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Le Kémalisme ou la démocratie en mouvement

Ecrit par Ilker TEKIN, 2012-10-30 07:03:26


Illustration : Mausolée de Mustafa Kemal Atatürk - Ankara

La République de Turquie, laïque et démocratique, fondée par Mustafa Kemal Atatürk en 1923 à la suite d’une guerre d’indépendance est la cible principale des internationalistes islamistes et de leurs soutiens.

Le but de ces derniers étant de créer la « oumma » c’est-à-dire la « communauté » des Musulmans, indépendamment de leur nationalité, les concepts de « nation », de « frontières », d’ « identité » autre que religieuse leur étant ennemis.

Hormis le fait qu’une telle « oumma » est illusoire [1], elle est également dangereuse. En effet, d’une part, elle place les codes religieux au centre ou au-dessus des rapports entre les hommes ce qui, à l’inverse des codes civils laïcs, ne permet qu’une sorte de rapport à l’autre et constitue un appauvrissement, une régression. D’autre part, le concept de « oumma » affaiblit également la « politique », les rapports politiques, en supposant que seule l’appartenance religieuse règle tous les différends, ce qui ouvre grande la voie aux conflits et aux extrémismes.

Ainsi, dans ce cadre, la République de Turquie est-elle une cible privilégiée. Seul Etat à majorité musulmane et laïc, elle représente une chance de conciliation entre modernité et traditions dans le monde musulman. Pour les internationalistes islamistes, elle est le pays qui empêcherait la « oumma » d’advenir – ce qui est une illusion, de la même manière que la croyance qui suppose que sans progrès techniques le monde se porterait mieux.

L’angle d’attaque de ces « anti-Turquie » (qui regroupent aussi bien donc les internationalistes islamistes mais également les activistes de la cause arménienne, celle de la cause kurde ou encore l’extrême gauche) est le « Kémalisme » (mouvement initié par le fondateur de la Turquie, Mustafa Kemal Atatürk) présenté tour à tour comme un « ultranationalisme », un « totalitarisme » ou un « racisme » représenté par une « élite hautaine » contre le peuple.

Conçu de cette manière, combattre le Kémalisme reviendrait alors à agir en tant que « démocrate » et de retrouver, en même temps, les « vertus » du système ottoman – califat, oumma etc – sans qu’on sache très bien pour quel but, ni dans quelle perspective politique, géopolitique sinon celui d’un retour fantasmé à un idéal ottoman.

Ainsi, il n y a rien de construit, de préparé, de conscient, de lucide aux réalités de notre monde, à son évolution philosophique, technique, culturelle dans ce mouvement « néo-ottoman », il repose sur un rêve comme un homme qui construirait sa vie sur un hypothétique gain à une grande loterie, or dans le monde, et surtout politique, les rêveries sont dangereuses et rapidement sanctionnées.

Le schéma « Kémalisme » = totalitarisme, donc « anti-Kémalisme » = démocrate, d’où la nécessité de revenir aux « vertus » de l’ère ottomane, se retrouve un peu partout dans les discours des internationalistes islamistes, en passant par les turcophobes et les extrêmes gauche.

Les accusations contre le Kémalisme

Ces articulations, nous les retrouvons par exemple dans un texte publié dans Zaman qui affirme :

« Il est un sujet dont la question ne saurait être soulevée sans se voir accuser d’emblée de haute trahison par une majorité de Turcs : le sacro-saint nationalisme. »

« Pourtant, de nos tolérants ancêtres ottomans, il ne nous reste plus grand chose si ce n’est quelques bribes d’hospitalité. »

« Pendant plusieurs décennies (1924-1950), une politique tout à fait volontariste à grand renfort de décrets, de programmes scolaires et de bourrages de crâne a été énergiquement menée autour du thème de la glorification du Turc et de la nation turque, au point où le mode opératoire kémaliste est parfois considéré, à juste titre, comme une variante à ce qui s’est fait sous les totalitarismes fasciste, nazi et bolchevik auxquels il est contemporain. »

« Quant à l’épisode ottoman, selon la version historique du kémalisme, il ne s’agirait que d’une parenthèse, d’une fâcheuse période dans l’histoire des Turcs, corrigée par l’avènement de la République »

« Aujourd’hui, bien qu’un certain intérêt pour le passé ottoman resurgisse positivement, le nationalisme exalté, héritage du kémalisme, demeure toujours profondément ancré dans l’inconscient collectif. »

Vu sous cet angle, il est vrai que l’héritage kémaliste paraît néfaste voire dangereux. Néanmoins, à côté du fait que ces accusations ne reposent sur aucun fait historique tangible, comme nous le verrons plus loin, il omet de mettre en lumière, si tant est qu’il en ait la connaissance, les réalisations de Mustafa Kemal Atatürk et du mouvement kémaliste à sa suite.

