Accueil | Nos rubriques | Actualité

Interview exclusive de Carole Bureau-Bonnard

jeudi 25 février 2021 | par Engin


La députée à l’Assemblée Nationale de la France, Mme Carole Bureau-Bonnard, nous accorde une interview exclusive

Article original ; https://www.lagazetteaz.fr/news/politique/4397.html

La députée à l’Assemblée Nationale de la France, Mme Carole Bureau-Bonnard, nous accorde une interview exclusive

Paris / Lagazetteaz

Mme Carole Bureau-Bonnard, députée à l’Assemblée Nationale de la France, nous a accordé une interview dans laquelle elle a fait le point sur le dossier du conflit arméno-azerbaïdjanais du Haut-Karabagh et la situation en période post-conflit. Elle est revenue aussi sur la coopération entre la France et l’Azerbaïdjan dans plusieurs domaines.

Le Sénat et l’Assemblée nationale ont voté fin novembre et début décembre un texte demandant la reconnaissance de la soi-disant « république autoproclamée du Haut-Karabagh », qui était dénué de tout fondement.
Mais le gouvernement français s’y est opposé. Donc, quelque part, il y a eu une prise de position officielle contre la reconnaissance du Haut Karabagh. Y a-t-il une initiative à la l’Assemblée Nationale de la France pour adopter des résolutions reflétant les réalités du Karabagh ?

- Oui, il y en a une proposition mais qui sera difficilement mis à l’ordre du jour. En fait, ce n’est pas l’ensemble des députés ni des Sénateurs qui ont voté pour la résolution. Comme vous le savez, il y a eu une réponse de la position de la France, qui n’était pas celle des députés : les pouvoirs législatif et l’exécutif sont vraiment séparés. C’est-à-dire que certains ont exprimé des avis contraires et ont réussi à provoquer le vote pour. En sachant qu’aujourd’hui, nous sommes ici parce ce que nous n’étions pas d’accord avec cette résolution, et que moi, personnellement, je ne suis pas allée voter, je n’ai pas voté ni pour ni contre. Parce que je n’avais pas suffisamment d’éléments pour être dans cette optique, et je suivais les éléments du gouvernement Français, la France se trouve dans une position de neutralité.

Actuellement, il y a des dispositions qui ont été prises pour mettre fin au conflit, il y a des éléments à mettre en place, des actions.

Et donc je pense que nous avons un autre rôle, c’est celui de permettre l’expression des voix des 2 pays, pour être juste dans nos paroles ou nos actions, qu’on soit équilibré. Donc, pour nous, le but d’être en Azerbaïdjan, c’est justement de pouvoir en apprendre un peu plus sur ce pays et son histoire, avoir des éléments complémentaires et supplémentaires sur le conflit Azerbaïdjan / Arménie et le "cessez-le-feu" pour une Paix durable ; Ensuite : en parler dans nos circonscriptions, en parler à nos collègues, pour qu’on soit aussi dans une position, plus juste, je répète ce mot, juste, parce que pour moi, c’est important de pouvoir avoir une position qui correspond à la réalité. Et cette réalité, nous sommes en train de la découvrir un peu plus, différemment. Ensuite, cette année aussi, il est envisagé d’aller vers les Arméniens, pour dire voilà ce qu’on a vu, entendu. Quelle est votre position ? Nous pourrons ensuite prendre vraiment une position beaucoup plus juste et en rapport avec la réalité.

L’UNESCO sera aussi une source d’informations.

Est-ce que vous allez visiter les territoires libérés ?

- Oui, demain. Je n’ai pas retenu exactement les noms des villes et des villages que nous allons visiter. Nous allons justement constater sur place dans quel état se retrouvent les territoires après leur attribution à l’Azerbaïdjan. Et puis si possible, s’il y a quelques personnes, pouvoir les rencontrer, avoir leurs sentiments par rapport à ces évènements. Il y a une résolution de paix de toute façon qui est reconnue au niveau mondial. Il faut que ça se mette en place, et le but ensuite pour l’Azerbaïdjan sera de trouver une nouvelle entente avec les Arméniens. Nous avons eu cette expérience avec les Allemands après la Première et la Deuxième Guerre Mondiale et nous avons trouvé les terrains d’entente. Maintenant nous avons une amitié forte avec le peuple allemand.

Quel message voudriez-vous lancer au monde en marge de cette visite ?

