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La Turquie réclame à Christie’s une statuette en marbre de 14,4 millions de dollars

mardi 20 avril 2021 | par Engin


La Turquie réclame à Christie’s une statuette en marbre de 14,4 millions de dollars

Avec : Le Figaro

Ankara se bat depuis 2017 pour récupérer cette idole, estimant être le propriétaire légitime d’après un décret ottoman de 1906 portant sur les antiquités turques. Le procès a débuté lundi.

Les avocats du gouvernement turc estiment que Christie’s avait agi « au mépris total et inadmissible de la loi turque ».

Une petite idole en marbre de 23 cm de haut sculptée il y a 6000 ans, une figure féminine aux formes épurées : tel est l’objet que la Turquie tente de récupérer depuis 2017, aujourd’hui sur le catalogue de la maison de ventes Christie’s. Un procès devant la cour de district de Manhattan a débuté lundi, afin de déterminer le propriétaire légitime de cette œuvre d’art de l’Âge du cuivre.

Si l’on sait que la sculpture provient de la région anatolienne, en Turquie actuelle, la date de découverte de la statuette n’est pas précisément connue et c’est bien là que l’affaire se corse.
En effet, pour le gouvernement turc, l’idole aurait été déterrée et exportée de Turquie après 1906, la faisant ainsi tomber sous un décret de cette année-là stipulant que toutes les antiquités découvertes sur des terrains privés ou publics sont la propriété de l’État et ne peuvent être légalement exportées du pays.

Mais pour Christie’s, la Turquie n’est pas en capacité de prouver que l’œuvre lui appartient bien, car il n’existe « aucune preuve directe du lieu ou du moment où l’idole Stargazer a été trouvée, fouillée ou exportée : il n’y a aucun témoin de la fouille ou de l’exportation et aucune photographie ».

Une « œuvre d’art emblématique » très rare
Les premières traces de la statuette remontent aux années 1960, d’après le New York Times. L’idole est alors détenue par riche dirigeant sportif et collectionneur américain, Alastair Bradley Martin, et sa femme. L’œuvre prend le nom de The Guennol Stargazer, « Guennol » pour l’équivalent en gallois du nom de famille de ses propriétaires et « Stargazer » en référence à la tête légèrement inclinée vers le haut de la statuette, comme si elle regardait les étoiles.

La sculpture est ensuite prêtée à de nombreuses reprises au Metropolitan Museum of Art de New York entre 1966 et 2007. Puis en 2017, Christie’s, la maison d’enchère basée à Londres, met la précieuse sculpture à la vente. Un objet que la maison estime alors être « une œuvre d’art emblématique » très rare puisque seulement 15 figurines similaires sont connues.

Un jour avant l’enchère, le gouvernement turc attaque Christie’s devant les tribunaux, estimant s’être fait « piller » et accusant la maison d’enchère d’avoir agi « au mépris total et inadmissible de la loi turque ». Mais la vente se déroule tout de même, et la statuette atteint la somme de 14,4 millions de dollars. L’acheteur, resté anonyme, s’est finalement retiré. La statuette est depuis, selon le New York Times, gardée en sécurité dans un coffre-fort de la maison d’enchère.

Déjà en 1993 et en 2012, le gouvernement turc avait demandé le rapatriement d’objets d’arts alors exposés aux États-Unis, mais aussi des céramiques du XVIe au Louvre, en 2012.