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Contre le communautarisme liberticide, liberté pour l’histoire


Ecrit par Ali Bal, Confluence France-Turquie, Hakan, TN-pige, 2011-12-05 10:02:40


Turquie News - Nous vous proposons de découvrir le courrier adressé au député candidat aux élections présidentielles de 2012, M. François Hollande.


Monsieur le député,

Vous aviez critiqué, à juste titre, les déclarations fort malheureuses de M. Sarkozy à propos de la Turquie. Vous avez fait valoir, à juste titre, le danger de stigmatiser la Turquie et l’intérêt, tant économique que stratégique, de ce pays. Malheureusement, sur un point au moins, vous n’en tirez pas toutes les conséquences. Certaines de vos déclarations, notamment en compagnie de la Fédération révolutionnaire arménienne (FRA-Dachnak), témoignent d’une méconnaissance de la question arménienne, méconnaissance potentiellement très préjudiciable aux relations franco-turques.

D’abord, la FRA ne mérite en aucune façon d’être qualifiée de parti socialiste démocratique. Depuis sa création, en 1890, elle a pratiqué le terrorisme. Un recensement exhaustif dépasserait largement les limites de ce courrier, mais il faut en dire quelques mots. Sept membres de la FRA ont été condamnés par la justice américaine en 1934 pour l’assassinat de l’archevêque Léon Tourian, à New York, le 24 décembre 1933 ; Tourian était la cible d’une véritable campagne d’appel au meurtre par la presse de la FRA étasunienne, qui a continué même après la première agression (ratée) dont il avait été victime et s’est poursuivie jusqu’à la fin ; les coupables n’ont rien à eu payer pour leurs frais de justice, les honoraires d’avocats étant pris en charge par la FRA. Dans son livre Guerre et terrorisme arméniens (1959-1998), Paris, PUF, 2002, le politiste Gaïdz Minassian a confirmé, par ses recherches dans les archives dachnaks, ce que tous les spécialistes sérieux disaient depuis les années 1980 au moins : les « Commandos des justiciers du génocide arménien », appelés à partir de 1983 « Armée révolutionnaire arménienne », étaient purement et simplement la branche terroriste de la FRA, créée par le congrès mondial de 1972, et directement subordonnée au bureau mondial du parti. Les CJGA/ARA ont tué au moins une vingtaine d’innocents, dont l’ambassadeur de Turquie à Paris Ismail Erez et son chauffeur, ainsi que le conseiller pour le tourisme Yılmaz Çolpan, le 22 décembre 1979. Les assassins n’ont jamais été identifiés.

Mourad Franck Papazian, coprésident de la FRA pour l’Europe occidentale, collaborait au mensuel Haïastan (publication de la FRA Nor Seround) dans les années 1980. Il y était le plus virulent défenseur des CJGA/ARA. Voici un petit échantillon de sa prose :

« La lutte de libération du peuple arménien, entreprise par depuis 1975 par le ‘Commando des justiciers du génocide arménien’ est en marche et RIEN ne pourra l’arrêter. » (Haïastan, mai 1982, p. 9 ; après l’assassinat du consul général de Turquie à Los Angeles par Hampig Sassounian, membre de la FRA, condamné à perpétuité en 1984 pour homicide volontaire motivé par la nationalité de la victime).

« En insistant sur le principe concernant l’indépendance au niveau de la lutte de libération nationale, donne une gifle à ceux qui, au sein ou en dehors de notre peuple, amalgament son combat révolutionnaire au terrorisme international. […] Ce message, ce plaidoyer pour l’indépendance, s’accompagne indéfectiblement du message concernant la libération des territoires arméniens occupés par la Turquie. » (Haïastan, décembre 1984, p. 10 ; après l’assassinat d’Enver Ergün, diplomate turc travaillant pour l’ONU à Vienne ; l’assassin n’a jamais été retrouvé).

En déclarant dans Valeurs actuelles (22 avril 2005, p. 20) que « cette cohérence entre lutte armée et action politique a amené nos premiers succès », puis à Marseille, le 24 avril 2006, qu’il fallait absolument arracher à la Turquie « Van, Mouch, Kars, Sassoun, Bitlis et Erzéroum », M. Papazian a montré que ses idées n’ont en rien changé depuis les années 1980.

