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24 avril 1915 : l'arrière-plan géostratégique d'une descente de police

samedi 24 avril 2021 | par SibiryaKurdu


24 avril 1915 : l'arrière-plan géostratégique d'une descente de police

Les armées françaises dans la Grande Guerre (ministère de la Guerre), tome VIII, volume 1, volume 1 d’annexes, Paris, Imprimerie nationale, 1924 :

"Annexe n° 13.

Note concernant l’opération des Dardanelles.

(Renseignements donnés verbalement par M. le colonel Valantin à son retour de Londres — février 1915 — Entrevue avec lord Kitchener)

Les causes qui ont motivé cette expédition sont les suivantes :

1° Assurer la liberté du commerce russe en ouvrant les détroits à la navigation.

2° Parer à l’exécution d’une manœuvre possible et vraisemblable d’une armée austro-allemande qui, aidée par la Bulgarie, eût traversé la Serbie, puis, se joignant aux Bulgares et aux Turcs, eût attaqué les Russes sur leur gauche.

3° Assurer la suprématie des alliés dans l’Orient.

Cette expédition comporte un élément maritime : flottes anglaise et française ; un corps expéditionnaire anglo-français destiné à agir sur terre.

L’amiral commandant l’escadre anglaise a la haute direction des opérations tant sur mer que sur terre. (...)

On considère que l’effectif anglais se monte à 70.000 hommes.

Il est très net que les Anglais veulent s’assurer la complète direction de l’opération.

Actuellement, le général d’Amade a le commandement sur terre, mais il est probable qu’un général plus ancien que lui sera envoyé ultérieurement.

La première partie de l’opération d’ordre absolument naval consiste à forcer le passage des Dardanelles, la flotte démolissant les forts en les bombardant et faisant au fur et à mesure de leur démolition occuper les emplacements.

On estime que sous l’action combinée des deux parties de la flotte, l’une dans le passage des Dardanelles, l’autre dans le golfe de Saros, les deux divisions de rédifs turques qui se trouvent dans la presqu’île de Gallipoli doivent se retirer.

Alors on procédera au débarquement du corps expéditionnaire qui se trouvera partie à Lemnos, partie à Bizerte d’où elle sera amenée par des transports rapides.

Le corps expéditionnaire s’établira solidement dans la presqu’île de Gallipoli.

La flotte continuera sa marche sur Constantinople. L’empêchement de se ravitailler en Anatolie doit réduire les forces turques qui se trouvent en Europe, qui seront du reste attaquées.

Le débarquement de troupes à Constantinople et en même temps l’occupation de la rive asiatique du Bosphore assureront le libre passage du détroit.

La flotte russe de la mer Noire doit venir coopérer à l’action des forces franco-anglaises." (p. 19-20)

"Annexe n° 17.

3e BUREAU.

ND 59 3/1.

SECRET

2 mars 1915.

Ordre concernant la mission du corps expéditionnaire d’Orient.

M. le général d’Amade, commandant en chef le corps expéditionnaire d’Orient, a pour mission de coopérer avec les forces navales anglo-françaises et avec les troupes de débarquement anglaises :

1° à l’opération de forcement du passage des Dardanelles ;

2° au maintien de la liberté de ce passage ;

3° à une action éventuelle des forces alliées sur Constantinople et le Bosphore.

4° S’il lui paraissait utile ou nécessaire, en raison des circonstances, de participer à d’autres opérations projetées par le commandement britannique, il devrait en référer d’urgence au ministre de la Guerre.

5° Pour l’exécution de sa mission, M. le général d’Amade prendra les instructions de M. l’amiral anglais Carden, commandant les flottes alliées aux Dardanelles, qui est chargé de la haute direction des opérations en Orient.

Paris, le 2 mars 1916.

Le ministre de la Guerre, Signé : MILLERAND." (p. 27)

"Annexe n° 22.

SECTION D’AFRIQUE.

N° 1007.

3° BUREAU.

6 mars.

Note sur l’opération des Dardanelles.

But de l’expédition. — Rétablir si possible la communication entre la mer Noire et la Méditerranée, pour faire venir les blés d’Odessa et envoyer à la Russie les approvisionnements dont elle a un besoin urgent.

Accessoirement porter un coup brutal à la Turquie, et pousser à l’intervention des peuples balkaniques.

Plan général d’opérations. — On compte forcer le passage des Dardanelles par la flotte seule.

Les gros navires détruiront les forts de l’entrée sud-ouest et procéderont par bonds successifs pour détruire l’un après l’autre tous les ouvrages.

Dès que les forts de l’entrée seront démolis, des chalutiers relèveront les mines pour rendre possible le bond ultérieur.

C’est pour permettre l’œuvre des chalutiers qu’il faut que les troupes de débarquement interviennent pour nettoyer la côte bombardée.

Toutefois le débarquement n’est prévu que dans la presqu’île de Gallipoli et non pas sur la rive de l’Asie Mineure.

Après la destruction des ouvrages de l’entrée, on considère comme possible de débarquer sous la protection des canons de la flotte dans le voisinage des forts détruits pour achever leur mise hors de service et celle du matériel.

Il est prévu des démonstrations vers l’étranglement de Boulaïr, mais aucun débarquement effectif.

On croit probable qu’avec l’avancée de la flotte dans les Dardanelles et l’action d’autres navires placés dans le golfe de Xéros la presqu’île deviendra intenable et que les troupes turques devront l’abandonner.

Un détachement allié viendrait alors s’établir vers Boulaïr pour interdire toute nouvelle occupation de la presqu’île et assurer la liberté du passage de la flotte dans les Dardanelles.

