23 mai 2024

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100e anniverssaire de la république de Turquie

Jacques Delors : « Aujourd’hui, après ce que nous avons promis, dire non à la Turquie serait contribuer à des rancœurs, des divisions, à des mouvements de masse qui mettent en danger la paix et la compréhension mutuelle entre les habitants de la planète. »


Société

Turquie-UE : Où en est la Turquie ?

Publié le | par Sophie C. | Nombre de visite 596
Turquie-UE : Où en est la Turquie ?

Où est la Turquie ? En Europe ou en Asie ? Ni l’histoire ni la géographie n’apportent une réponse catégorique à cette grande question. En effet si on place les limites du continent au Bosphore, seuls 3% du territoire turc sont en Europe, cela constitue le principal argument des opposants à l’adhésion de la Turquie.
L’opinion publique européenne s’oriente-t-elle vers un rejet de cette candidature ? Dans un sondage publié en 2004, l’idée d’une adhésion de la Turquie était rejetée par 68% des Français et 63% des Allemands.
(voir aussi le sondage réalisé par Morgane Lang auprès des élèves du Lycée).
Une histoire commune.
Personne ne peut nier l’implication de la Turquie dans l’Histoire de l’Europe depuis 500 ans. En effet depuis la conquête de Constantinople en 1453 par les armées du sultan Mehmet II, l’Empire ottoman est un acteur majeur de l’Europe dont les frontières s’étendent, sous Soliman le Magnifique, jusqu’au nord de Budapest, englobant la Hongrie, la Moldavie, la Serbie, la Bulgarie et la Grèce actuelles. La plupart de ses sultans furent d’origine européenne et, jusqu’en 1922, le titre des sultans demeurait officiellement « empereur des Romains » en référence à leur prédécesseur le basileus de Constantinople. On peut aussi souligner l’importance du droit romain, héritage légué là-aussi par Byzance, qui a influencé la politique intérieure de l’Empire (citoyenneté juridique). L’Empire ottoman a, aussi, participé à de nombreuses guerres européennes, comme en témoigne la création par les Habsbourg d’Autriche d’une zone tampon appelée « confins militaires » afin de juguler l’avancée ottomane en 1522. Ces confins situés en Croatie, en Hongrie et en Voïvodine , le long de la frontière ottomane, conféraient un statut particulier aux les réfugiés (chrétiens) fuyant les Ottomans comme les Serbes orthodoxes.
Enfin un des grands arguments favorables à l’adhésion de la Turquie réside dans le fait que la Turquie est le seul pays musulman doté depuis trois-quarts de siècle d’un Etat laïque, même si cette laïcité a été imposée par volonté de moderniser le nouvel Etat issu de la Première guerre et ne correspond pas à l’histoire du pays, comme elle y correspond en France. Elle semble d’ailleurs s’effriter aujourd’hui avec le renouveau religieux, dont témoigne le retour du voile et le vote islamo-conservateur (AKP).
Une adhésion qui relève surtout du géopolitique.
Avec environ 77 millions d’habitants, la Turquie effraie les populations des pays de l’Union européenne car elle serait une des premières nations en termes de population : son pouvoir politique au sein de l’UE serait relativement important de part le nombre de députés et son poids dans la majorité qualifiée au Conseil des ministres. Cependant la Turquie, avec un taux de fécondité de 2.1% et une population relativement jeune (24.4% de la population a moins de 15 ans), pourrait donner un « coup de jeune » à cette Union vieillissante.
Mais la relation que la Turquie entretient avec son turbulent voisin iranien inquiète Paris et Berlin : en effet le Premier ministre turc M. Erdogan considère que l’Iran de Mahmoud Amadinedjad ne présente pas de danger pour la région et que le soutient de celui-ci au Hamas et au Hezbollah est « vraisemblablement secondaire ». On voit que la Turquie tente de renforcer ses liens avec ses voisins moyen-orientaux. On imagine bien alors qu’une Turquie à la fois membre de l’UE et disposant d’un fort crédit au Moyen-Orient serait un atout incontestable pour peser auprès des éléments les plus radicaux de la région.
Des liens économiques très forts entre Turquie et UE.
Trois décennies d’hyperinflation ont longtemps constitué un frein majeur à la candidature de la Turquie à l’UE. Mais aujourd’hui, l’économie turque connaît une forte croissance et, d’autre part, la plupart des problèmes d’inflation se résolvent. L’inflation annuelle de 75 % dans le milieu des années 1990 a été réduite à 6 % ces dernières années. Entre 2002 et 2008, la croissance économique moyenne est de 6.4% par an. Toutefois, la Turquie est fortement touchée par la crise, en témoigne son taux de chômage de plus de 15%.
L’UE constitue le premier partenaire commercial de la Turquie qui absorbe environ 50 % des exportations turques. Les échanges commerciaux avec la Grèce sont en forte hausse depuis la fin des années 1990, suite à l’amélioration des relations politiques. De 1999 à 2003, les exportations turques vers la République hellénique ont presque triplé, et les importations ont crû d’un tiers.
Le respect des Droits de l’homme et de la démocratie est indispensable pour adhérer à l’UE.
Dans son rapport du 11 janvier 2007 sur le rôle des femmes en Turquie dans la vie sociale, économique et politique, le Parlement européen souligne diplomatiquement « le ralentissement du processus de réforme au cours de l’année dernière et la persistance des problèmes dans le domaine des droits de la femme ». Ce rapport pointe du doigt les nombreuses violences faites aux femmes notamment les violences domestiques, les mariages forcés et la polygamie.
De plus la « question kurde » occupe une place importante dans le respect de la démocratie. En effet la Commission souligne que, conformément aux règles communautaires qui instituent le respect des minorités, le gouvernement turc devrait accepter l’apprentissage et l’utilisation de la langue kurde dans l’éducation nationale.
Enfin le refus de la Turquie de s’aligner sur les thèses arméniennes de "génocide" car le sujet fait polémique parmi les historiens constitue un frein important à son adhésion.

La Turquie satisfait aux critères économiques de Copenhague (pour l’élargissement) et présente des atouts puisqu’elle occupe une position stratégique entre Occident et Orient. De plus comme le déclare Jacques Delors : « Aujourd’hui, après ce que nous avons promis, dire non à la Turquie serait contribuer à des rancœurs, des divisions, à des mouvements de masse qui mettent en danger la paix et la compréhension mutuelle entre les habitants de la planète. »
Même s’il est clair que certaines des politiques de l’Etat candidat s’opposent aux valeurs démocratiques de l’Europe.

Par par Augustin Quillet pour le Club Union Européenne


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