La tragédie turco-arménienne vue par des "libéraux" anti-unionistes - Turquie News
vendredi 7 octobre 2022

La tragédie turco-arménienne vue par des "libéraux" anti-unionistes

Publié le | par SibiryaKurdu | Nombre de visite : 31 |

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Les Turcs et les revendications arméniennes (brochure écrite par des membres de l’Entente libérale , parti qui s’est violemment opposé au Comité Union et Progrès , qui a gouverné l’Empire ottoman en 1912-1913 , et qui est revenu au pouvoir en 1919 ), Paris, Imprimerie A.-G. L’Hoir, 1919 :

"Parmi les différents problèmes des nationalités qui se posent en Turquie, celui qui se rattache aux revendications arméniennes exige une étude des plus minutieuses si on veut lui donner une solution juste, satisfaisante et durable. On sait qu’il n’y a pas, en Turquie, une Arménie peuplée en majorité d’Arméniens ; ceux-ci, enclavés dans quelques provinces limitrophes des trois Etats voisins, la Turquie, la Russie et la Perse, y vivent disséminés au milieu d’une grande majorité musulmane représentée par des Turcs et Kurdes en Turquie, par des Tartares , Tcherkesses et Géorgiens en Russie, et les Persans en Perse. Cette dispersion de la race arménienne, conséquence des conquêtes multiples, successives, et commencée dès le septième siècle , nécessite un examen approfondi des éléments constitutifs de la composition ethnique de ces contrées.

Nous ne contestons pas le droit des Arméniens à une vie nationale autonome, à l’indépendance politique ; non (1). Mais nous estimons cependant que la création de l’Etat arménien, tout en répondant aux aspirations et aux besoins légitimes des Arméniens, ne doit pas aller à l’encontre des droits légitimes et des intérêts vitaux d’autres peuples. La réconciliation tant désirable de ces races appelées à vivre les unes à côté des autres, et la tranquillité dont ces régions sont assoiffées depuis si longtemps, dépendront surtout de la façon dont on réglera ce problème. La prévoyance politique ainsi que l’esprit de justice des hommes d’Etat responsables du sort futur de l’humanité, nous autorisent à espérer que les droits imprescriptibles d’aucune nation ne seront sacrifiés aux ambitions illégitimes et aux exigences démesurées et injustes d’une autre.

(1) Sous le ministère libéral Kiamil pacha , notre gouvernement avait même élaboré un projet de large autonomie pour le peuple arménien." (p. 3)

"Tandis que les Russes marchaient vers l’intérieur de l’Anatolie, les Arméniens massacraient une grande partie de la population musulmane qu’ils rencontraient sur leur chemin ; le nombre de leurs victimes se chiffrerait, lui aussi, d’après les nouvelles qui nous parviennent du pays, à des centaines de milliers. Leurs atrocités indignèrent à tel point le commandement russe que celui-ci, pour y mettre un terme, dût faire exécuter cinquante des meneurs arméniens lors de la prise d’Erzeroum. Si l’on en croyait certaines informations qui nous arrivent de sources dignes de foi, la trahison et les représailles des Arméniens, ainsi que les crimes de nos propres autorités , auraient causé, en définitive, la mort de plus de Turcs que d’Arméniens.

Une enquête menée par les Alliés serait de nature à faire la lumière sur ce point comme sur tous les autres.

Cependant, nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer que certains indices ne laissent aucun doute sur les raisons intimes de ces fâcheux événements, et sur l’ordre dans lequel eut lieu leur dénouement. Déjà au mois de mai 1915, le journal arménien Achehadank paraissant à Van publiait les dépêches officielles suivantes de source russe :

OFFICIEL

DIVISION MILITAIRE

DE

BAYEZID

N° 24

« J’ai le plaisir d’annoncer que les dépêches ci-après ont été envoyées par S. M. l’Empereur et Roi et par le ministère des Affaires Etrangères. »

1° « Communiquez à la population de Van mes remerciements pour son dévouement et mes félicitations. — NICOLAS. »

(L’original de cette dépêche a été signé par l’Empereur).

2° « L’Empereur-Roi ordonne de remercier le gouverneur [le dachnak Aram Manoukian], l’évêque et la population de Van pour les sentiments qu’ils ont manifesté. — SAZONOFF. »

Au surplus, M. Sazonoff déclarait à la Douma, à sa séance d’ouverture, que « les Arméniens combattaient dans cette guerre avec les Russes contre l’Empire Ottoman. » (Indépendance roumaine, 12 février 1915).

Le langage des journaux et périodiques arméniens, ainsi que les déclarations des chefs arméniens, ne nous semblent pas moins significatifs que les dépêches ci-dessus, sans parler du plan des comités révolutionnaires et de l’évolution du problème arménien avant la guerre mondiale. (Entente russo-arménienne.)

M. Ahrounian , un des délégués arméniens, ne déclarait-il pas récemment encore dans le Temps (du 27 février 1919) que : « Les Arméniens, de fait, ont été des belligérants dès les premiers jours de la guerre mondiale, lorsque, repoussant les offres des Turcs, ils se sont rangés du côté des Alliés. » Dans le même numéro, le Temps écrivait : « 150.000 d’entre eux (Arméniens) servaient dans les armées russes. D’autres se sont vaillamment sacrifiés dans notre Légion étrangère, et notre Légion d’Orient se composait surtout d’Arméniens. »

Nous ne contestons pas qu’au point de vue des Alliés la conduite des Arméniens puisse être envisagée favorablement, mais un juge impartial ne saurait négliger d’envisager le point de vue des Turcs. Si les Arméniens se déclarent, dès le début, les alliés des Russes, ils se posent, de ce fait, en ennemis des Turcs.