La flotte seule continuera à travers la mer de Marmara sur Constantinople. On admet que le seul fait de son apparition vers la capitale peut produire des événements sérieux.

Le reste du corps de débarquement tenu prêt sur les transports viendra au premier appel rejoindre la flotte sous Constantinople pour tenir les deux rives du Bosphore.

On considère en effet que, du moment où la flotte sera en mesure d’interdire tout passage dans le Bosphore, le maintien de forces turques près de Constantinople et en Thrace devient impossible.

Qui doit participer à l’opération ? — La France et l’Angleterre seules. La Russie interviendra par un de ses navires l’Askold, qui doit se joindre à la flotte alliée ; aucune entente n’est encore intervenue pour son action sur terre." (p. 30-31)

"Annexe n° 43.

23 mars 1915.

Général d’Amade à bord de la Provence.

Réponse à télégramme 1.

Primo. — A la suite négociations entre gouvernement français et gouvernement britannique, il a été entendu que le mieux serait de réunir à Alexandrie avec les troupes anglaises la majeure partie de vos forces. Vous laisserez donc à Lemnos une avant-garde d’effectif à peu près égal à celle que vous y aviez envoyée et comprenant les mieux entraînées de vos troupes.

Secundo. — Il ne peut être question de vous envoyer aucun élément du front.

Tertio. — Des renforts pris dans l’intérieur et en aucun cas supérieurs à une division pourront le cas échéant vous être envoyés.

Quarto. — Il est capital comme vous le répétez que les troupes alliées de terre évitent le plus léger échec surtout à leur premier contact.

Quinto. — J’ai été un peu surpris que vous ayez pris initiative suggérer sir Hamilton plan que m’avez exposé.

A première vue il soulève les plus graves objections.

a. Opérations excentriques par rapport à l’objectif actuel des flottes alliées, d’où division et divergence des efforts.

b. Troupes débarquées à Adramit ne pourraient atteindre Bali-kessir avant quinze jours environ et avant que Turcs aient réuni une partie des forces d’Anatolie.

c. Pour gagner ensuite Panderma, il faudra d’abord briser résistance de ces forces dans une bataille qui règlera sort de la campagne et à laquelle pourront concourir partie des troupes de Thrace ; en tous cas, Panderma ne sera pas atteint avant un mois environ.

d. Ce résultat n’aura apporté aucun concours à forcement Dardanelles.

e. En attendant ce forcement, la ligne de communications et ravitaillement ne sera assurée que par route de 180 kilomètres exigeant importantes troupes d’étapes et convois considérables, car vous trouverez détruite et sans matériel la voie ferrée de Bali-kessir à Panderma ; quant à construction d’une voie entre Adramit et Bali-kessir elle exigerait plusieurs mois et un matériel dont Guerre ne dispose pas.

f. Panderma est port de valeur médiocre ; les troupes alliées disposeraient de meilleures bases vers Dardanelles après leur forcement.

Sexto. — J’insiste de la façon la plus pressante pour que vous observiez désormais la réserve et la prudence les plus grandes dans vos suggestions. Le gouvernement risquerait en effet de se trouver dans la situation la plus fausse si, par hasard, vous aviez réussi à faire partager vos vues par le commandement anglais.

Septimo. — A titre de simple indication je vous soumets les idées suivantes sur lesquelles vous me présenterez vos observations.

Puisqu’il s’agit de forcer Dardanelles, le moyen le plus sûr paraît être de faire tomber par terre les forts que ne peuvent réduire seules les flottes alliées.

Cette entreprise par Gallipoli-Boulaïr devenue très aléatoire depuis que Turco-Allemands ont pu préparer résistance. Par rive d’Asie, au contraire, un débarquement est plus facile vers Bésika avec appui flottes.

De là, progression par bonds successifs avec concours flottes au fur et à mesure réduction forts, la base pouvant être déplacée le long côte en même temps que ces progrès.

Les troupes alliées seraient concentrées dans cette région plus rapidement que les turques, les premiers contacts se présenteraient donc dans conditions plus favorables.

Cette opération par côte d’Asie devrait être préparée dans conditions rigoureusement secrètes et effectuée simultanément avec diversions analogues golfe Saros, Adramit, Smyrne et Bosphore par Russes en même temps qu’attaques défenses détroit par flotte alliée.

Signé : GRAZIANI." (p. 58-59)

Le capitaine M. Larcher, "La guerre turque dans la guerre mondiale. Campagne des Dardanelles (1915)", Les Archives de la Grande Guerre et de l’histoire contemporaine, tome XIV, 1922 :

"Préliminaires du forcement des Dardanelles

La flotte Carden se forma à Lemnos en février 1915.

Le 15 février, elle entreprit la phase n° 1 du plan Carden : destruction des ouvrages turcs de l’entrée des Dardanelles. Cette tâche fut aisée : les navires se tinrent hors de la portée des canons turcs (à 12.000 m.) et les bombardèrent avec leur artillerie principale. Quand la destruction fut jugée en bonne voie, les navires s’approchèrent pour utiliser leur artillerie moyenne. Les observateurs de la marine signalaient une précision rigoureuse et des effets de destruction impressionnants.

Le mauvais temps, qui enlevait au tir des navires une partie de sa précision, empêcha de reprendre les tirs du 16 au 25 février. Mais à partir du 25 février, il y eut bombardement et dragage de mines à peu près tous les jours.

Les 4 forts de l’entrée des détroits ne répondirent plus au feu dès le 26 février ; ce jour-là, des détachements de marins furent mis à terre à Seddul Bahr et Koum Kalé pour compléter les destructions à la dynamite ; ces détachements ne rencontrèrent aucune résistance. Les phases 2 et 3 étaient plus difficiles : les navires devaient entrer dans les détroits en vue d’attaquer les forts Dardanus et Ehrenkieuy, qui couvraient le cap Kephez. On commença simultanément les 2 phases : les dragueurs entrèrent dans le premier bief sous la protection des cuirassés qui les suivaient et bombardaient les forts. Le 4 mars, les deux forts étaient considérés comme détruits.

