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REVUE DE PRESSE SPECIALE MUNICIPALES D’ISTANBUL BIS : ELECTIONS DU 23 JUIN

Ecrit par Dilek, Pakize, 2019-06-27 01:38:41


«  Qui gagne Istanbul, gagne la Turquie  »

Recep Tayyip Erdoğan

Les municipales d’Istanbul du 31 mars, invalidées par le Haut Conseil Electoral après des recours du parti islamo-conservateur, arguant d’"irrégularités massives", une nouvelle élection s’est tenue ce dimanche 23 juin. Le candidat du parti républicain du peuple (CHP), Ekrem Imamoğlu obtient à nouveau haut la main le siège de la métropole de 16 millions d’habitants avec plus de 800 000 voix de plus que son rival Binali Yıldırım, le candidat AKP. Nettement supérieur au premier scrutin où il y avait 13000 voix d’écart. Sa victoire à 54% avec un taux de participation de 84% met fin à 25 ans de règne du parti islamo conservateur.

La presse francophone a suivi de très près cette élection fatidique. A l’unisson, elle n’hésite pas à employer des adjectifs et superlatifs liés au revers électoral « C’est une défaite colossale pour Yıldırım, mais aussi pour Erdoğan », estime Berk Esen, professeur associé à l’université Bilkent, à Ankara, rapporte LCI. LIBERATION , de son côté, prédit des jours difficiles pour le Chef d’état. Mais l’enseignante à Sciences Po, Jana Jabbour rappelle dans L’ORIENT LE JOUR que, malgré la perte d’Istanbul, « les petites municipalités de la ville sont majoritairement détenues par des maires AKP » et que « si l’AKP le décide il peut largement paralyser l’action du nouveau maire » ajoute la spécialiste.

Un pouvoir qui salue la victoire du nouveau maire

L’adversaire Binali Yıldırım fait bonne figure en félicitant le vainqueur avant le résultat officiel. Le président Erdoğan, quant à lui, a adressé un message à travers son compte tweeter et relayé par les médias francophones « Je félicite Ekrem Imamoğlu qui a remporté l’élection selon les résultats non officiels ».

Les journaux pro gouvernementaux tels que Sabah, restent mesurés et mettent plutôt en avant le tweet du président plutôt que le discours du vainqueur, signale FRANCE CULTURE. Mais Hürriyet, généralement policé, a publié au lendemain de la victoire une photo d’Imamoğlu et de sa femme, Dilek, en titrant «  le choix d’Istanbul  ».

Après le discours de M. Yıldırım, Ekrem Imamoğlu s’exprime à son tour depuis son QG en déclarant que sa victoire marquait « un nouveau début, une nouvelle page qui s’ouvre à Istanbul. C’est un nouveau départ qui apportera à Istanbul la justice, l’égalité, la tolérance et la débarrassera du gaspillage, de l’arrogance, de l’ostentation, de la polarisation. La Turquie entière a gagné ce soir » et s’est dit prêt à travailler en harmonie avec le président en s’adressant directement à lui, relaye notamment RFI. Il ajoute « à partir d’aujourd’hui, les valeurs de justice, d’égalité, de respect et d’amour l’emporteront sur toutes les autres. », peut-on lire dans LE MONDE.

Ekrem Imamoğlu : une force tranquille

Mais qui est cet homme ? Inconnu du grand public jusqu’à sa candidature, le MONDE le présente comme un entrepreneur énergique de 49 ans, père de trois enfants. L’homme a fait ses preuves dans l’arrondissement de Beylikdüzü, sur la rive européenne d’Istanbul, dont il a été maire de 2014 à 2019. LA CROIX lui consacre un article et se penche sur sa personnalité : calme, posée, discrète, résume-t-il. Il est né à Trabzon (nord-est), sur les bords de la mer Noire, Ekrem Imamoğlu a étudié l’administration des affaires à l’université d’Istanbul, avant de décrocher un master en management. Il a ensuite travaillé pour l’entreprise de construction familiale avant de se lancer en politique il y a une dizaine d’années sous la bannière du CHP. Il a mené une campagne de proximité «  Ma principale arme sur le terrain, c’est la technique plurimillénaire du bouche-à-oreille  », déclare-t-il. Il a promis une aide annuelle de 6 000 à 12 000 livres turques pour les familles dans le besoin, et l’ouverture de crèches.

Sa réputation d’être un rassembleur lui a valu la sympathie des citoyens mais "Ekrem Imamoğlu est conscient que dans le régime présidentiel actuel, avec la recentralisation des politiques urbaines et un contrôle du ministère des Finances par Ankara, il devra composer en permanence et cogérer la métropole. C’est dans la logique de son style politique, qui n’est pas frontal", analyse Jean-François Pérouse, spécialiste de la Turquie dans L’ECHO.
Privé des médias traditionnels sous la coupe du régime, Ekrem Imamoğlu a su se saisir des réseaux sociaux durant sa campagne. Ses vidéos « programme » d’une minute trente sur YouTube ont animé toute la période préélectorale. Il compte désormais près de 3 millions de followers sur Twitter, peut-on lire dans LE NOUVEL OBS.

