondamental : la perte de la souveraineté des peuples après l’abandon de leur monnaie. Il fallait s’y attendre, la mise en place de l’euro a condamné toutes les monnaies nationales. À ce titre, il s’agissait également pour les pays membres de la zone euro de faire bonne figure en faisant comme s’ils n’avaient pas perdu cette autorité. La crise de la zone euro a mis en exergue toutes les difficultés et faiblesses qui avaient été accumulées depuis l’apparition de la monnaie unique. Ils ont essayé de compenser cette perte de souveraineté en mettant en place les critères de Maastricht que tous les pays membres devaient respecter. En réalité, croire que rédiger un petit traité composé de trois petites règles pour 17 grands pays allait fonctionner était tout simplement illusoire. Certes, la mise en place d’une monnaie commune partait d’un bon sentiment, mais elle s’adressait à des pays qui pour la plupart ne respectaient pas les critères de Maastricht. Par conséquent, certains pays comme la France, la Grèce ou encore l’Allemagne ont tous triché, et ce, grâce à la banque Goldman Sachs. Je ne vais pas m’appesantir sur les détails, car cela serait bien trop fastidieux. Mais retenez que presque tous les pays ont dû tricher pour des critères qu’ils avaient eux-mêmes élaborés…Il y a de quoi faire peur ! Règne alors une hypocrisie dans le sens même des politiques qui définissent la zone euro !

Une monnaie apolitique

Il convient de bien définir l’origine même du problème de l’euro. On constate que les pays de la zone euro ont eu une confiance aveugle en une monnaie qui n’avait même pas encore fait ses preuves. Ils se sont dit qu’il n’était même pas nécessaire d’accompagner cette nouvelle monnaie d’une politique adéquate. En ce sens, c’est comme si on plaquait un modèle capitaliste dans un pays à consonance communiste. Cela n’a pas de sens ! Surtout si on met en place une nouvelle monnaie sans politique d’accompagnement ! Ce qui est sûr, c’est qu’on connait les pouvoirs de la BCE, mais on ne connait pas du tout le pouvoir de gouvernance des pays membres. Car le but était de créer une monnaie qui pourrait créer une synergie entre les pays qui ont des cartographies et structures économiques communes. Cela fut un échec sans commune mesure, car les modèles étaient totalement différents d’un voisin à l’autre. Ainsi, il y a davantage de déséquilibre entre les pays après la création de la zone euro, car le modèle de la monnaie unique provoque une divergence des économies. Et cette divergence s’est accrue avec l’émergence des critères de Maastricht qui ne servent en réalité qu’à satisfaire l’égo des politiques. Pour preuve, depuis la création de l’euro, au lieu de faire des politiques économiques communes qui pourraient déboucher sur une croissance, on a mis en place une politique artificielle dont le budget ne représente que 1% du PIB de l’Union européenne. Si certains pays ont profité des taux avantageux pour spéculer sur les marchés immobiliers (Espagne) d’autres comme l’Allemagne ont mis en place un système de baisse des charges salariales, d’innovation technologique et de hausse de TVA. Résultat : on fait quotidiennement l’éloge du modèle allemand. Modèle qui ne pourra jamais être mis en place en France. Un autre exemple révélateur du manque de politique économique et fiscale avec la mise en place de la monnaie unique : l’Irlande a développé l’impôt sur les sociétés de 12.5%. Sachant qu’il n’y a aucune limitation frontalière, économique ou juridique, chaque entreprise a le droit de transposer ses bénéfices en Irlande...Une simple petite mesure visant à restreindre ce type de comportement permettrait non seulement à l’UE de gagner de l’argent, mais également de se rendre compte que les mesures les plus simples sont parfois les plus efficaces.

La zone euro est-elle toujours si convoitée ?