Ce jour là, un détachement de marins tenta de débarquer à Koum Kalé encore une fois ; mais il fut repoussé par des fantassins turcs et perdit 50 hommes. C’était un incident de mauvais augure : les Turcs réparaient les dégâts et se renforçaient ; l’aviation de l’escadre rendait compte qu’ils installaient de nouvelles batteries de campagne.

Les opérations continuèrent pourtant jusqu’au 18 mars. Tous les jours, 4 ou 5 navires de combat entraient dans les Dardanelles et tiraient sur les batteries à détruire successivement. Un ballon captif porté par un cargo réglait le tir qui était satisfaisant. Le 17 mars les phases 1, 2 et 3 étaient considérées comme terminées. La phase 4 allait commencer : réduire les ouvrages de Kilid bahr-Tchanak, et marcher ensuite droit sur Constantinople.

A cette date l’amiral Carden, malade, remit le commandement de la flotte alliée à l’amiral Sir Michaël de Robeck.

Tous ces préliminaires de l’attaque alliée avaient déchaîné à Constantinople une vague de pessimisme soigneusement attisée par les internationaux si nombreux dans la capitale turque. Les Levantins et les Européens ennemis, que les autorités ottomanes avaient laissés en liberté encore à cette époque, se préparaient ouvertement à fêter l’arrivée de la puissante flotte anglaise. Les Turcs avaient préparé à tout hasard le transfert en Asie de leur gouvernement, du grand quartier général et de la cour du sultan ; une fois ces mesures prises, il ne leur restait qu’à attendre l’ennemi.

Or l’ennemi pouvait attaquer non seulement les Dardanelles, mais aussi le Bosphore, car vraisemblablement les Russes devaient attaquer en même temps que les Franco-Anglais. Dans cette hypothèse, l’amiral Usedom commandait les ouvrages de la défense des côtes des deux détroits, déléguant le commandement des Dardanelles à Djevad Pacha. Les 1re et 2e armées turques étaient prêtes soit à renforcer la défense des côtes, soit à livrer bataille à un ennemi débarqué ; le 20 février 1915 le Grand Quartier turc estimait que cette dernière éventualité n’était pas improbable. Le dispositif de ces armées varia plusieurs fois ; mais en définitive la 1re armée (général Liman Von Sanders ) fit face au sud, détachant le 3e corps d’armée (4 divisions) dans la presqu’île de Gallipoli, le 15e corps sur la côte asiatique des Dardanelles, le 14e corps dans les îles des Princes et le 6e corps autour do San Stefano. La 2e armée (Wehib Pacha ) fit face au danger russe au nord de la capitale. L’ensemble de ces forces s’élevait à près de 20 divisions, environ plus de 200.000 combattants, à l’insu des Alliés.

Enfin Enver avait lancé de sa propre autorité une proclamation à la population, pour que personne n’ignorât sa volonté ferme de défendre Constantinople au besoin rue par rue et maison par maison. Les Turcs, très amoureux de la nature , oeuvre de Dieu, n’avaient aucun respect pour les créations de l’art humain : dût Sainte-Sophie être incendiée, ils tiendraient opiniâtrement contre leurs ennemis de l’extérieur et de l’intérieur.

L’espionnage levantin et balkanique dévoilait aux Anglais une partie des préparatifs des Ottomans, de même qu’il dénombrait aux Ottomans le nombre des navires de la Mediterranean Fleet. Mais les Anglais fixèrent néanmoins au 18 mars la phase décisive de leur entreprise navale : ils n’avaient encore que mépris pour les Turcs ; ils prétendaient avoir acheté les commandants des forts des Dardanelles, qui capituleraient dès le début de l’attaque ; ils ne tenaient pas compte de la présence des marins et des artilleurs allemands ; ils ignoraient la proximité des 1er et 2e armées turques.

Attaque navale du 18 mars 1915

Le 18 mars 1915, la flotte alliée quittait Lemnos avec toutes ses forces, qui comprenaient entres autres les 4 vieux cuirassés de la division française Guépratte.

De 10 h. 43 à 12 heures, elle attaqua à grande distance les ouvrages de Tchanak-Kilid Bahr. Pendant de tir, l’Inflexible heurta une mine dérivante et dut se retirer.

A 12 h. 20, la division Guépratte reçut l’ordre de se porter en avant pour terminer les destructions à courte portée. La division entra dans les détroits, en deux files longeant les rives et protégées par les torpilleurs. Elle s’avança jusqu’à hauteur du cap Kephez et de Souan déré, tirant à vues directes sur Tchanak-Kilid Bahr. Les navires aussitôt furent pris à parti par de nombreuses batteries turques très actives, de tous calibres, dont beaucoup se révélaient pour la première fois, les unes lourdes et défilées, les autres de campagne en position sur les rives. Le tir turc à courte portée était précis et les coups au but furent nombreux. La division resta néanmoins dans les détroits jusqu’à ce qu’elle fût relevée par une division anglaise, excitant l’admiration des Anglais par son sang-froid et sa bravoure.

A 14 h. 35, les navires français relevés firent demi-tour pour se retirer : seul le Charlemagne était à peu près indemne. Le Suffren percé par plusieurs obus lourds eut beaucoup de peine à battre en refaite. Le Gaulois heurta une mine et regagna Ténédos, inutilisable, près de sombrer à tout instant. Le Bouvet sauta, pour une raison encore inconnue (torpille, mine ou gros obus ?) et sombra en trois minutes avec presque tout son équipage.