Parmi les réalisations marquantes citons à titre d’exemples :

- 1er Novembre 1922 : abolition du Califat.
- 29 Octobre 1923 : naissance de la République de Turquie.
- 17 Février 1926 : adoption du Code civil, inspiré du Code civil suisse, qui assure l’égalité en droit entre les femmes et les hommes.
- Novembre 1928 : réformes linguistiques et adoption de l’alphabet latin.
- 31 Mai 1933 : laïcisations des Universités.
- 3 Novembre 1934 : droit de vote accordé aux femmes pour les élections législatives. Dès 1930 les femmes turques ont le droit de vote aux élections municipales, en France ce droit sera accordé en 1945.

De grands hommes d’Etat, tels que Kurt Georg Kiesinger, Edouard Herriot, Charles de Gaulle en passant par Franklin D. Roosevelt ont commenté la vie et l’œuvre politiques de Mustafa Kemal Atatürk dans des termes qui ne laissent pas de doute sur le caractère mesuré et démocratique de l’homme d’Etat turc :

« La jeune Turquie s’est ajoutée à l’Europe suite à l’intérêt d’Atatürk pour la science et sa résolution dans la voie du développement.

Il ne manque plus rien pour saluer l’un des centres les plus enthousiastes de la civilisation actuelle. »

Edouard HERRIOT

« Je suis fier de saluer la Turquie à l’occasion de l’édification d’un monument à la mémoire de Kemal Atatürk. Votre grande Nation a accompli de grandes réalisations dans la voie initiée par lui. Cette commémoration qui salue la mémoire d’Atatürk, l’architecte de l’unité et du progrès turcs, est une source d’inspiration pour tous les hommes libres du monde. »

Dwight D. EISENHOWER
Président des Etats-unis

« Je voudrais exprimer, à l’occasion du 25ème anniversaire de la mort du Grand Atatürk, les sentiments d’amitié que la nation française ressent pour la nation turque.

L’histoire de la Turquie est plus que jamais devenue inséparable de celle de l’Occident et de l’Europe. Et les efforts d’Atatürk ne sont pas restés sans résultats.

L’amitié qui existe depuis des siècles entre nos pays est l’un des éléments fondamentaux de ce développement. »

Charles de GAULLE

« L’œuvre qu’il réalisa avec des méthodes sages et pacifiques laissera sa trace dans l’histoire des peuples. »

Albert LEBRUN
Président de la République

« Je vis deux tristesses. Je regrette, tout comme le monde, la mort d’un aussi grand homme et le fait que je n’ai plus l’occasion de réaliser un de mes grands souhaits, qui était de pouvoir le rencontrer. »

Franklin ROOSEVELT

« C’est un honneur pour moi de participer à la cérémonie du 25ème anniversaire de la commémoration de la mort de Kemal Atatürk. Atatürk rappelle les succès historiques de l’un des plus grands hommes de ce siècle, son leadership qui inspira le peuple Turc, sa compréhension clairvoyante du monde moderne et la force et la bravoure en tant que leader militaire.

La naissance d’une Turquie libre sur un empire en détresse, la proclamation de la liberté et de l’indépendance de la nouvelle Turquie et son maintien depuis, sont le travail d’Atatürk et du peuple Turc. Sans nul doute, il n’existe pas d’autre exemple d’un peuple qui ait témoigné sa confiance envers son leader, autant que pour les profondes et larges réformes qu’il a réalisées. »

John F. KENNEDY

Concernant les accusations des internationalistes religieux contre Atatürk et le Kémalisme, apportons ici des réponses point par point.

L’OUBLI DE L’ERE OTTOMANE :

Les plus grands historiens de l’ère ottomane, parmi lesquels Enver Ziya Karal, Ömer Lütfi Barkan ou Yusuf Hikmet Bayur ont commencé à travailler durant la période kémaliste.

LE « TOTALITARISME » KEMALISTE :

Hormis le fait qu’il est de notoriété publique que Mustafa Kemal Atatürk méprisait les fanatismes et les personnalités d’Adolf Hitler et Benito Mussolini au plus haut degré, le « totalitarisme » imputé au kémalisme ne repose sur aucune vérité historique sérieuse comme le montre de manière décisive le politologue Maurice Duverger, dans Les Partis politiques, Paris, Le Seuil, « Points », 1981, pp. 375-377 :

« À l’inverse, certains partis uniques ne sont pas réellement totalitaires, ni par leur philosophie, ni par leur structure. Le meilleur exemple est ici fourni par le Parti républicain du peuple, qui a fonctionné en Turquie, de 1925 à 1946, comme parti unique.