Hilda Tchoboian, devenue récemment conseillère régionale avec l’étiquette du Parti socialiste, était directrice de la Maison de la culture arménienne à Décines-Charpieu jusqu’au printemps dernier. À ce titre, elle a au minimum autorisé, en 2008, l’inauguration d’une plaque en l’honneur des « Cinq de Lisbonne », cinq terroristes kamikazes de l’ARA qui ont attaqué l’ambassade turque au Portugal, tué un policier portugais et se sont fait sauter dans le bâtiment résidentiel, tuant aussi l’épouse de l’ambassadeur par intérim. Je dois à la vérité de dire que M. Papazian partage la direction du Conseil de coordination des associations arméniennes de France (CCAF) avec Jean-Marc « Ara » Toranian, qui fut porte-parole d’un autre groupe terroriste arménien, l’ASALA, de 1976 à 1983, et rédacteur en chef du journal Hay Baykar, lequel glorifiait le terrorisme à chaque numéro — notamment celui du 24 novembre 1982, qui appelait, p. 4, à la multiplication des attentats aveugles. Hay Baykar a aussi publié des articles antisémites, dont je tiens la teneur à votre disposition.

Les activités terroristes de la FRA sont en cohérence avec ses pratiques et ses alliances, qui n’ont rien de sociales-démocrates. La FRA bulgare s’identifie purement et simplement à l’extrême droite ; seul le parti ATAKA, à côté duquel Mme Le Pen aurait presque l’air à moitié fréquentable, s’entend avec la FRA bulgare. La FRA libanaise est l’alliée du Hezbollah ; elle avait accueilli le Premier ministre turc, en visite à Beyrouth en 2006, par des slogans tels que « Animals are not welcome ». La FRA d’Arménie a l’habitude de brûler des drapeaux turcs tous les ans — la section de Marseille a eu d’ailleurs cette habitude jusqu’en 2003 inclus, celles d’Athènes et Thessalonique jusqu’en 2007 inclus.

Voici le genre de littérature que publiait la presse de la FRA dans les années 1930 :

« Aujourd’hui, l’Allemagne et l’Italie sont fortes parce qu’elles vivent et respirent en termes de race. » (Haïrenik, 16 avril 1936).

« Il est parfois difficile d’éradiquer ces éléments nocifs [les Juifs], quand ils ont contaminé jusqu’à la racine, telle une maladie chronique, et quand il devient nécessaire pour un peuple [en l’occurrence les Allemands, ou plutôt les nazis] de les éliminer par une méthode peu commune, ces tentatives sont considérées comme révolutionnaires. Au cours d’une telle opération chirurgicale, il est naturel que le sang coule. Dans de telles conditions, un dictateur apparaît comme un sauveur. » (Haïrenik, 19 août 1936).

« Et vint Adolf Hitler, après des combats dignes d’Hercule. Il parla de la race au cœur vibrant des Allemands, faisant ainsi jaillir la fontaine du génie national. » (Haïrenik, 17 septembre 1936).

Drastamat Kanayan, alias Dro, fut le principal dirigeant de la FRA de 1923 à sa mort, en 1956. En 1941, il parti diriger le 812e bataillon arménien de la Wermacht, fort de vingt mille hommes (qui venaient s’ajouter à au moins onze mille Arméniens dans la Waffen-SS, et probablement des milliers encore dans d’autres unités de la Wermacht). Exfiltré par ses camarades de parti, comme d’autres nazis arméniens, il est mort dans son lit ; sa dépouille repose en Arménie depuis 2000, dans un mausolée payé par la FRA.

Force est de constater que le ton d’Haïrenik version 1936 se retrouve dans France-Arménie.net de 2009 :

« Alors oui, les “maudits Turcs” restent coupables ; ils restent tous coupables quelle que soient leur bonne volonté, leurs intentions ou leurs actions. Tous, de l’enfant qui vient de naître au vieillard qui va mourir, l’islamiste comme le kémaliste, celui de Sivas comme celui de Konya, le croyant comme l’athée, le membre d’Ergenekon comme Orhan Kemal Cengiz qui est “défenseur des droits de l’homme, avocat et écrivain” et qui travaille pour “le Projet kurde des droits de l’homme”. Aussi irrémédiablement coupables que Caïn, coupables devant les Arméniens, devant eux-mêmes, devant le tribunal de l’Histoire et devant toute l’Humanité. »

Ce site dachnak a été fermé en février dernier, suite à une procédure judiciaire ; l’auteur, Laurent Leylekian, fut un haut dirigeant de la FRA pendant des années ; ses propos ouvertement racistes ne lui ont pas attiré un début de critique de ses camarades.