La division anglaise continua l’action de 14 h. 45 à la nuit. Le résultat des tirs paraissait bon, mais l’Agamemnon fut avarié gravement, l’Irrésistible et l’Océan sombrèrent.

Echec de l’attaque navale

La perte de 7 cuirassés sur 18 rendait insensée la reprise de l’attaque navale seule. L’amiral de Robeck reconnut que le plan Carden avait échoué ; il consulta les généraux du corps d’appui Hamilton et d’Amade. Il fut reconnu que le passage ne pouvait être forcé que par la coopération des troupes de terre et de la flotte. Le War Council de Londres se rendit à cette évidence. Mais les troupes n’avaient pas été organisées pour être mises à terre immédiatement et sous le feu de l’ennemi ; il fallut les transporter à Chypre et Alexandrie pour les y préparer. Le général Hamilton était pris de court, sans mission précise, sans plan d’opérations." (p. 1414-1418)

"Les plans d’action

Le 18 mars, le haut commandement turc pouvait être certain que les Alliés reprendraient leurs opérations contre les Dardanelles avec la coopération d’un corps de débarquement. Les renseignements le leur confirmaient de toutes parts : d’Athènes, de Sofia, de Bukarest, d’Alexandrie, ils apprenaient le regroupement du corps de débarquement Hamilton. — D’Amade qui devait s’élever « à 50.000 ou 100.000 hommes » ; ils savaient déjà que la base anglo-française serait à Moudros. Enver se décida à former pour la défense des Dardanelles une armée distincte, la 5e, qu’il donna au général Liman Von Sanders.

Mais Enver devait tenir compte de la possibilité d’une intervention des Russes devant le Bosphore et de certains Balkaniques en Thrace ; les Russes retiraient à ce moment leur 5e corps du Caucase et le stationnaient provisoirement en Crimée ; les Etats Balkaniques se réservaient de se déclarer en faveur du belligérant le plus généreux ou du vainqueur probable.

Enver ne donna donc au général Liman que les 5 divisions de la 1e armée déjà disposées sur les rives des Dardanelles, en y ajoutant la 3e division restée près de Constantinople ; il conserva le gros de la 1re armée et toute la 2e armée disponibles en Thrace comme réserve stratégique.

Le général Liman installa son quartier général le 26 mars à Gallipoli et se trouva en face d’une mission très vaste pour les 60.000 hommes dont il disposait. S’il connaissait à peu près les forces de son adversaire, il en ignorait complètement les intentions. Sur quelle région se porterait le débarquement principal anglo-français ? En examinant le problème dans toute son ampleur, le général Liman distingua trois régions dangereuses :

1° la côte d’Asie de Besika à Koum Kalé,

2° la côte occidentale de la presqu’île de Gallipoli, de l’entrée des Dardanelles au golfe de Saros ;

3° le golfe de Saros, de la presqu’ile à la Maritza (en particulier l’isthme de Boulaïr),

Il lui paraissait improbable que l’ennemi se bornât à attaquer l’entrée des détroits, ce qui était en effet « prendre le taureau par les cornes ». (...)

Les instructions données aux groupes de divisions leur prescrivaient de :

a) Fortifier les points de la côte qui se prêtaient manifestement à un débarquement ennemi (plages échancrant les falaises), y accumuler les obstacles matériels (réseaux de fil de fer sous l’eau des plages de débarquement),

b) Faire tenir ces points par des compagnies de grand-garde, reliées entre elles par des patrouilles et des petits postes ; tenir les bataillons d’avant-postes rassemblés près du centre de leur secteur ;

c) En cas de débarquement ennemi, les avant-postes trop faibles pour l’empêcher le retarderaient ; ils donneraient le temps aux gros des divisions de se rapprocher du point menacé et de rejeter l’ennemi à la mer.

En un mot, la faiblesse des effectifs et l’incertitude au sujet des intentions des Alliés obligeaient le général Liman à attendre que le débarquement ennemi fût commencé et à organiser alors une contre-offensive. Pour faciliter le déplacement de ses réserves, il donna tous ses soins à l’installation des transmissions, liaisons et transports ; il fit aménager des routes transversales, prévit les transports de troupes par la mer de Marmara entre les groupements d’Asie, de Maïdos et de Boulaïr ; il exerça les divisions aux alertes de nuit, marches forcées et contre-attaques d’ensemble en terrain découvert. Les Alliés lui laissèrent un mois entier pour achever ces préparatifs ; il était en somme prêt le 25 avril, jour fixé par le général Hamilton pour son débarquement.

Le général Hamilton avait assisté à l’échec de la flotte le 18 mars. Ayant décidé avec l’amiral de Robeck que le débarquement des troupes était le seul moyen d’y remédier, il fit la reconnaissance des côtes de Gallipoli en destroyer dans la mer Egée. Il renvoya ensuite les troupes en Egypte se préparer au débarquement et établit un plan, qui fût approuvé à Londres. Quelles données devaient servir de base à sa décision ?

Sa mission.

Cette mission était très vague. Le général avait reçu du ministre de la guerre britannique. Lord Kitchener, surtout des conseils de prudence ; ses instructions se résumaient en somme à « s’entendre avec la flotte et la soutenir ». Le corps de débarquement de 30.000 hommes n’était pas sous les ordres de l’amiral de Robeck. Mais la marine étant en Angleterre le « Senior Service », l’amiral n’était pas non plus sous les ordres du général.