Sa première originalité résidait dans son idéologie démocratique. Il ne présentait, à aucun degré, le caractère d’ordre ou d’Église de ses congénères fascistes ou communistes. Il n’imposait pas à ses membres une foi, ni une mystique : la révolution kémaliste fut essentiellement pragmatique. Elle a consisté à “occidentaliser” la Turquie, en luttant contre l’obstacle essentiel qui empêche la modernisation des peuples du Moyen Orient : l’Islam. L’anticléricalisme et le rationalisme des cadres du parti le rapprochait nettement des libéraux du XIXe siècle ; leur nationalisme même n’est pas très différent de celui qui agita l’Europe en 1848.

On a parfois comparé la mentalité du Parti républicain du peuple à celle du Parti radical-socialiste français de la grande époque : ce n’est pas absurde. Son nom même de “républicain” l’apparente beaucoup plus à la Révolution française et à la terminologie du XIXe siècle qu’aux régimes autoritaires du XXe. Cette ressemblance s’affirme dans la Constitution turque, qui donne le pouvoir à la Grande Assemblée nationale, à la mode de la Convention, et refuse de créer un exécutif distinct.

Ladite Constitution est basée tout entière sur le principe de souveraineté nationale, qu’elle proclame expressément avec une grande vigueur : “La souveraineté appartient à la nation sans aucune restriction.” L’apologie de l’autorité, quotidienne dans les régimes fasciste, était remplacée par l’apologie de la démocratie : non pas une démocratie “nouvelle”, qualifiée de “populaire”, mais de la démocratie politique traditionnelle. Le parti ne déduisait pas son droit à gouverner de son caractère d’élite politique, ou de “pointe avancée de la classe ouvrière”, mais de la majorité qu’il obtenait aux élections.

Que cette majorité fût d’autant plus sûre qu’un seul candidat affrontait les suffrages populaires est un autre aspect du problème. Ce fait n’était d’ailleurs pas présenté comme un idéal, mais comme une nécessité regrettable et provisoire.

Ce régime de parti unique n’a jamais reposé sur une doctrine de parti unique. Il n’a pas donné au monopole un caractère officiel, il n’a pas essayé de le justifier par l’existence d’une société sans classe ou la volonté de supprimer les luttes parlementaires et la démocratie libérale. Il a toujours été gêné par le monopole, et presque honteux. Le parti unique turc avait mauvaise conscience ― à la différence de ses congénères communistes ou fascistes, qui se présentaient comme des modèles à imiter.

Pour ses chefs, l’idéal restait le pluralisme, le monopole découlant de la situation politique particulière de la Turquie. Plusieurs fois, Kémal s’est efforcé d’y mettre fin, et à lui seul, ce trait est profondément révélateur. Rien de pareil n’était concevable dans l’Allemagne hitlérienne ou dans l’Italie mussolinienne.

En 1924, le Parti progressiste de Kérim Karabékir constituait le premier essai de pluralisme, qui avait pris fin dès 1925 après la révolte des Kurdes, la proclamation de l’état de siège et l’expulsion de députés progressistes de l’Assemblée. En 1930, Kémal fit créer de toutes pièces un Parti libéral par son ami Fatih bey, ambassadeur à Paris, spécialement rappelé pour la circonstance ; mais cette opposition devint le point de ralliement des adversaires du régime, particulièrement des cléricaux et des fanatiques religieux, et le Parti libéral fut dissous. En 1935, on fit élire des personnalités indépendantes, avec l’accord du Parti républicain du peuple. On a souvent raillé ces efforts pour créer une opposition.

Ils signifiaient malgré tout que le régime de Kémal reconnaissait la valeur supérieure du pluralisme, et qu’il fonctionnait dans le cadre d’une philosophie pluraliste de l’État.

D’un autre côté, le parti unique turc n’avait rien de totalitaire dans sa structure. Il ne reposait pas sur des cellules ou des milices, ni même sur des sections véritables : on pouvait plutôt le considérer comme un parti de comités, plus important par ses cadres que par ses adhérents.

