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Législation et histoire ne font pas bon ménage, dénoncent les historiens

Ecrit par Hakan Akgün, 2011-12-23 08:00:00


Le législateur doit-il ou non légiférer sur des événements historiques tels que le génocide arménien ? Des historiens, interrogés par l’AFP, s’y opposent largement, s’élevant contre des lois qui entravent ce qu’est leur discipline : un espace de débat et de recherche.

"Tous les historiens vous répondront la même chose que moi ! Ce n’est
pas aux politiques d’écrire l’histoire et ils ne l’écrivent que sous la pression électorale !
", s’agace Pierre Nora, membre de l’Académie française, fondateur de la revue "Le Débat", à la veille de l’examen par l’Assemblée nationale d’une proposition de loi visant à sanctionner la négation des génocides dont celui des Arméniens.

"Le politique doit s’occuper du passé mais il lui incombe d’orienter la mémoire collective par des commémorations, des résolutions, des hommages, des réparations financières éventuelles, il ne lui revient pas de faire des lois qui figent complètement l’histoire, qui doit être laissée aux historiens", ajoute-t-il.

"S’il s’agit de condamner le négationnisme il y a déjà la loi Gayssot de 1990", relève Annette Becker, historienne et professeure à Paris-ouest Nanterre. Elle dit craindre "une loi restrictive qui considère la moindre question comme une remise en cause et qui induise une pénalisation systématique du travail de l’historien".

"Si une loi peut pénaliser le négationnisme, elle ne peut en aucun cas dire l’histoire", ajoute Mme Becker. "Et avec le Rwanda ça va devenir très compliqué car il y a en France et au Rwanda des gens qui nient le génocide ou des crimes auxquels la France a pu participer", souligne-t-elle.

"L’histoire doit rester une source de débat en démocratie"

Pierre Nora préside l’association "Liberté pour l’histoire", qui a "précisément été créée, rappelle son confrère Christian Delporte, "pour indiquer que les historiens considéraient que le législateur n’avait pas à légiférer sur les questions historiques, pas plus sur le génocide arménien que sur l’esclavage".

"Nous sommes contre l’histoire officielle et nous estimons qu’il ne doit pas y avoir d’entrave au travail de l’historien. Or, dès l’instant qu’il y a une loi il y a des risques de poursuite.

L’histoire est avant tout une source de débat et doit le rester dans une démocratie", ajoute M. Delporte.

Pour cet historien, qu’il s’agisse du génocide arménien, reconnu par la France, ou de toute autre question, elle "ne doit pas être celle de la mémoire qui se situe dans le registre de l’émotion mais la mémoire qui se situe dans celui de la raison et en tout état de cause, la loi ne doit pas empêcher les historiens et les scientifiques de faire leur travail".

Outre une visée "électoraliste" dans l’inscription de cette question à l’Assemblée, Christian Delporte y voit "la traduction d’une crispation identitaire car on satisfait la mémoire des groupes". "On peut entrer dans un cycle de guerre mémorielle où chacun voudra être reconnu dans sa souffrance et on n’en finira plus".

Pour Annette Wieworka, spécialiste de la mémoire du génocide des Juifs, une telle loi "va rendre impossible toute recherche sur nombre de sujets car chaque historien qui n’utilisera pas forcément le terme +conforme+ sera condamné".

Pour Régis Schlagdenhauffen, historien à Paris I et spécialiste des conflits mémoriels, une nouvelle loi n’est cependant que "la continuité d’une politique pratiquée par la France depuis longtemps" dans une époque où "tout est encadré par la loi".

La mission Accoyer sur les lois mémorielles de 2008 avait conclu que "le rôle du Parlement n’est pas d’adopter des lois qualifiant ou portant une appréciation sur des faits historiques, a fortiori lorsque celles-ci s’accompagnent de sanctions pénales".

AFP

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