Le général Hamilton livré à lui-même interpréta très strictement sa mission : la flotte lui demandait de débarquer pour l’aider à forcer les détroits, il débarquerait donc au plus près de la flotte, à l’entrée des Dardanelles." (p. 1421-1424)

"Engagement des divisions turques de 1ere ligne

Les 3e et 9e divisions turques, dont dépendaient les bataillons d’avant-postes attaqués le 25 avril, avaient pour mission de rejeter à la mer les unités ennemies qui pénétreraient dans leur zone d’avant-postes. Leur intervention fut plus ou moins tardive suivant la distance qui les séparait des points attaqués." (p. 1429)

"Le 26 avril, les troupes débarquées se mirent en liaison sur toute la côte du cap Tekké à Eski Hissarlik. La 29e division fut renforcée par la division française (secteur de Seddul Bahr ; Koum Kalé fut évacué), la division de marine, et une brigade indienne appelée d’Egypte, Les 27-28 et 29 avril les troupes attaquèrent tous les jours ; au prix de pertes très lourdes elles s’emparèrent de toute l’extrémité sud de la presqu’île de Eski Hissarlik au Zingin Déré(progression de 4 kilomètres). Elles étaient décimées et épuisées ; leur supériorité numérique diminuait par suite de l’entrée en ligne des renforts turcs ; l’appui de l’artillerie de la flotte leur permettait seul de gagner du terrain.

Contre-offensive turque par les réserves du Grand Quartier général

Le vice généralissime Enver gardait autour de Constantinople les 1re et 2e armées (environ 12 divisions) pour faire face éventuellement à une attaque anglaise à Smyrne, un débarquement russe au Bosphore, ou l’entrée en ligne d’un des Etats balkaniques.

En fin avril il se rendit compte que les Alliés ne préparaient aucune de ces éventualités. Il préleva alors sur la 1re armée les 12e, 15e et 16e divisions pour renforcer l’armée des Dardanelles, et donne au général Liman l’ordre de « rejeter l’ennemi à la mer ; » il ne se rendait pas entièrement compte des difficultés que présentait l’exécution de cet ordre.

Le général Liman réalisait au contraire le peu de chances de réussite de cette entreprise. Il n’avait comme artillerie de campagne que 6 batteries de 77 par division, comme artillerie lourde que les pièces peu nombreuses des ouvrages permanents des Dardanelles. Il devait attaquer des positions fortifiées appuyées à la mer aux deux ailes, couvertes par la puissante artillerie de la flotte alliée et défendues par une division en moyenne par 1 km. 500 courant. Il pensa réussir néanmoins en attaquant uniquement la nuit par surprise et à coups d’hommes. La contre-offensive commencerait par le front sud et se terminerait par le front d’Aribournou.

Contre-offensive turque sur le front sud

L’attaque du front sud fut menée par le colonel Von Sodenstern avec une énergie extrême. Elle déboucha le soir du 30 avril et faillit reconquérir Seddul Bahr. Les troupes turques subirent des pertes très élevées (4.000 tués et blessés à la seule 15e division) et furent rejetées sur leur base de départ le 1er mai au matin.

Les attaques faites sur le même front au cours des deux nuits suivantes consommèrent les réserves turques sans autre résultat ; le colonel Von Sodenstern fut relevé de son commandement et remplacé par le colonel Weber.

Au cours des journées suivantes, les Turcs se bornèrent à arrêter les attaques alliées très violentes sur les pentes au sud de Krithia et la rive sud du Kereves Déré (entrée en ligne de la 42e division anglaise et delà division montée Australienne). Les Anglais avaient perdu 602 officiers et 13.337 hommes du 25 avril au 5 mai 1915.

Contre-offensive turque sur le front d’Aribournou

Le général Liman recevait au début de mai la 2e division de Constantinople et fait venir d’Asie sa 3e division qui n’était plus attaquée. Il déclencha la contre-attaque de Essad Pacha sur le front Anzac du 10 mai au 20 mai. Malgré sa supériorité numérique et la bravoure de ses troupes, Essad Pacha ne put obliger les Anzacs à se rembarquer. La 2° division turque perdit à elle seule 9.000 tués et blessés dans la nuit du 18 au 19 mai. Les généraux Liman et Hamilton convinrent d’une suspension d’armes le 23 mai pour enterrer les morts et la guerre de stabilisation commença. " (p. 1433-1435)

Edouard Desbrière, recension de Fünf Jahre Türkei (Otto Liman von Sanders), Les Archives de la Grande Guerre et de l’histoire contemporaine, n° 26, septembre 1921 :

"Il [Liman von Sanders] disposait de 5 divisions fortes [à Gallipoli], chacune, de 9 à 12 bataillons de 800 à 1000 hommes, et, en outre, de la 3e division commandée par l’Allemand Nicolaï et qu’on put faire venir de Constantinople pendant le délai de quatre semaines dont on disposa avant l’attaque. On forma trois groupes, savoir : les 5e et 7e divisions au golfe de Haros, les 9e et 19e à la pointe de la presqu’île, les 11e et 3e sur la côte d’Asie. Le 25 avril Liman eut à ce qu’il dit, la satisfaction de voir que l’attaque se produisait juste aux points qu’il avait prévus.

On ne saurait suivre le récit circonstancié de ces combats qui allaient durer huit mois et dont l’ensemble et les résultats sont trop connus. Mais ce dont il faut se souvenir, c’est que la défense, qui comptait au début 60.000 hommes au plus et qu’il fallut constamment renforcer, devait d’après l’aveu de Liman von Sanders perdre 218.000 hommes dont 66.000 morts. Ces chiffres sont d’ailleurs très au-dessous de la vérité, et la presqu’île de Gallipoli devait être le cimetière de l’Armée turque. Les contre-attaques constantes commandées par les officiers allemands, sans aucun égard pour le sang des soldats, les privations, l’absence de matériel pour creuser des tranchées et des abris, l’insuffisance des munitions d’artillerie suffisent à expliquer ces pertes énormes.

