EURTRY:

Accueil > Nos rubriques > Editos & Tribune libre > L’IMMIGRATION TURQUE EN EUROPE

L’IMMIGRATION TURQUE EN EUROPE


Ecrit par Dilek, 2017-09-17 21:56:04


La diaspora turque est estimée à plus de 5 millions de personnes dans l’Union européenne (de nationalité turque et double nationalité). L’Allemagne en compte environ 2,7 millions, la France plus de 400 000, près de 400.000 aux Pays-Bas, 300.000 au Royaume-Uni, 250.000 en Autriche, 150.000 en Belgique, plus de 50.000 au Danemark. De son absence coloniale, l’immigration turque ne se polarise pas sur une zone bien spécifique.

L’immigration turque en Europe est l’une des dernières vagues à bénéficier de la « miraculeuse » croissance économique des pays européens

En 1963, l’Allemagne et la Turquie signent des accords pour le recrutement de travailleurs turcs. Par la suite de 1964 à 1970 des conventions bilatérales sont signées avec d’autres pays européens comme la Belgique, l’Autriche, la France, la Hollande. Ainsi les travailleurs turcs peuvent élargir leur champ migratoire. Un tiers de ces immigrés a moins de 18 ans (dont 80 % sont nés et sont scolarisés en Europe).

L’Allemagne accueille donc plus de deux tiers de l’immigration turque d’Europe. En effet elle est la première à faire appel à une main d’œuvre turque. Elle bénéficie des travailleurs qualifiés et essentiellement urbains « 68 % proviennent des zones les plus développées » Murat Vasif Erpuyan estime que la cause de cette immigration en Allemagne est le fait d’un « hasard ». Des techniciens turcs sont invités en Allemagne en 1956 et 1957 suite à une étude réalisée par l’université de Kiel et le patronat allemand. Cette expérience ayant échoué, ces travailleurs trouvent d’autres emplois et s’installent avec leurs familles. Des entrepreneurs allemands prendront l’initiative de faire venir d’autres travailleurs avec la coopération des chambres de métiers de Turquie. Comme le rappelle De Tapia « c’est le patronat allemand qui s’est porté au devant des travailleurs turcs-et non le contraire ». En 1961, l’État allemand signe des accords avec la Turquie afin « d’encadrer le flux de travailleurs immigrés ». Ainsi les demandeurs d’emplois se ruent dans des agences de recrutements dans l’espoir de profiter de la croissance économique. Entre 1968 et 1973, l’immigration turque est à son apogée. Avec la crise économique qui touche toute l’Europe, l’Allemagne et les autres pays européens tentent de freiner la vague d’immigration. Les immigrés craignent de retourner en Turquie qui est également touchée par la crise et connaît par ailleurs une instabilité politique et économique. Les mesures prises comme la fermeture des frontières en 1973-1974 ne résolvent pas la question des « gastarbeiter » (travailleur invité). Les Turcs adoptent des stratégies pour pouvoir rester comme le regroupement familial. En 1980, on compte environ 600000 ressortissants turcs en Allemagne. Toutes les initiatives entreprises par l’État allemand comme l’aide financière au retour définitif se soldent par des échecs. Dans le début des années 80, un autre type d’émigration apparaît : les demandeurs d’asile politique qui ont fui la Turquie, certains à cause du coup d’état militaire de septembre 1980.

L’immigration turque en France

Selon l’INSEE en 2013, le nombre de Turcs est de plus de 216 000 (dont environ 102 000 femmes),- soit 5 % de l’ensemble des étrangers vivant en France. Selon Les consulats turcs de France, le chiffre est estimé à un peu plus de 611 000 Turcs et Franco-Turcs en France, dont 800 000 le nombre de personnes en situation irrégulière venues de Turquie. Toujours selon ces consulats, la diaspora turque en France est essentiellement concentrée à Paris (environ 270 000), à Strasbourg (environ 135 000), à Lyon (environ 130 000) et à Marseille (environ 62 000).

