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TURKISH PASSPORT : Courage, abnégation, humanisme, honneur et dignité

Ecrit par , 2012-03-15 12:11:08


« Dans le chaos d’une Europe dominée par les nazis, tous les pays ont été spectateurs et ont regardé leurs juifs être déportés et assassinés. Seule la Turquie a agi avec courage, persévérance et fermeté. Elle nous a sauvés » - Lazare Rousso, rescapé juif


Info Turquie News - www.turquie-news.com - Nous vous proposons de découvrir les sentiments d’un spectateur après avoir visionné The Turkish Passport, le documentaire sur les actions courageuses et nobles des diplomates turcs durant la Shoah dans le but de sauver des Juifs d’Europe des camps de la mort nazis en leur attribuant des passeports turcs.

Des "Schindler turcs" méconnus. Des héros de l’ombre que certains occulteraient volontiers.


Hier, je suis allé au cinéma pour le film « Le passeport turc », un film documentaire chargé d’émotions et construit autour des témoignages de témoins sauvés de l’Holocauste par des diplomates turcs.

Je suis ressorti de la salle doublement ému.

1) Mon premier sentiment est celui de l’empathie à l’égard des témoins juifs sauvés des griffes du nazisme par les diplomates turcs. Les images sont terribles, celles des rafles, des concentrations notamment à Drancy, des déportations, des tueries,… l’angoisse permanente des ces êtres dont le seul « crime » pour les Allemands était celui d’être juifs.
Et dans ce chaos, il y a l’espoir, celui engendré par la diplomatie turque à travers son ambassade parisienne et ses consulats. Les diplomates turcs agissent avec « courage, détermination et fermeté » pour protéger et libérer leurs ressortissants de confession juive.
Un rescapé raconte : « Dans ma cellule, j’attendais comme tout le monde que l’on me déporte vers Auschwitz. Puis, un jour, mon nom a été appelé et on m’a emmené vers un haut gradé allemand qui après vérification de mon identité m’a fait signer un papier. Il m’a ensuite dit que j’étais libre. Il m’a même donné un billet de train pour Paris. L’Ambassade de Turquie m’avait trouvé et m’avait délivré d’une mort certaine en me fournissant en plus un billet de train pour rejoindre Paris ».

D’autres enchérissent :
« A la suite d’un contrôle, les soldats allemands m’ont dit : « Vous êtes peut-être turc mais vous êtes juif » et ils m’ont emmené. Ma mère a accouru au Consulat turc du boulevard Haussmann. Grâce à l’intervention de la chancellerie turque, j’ai été libéré »
Puis,
« L’Ambassade turque avait même réussi à obtenir des Allemands que les juifs turcs puissent dissimuler l’étoile jaune sous leur manteau. Dans certaines régions, nous ne le portions même pas ».

La guerre devient de plus en plus meurtrière et l’implication de la Turquie vient à l’ordre du jour :
« Un jour, le Consulat de Turquie nous a dit que la Turquie allait probablement déclarer la guerre à l’Allemagne et qu’après ils ne pourraient plus nous protéger. Ils ont alors organisé des trains pour nous rapatrier en Turquie. 8 trains sont partis de la Gare de l’est à destination d’Istanbul, ce havre de paix. »

Dans ce voyage qui mêle espoir et angoisse il y a aussi des enfants. L’un raconte :« Nous étions alors enfants et pas réellement conscients de ce qui se passait. D’ailleurs, comme on s’ennuyait, l’un de nous a tiré la sonnette d’alarme du train ce qui a attiré tous les soldats nazis vers notre wagon. La frayeur a gagné tout le monde car nous étions un wagon de Juifs au cœur de l’Allemagne nazie, vers Münich, et les soldats allemands ont accouru et envahi le wagon, on ne pouvait pas être plus discrets. Heureusement, après vérification de nos identités turques, ils nous ont laissé partir »

Après ce périple et ses nombreux dangers, l’arrivée du train à Istanbul est vécue dans le bonheur car elle représente la délivrance et la liberté pour les voyageurs :
« Après un voyage marqué par la tristesse, la privation et la peur permanente, nous sommes enfin arrivés à Istanbul. C’était la délivrance, la liberté, nous vivions comme tout un chacun. Ce pays m’a sauvé de la mort, j’en suis encore émue et retiens difficilement mes larmes ».