D’après Liman von Sanders, le rôle des sous-marins allemands pendant la défense des Dardanelles n’aurait pas été aussi efficace qu’il a été dit. Il se serait réduit aux torpillages effectués les 25 et 26 Mai des cuirassés anglais Triumph et Majestic, puis à celui d’un seul transport. Ni le Goeben, ni le Breslau, ni aucun navire turc n’aurait participé aux opérations, dont Liman revendique tout le mérite. Toutefois il reconnaît que la défense fut parfois difficile à assurer et qu’un débarquement des alliés partout ailleurs que sur les points où ils s’obstinaient à attaquer aurait trouvé les côtes sans la moindre protection. D’après certains témoignages, les alliés étaient attendus à Constantinople et y auraient été reçus avec enthousiasme par une grande partie de la population." (p. 748-749)

"La Flotte alliée vers Constantinople", La Dépêche (Toulouse), 30 avril 1915 :

"Les Progrès du Corps expéditionnaire

Londres, 27 avril. — Le ministère de la guerre britannique publie la note suivante :

Malgré la résistance continuelle qui leur fut opposée, nos troupes se sont établies transversalement à l’extrémité de la presqu’île de Gallipoli  ; leur ligne va d’un point situé au nord-est d’Eski-Nissarlik jusqu’à l’embouchure d’une rivière. Sur la côte opposée, elles ont repoussé aussi toutes les attaques à Sari-Bair et avancent constamment. Les Turcs avaient fait de nombreux préparatifs pour entraver notre débarquement. Les barrages de fil de fer s’étendaient au-dessous des vagues aussi bien que sur terre, et des fosses profondes dont le fond était garni de pointes de métal avaient été creusées pour arrêter nos troupes. Celles-ci ont surmonté tous les obstacles.

Le Débarquement des Alliés a été opéré sur quatre points

Athènes, 29 avril. — Le corps expéditionnaire des alliés a débarqué sur quatre points principaux : à l’extrémité occidentale de la presqu’île de Gallipoli, près de Souvla  ; au promontoire de Helles, près du village de Seddel-Bahr, au-dessous de Ghennikios sur le golfe de Sarros, à ’a hauteur de Gallipoli ; enfin sur la côte asiatique, près de Koum-Kaleh, en face de Seddel-Bahr.

La plus grande partie des forces a été débarquée au village de Seddel-Bahr, près du fort du même nom, en vue de prendre ce dernier à revers. Le débarquement effectué à Ghennikios, près du barrage du col de la péninsule, à Boulair, aura pour résultat d’empêcher l’arrivée des renforts turcs.

Dans les Dardanelles

Athènes, 29 avril. — Le bombardement des forts intérieurs des Dardanelles qui a commencé dimanche s’est poursuivi lundi. Il en est résulté de graves dégâts causés à ces ouvrages.

On annonce que les forts sur la côte, près de Smyrne, ont aussi été bombardés et que des attaques d’aéroplanes ont été également effectuées.

Les Alliés débarquent toujours et bombardent les Ports turcs

Athènes, 29 avril. — Suivant des informations reçues de Mytilène, le débarquement des alliés dans la presqu’île de Gallipoli s’est poursuivi pendant tout l’après-midi.

Des aéroplanes turcs ont tenté de lancer des bombes sur les vaisseaux alliés dans les détroits

Une escadre alliée a pénétré hier dans les détroits et a bombardé sept heures durant, les forts turcs, en coopération avec une autre escadre postée dans le golfe de Saros.

Les Canons de la Flotte russe pourront atteindre Constantinople

Pétrograd, 29 avril. — Il ressort d’une enquête auprès de l’état-major général sur les progrès des opérations de la flotte russe dans le Bosphore que ces opérations marchent bien et qu’elles sont conduites en pleine liaison avec les opérations des alliés dans les Dardanelles. Les navires de guerre bombardent, outre les défenses extérieures, les forts les plus importants qui se trouvent à l’étranglement du Bosphore à six milles de son entrée.

Les plus considérables et les mieux armés de ces forts sont celui de Roumelikavak, sur la côte d’Europe, et ceux d’Anatoli-Kavak et de Medwar-Kalé, sur la côte d’Asie. Le premier a deux pièces de 350 et deux de 275 ; le deuxième, quatre de 350 et cinq de 275 ; le troisième, deux canons de 275 et trois de 240. Huit autres forts sont armés de canons inférieurs en calibre. Le nombre total des canons lourds dans l’ensemble des forts de la côte européenne est de quarante-six ; il est de quarante sur la rive d’Asie.

Le fort d’Anatoli Kavak est le seul à pouvoir ouvrir un feu direct contre les navires qui se présenteraient à l’entrée du Bosphore. Il est donc désigné pour but de la première attaque. Si les navires russes peuvent détruire les forts du goulet, ils pourront ensuite bombarder Constantinople, qui n’est pas à plus de 14 milles de distance par eau et qui est encore plus rapprochée par la route de terre.

Les Avancées du Bosphore

Pétrograd, 29 avril. — La reprise du bombardement des forts du Bosphore par la notte russe de la mer Noire a duré lundi de huit heures du matin à midi, commençant à peu près avec les premières opérations de débarquement dans la presqu’île de Gallipoli.

Les hydroplanes russes ont rendu de grands services en aidant à régler le tir des canons, qui ont tait de gros dégâts à l’intérieur des forts, spécialement sur la rive d’Asie, en arrière des défenses moins importantes de l’embouchure du Bosphore.