Certes, il multipliait les réunions publiques, les assemblées populaires, les congrès, destinés à l’éducation des masses. Mais les masses elles-mêmes n’étaient pas directement enrégimentées dans le parti, plus proche encore par ce trait du radical-socialisme que du fascisme. Il faut ajouter que l’adhésion était ouverte, que le mécanisme d’expulsion et de purges n’existait pas, qu’il n’y avait ni uniformes, ni défilés, ni discipline rigide. En fait, la démocratie intérieure du parti semble avoir été assez développée.

Officiellement, tous ses dirigeants, à tous les degrés, étaient élus ; pratiquement, l’élection ne paraît pas avoir été plus “dirigée” que dans les partis des régimes pluralistes. Il est remarquable aussi que des factions assez nombreuses aient pu se constituer autour de personnalités influentes, sans “liquidations” suivant les méthodes fascistes. Par exemple, la rivalité d’Ismet Inönü et de Cemal Bayar a pris naissance à l’intérieur du Parti républicain du peuple, du vivant même d’Atatürk.

Ce dernier trait est particulièrement important. Dans la mesure où les factions se développent librement à l’intérieur d’un parti, celui-ci devient un simple cadre qui limite les rivalités politiques sans les détruire : prohibé à l’extérieur, le pluralisme renaît à l’intérieur du parti, où il peut jouer le même rôle. »

L’ « ULTRANATIONALISME » OU LE « RACISME » KEMALISTES :

Comme le rappelait l’ancien chancelier fédéral allemand Kurt Georg Kiesinger, Mustafa Kemal Atatürk a « toujours agi avec mesure ». C’est également le constat de l’écrivain Munis Tekinalp, Turc d’origine juive, qui affirme dans son livre « Le Kémalisme », Paris, Félix Alcan, 1937, (p. 267-271) :

« On est souvent tenté de voir une tendance chauviniste dans certains faits et gestes de la nouvelle Turquie. Mais, peut-on parler de chauvinisme lorsque presque dans tous les ministères, dans toutes les administrations et les entreprises économiques de l’Etat, dans toutes les écoles, les facultés et les universités, les spécialistes étrangers se comptent par dizaines ?

Des centaines d’étudiants sont envoyés chaque année dans divers pays d’Europe parfaire leurs études. On a beau exalter l’amour propre et l’orgueil national, on n’a jamais perdu contact avec la réalité des faits. Le bon sens n’a jamais perdu ses droits. On n’a jamais perdu l’équilibre et la mesure.

Des fougueux, des exaltés, il en surgit toujours, comme partout ailleurs, qui veulent singer tel dictateur des temps modernes, qui prêchent l’ostracisme économique contre les sociétés, la fermeture pure et simple des écoles étrangères, etc., mais ces excès de paroles n’ont pas dépassé le cercle d’une petite clique, qui n’a jamais réussi à influencer les principes immuables du Kemalisme. Ce dernier ne se départit jamais de l’esprit réaliste et de la politique strictement utilitaire, sans jamais se payer de mots, de phrases et de formules creuses. »

« Quant à la question des minorités nationales, la Turquie kemaliste n’en a jamais admis le principe. La nouvelle Turquie ne reconnaît dans ses citoyens que des Turcs. Ceux qui ne le sont pas de race peuvent l’être ou le devenir en adoptant sa culture. »

« Adopter la culture nationale turque ne signifie pas renoncer au particularisme kurde, laze, arménien ou juif. Toutes les Nations occidentales comptent dans leur sein des éléments ethniques ayant des particularismes assez prononcés, mais qui ne pensent pas un seul instant à revendiquer un traitement minoritaire. »

Par ailleurs, alors que l’Europe est à feu et à sang lors de la seconde guerre mondiale, et qu’elle extermine les Juifs, la Turquie kémaliste a su rester hors de ce conflit et réussi à sauver des milliers de Juifs comme le montre l’historien Stanford Jay Shaw, dans son livre Turkey and the Holocaust . Turkey’s Role in Rescuing Turkish and European Jewry from Nazi Persecution, 1933-1945, Londres/New York, MacMillan Press/New York University Press, 1993.

Ainsi, dans l’agonie de l’Europe qui représentait la quintessence de la civilisation et de l’humanisme, la politique et l’opposition au Nazisme du régime kémaliste montrent et démontrent le caractère profondément mesuré, lucide – alors qu’il aurait été bien plus simple de se laisser aller à l’extrémisme général – et anti-raciste de celui-ci. Les religieux chrétiens ou musulmans n’en peuvent pas en dire autant et n’avaient pas la même lucidité s’alliant parfois ou soutenant Hitler et le Nazisme.

