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Le gazoduc Nabucco compromis


Ecrit par Hakan, 2012-02-06 09:07:00


Dans une dépêche de l’AFP, le projet de gazoduc Nabucco, qui doit permettre aux Européens de réduire leur dépendance au gaz russe, est sérieusement compromis, estiment des experts, du fait notamment des choix de la Turquie. Depuis la signature à Ankara en juillet 2009 d’un accord inter-gouvernemental sur ce gazoduc, qui doit permettre d’acheminer plus de 30 milliards de mètres cube de gaz par an de l’Asie centrale vers l’Europe, via la Turquie et sans passer par la Russie, plusieurs développements ainsi que les décisions des autorités turques, ont menacé le projet.Des différends répétés entre la Russie et l’Ukraine sur les prix, qui avaient entraîné des ruptures d’approvisionnements, avaient en 2009 poussé l’Union européenne à lancer son projet d’un Corridor sud du gaz (Southern Gas Corridor), dont Nabucco était la pièce maîtresse.

Mais en décembre, la Turquie a autorisé la Russie à faire passer son gazoduc South Stream par ses eaux de la Mer noire, et la construction de ce tuyau qui doit acheminer 63 milliards de mètres cube par an doit commencer cette année. "Nabucco était dans le coma bien avant l’accord sur South Stream", affirme cependant Necdet Pamir, ancien directeur adjoint de la compagnie d’hydrocarbures turque TPAO. "Mais personne n’ose dire que Nabucco est mort", ajoute-t-il à l’AFP.

La Turquie a aussi signé en décembre un accord avec l’Azerbaïdjan pour construire le gazoduc TransAnatolie, jetant un nouveau doute sur la faisabilité de Nabucco, qui a depuis le début des difficultés à garantir un niveau d’approvisionnement suffisant.
Officiellement, la Turquie, un des six partenaires, soutient toujours le projet.
"Nous poursuivrons nos efforts pour que ce projet devienne une réalité", a déclaré récemment le ministre turc de l’Energie Taner Yildiz. Mais les experts ont de sérieux doutes. "La Turquie n’était pas vraiment entrée dans le jeu", assure Andrew Neff, expert pour IHS Global Insight. "La Turquie se voit en arbitre dans le domaine de l’énergie", ajoute-t-il.

Ross Wilson, ancien ambassadeur américain en Turquie et aujourd’hui directeur du Dinu Patriciu Eurasia Center, aux Etats-Unis, estime qu’en signant avec les Russes, la Turquie peut accroître "son pouvoir de négociation" avec les Européens, concernant leur Corridor sud. Ce Corridor sud peut inclure Nabucco, le TAP (Trans-Adriatic Pipeline), ou l’Interconnector (ITGI), ces deux derniers partant de Turquie vers l’Italie et ayant manifesté leur souhait de collaborer avec TransAnatolie. "Nabucco est un projet incomplet, depuis le début", estime Mete Goknel, ancien directeur de la compagnie nationale turque de distribution Botas, un des partenaires de Nabucco.
"Qui mettra du gaz dans le tuyau ?", s’interroge-t-il. L’Asie centrale est l’arrière-cour de la Russie, et les tensions entre l’Union européenne et l’Iran sur le nucléaire excluent Téhéran de la liste des fournisseurs potentiels pour Nabucco.

Elnur Soultanov, expert en énergie à l’Académie diplomatique d’Azerbaïdjan, estime lui que le projet Southeast Europe Pipeline (SEEP), défendu par le géant britannique BP, est "la meilleure solution possible". Comme Nabucco, le tuyau aboutirait en Autriche, mais à moindre coût, avec une capacité plus faible au départ et en utilisant des infrastructures existantes. Quoi qu’il en soit, les experts font remarquer que même avec un projet d’envergure tel que Nabucco, l’Europe, avec ses besoins grandissants, ne pourra pas réduire de manière significative sa dépendance vis-à-vis de la Russie.
Selon les prévisions de BP, les importations européennes vont doubler, d’ici 2030.

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