En 1965, la France signe des accords et recrute de la main d’œuvre dont elle a besoin. Contrairement à l’Allemagne, l’immigration turque est plutôt rurale. Dans les années 70, les premiers migrants travaillent dans les usines de la région parisienne. Les Turcs les moins qualifiés occupent des emplois où « on utilise des technologies plus ou moins obsolètes, tels le forestage, bois, fonderie et métallurgie, et surtout bâtiment, travaux publics, confection ». Cette immigration est essentiellement masculine. La plupart des candidats pour l’Europe sont mariés avec des enfants mais pensant leur séjour temporaire, ils laissent leur famille au pays. Pour eux, l’exil européen répond à leurs souhaits d’atteindre plus vite « un niveau économique et social supérieur à celui offert sur place ».

Suite au choc pétrolier, le gouvernement français décide de fermer ses frontières (1973-1974). De peur de ne plus pouvoir aller et venir librement en Turquie, les travailleurs turcs préfèrent ramener femmes et enfants en France. Cette politique de regroupement familial (liée à une plus grande fermeture des frontières) trace un nouveau visage de l’immigration turque. La présence des enfants, qui sont scolarisés et grandissent avec une double appartenance culturelle, va profondément remettre en cause l’aspect provisoire de cette immigration. La France également dans les années 80 accueille des opposants au régime turc qui ont fui la Turquie après le coup d’état militaire de 1980. Les immigrés voyant leurs enfants grandir et leur séjour se prolonger décident de les marier avec des jeunes hommes et femmes de Turquie, dans l’idée de préserver l’identité culturelle et religieuse turque. La population turque souhaite rester fidèle aux valeurs d’origine. Cet attachement se traduit par un regroupement qui permet de poursuivre des pratiques sociales, culturelles et cultuelles.

Nombreux chercheurs (Tribalat, Kastoryano) souligne le particularisme de la diaspora turque d’Europe qui se caractérise par son « repli communautaire » et des stratégies de défense des traditions. Cette analyse peut être en partie vraie. Cependant malgré toutes les stratégies adoptées, la deuxième génération ayant grandi et suivi sa scolarité a eu des interactions avec la société française (c’est le cas aussi des primo-arrivants) et celles-ci ont certainement agi dans la construction de son identité et de ses représentations sociales.

Pour plus d’informations
-  https://ovipot.hypotheses.org/10229
-  Kastoryano R. – les immigrés. – in Yeranimos S.(dirigé par). – 1994- Les Turcs : Orient et occident, islam et laïcité. – Ed. Autrement. – Série Monde no. 76, p. 97.
-  De Tapia S., Dumont P., Jund A.-1995- Enjeux de l’immigration turque en Europe.- Ed. L’Harmattan
-  De Tapia S- Le champ migratoire turc et l’Europe in De Tapia .S. Dumont P. , Jund A.-1995- Enjeux d’immigration turque en Europe.- Ed. L’harmattan
-  Irtis-dabbagh,V- Les jeunes issus de l’immigration de Turquie : état des lieux, analyse et perspectives. L’Harmattan, « logiques sociales » 2003
-  Kaya, A : Kentel, F.-Euro-Turks : a bridge, or a breach, between Turkey and European Union (les Euro-Turcs : un pont ou une brèche entre la Turquie et l’union européenne) septembre 2004
-  Rigoni I(coordiation)– Turquie les mille visage- Ed Syllepse_ 2000
-  Revues et articles
-  L’obervateur/ gozlem- octobre 2001-no. 8 Multitudes/ Altyazi- CFAIT- décembre 2003-no 6 –7
-  Petek-Salom, G.-Les ressortissants turcs en France et l’évolution de leur projet migrotoire-N° 1212 - mars-avril 1998 -Immigrés de Turquie- (Dossier coordonné par Gaye Petek-Salom )
-  Nicoué Broom,O-deuxième - revue éthiopique numéro 79-semestre 2007
-  Rigoni, I.- octobre 2001-Les voix plurielles des migrants de Turquie- Revue l’Observateur/ Gözlem- no. 8, p.3

Mot-clé :
Opinion
Plan du site | RSS 2.0 | Copyright Turquie News 2006-2019 | Mentions légales PageRank