L’un des rescapés conclut, non sans émotion :
« Je suis Turc et Français ; et pas Français et Turc car je suis réellement né le 24 avril 1944 lorsque le train qui m’emmenait de France est arrivé à Istanbul. C’est ce jour-là que je suis né car j’étais délivré, j’étais libre. »

2) Mon deuxième sentiment est celui d’une grande fierté d’être turc.
En effet, voir tant de diplomates turcs qui font un travail remarquable et admirable pour secourir leurs ressortissants voués à la mort et qui réussissent à les libérer puis les emmener jusqu’à Istanbul procure énormément de fierté.
D’ailleurs, un rescapé explique : « C’était un privilège inestimable que d’être ressortissant turc »

Le courage des diplomates turcs a été extraordinaire. Un rescapé raconte : « Alors que l’on nous avait fait monter dans le train à Marseille pour nous emmener dans les camps de la mort, le Consul turc Necdet Kent et son adjoint ont accouru à la gare. L’officier allemand a refusé de nous libérer. Le Consul et son adjoint sont alors montés dans le train avec nous. A la prochaine station, à Arles, les Allemands, pour éviter une crise diplomatique, ont arrêté le train et nous ont tous libérés ».

L’agissement des diplomates turcs est d’autant plus noble, qu’il est profondément humain et surtout désintéressé. Les diplomates turcs ne gagnent rien en contrepartie. Un témoin juif raconte que lorsqu’il est allé remercier le consul turc, ce dernier lui a répondu : « Nous n’avons fait que notre devoir, vous êtes turc ».
En fait, ils ont fait plus que leur devoir puisqu’ils ont distribué également de faux passeports aux juifs non-turcs pour les sauver, cela au péril de leur vie.
Un des juifs secourus avoue : « Les diplomates turcs ont également sauvés des juifs non-turcs. Ils ont distribué de faux passeports turcs en collant nos photos sur des passeports de citoyens musulmans. Ils ont risqué leurs carrières et leur vie pour nous. »

Il est bien regrettable que cet héroïsme soit si méconnu. L’une des rescapés explique : « Il est évident que si la Turquie n’avait pas été là, je serais morte et ne serais pas en face de vous à vous narrer mon histoire. Je suis éternellement reconnaissante à la Turquie. Mon père m’a dit, surtout n’oublie jamais que ce sont les Turcs qui nous ont sauvés. Nous transmettons à nos enfants cette histoire si peu connue et notre gratitude éternelle envers la Turquie ».

A ma connaissance, il n’y a qu’un seul diplomate reconnu officiellement comme « Juste », il s’agit de Selahattin Ülkümen, consul général à Rhodes en 1943 et 1944, qui reçut la médaille de Juste de Yad Vashem. Ni Necdet Kent, consul à Marseille entre 1942 et 1945, ni Namik Kemal Yolga, ambassadeur de Turquie à Rome et Paris, n’ont eu cette reconnaissance.

C’est l’historien Heath Lowry qui explique le mieux la motivation des diplomates turcs : « Beaucoup de gens en Europe ont sauvé des juifs du nazisme mais seuls les diplomates turcs n’ont jamais rien fait pour se mettre en avant, ils n’ont jamais cherché une reconnaissance. Cette humilité est dans la nature des Turcs, ça fait partie de leur culture ».

Cette attitude désintéressée les rend encore plus dignes et honorables. Je me courbe devant leur mémoire. Paix à leurs âmes.

« Celui qui sauve une seule vie, sauve le monde entier » Coran 5,32 et Talmud, Sanhedrin, 37 a.

Le site web du film : http://www.theturkishpassport.com/

#Juifs #Turcs histoire
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