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Un expert américain récuse les allégations arméniennes

Ecrit par Kerem, 2012-12-06 04:39:13


Nous vous proposons de découvrir la traduction de l’interview de Michael Reynolds, professeur à l’Université Princeton (USA) donné à "Azeri News".

Traduction exclusive pour Turquie News par Kerem.


Le développement des technologies modernes a permis le rapprochement des personnes géographiquement éloignées. Toutefois, le meilleur moyen de faire connaissance reste le contact direct. C’est de cette façon que Michael Reynolds, professeur à l’université de Princeton, choisit de découvrir la région du Caucase et notre pays, l’Azerbaïdjan, en particulier. Comment lui en est-il venu l’idée ? Quelles sont les conclusions de l’historien américain au sujet de l’Azerbaïdjan et de sa population ? Il fit part de ses observations et autres impressions à “Azeri News”.

Comment en êtes-vous venus à vous intéresser aux pays caucasiens et à l’Azerbaïdjan en particulier ?

Je poursuivais des études à l’université Harvard en sciences politiques et comme tant d’autres comme moi vers la fin des années 1980, je vouai un certain intérêt pour la Russie et j’envisageai d’en apprendre la langue. Je me suis donc rendu à Moscou où j’ai suivi des cours au MISiS, établissement que je choisis uniquement parce qu’il s’y trouvait un département dédié à l’apprentissage de la langue russe pour les étrangers. Et je m’étais épris pour le sport et notamment pour l’haltérophilie qui était, certes, très impopulaire auprès de la population américaine mais qui est une discipline dans laquelle l’Union soviétique excellait. Ce fut là le début de mon aventure.
Dans le complexe sportif du CSKA, je fis la rencontre d’Ovsat, le manager, un Azerbaïdjanais de Derbent. Je nouai rapidement des liens d’amitié avec lui.
Un an plus tard, je retournai à Moscou et repris contact avec Ovsat. Par ailleurs, une bonne partie des haltérophiles était constituée d’Azerbaïdjanais et de personnes originaires des autres pays du Caucase.
Ils se distinguaient sensiblement des Russes avec lesquels je fus amené à rencontrer dans le passé. Et bien qu’étant toujours en Russie, je compris que j’étais là face à une autre culture qui était selon moi digne d’intérêt et je décidai d’en savoir davantage. Sur ce, je me rendis à Derbent. J’en appréciai toutes les facettes : aussi bien sa population que son histoire qui d’ailleurs attira énormément mon attention car le facteur historique était selon moi probablement la principale cause des mécanismes politiques à l’œuvre aujourd’hui. Ainsi, naquit en moi la passion pour l’Est et surtout pour les pays turciques : Azerbaïdjanais du Daghestan, la Turquie et enfin votre pays.

Qu’avez-vous fait après la fin de vos études à Harvard ?

Je me suis investi dans une carrière d’avocat. Presque tous les membres de ma famille exercent ce métier qui est, comme vous pouvez l’imaginer, assez lucratif aux États-Unis. Aussi nous, les Américains, sommes connus pour notre pragmatisme. Je décidai donc de me rendre de nouveau à Moscou pour travailler dans un cabinet juridique américain, gagner beaucoup d’argent et par la suite m’employer à l’étude du sujet qui retenait alors toute mon attention : la Première Guerre Mondiale et la chute des empires russe et ottoman.
J’entrepris donc la lecture d’ouvrages historiques et me lançai dans l’apprentissage de langues étrangères. A ce moment-là, j’avais réalisé qu’il m’aurait été très difficile de réaliser tous mes projets en les remettant à plus tard ; après une brève carrière de deux ans, je décidai d’abandonner le droit pour me consacrer à cette étude qui me passionnait. Je ne vis pas d’autres alternatives à cela. J’étais convaincu que je devais le faire sans plus tarder. J’intégrai donc un programme PhD (doctorat de recherche), d’abord à l’université Columbia puis à la Faculté des Études Orientales de l’université de Princeton.

Pourquoi avez-vous choisi la Turquie de tous les pays du Caucase ?

J’avais fait le constat que la Turquie était un pays qui avait été peu étudié par les historiens américains et que, hélas, les autres pays du Caucase l’étaient d’autant moins. J’ai donc dû me contenter des maigres informations dont je disposais. A Princeton, je débutai mes travaux avec l’un des plus célèbres experts occidentaux spécialisé dans l’étude des Jeunes Turcs, Mammad Shukyurhan-oglu qui préside aujourd’hui notre département d’études et qui approuva mon intérêt pour l’histoire de la Turquie. Son grand-père était un Koumyk (peuple d’origine turcique), officier au sein de l’armée tsariste qui avait quitté la Russie pour la Turquie après la révolution d’Octobre. Au début, je n’avais aucune idée du sujet que j’allais soutenir dans ma thèse, mais je souhaitais vivement réaliser une étude traitant aussi bien de la révolution russe que de la chute de l’empire ottoman. Cela me sembla être un projet de recherche intéressant à mener.