Un Nouveau Dreadnought russe en action

Rome, 29 avril. — La « Tribuna », parlant du grand navire de combat qui marchait en tête de la flotte russe opérant contre le Bosphore, dit que ce cuirassé, d’un modèle inconnu, a deux cheminées et quatre tourelles. Il s’agirait, croit-on, de l’ « Impératrice-Marie », le premier des trois dreadnoughts construits dans les chantiers de Nicolaieff.

La Porte sent venir la Révolution

Athènes, 29 avril. — La reprise du bombardement des Dardanelles cause de vives inquiétudes dans les milieux officiels turcs, où l’on craint une révolution à Constantinople. De très sévères mesures ont été prises. Quatre cents Arméniens, le vicaire du patriarcat arménien et un député arménien d’Erzeroum ont été arrêtés comme participant à une entente révolutionnaire." (p. 3)

Hans von Wangenheim (ambassadeur allemand à Istanbul), rapport à Theobald von Bethmann Hollweg (chancelier impérial d’Allemagne), 30 avril 1915, DE/PA-AA/R14085 :

"Dans la nuit du samedi au dimanche 25 du mois, et du dimanche au lundi 26 du mois, de nombreuses arrestations d’Arméniens ont eu lieu ici. Au total, environ 500 personnes de toutes les classes sociales auraient été arrêtées, à savoir des médecins, des journalistes, des écrivains, des ecclésiastiques et certains députés [plusieurs députés et sénateurs arméniens (unionistes ou indépendants) continueront de siéger le restant de la guerre]. Les locaux du journal Azadamart, organe du parti Dachnakzoutioun , auquel appartenaient de nombreuses personnes arrêtées, ont été fermés par les autorités. La plupart d’entre elles ont été envoyées à l’intérieur de l’Asie Mineure dans les jours qui ont suivi.

Toutes sortes de rumeurs incontrôlables se sont répandues parmi le public sur les causes de ces mesures. Entre autres choses, il a été dit que des explosifs, des bombes et des armes avaient été découverts dans des maisons et des églises arméniennes, et que les Arméniens avaient planifié des attaques contre la Porte et d’autres bâtiments publics le jour de l’accession au trône (27 du mois).

Lorsque le patriarche arménien a interrogé le grand vizir et le ministre de l’Intérieur sur les raisons de ces arrestations massives, il a répondu que l’organisation de la population arménienne en partis politiques pouvait être exploitée à l’heure actuelle par des personnalités influentes individuelles pour troubler la paix publique, et que dans l’intérêt de l’Etat, il paraissait impératif d’éviter de telles éventualités en écartant les personnalités dirigeantes de la capitale.

Le ministre de l’Intérieur a déclaré ce qui suit au premier dragoman :

Le gouvernement est maintenant déterminé à mettre fin à la situation antérieure, suivant laquelle chaque communauté religieuse peut faire sa propre "politique" et peut créer et maintenir des associations politiques spéciales à cet effet. En Turquie, seule la politique ottomane devrait être poursuivie à l’avenir.

Parmi les Arméniens locaux, il y avait un certain nombre de personnalités politiquement pas tout à fait sûres ; on les retrouve bien entendu parmi les membres actifs des clubs et des rédactions. On ne peut nier que si la guerre tourne mal, ces éléments pourraient saisir l’occasion pour provoquer des troubles. Le moment semblait propice pour éloigner tous ces suspects de la capitale. Parmi ceux qui ont été envoyés, il y en a certainement beaucoup qui ne sont en aucun cas coupables. Le gouvernement ne le nierait pas et lui - Talaat - leur accorderait la permission de revenir, de lui-même et sans aucune intervention particulière.

Talaat Bey a déclaré que l’affirmation selon laquelle il y avait des preuves qu’un coup d’Etat était prévu le jour de l’accession au trône était inexacte.

Les événements de Van et les attaques récentes des Russes sur le Bosphore, et des Français et Anglais unis sur les Dardanelles, ne doivent pas avoir été sans influence sur les décisions du gouvernement.

Wangenheim"

Source : http://www.armenocide.net/armenocide/armgende.nsf/$$AllDocs-de/1915-04-30-DE-002

Vérité sur le mouvement révolutionnaire arménien et les mesures gouvernementales, Istanbul, 1916 :

"Ainsi qu’il a été déjà exposé, dès le lendemain de la constitution, les Comités révolutionnaires arméniens, agissant librement sous forme de partis politiques, avaient réussi à introduire dans leurs organisations presque tous les arméniens et à créer des sections dans toutes les parties du Pays. C’est pourquoi le Gouvernement Impérial qui se trouvait en présence d’une organisation révolutionnaire s’étendant sur le pays entier, s’est vu obligé de prendre des dispositions en conséquence.

Les assertions d’après lesquelles ces mesures auraient été suggérées à la Sublime Porte par certaines Puissances étrangères sont absolument dénuées de fondement. Le Gouvernement Impérial, fermement résolu à maintenir son absolue indépendance, ne pouvait naturellement admettre aucune immixtion, sous quelque forme que ce soit, dans ses affaires intérieures fût-ce même de la part des amis et allies.

D’ailleurs, ainsi qu’il sera loisible de le constater par ce qui suit, des bombes, des armes prohibées, des documents et écrits révolutionnaires furent saisis lors des perquisitions faites dans toutes les localités de l’Empire, où l’élément arménien est plus ou moins dense. C’est par ces agissements que les arméniens ont place le Gouvernement Impérial dans la nécessité d’adopter des mesures aussi rapides qu’efficaces.

Quelques uns des actes révolutionnaires perpétrés par les arméniens sont brièvement exposés ci-après :

Vers la fin de l’année (1914), des gendarmes furent assaillis à main armée à Mouche et à Hizan.