Ivresse d’une part et désolation de l’autre

Les Stambouliotes, certains ayant écourté leurs vacances pour voter en masse, se sont rassemblés dans les rues d’Istanbul pour fêter la victoire d’Imamoğlu. La ville s’est retrouvée noire de monde. Beaucoup ont agité les drapeaux et entonné l’hymne national ou dansé sur des chants traditionnels. Des scènes de liesse rarement vues ces dernières années, souligne LE NOUVEL OBS. De toutes les provinces du pays, des militants de CHP, parti fondé par Atatürk, sont venus en bus pour soutenir le candidat gagnant et fêter « le retour de la démocratie », informe LE MONDE.
Dans le camp AKP, colère et amertume dominent, les partisans se sont réunis devant le siège du parti explique LE NOUVEL OBS. Certains ont la larme à l’œil détaille-t-il et l’un d’eux estime qu’il faut en tirer les enseignements. Ils ont pour la plupart plus de 50 ans précise LE PETIT JOURNAL.COM.

L’usure du pouvoir

Les analystes et spécialistes tentent d’expliquer les raisons de ce revers électoral pour ce parti qui était une « machine à gagner les élections » entend-on sur le plateau de FRANCE24. LES ECHOS, par exemple expose la situation économique désastreuse du pays qui connait un chômage de 14%, une inflation de plus de 20%. De plus, ses relations avec ses partenaires de l’Otan sont de plus en plus conflictuelles comme l’illustre l’achat prochain de missiles russes S 400. La livre turque avait chuté après l’annulation du scrutin du 31 mars, et a reculé de 8% depuis le début de l’année, en partie du fait des remous électoraux. Après la victoire d’Imamoğlu dimanche soir, la devise turque s’est raffermie, ajoute EURO NEWS.

D’autre part, la lassitude probablement liée aux interventions militaires en Syrie, aux attentats meurtriers serait aussi une raison d’un désaveu, avance LIBERATION. De plus, la rhétorique de polarisation et vindicative du président n’a plus de succès.

Par ailleurs, l’opposition (principalement CHP et Iyi Parti) a réussi à unir ses forces autour du candidat Imamoğlu qui a donné l’image d’un homme combatif mais de paix et d’espoir avec le slogan « Herşey Güzel Olacak » (« Tout ira bien ») qui a été leur cri de ralliement. Le HDP, parti pro kurde a même appelé à soutenir le maire déchu. Une opposition unie, associée à la déception d’anciens électeurs du parti au pouvoir et au sentiment d’injustice, note FRANCE24 ont provoqué une mobilisation spectaculaire. L’AKP est accusé aussi bien par ses opposants et certains anciens électeurs de clientélisme et de corruption.

Ainsi, Ekrem Imamoğlu a bénéficié d’un mécontentement général. Comme le relève un des nombreux témoignages, entendu sur FRANCE INFO : « Je votais jusque-là pour l’AKP mais plus maintenant. Regardez la Turquie : on est en crise, il y a du chômage partout... Moi j’ai été viré il y a deux mois ; le patron n’avait plus de contrats, il a dû me licencier. Et si on en est là c’est bien de leur faute, à l’AKP ! L’AKP est au pouvoir depuis très longtemps, ici à Istanbul. Pourquoi ne pas essayer autre chose ? ».

La défaite entrainera-t-elle des changements au sein de l’AKP ?

De nombreux observateurs s’attendent à un remaniement ministériel à Ankara ainsi qu’à des ajustements diplomatiques, indique la RTBF. « Cela va véritablement avoir un impact sur la politique turque à l’avenir, étant donné l’ampleur de la victoire. C’est un signal d’alarme pour l’establishment de l’AKP », analyse Sinan Ulgen, ancien diplomate turc. Il se pourrait qu’il y ait des élections anticipées signale le New York Times, cité dans la revue presse internationale de FRANCE CULTURE. La presse internationale s’accorde sur les failles du président et de son parti. Istanbul, la ville où sa carrière politique a débuté pourrait ainsi être aussi celle où commence sa chute. "Le rais Erdoğan n’est plus invincible", commente la Repubblica en Italie, ajoute la station.

Dans le média turc en ligne DIKEN, ainsi que l’a relayé LE COURRIER INTERNATIONAL, le journaliste Levent Gültekin, fin connaisseur de l’AKP, explique que « depuis longtemps, le mécontentement grandit au sein de la base électorale de l’AKP, mais aussi chez certains cadres du parti. Cette seconde défaite, après l’annulation des élections, va encore accélérer le processus d’effondrement du parti. Pour se maintenir au pouvoir, Erdoğan a besoin d’une nouvelle politique, d’un nouveau programme, de nouveaux cadres. Mais tout cela paraît difficile tant le parti et le pouvoir politique sont suspendus au régime d’un homme seul. On risque donc de voir les déçus de l’AKP multiplier les tentatives pour créer de nouveaux partis. ».

LE MONDE et RFI s’intéressent au discours du président devant les députés de son groupe parlementaire, deux jours après son tweet lapidaire. Il a déclaré qu’il prenait en compte «  le message transmis par le peuple » et qu’il allait se réunir avec son parti afin de déterminer « ses manquements, ses erreurs, ses désaccords » tout en écartant l’idée d’un remaniement ministériel. Il a rappelé par ailleurs que l’AKP était majoritaire au conseil municipal d’Istanbul, signal adressé au nouveau maire, présume RFI.

SOURCES :

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