La période de la Première Guerre Mondiale dans cette région a été si négligemment étudiée que certains historiens assimilaient les Jeunes Turcs aux Nazis. Pour ma part, ce préjugé relevait de leur ignorance de la réalité historique. Les Jeunes Turcs ne pouvaient pas avoir pour ambition d’établir un nouvel empire au même titre que les Nazis puisque l’Empire ottoman était à l’agonie et ils ont dû réagir seulement pour le salut d’un pays qu’ils savaient menacé. Lorsque j’ai commencé à me pencher sur l’histoire des relations entre les différents groupes ethniques présents dans cette région et à examiner minutieusement les événements qui eurent lieu durant la première Guerre Mondiale, je compris où se situaient les origines des allégations portées contre les Jeunes Turcs. Bien évidemment, je veux faire référence ici à l’influence exercée par les Arméniens dans la diffusion de ces préjugés.

Je me rendis à Istanbul afin de mener des études aux archives de la ville. Pendant deux ans, j’ai procédé à l’examen des documents de la Première Guerre Mondiale. Puis, je poursuivis mes recherches pendant deux ans aux archives de l’état-major général de la ville d’Ankara où je fis la découverte de plusieurs documents pour le moins stupéfiants datant de la période qui m’intéressait. Je pus collecter la matière et les informations nécessaires à la rédaction de ma thèse. Cependant, je me devais de recouper les données recueillies avec des sources russes, c’est pourquoi je me rendis cette fois à Moscou où je parvins à avoir accès à l’un des centres d’archives d’envergure nationale, à savoir les archives regroupant les documents relatifs aux politiques étrangères menées par l’Empire russe, et ainsi qu’à d’autres établissements d’archives réputés.
Il y a dix ans, je présentai ma thèse qui aboutit alors à une monographie intitulée “Effondrement d’empire : la lutte russo-ottomane pour l’Anatolie et le Caucase de 1908 à 1918”. Le mot “Effondrement” est un terme qui revêt deux significations évoquant la destruction et la chute. En effet, il est question de chute d’empires et de destruction (ou du moins de bouleversement) de la vie de leurs peuples.
En outre, je dois reconnaître que je tire une certaine satisfaction de la distinction attribuée à cette étude par la principale organisation réunissant les historiens des États-Unis, “The Association of American Historians”, en lui décernant le titre de “meilleur ouvrage d’Histoire internationale”.

Avez-vous fait des investigations lors de vos recherches au sujet du soi-disant “génocide arménien” dans l’Empire ottoman ?

Comme vous le savez, on ne peut ne pas être confronté à la question lorsque l’on examine cette période de l’Histoire. Les chiffres des victimes arméniennes en Turquie énoncés par les sources arméniennes semblent éloignés de la réalité. Selon moi, ceux-là sont surestimés pratiquement du double de ce qu’ils sont réellement et chaque année ces chiffres ont tendance assez curieusement à croître.
J’étais inquiet concernant les réactions de mes collègues face aux travaux que j’avais publiés car celles-ci constituaient un des facteurs qui allait déterminer la poursuite ou non de mes travaux au sein de l’université dans laquelle j’enseignais depuis six ans. Aux États-Unis, il existe une pratique courante qui consiste pour tout professeur ayant déjà enseigné six ans dans le secondaire, à envoyer ses travaux à ses collègues historiens (à environ la moitié d’entre eux soit une vingtaine de personnes), et ces derniers donnent leur avis sur son travail. Et il suffit que l’un d’entre eux ne l’apprécie pas pour que l’université décide de mettre un terme au contrat conclu avec elle.

L’année dernière, l’université de Princeton pris la décision de proroger mon contrat. Parmi les chercheurs ayant apprécié ma monographie, il y eut Ronald Suny, savant émérite américain d’origine arménienne. Sur le site Wikipédia, un certain nombre d’historiens et journalistes vivant en Arménie accusent les principaux arménologistes occidentaux, et notamment Suny, de falsifier délibérément l’Histoire de l’Arménie. Le célèbre Zori Balayan a qualifié le livre de Suny “Looking at Ararat : Arménia in Modern History” de “plaisanterie”.
L’événement connu de toute la communauté universitaire et qui marqua les esprits eut lieu à l’occasion d’une conférence organisée par l’université américaine à Erevan. Au cours de celle-ci, Suny affirma qu’au milieu du XIXe siècle les Arméniens représentaient un groupe ethnique minoritaire dans la région d’Erevan et que, par conséquent, celle-ci ne peut être considérée comme ayant été une zone de peuplement arménien. La conférence a dû être interrompue et Suny fut contraint de quitter la salle par une porte dérobée. Cela signifia une chose : Suny est un historien honnête et correspond aux convictions que je me suis forgées depuis le début ma carrière qui est de rechercher et de dire la vérité.