- Le message, pour moi, c’est d’être toujours à l’écoute, quelques soient les conflits, des deux côtés, des parties en présence (comme dans les conflits gelés d’ailleurs), il y a besoin de cette écoute bilatérale... Ensuite en parlant avec les deux parties, c’est de pouvoir aider l’un et l’autre. Le message est de dire – écoutez, renseignez-vous, venez sur place et c’est mieux de pouvoir se rendre dans les pays en lice et de pouvoir rencontrer les dirigeants. Il faut déjà écouter les arguments, les discuter mais aussi les confronter. Ce qu’on peut nous dire est essentiel, ne pas rester sur des acquis ou subir des pressions sans prendre connaissance des voix divergentes.

Comment évaluez-vous la contribution de l’Azerbaïdjan au multiculturalisme ?

- En Azerbaïdjan, toutes les religions sont libres, sont présentes. L’Azerbaïdjan reconnait l’ensemble des religions, mais aussi les aident et d’ailleurs même en finançant des restaurations de patrimoine chrétien à l’étranger. Nous avons visité deux synagogues et une église à Bakou. Il y a aussi dans cette ville mais dans ce pays, toute une histoire des religions, de la chrétienté comme de l’islam.

Vous avez visité l’Université franco-azerbaïdjanaise (UFAZ). Comme nous le savons, cette université coopère avec l’Université de Strasbourg et de Rennes depuis 2016, créant ainsi un large éventail de possibilités d’éducation pour les étudiants en Azerbaïdjan. Selon vous, quelles sont les perspectives de coopération entre la France et l’Azerbaïdjan dans le domaine de l’éducation et comment cette coopération peut être renforcée davantage à l’avenir ?

- Si on regarde UFAZ, il y a des partenariats et des bourses qui sont attribuées notamment par l’Ambassade de France pour permettre à des étudiants de se déplacer à l’étranger, en France, pour y faire des études sur place ; les professeurs aussi viennent ici, à Bakou, pour pouvoir donner leurs cours sur des sujets et des thèmes qui peuvent être enseignés en coopération, c’est une réussite avec Strasbourg et Rennes !

On a parlé avec un de mes collègues d’un travail en commun sur le vin notamment et sur la nouvelle vinification de certains crus. Il y a des vins bio ici : travailler avec Bordeaux serait intéressant par des connexions d’exploitants mais aussi de chercheurs sur le sujet, ce qui est fait ici pourra être expliqué, partagé avec nos viticulteurs ; ceux qui travaillent pour que nos vins soient les meilleurs possibles et soient améliorés en fonction des différences de températures ou des futurs problèmes climatiques seront ravis de partager leurs points de vue.

Les énergies renouvelables sont certainement à évoquer en Azerbaïdjan, parce qu’ici, c’est bien sûr le pétrole qui prédomine mais c’est une énergie épuisable et polluante. Tous les pays recherchent des énergies plus "vertes" pour préserver la planète (d’ailleurs l’accord de Paris propose une ligne de conduite). L’utilisation de l’hydrogène pour les transports est un sujet important en France pourquoi pas en Azerbaïdjan ? Mon collègue ici présent est un spécialiste. La France a des entreprises françaises qui sont ici, comme Total par exemple, Suez, qui travaillent sur le traitement de l’eau, sur des énergies différentes. Elles aussi, elles vont investir, dans les batteries électriques comme Total, l’utilisation d’eaux usées ou de mer...

Dans quelques années, toutes les personnes qui travaillent autour des raffineries pourront être employables pour des métiers différents !

Cela pourrait être une opportunité pour les jeunes d’avoir des nouvelles perspectives, un peu différentes, de travail et de recherche aussi. C’est qui est bien, utile, c’est de faire des échanges entre nos 2 pays de jeunes étudiants.

Comment la France peut-elle contribuer au développement des relations entre l’Azerbaïdjan et l’Union européenne ?

- Je pense qu’en tissant des relations encore plus fortes et déjà en rétablissant des relations Franco-Azerbaïdjanaises fortes puisqu’elles furent un peu tendues quelques temps depuis le conflit. D’ailleurs, le Secrétaire d’État Jean-Baptiste Lemoyne est venu en Azerbaïdjan, Jean Yves-Le Drian viendra. Les discussions pourront être en partie sur les sujets européens, les besoins communs. Je crois que c’est un pas de la France vers l’Azerbaïdjan cette 1ère visite, la confiance doit s’installer de nouveau. Il y a eu des déceptions, des déclarations non comprises : on revient sur un bon chemin, on s’explique et ça sera utile pour toutes les relations économiques, les relations politiques et stratégiques, les relations européennes et les relations amicales !



Nombre de visite 117