En cédant — au moins en paroles — aux revendications de groupes aussi extrémistes, qui n’ont pas hésité à tuer les Arméniens qui s’opposaient à eux (le cas de l’archevêque Tourian n’est qu’un exemple parmi littéralement des centaines d’autres), vous mettez en danger les protocoles signés à Zurich entre les gouvernements turc et arménien. Vous tenez pour rien l’appel de Blois, signé par un millier d’historiens à travers le monde, et le rapport Accoyer, approuvé par la gauche comme par la droite. Vous prenez le risque de détériorer encore la place de la France dans les relations commerciales avec la Turquie, et de faire décliner encore un peu plus la langue française dans ce pays.

L’intrusion des politiques dans la recherche historique est toujours funeste, et il est déplorable de devoir le rappeler. Contrairement à ce que tentent de faire la FRA, M. Toranian et ses amis, il n’existe pas, et n’a jamais existé, de consensus entre historiens pour qualifier le sort des Arméniens ottomans de génocide ; il n’existe pas, et n’a jamais existé, de politique d’État en Turquie visant à nier l’existence même de massacres d’Arméniens — il existe par contre tout une campagne de négation des crimes de guerre commis par les volontaires arméniens des armée russe et française, alors que les cours martiales de notre pays ont condamné des dizaines d’Arméniens , dont certains à mort, pour violences physiques, pillage, assassinat et autres graves crimes commis pendant l’occupation française de la Cilicie et ses environs. Il serait ubuesque de traiter comme des Faurisson des historiens aussi respectables que Guenter Lewy (professeur honoraire à l’université du Massachusetts, vainqueur dans sa procédure judiciaire pour diffamation, contre ceux qui l’accusaient sans preuve d’être payé par Ankara) ou Gilles Veinstein (professeur au Collège de France, menacé de mort, par des fanatiques anonymes, et même agressé par des membres de la FRA, en mai 2000).

En souhaitant que la raison l’emporte, veuillez recevoir, monsieur le député, tous mes vœux de succès pour l’élection présidentielle,

Maxime Gauin
Chargé de recherches à l’International Strategic Research Organization (USAK-ISRO, Ankara) ;
Doctorant en histoire contemporaine à la Middle East Technical University (ODTÜ-METU).

Appendice

Extraits de Paul Bernard, Six mois en Cilicie, Aix-en-Provence, éditions du Feu, 1929 (journal tenu par un officier français durant l’année 1920).
« La potence a servi. Avant-hier, en entrant dans mon bureau, j’ai eu la désagréable surprise de voir un Arménien se balancer devant ma fenêtre dans la cour du Konak ; j’ai joui par force de ce spectacle macabre toute la matinée ; des exécutions clandestines ne frapperaient pas suffisamment les esprits ; aussi n’est-ce qu’à midi qu’on a décroché mon pendu. Hier on a dressé une autre potence en face de la première, afin de pouvoir à l’occasion faire un double exemple.
L’avertissement ne paraît pas avoir été compris. » (p. 63, entrée 10 juillet 1920).

« D’abord au coucher du soleil, double pendaison d’Arméniens pillards. […]
À dix heures, immense incendie, sans doute encore allumé par les Arméniens ; la ville entière [Adana] y passera.
Tous les Turcs qui ne se sont pas fait brigands évacuent la Cilicie ; les Arméniens s’y installent en maîtres et font ce qu’ils peuvent pour nous compromettre, voilà la vérité. » (p. 72, entrée 23 juillet 1920).

« J’espère aussi que ce sera la fin du pillage et de la destruction de la ville turque. Une répression impitoyable devra mettre fin à une situation dont la prolongation serait une honte pour notre drapeau qui flotte sur la ville. On pend bien quelques voleurs pris sur le fait ; avant-hier, à sept heures du soir, ce fut le tour d’un Assyrien chrétien ; le lendemain à midi, un Arménien prenait sa place ; mais ce sont des milliers de pillards qui opèrent sans trêve et on n’arrêtera ce désordre qu’en faisait parcourir incessamment la ville par des patrouilles qui abattraient sur le champ les voleurs et les incendiaires. » (p. 85, entrée 3 août 1920)

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