Officiellement, la Turquie souhaite toujours entrer dans l’UE et à fortiori dans la zone euro. Mais officieusement, lorsqu’on interroge le peuple turc, la réaction est tout autre. À ce titre, la population devient de plus en plus réticente à faire partie d’une union où ne réside aucune entente tant au niveau politique, économique que fiscale. En ces temps de crises, la Turquie joui d’une croissance à en faire rougir plus d’un. Si la Turquie veut officiellement entrer dans l’UE et dans la zone euro, elle ne possède pas encore l’assise économique d’un point de vue structurelle. Rappelez-vous, nous avons développé plus haut les critères qui doivent être rempli pour qu’un pays soit membre de la zone euro. Commençons par l’inflation. La Turquie a toujours été un pays fortement inflationniste

L’inflation turque ces 9 derniers mois
avril 2013 6,018 %
mars 2013 7,500 %
février 2013 7,164 %
janvier 2013 7,407 %
décembre 2012 6,136 %
novembre 2012 6,330 %
octobre 2012 7,868 %
septembre 2012 9,155 %
août 2012 8,942 %
Voici un tableau pour avril mais à des années différentes :
période inflation
avril 2013 6,018 %
avril 2012 11,283 %
avril 2011 4,260 %
avril 2010 10,194 %
avril 2009 6,131 %
avril 2008 9,666 %
avril 2007 10,721 %
avril 2006 8,525 %
avril 2005 8,143 %
avril 2004 8,800 %
En comparaison, on peut se référer aux taux d’inflations des pays « riches » :
France0.789 %Avril 2013
Etats-Unis 1,063 % Avril 2013
Europe 1.172 % Avril 2013
Hollande 2,800 % Avril 2013
Russie 7,223 % Avril 2013
Allemagne 1.145 % Avril 2013

On note que l’inflation en Turquie est en moyenne 6 fois supérieure à celle de l’Europe. Aussi, on peut dire que la Turquie ne respecte pas l’un des 5 critères de Maastricht. Le second critère correspond au déficit budgétaire. Il ne doit pas excéder 3% pour entrer au sein de la zone euro. En Turquie, ce déficit s’élève à 2.1 % du PIB, en légère hausse par rapport à 2011 car elle a démarré une politique expansionniste pour soutenir la demande. On remarque alors que la Turquie est en dessous des 3% rédhibitoires pour l’entrée dans la zone euro.

Le troisième critère de Maastricht est le déficit public. Il ne doit pas dépasser 60% du PIB. En Turquie il est passé de 74% en 2002 à 37% en 2012 ! Soit une baisse de 37 points ! Un 2ième critère pour lequel la Turquie se situe dans la « norme ».

Voici un tableau qui montre la situation turque :
17 mai 2013 4.500 %
12 novembre 2010 1,750 %
14 octobre 2010 5,750 %
16 septembre 2010 6,250 %
19 novembre 2009 6,500 %
15 octobre 2009 6,750 %
17 septembre 2009 7,250 %
19 août 2009 7,750 %
17 juillet 2009 8,250 %
17 juin 2009 8,750 %

Même si les dates diffèrent, on peut tout de même définir une tendance. Si on prend l’exemple de la BCE dont le taux est à 0.5%, celle de la Turquie est 8 fois supérieure ! Par conséquent, ce taux ne rentre pas dans la norme de la zone euro.

Enfin, le dernier critère correspond à un taux de change stable. Entre le 23 février et le 6 juin 2013, 1 euro valait toujours entre 2.3 et 2.4 Lire turque. Cela traduit la stabilité de change de l’ancien Empire ottoman.

L’UE et a fortiori la zone euro manquent cruellement politique économique, fiscale et sociale. Cela traduit une incapacité totale des membres de ces zones à s’entendre et à développer une synergie qui puisse leur permettre de se sortir de la situation actuelle, si inquiétante soit-elle. Qui plus est, l’effet de l’euro a été surestimé, car on a accordé l’utilisation de cette monnaie à des pays dont les modèles économiques sont complètement inégaux. À ce titre, on remarque que même chez les deux puissances Européennes, à savoir, la France et l’Allemagne des voix se lèvent contre la monnaie unique. Si on se targuait il y a quelques années du potentiel de l’euro, aujourd’hui c’est un constat bien amer auquel nous devons faire face. Des pays comme la Turquie qui envisagent depuis plusieurs décennies d’entrer dans l’UE voire dans la zone euro voient leur rêve se briser devant un voile de critères que même les états membres ne peuvent plus respecter. Certains économistes comme Nouriel Roubini prévoient la fin de la zone euro d’ici 2016. À l’heure de la période la plus sombre de ce début du 21ième siècle, peut-on envisager la fin de cette zone ?

Chers lecteurs voici une citation de Friedrich Nietzsche :

"L’État, c’est le plus froid de tous les monstres froids. II ment froidement ; et voici le mensonge qui s’échappe de sa bouche : “Moi, l’État, je suis le peuple.”"

Ender Ekinci

Lien/Source : Blog Economie



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