Vous êtes un célèbre chercheur spécialisé en histoire. Quelles sont les raisons de votre attrait pour notre passé et quelle sera la période que vous comptez étudier prochainement ?

J’ai un devoir moral envers mes amis azerbaïdjanais et surtout envers Ovsat Ovsatov qui, en toute sincérité, a littéralement changé ma vie. Si je n’avais pas rencontré cet homme, peut-être ne serais-je pas devenu ce que je suis aujourd’hui. D’autres Azerbaïdjanais ont également joué un rôle important dans ma vie.

J’ai donné une série de conférences à l’université sur “l’Architecture et la Culture dans l’Empire ottoman” ce qui éveilla chez moi l’envie de visiter les mosquées et les musées d’Istanbul. En 1991, je réalisai mon rêve avec l’aide de Hafiz Suleymanov, un Azerbaïdjanais fervent défenseur de la Turquie à cette époque et qui remporta à plusieurs reprises les compétitions d’haltérophilie auxquelles il participa. Je lui suis pleinement reconnaissant. Par ailleurs, j’ai donné des cours que j’ai nommé “Introduction to the Causasus” (Introduction au Caucase) pour des étudiants de tout niveau, parmi lesquelles se trouvaient vos compatriotes. Il m’est bien-sûr impossible de citer toutes les personnes qui m’ont apporté leur aide.

En définitive, je devais remplir mon devoir d’historien. L’Azerbaïdjan possède une richesse historique incomparable qui reste méconnue pour une grande partie des pays occidentaux, mais "grâce aux Arméniens” celle-ci est enseignée de façon erronée. Ces derniers prétendent que les Azerbaidjanais sont cruels avec eux, simplement parce qu’ils sont un peuple turc ; de plus, l’Azerbaïdjan faisaient partie de l’Empire russe, ils devaient donc être doublement plus cruels. Ceci est la raison pour laquelle je veux rétablir la justice historique à propos de l’Azerbaïdjan et les Azerbaïdjanais.

Contrairement à mon premier livre dans lequel je dresse un tableau sombre et macabre en décrivant les morts et les souffrances causées par la guerre, mon deuxième livre, lui, fait place à beaucoup plus d’optimisme.
L’ADR (The Azerbaijan Democratic Republic), première République démocratique du bloc de l’Est, fut remplacée par un gouvernement soviétique qui effaça quasiment toute trace de son existence passée. Même dans les pays de l’Ouest, quasiment tout le monde ignore l’ampleur du processus démocratique dans lequel s’était engagé l’Azerbaïdjan à cette époque. Pour la première fois, on accorda aux femmes les mêmes droits que les hommes, les minorités furent représentées au Parlement. Les sciences, l’opéra national, entre autres, connurent un développement sans précédent ; on peut affirmer que votre pays a été un précurseur dans tous ces domaines.
En Occident, il est communément admis que la Turquie fut le premier pays de l’Est à mettre en place un système républicain. Or, c’est l’Azerbaïdjan qui exerça un rôle considérable dans la construction de la république turque. Quant à l’Iran, les spécialistes de ce pays, qui sont en général d’origine perse, n’évoquent jamais dans leurs études le rôle joué par l’Azerbaïdjan au cours de la Révolution Constitutionnelle iranienne de 1909 lors de laquelle les Azerbaïdjanais de Bakou vivant en Iran y importèrent leurs convictions démocratiques. Bien-sûr, nous sommes bien conscients de tout cela, contrairement aux Occidentaux, hormis les chercheurs comme Tadeusz Svyatohovsky et Alexander Bennigsen.

Il circule même une théorie parmi les cercles de savants occidentaux selon laquelle l’Empire russe et l’Empire ottoman, du fait de leur caractère multiethnique, disparurent en raison de mouvements nationalistes. Toutefois, les documents relatant les activités de l’ADR que je possède me permettent de réfuter cette hypothèse.
Je tiens à dire que je fus étonné de découvrir que les dirigeants de la Première République, en dépit des événements de mars 1918 provoqués par les Arméniens, ont œuvré pour la réconciliation des deux peuples au point de céder Erevan aux Arméniens afin qu’ils eussent leur propre capitale.

Lien/Source : http://vestnikkavkaza.net/articles/...

Arménie Azerbaïdjan histoire Question Arménienne
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