Enfin, une citation du grand orientologue Bernard Lewis, qui met en lumière les caractères personnel et politique de Mustafa Kemal Atatürk dans « Islam et Laïcité. L’émergence de la Turquie moderne », Paris, Fayard, 1988, (p. 254-255), témoigne du manque de fondement des accusations de totalitarisme portées contre lui par des intégristes religieux et autres turcophobes :

« Autocrate par penchant personnel et par formation professionnelle, dominateur et impérieux par tempérament, il manifestait cependant un respect de la morale et de la légalité, des valeurs humaines et politiques, qui contraste singulièrement avec le comportement d’hommes de moindre envergure et de plus grande prétention.

Sous sa dictature, on ne jetait pas à tout moment un regard inquiet derrière soi, on ne sursautait pas en entendant sonner à la porte, on ignorait la sombre menace des camps de concentration.

Sans doute eut-il recours à la force et à la répression pour asseoir et préserver la République pendant la période de bouleversements révolutionnaires, mais après les exécutions de 1926, la vie et la liberté personnelle ne coururent plus guère de risques en Turquie.

Sans doute les activités politiques contre le régime étaient-elles interdites et les journaux contrôlés, mais il subsista toujours une relative liberté de parole, voire de s’exprimer dans les livres ou les périodiques.

Les censeurs du régime n’étaient punis que lorsqu’ils faisaient partie de l’élite dirigeante, et encore à la traditionnelle manière ottomane, en recevant des ambassades ou des gouvernements lointains. La violence était rare et répondait généralement à une opposition violente. »

La Révolution Kémaliste

La révolution kémaliste est celle d’une libération. Libération des femmes, libération des anciennes pesanteurs étouffant la libre-pensée afin de jeter un œil nouveau et humain sur le monde.

Il n’a jamais été question de renier le passé, comme nous l’avons montré ci-dessus, mais de ne pas y demeurer figé, mort pour ainsi dire, alors que la vie elle-même est en constante évolution. Sans passé pas d’avenir, diront certains, certes, mais vivre dans le passé, fantasmé dès lors, annihile également l’avenir.

Dans cette optique, le mouvement kémaliste est ouvert à l’avenir, prend le risque de l’avenir, qui permet l’espoir et à la vie d’évoluer, avec la raison et la science au gouvernail pour garder le cap lors de tempêtes. Ainsi, comme tout système politique ouvert il est antinomique avec le « totalitarisme » dont certains l’accusent, plus pour des raisons bassement de propagande que par esprit scientifique ou humaniste.

Aujourd’hui, à la faveur des crises (écologique, économique, spirituelle) les « anti-Turquie » se jettent sur l’occasion pour « démontrer » que suivre le modèle occidental fut finalement une mauvaise orientation, que l’Occident est dans une impasse et qu’il est temps de revenir aux « vraies » racines. A ce titre, ils ont une conception fermée donc davantage « totalitaire » du monde.

L’occasion fait le larron comme nous savons, les crises actuelles ont au moins le mérite de montrer les forces rétrogrades, sans avenir à l’œuvre dans le monde et en Turquie. Car une fois les crises passées, l’histoire retiendra deux choses, ceux qui ont résisté, sont restés responsables quant à leur condition humaine et ceux qui ont creusé les tombes de nos avenirs.

Les Kémalistes sont et seront toujours parmi les résistants et ayant foi en l’avenir.

[1Déjà 740, dans la mosquée de Koufa, en Irak, un chef musulman est proclamé calife à la place du calife par ses lieutenants, cependant que règne encore à Damas le calife légitime, Marwan II, héritier de la dynastie omeyyade.

En 910 lorsque le fatimide ‘Ubayd Allah al-Mahdi se proclame calife contre le calife abbasside de Bagdad.

Par ailleurs, la « Pax ottomana » déjà bien entamée au XIXeme siècle, bien avant la fin proclamée de l’Empire, les réveils nationalistes arabes, il est vrai soutenus et catalysés par les puissances impériales d’alors, France et Angleterre pour les citer, avant même la Grande révolte arabe de 1916 -1918, avaient déjà commencés… L’Egypte d’abord puis le reste de l’Afrique du Nord se soulevant par parties contre les Ottomans puis les chassant avant d’être coloniser par la France et l’Angleterre.

A ce titre, la volonté d’Abdul-Hamid II de rétablir le pouvoir sur les terres perdues et d’unifier les musulmans a complètement échoué.

Enfin, les différentes hétérodoxies musulmanes sont réfractaires à une telle « communauté. »

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