Les communications entre Van et Bitlis furent interrompues et les fils télégraphiques coupés. Des bandes composées de déserteurs et de brigands arméniens attaquèrent l’hôtel du gouvernement à Zeïtoun , et tentèrent d’exterminer la population musulmane, sans épargner les femmes et les enfants.

Lors des perquisitions opérées à Césarée , dans les cimetières, églises, écoles et autres lieux appartenant aux arméniens, les Autorités Impériales ont découvert des bombes, des armes, de la poudre, des clés pour chiffrer leur correspondance secrète, des instructions pour les bandes révolutionnaires et d’autres documents. Il a été prouvé que le vicaire arménien se trouvait à la tête de ce mouvement, et les inculpés ont avoué d’autre part, que les bombes saisies étaient destinées à obtenir l’indépendance arménienne.

Le 11 Mars 1331 (1915), une bande arménienne, retranchée dans le monastère Téké, dominant la ville de Zeïtoun, a ouvert le feu sur un détachement de gendarmerie qui s’approchait de monastère. Le commandant du détachement ainsi que les gendarmes qui l’accompagnaient furent tués.

Dans le même mois de Mars, une révolte arménienne éclata dans commune de Timar dépendant de Van. Le mouvement s’est propagé ensuite aux cazas de Guevache et de Chfak. Dans la ville même de Van le mouvement insurrectionnel a été encore plus violent ; d’importantes parties de la ville furent incendiées ; des centaines de personnes, tant militaires que civiles, assassinées. C’est ainsi que le Times du 8 Octobre 1915, enregistrait que les arméniens, armes en main, avaient réussi à reprendre la ville de Van et qu’à la bataille de Sari-Kamiche avaient pris part, de nombreux arméniens ottomans. Vers la même époque, plusieurs bandes arméniennes commandées par des officiers russes venant de Russie et de Perse ont tenté de franchir les frontières ottomanes. Ces bandes étaient munies de drapeaux portant ces inscriptions : “les arméniens sont délivrés,, et “l’Arménie est libre,,.

Après une courte résistance, la ville de Van fut occupée par les russes et les arméniens. La population musulmane restée dans la ville fut impitoyablement massacrée.

Des bombes, de la dynamite, des armes, des uniformes de gendarme, de trompettes militaires et des milliers de déserteurs ont été saisis à Diarbékir, Sivas, Souchehri, Merzifon et Amassia. Le Gouvernement Impérial qui, ne voulant pas soulever dans les circonstances actuelles une grave question d’ordre intérieur s’était tenu dans l’expectative sans aviser à aucune mesure répressive s’est vu, à la fin, forcé d’adopter les mesures — Plutôt préventives que répressives — propres a enrayer ces menées révolutionnaires en vue de mettre un terme a cette activité criminelle, il a dissous les comités arméniens et a ordonné la fermeture de leurs sièges tant à Constantinople que dans les Provinces." (p. 12-13)

Sur l’opération de police du 24 avril 1915 : Le 24 avril 1915, la décision des déportations vers la Syrie-Mésopotamie n’avait pas été prise

Que s’est-il passé à Istanbul le 24 avril 1915 ? Une vague d’arrestations contre la mouvance Dachnak-Hintchak

Sur les Arméniens à Istanbul : Istanbul, 1890-1896 : les provocations des comités terroristes arméniens

Empire ottoman tardif : pourquoi certains Juifs ont soutenu les attaques kurdes et lazes contre les Arméniens ? Yitzchak Kerem fait le point

Première Guerre balkanique : l’attitude des milieux arméniens et grecs d’Istanbul

Le nationalisme de Krikor Zohrab

"Génocide arménien" : les élites arméniennes d’Istanbul (après la descente de police du 24 avril) et les Arméniens d’Anatolie exemptés de déportation

Sur la bataille des Dardanelles : Halil Bey Menteşe : "nous tiendrons la tête haute, comme il convient à une nation noble et indépendante"

Les performances remarquables de l’armée ottomane en 1914-1918 : le fruit des réformes jeunes-turques

Henri Gouraud

Kemal Atatürk dans l’imaginaire de Philippe de Zara

Voir également : Le vaste réseau paramilitaire de la FRA-Dachnak dans l’Anatolie ottomane

Les sources documentaires ottomanes et russes démentent les mensonges de Taner Akçam

Automne-hiver 1914-1915 : le rôle militaire décisif des belligérants arméniens, d’après la presse française

Première Guerre mondiale : les Arméniens et les offensives russes en Anatolie

Les nationalistes arméniens, des idiots-utiles de l’expansionnisme russo-tsariste

Les volontaires arméniens de l’armée russe : des criminels de guerre

La bataille de Sarıkamış : les points forts et les faiblesses des deux armées en lice (ottomane et russe)

Le général Friedrich Bronsart von Schellendorf et les Arméniens

Atrocités arméniennes : une réalité admise par les Allemands contemporains (en public et en privé)

Les atrocités des insurgés arméniens en Anatolie orientale (avant les déportations de 1915)

Cevdet Bey (beau-frère d’Enver) à Van : un gouverneur jeune-turc dans la tempête insurrectionnelle

1914-1915 : la volonté de collaboration de la FRA-Dachnak avec l’Entente et contre l’Empire ottoman

Empire ottoman : les Arméniens et la question cruciale des chemins de fer La gouvernance de Cemal Paşa (Djemal Pacha) en Syrie (1914-1917) Les témoignages américains sur la tragédie arménienne de 1915 La déportation des Arméniens de 1915 : une réponse contre-insurrectionnelle


Voir en ligne : http://armenologie.blogspot.com/202...


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