Nous ne pouvons pas non plus passer sous silence le contraste qui existe entre deux déclarations arméniennes contradictoires dont la première soutient l’innocence des Arméniens chaque fois qu’il est question de massacres, et la seconde qui prétend qu’ils sont des belligérants de la première heure ayant droit à siéger à la Conférence de la Paix. Belligérants contre qui ? Incontestablement contre les Turcs.

Lequel des deux partis en présence a commencé les hostilités ? Voici ce qu’en pense M. René Pinon (1) dont les sympathies vont toutes aux Arméniens, mais à qui le sentiment d’une stricte justice a dicté ce jugement dont tous les arménophiles devraient faire leur profit : « Il est très difficile d’établir exactement les responsabilités. Le premier massacre est-il antérieur à la première résistance, ou inversement ? Il est malaisé de le savoir. Les deux séries de faits sont si étroitement liées, ils ont été les uns et les autres si spontanés dans la malheureuse Arménie, que l’histoire ne saurait les séparer. »

Quoi qu’il en soit, la spontanéité de l’attaque arménienne et le nombre des combattants, dénotent incontestablement un programme préparé de longue main en vue d’une occasion favorable. Quant au gouvernement turc, le fait, prétend-il, d’avoir armé les Arméniens pour la défense du pays, prouve surabondamment qu’il ne nourrissait pas contre eux des projets homicides et l’innocente d’une préméditation coupable. Si on a désarmé les Arméniens après les avoir armés contre l’ennemi de la patrie, comme le soutient le gouvernement turc, il est logique d’admettre que cette mesure ne pouvait être dictée qu’en présence de l’insurrection générale (étiquetée de résistance par les Arméniens) qui compromettait très gravement la défense du pays.

Les déportations ont suivi l’attaque et l’agression arméniennes , et ce qui prouve qu’il en fut ainsi, c’est que, considérant les Arméniens comme les enfants de la patrie commune, on les avait armés comme tout le monde, contre l’ennemi commun. En tous cas, qu’il y ait eu résistance ou insurrection, le fait d’une attaque armée de grand style des Arméniens contre les Turcs est hors de conteste.

En définitive, et par ce qui précède, on voit qu’il faut distinguer dans cette tragédie turco-arménienne trois actes bien séparés, et cependant en relation étroite les uns avec les autres. Notre but n’est pas de conclure pour ou contre le peuple arménien. IL S’AGIT D’UN REDOUTABLE COMPTE MORAL A REGLER ENTRE DEUX PEUPLES QUI TOUS DEUX NE PEUVENT PRETENDRE A ETRE JUGES ET PARTIES. C’est aux hommes qui endosseront devant l’histoire et devant l’humanité la responsabilité de régler le sort des peuples, qu’incombe ce devoir. Nous, les Turcs, aussi bien que les Arméniens, comme le monde entier, nous avons le devoir d’exiger qu’on ne laisse pas tomber le rideau sur ces événements sanglants, ni enfouir dans les oubliettes du passé, les justes réparations que l’on doit à la mémoire des victimes innocentes et à l’honneur des survivants. Nous faisons appel à tous les hommes de coeur, à tous ceux qui ne reconnaissent que la loi sublime de la conscience, à tous ceux enfin qui aiment la vérité pour elle-même, pour exiger que l’on fasse la lumière, toute la lumière, autour de ce terrible crime de lèse-humanité. Ce serait non seulement un acte de justice, que les hommes doivent aux hommes, mais encore une leçon morale d’une portée incalculable pour la postérité et pour la paix à venir du monde.

C’est avec confiance que nous attendons le verdict de l’Histoire, persuadés que le peuple turc est innocent du crime de ses dirigeants composés d’une bande sans foi ni loi , qui a sacrifié notre pays à ses mesquines ambitions d’intérêt et d’hégémonie ; et convaincus aussi que, tout au long de ce terrible malentendu entre Turcs et Arméniens, il n’y a pas eu d’un côté que des loups, et, de l’autre, des agneaux.

Paris, 28, rue Copernic

Pour les Turcs ententistes résidant en France :

Dr NIHAD RECHAD Bey [pourchassé par Cemal en 1913] ;

Dr REFIK NEVZAD Bey [qui a eu recours au racisme anti-tsigane pour dénigrer Talat ] ;

Commandant GALIB ALI Bey ;

DIRAN EDOUARD Bey, Ancien Consul Général ;

SULEIMAN MIDHAT Bey, Ingénieur-Electricien ;

MEHMED GALIB Bey, ingénieur diplômé de l’Ecole des Ponts et Chaussées de Paris ;

ABDURRAHMAN Bey Pohh. (...)

(1) Suppression des Arméniens (René PINON), pages 23-24-25." (p. 21-24)

Voir également : Les divergences du Comité Union et Progrès d’Ahmet Rıza avec la FRA-Dachnak (et le prince Sabahattin) au sein de l’opposition anti-hamidienne : la question de l’intervention étrangère et du terrorisme nihiliste

Le vrai visage de l’"alternative libérale" au Comité Union et Progrès et au kémalisme

Contre-révolution de 1909 : le rôle des "libéraux" anti-unionistes dans les violences anti-arméniennes

Gabriel Noradounghian : du "libéralisme" ottoman au nationalisme grand-arménien

Les "libéraux" anti-unionistes et les Arméniens : des rapports complexes et ambigus Le sultan Mehmet VI et les Arméniens Les "procès d’Istanbul" (1919-1920) : un point de vue hintchakiste Les critiques de Mahmut Muhtar Paşa quant aux exagérations de la propagande arménophile



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