mercredi 30 novembre 2022

Karaman, son château, ses mosquées et ses tombes

Publié le | par Hakan | Nombre de visite : 1973 |

La ville de Karaman est située à 1033 mètres d’altitude et les températures étaient proches de zéro lors de mon passage fin mars dernier. L’histoire de la région remonte à 8000 ans avant Jésus-Christ. On y a d’ailleurs fait de nombreuses découvertes datant des époques paléolithiques et néolithiques.



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Karaman
 
 

Connue d’abord sous le nom de Larende, Karaman a été la capitale des "Karamanoğulları", tribu des Karamanides. Celle-ci a conquis la ville en 1250 et créé le sultanat de Karamanie. A la chute de l’empire seldjoukide, la Karamanie reste indépendante jusqu’à son annexion à l’empire ottoman par le sultan Mehmet Ier (1387-1421).

Le 13 mai 1277, ce dernier impose par décret le seul usage de la langue turque dans les affaires de l’Etat, les couvents des derviches et toutes les réunions publiques. Cette date est célébrée tous les ans à Karaman comme "dil bayramı" (fête de la langue).

Le 15 décembre 1989, Karaman est devenue la 70ème province de la République Turque.

Parmi les vestiges que compte la ville, se trouve le château, construit à la fin du XIème - début du XIIème siècle. Quelques tours rondes alternent avec d’autres carrées, l’apparence de l’ensemble étant toutefois assez austère. Il a fait l’objet de plusieurs réhabilitations, notamment au XIIIème siècle, puis en 1468 par les Ottomans.

De nombreuses mosquées sont visibles dans la ville, certaines particulièrement célèbres telle la mosquée Yunus Emre construite au XIIIème siècle dans le centre-ville et restaurée en 1993-94. Elle accueille le "türbe" (tombeau) du célèbre poète Yunus Emre décédé en 1321.

La mosquée ne présente en soi aucun intérêt architectural spécifique et la petite pièce annexe abritant le türbe n’est visible qu’aux heures de prière...

Il n’est pas certain que Yunus Emre ait demeuré à Karaman, mais il n’empêche qu’on le célèbre dignement dans la ville et qu’une statue de taille a été élevée à son effigie.

La mosquée Aktekke - Mader-i Mevlâna, érigée en 1370 à la demande de Alaadiin Karamanoğlu, est située à quelques centaines de mètres de la mosquée Yunus Emre.

Un mur, orné de petits pinacles, court le long de la façade principale et entoure partiellement le bâtiment tandis qu’un ancien cimetière ottoman jouxte l’un de ses côtés.

A l’intérieur, par contre, la surprise est de taille : 21 membres de la famille de Mevlâna Celaleddin Rûmi reposent en effet en ces lieux.

La tombe de la mère de Mevlâna, Mü’mine Hatun, est isolée des autres dans un endroit clos.

La tombe de Mü’mine Hatun, mère de Mevlâna

On trouve également, sur place, les sépultures du frère aîné de Rumi et de divers proches.

Les lieux dégagent une atmosphère finalement très sereine, un rien mystique, et je n’aurais guère été surprise d’y entendre un poème de Mevlâna déclamé par une voix venue d’ailleurs.

A quelques pas de là, Hatuniye Medresesi s’élève majestueusement. Cette école coranique, édifiée en 1382 à la demande de Nefise Sultan, épouse de Alaaddin Karamanoğlu, est l’oeuvre de l’architecte Numan Bin Hoca Ahmet.

Le portail comporte notamment de belles frises. La medrese a fait l’objet d’une restauration en 2003 et est devenue depuis... l’adresse d’un restaurant.

Le musée de Karaman, situé à côté de la medrese, a ouvert ses portes en 1980, bien que le rassemblement des collections présentées ait commencé dès 1961.

Il comprend 33 vitrines et invite à la découverte de sections archéologiques (des périodes épipaléolithique, néolithique, ourartéenne et hittite notamment) et ethnographiques particulièrement intéressantes.

La section archéologique expose des centaines de pièces de différentes époques, des potiches (trouvées dans les grottes de la région), des sarcophages, le tout présenté de façon chronologique.

Partie d’un sarcophage romain très ouvragé

La partie ethnographique permet de voir des cloches, des armes, d’anciens vêtements traditionnels de la région, des parures de tentes, des selles de chevaux, des lampes à gaz, des instruments de mesure pour le blé, la semoule, etc, un véritable inventaire à la Prévert.

On trouve même dans le musée un ancien habitant de la région...

Une vitrine abrite aussi différents Corans, certains de toute beauté et d’un âge avancé (1275 - 1295 et 1394 par exemple).

Pour profiter d’une visite étendue du musée, un album a été mis en ligne dans la rubrique correspondante.

Un rendez-vous prévu à Silifke m’a empêché de rester plus longuement dans cette ville de Karaman qui aurait sans doute mérité que j’y passe quelques heures supplémentaires...

Source : Du Bretzel au Simit

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