facebook
twitter
rss
EURTRY:
logo

France-Turquie : que s’est-il passé ?

Ecrit par Maxime Gauin, 2012-02-06 02:00:00


Info TURQUIE NEWS - www.turquie-news.com - Nous publions la version française de la tribune publiée par Maxime Gauin, chercheur à l’International Strategic Research Organization (USAK-ISRO, Ankara) dans l’Hürriyet Daily News du 14 janvier.

La proposition de loi orwellienne, visant à réprimer la « contestation » des accusations infondées de « génocide arménien » sera discutée au Sénat à la fin de janvier. La France est seule dans son genre : les quelques autres tentatives, notamment en Slovaquie, ont échoué et ne furent même pas discutées au Parlement. La France est pourtant le pays qui a la plus longue tradition d’alliance avec la Turquie. Elle fut la première grande puissance à comprendre ce qu’est vraiment le nationalisme arménien, et, en conséquence, à rompre son alliance avec les comités arméniens après la Première Guerre mondiale, puis à signer la paix avec les kémalistes. Ces derniers reçurent même des armes françaises pour se défendre contre l’envahisseur grec, dont les crimes furent publiquement dénoncés par la diplomatie française, sur ordre de Raymond Poincaré, ministre des Affaires étrangères et président du Conseil.

Par conséquent, au-delà du cas très particulier de Nicolas Sarkozy, que s’est-il passé ? Arrivés en masse en France dès les années 1920, les nationalistes arméniens se sont assurés le soutien inconditionnel de quelques dizaines de députés. Mais ce n’est pas le principal problème. La grande majorité des députés n’ont pas participé au voté parce qu’ils n’ont pas osé exprimer leur opposition au texte. Parmi ces hésitants, plusieurs députés élus de circonscriptions qui incluent une forte population d’origine turque. [Écrivant au début de janvier, je pensais, notamment, à l’UMP Denis Jacquat. M. Jacquat s’est depuis ravisé, signant la saisine du Conseil constitutionnel.] Par contraste, Michel Diefenbacher, président du groupe d’amitié France-Turquie à l’Assemblée, qui sauva l’honneur par un bon discours contre la proposition Boyer, n’est pas élu par une circonscription où les Français originaires de Turquie sont en nombre.

Le principal problème, c’est que les immigrants turcs en France sont, d’une façon globale, les moins organisés et les moins éduqués. Pendant des années, ils ont été plutôt négligés et ont reçu trop peu d’encouragements à s’organiser. Sans conteste, la situation s’améliore, mais ce changement, encore en cours, est trop récent pour avoir empêché le vote à l’Assemblée et la discussion au Sénat. [Je nuancerais aujourd’hui en soulignant la participation d’associations anglo-turques, belgo-turques et germano-turques à la manifestation devant le Sénat, occasion opportune pour qu’apparaissent de futures synergies européennes.] Pour ce qui est de la question arménienne elle-même, à peu près aucun ouvrage scientifique rejetant la qualification de « génocide arménien » n’a été traduit en français et publié dans cette langue depuis 1991. À l’inverse, Le Dossier arménien de Kâmuran Gürün fut publié en français dès 1984, un an après la version originale en turc, et deux ans avant la traduction en anglais ; cette traduction dans la langue de Molière est épuisée, ce qui n’est pas le cas de la version anglaise. Les ressources du droit français de la presse (protégeant contre la diffamation, l’injure et l’incitation à la haine raciale) n’ont été que très, trop, rarement utilisées par la partie turque et par des historiens indépendants contre la propagande haineuse de nationalistes arméniens ou kurdes.

Pour autant, le cas étasunien peut fournir une certaine inspiration. Il y eut une crise absurde entre Ankara et Washington en 1974, quand le Congrès, suivant les demandes des lobbys grecs et arméniens, décida un embargo sur les ventes d’armes à la Turquie. C’est en grande partie à cause de cela que l’Assembly of Turkish American Associations fut enfin créée, en 1979. Les graves problèmes qui se posèrent au début des années 2000 (tentative très sérieuse de résolution arménienne au Congrès en 2000, guerre en Irak et ses lendemains) ont conduit à la création de la Turkish Coalition of America, de la Turkish Cultural Foundation et du Turkish American Legal Defense Fund.

Ce dont les intérêts franco-turcs, ainsi d’ailleurs que la liberté d’expression, ont besoin, c’est d’une stratégie similaire, cohérente, d’organisation d’éducation et de défense par des moyens judiciaires — étant entendu que la meilleure défense, c’est l’attaque.

L’occasion de détruire le nationalisme arménien en France fut manquée au milieu des années 1980, parce que les procès anti-ASALA, tenus de décembre 1984 à novembre 1986, quoique remarquablement menés, furent incomplets ; en particulier, Jean-Marc « Ara » Toranian, porte-parole de l’ASALA de 1976 à 1983, ne fut jamais poursuivi pour apologie de crime et outrage à magistrat. L’occasion actuelle ne devrait pas être ratée : au pays de Voltaire et de Diderot, l’exaspération atteint un degré exceptionnel, contre le communautarisme qui prône une restriction drastique de la liberté d’expression et porte atteinte aux relations de la France avec une puissance régionale montante.

Lien/Source : Hurriyet Daily News

#FRA Dachnaktsoutioun #Lobbying arménien Arménie France Loi de censure arménienne Question Arménienne Terrorisme arménien
Plan du site | RSS 2.0 | Copyright Turquie News 2006-2019 | Mentions légales PageRank