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Vantardises et intrigues : la dernière tentative faite par des nationalistes arméniens en France

Turquie/France/Arménie

Ecrit par Maxime Gauin, 2011-04-12 10:23:55


Nous publions la version française de la tribune publiée par Maxime Gauin, chercheur à l’International Strategic Research Organization (USAK-ISRO, Ankara), dans le « Journal of Turkish Weekly », le 8 avril.


Une fois de plus, des nationalistes arméniens tentent de faire discuter puis voter, par le Sénat, la proposition de loi qui interdirait de remettre en cause et de « nier » la qualification de « génocide arménien ». La Fédération révolutionnaire arménienne (FRA-Dachnak) a même assuré dans un communiqué, que le texte serait discuté le 4 mai. Sans surprise, plusieurs médias turcs ont réagi à cette annonce. Toutefois, le communiqué de la FRA montre que ce parti donne une présentation enjolivée des faits, en même temps qu’il utilise une tactique souterraine et déloyale pour parvenir à ses fins.

Le contexte

Le Sénat français est traditionnellement moins sensible que l’Assemblée nationale aux revendications arméniennes, et plus sensible qu’elle aux relations franco-turques. La « reconnaissance » de l’allégation de « génocide arménien » fut votée par l’Assemblée nationale en 1998, mais le Sénat la refusa plusieurs fois, en 1999 et au début de 2000. Seule une énorme pression, allant jusqu’à la limite de menace physique, força une majorité de sénateurs à voter la « reconnaissance » à l’automne 2000. Notons au passage que la Constitution française de 1958 définit précisément (article 34) le domaine de la loi, et que les textes purement déclaratifs ne font pas partie de cette définition. En 1998, la ministre (socialiste) de la Justice Élisabeth Guigou avait demandé l’annulation du vote, pour des raison juridiques, s’attirant cette seule réponse : « Nous le savons [que c’est inconstitutionnel], mais le Parlement fait ce qui lui plaît. » Toute loi déclarative, notamment celle-ci, est inconstitutionnelle, et n’a de ce fait aucune valeur juridique.

L’Assemblée nationale a voté, en première lecture, une proposition de loi pénalisant la « négation du génocide arménien », par 106 voix pour, dix-neuf contre et quatre abstentions ; 428 des 557 députés n’ont pas pris part au vote, parce qu’ils ne voulaient pas soutenir ce texte, mais, dans le même, n’osaient pas s’y opposer fermement. Les gouvernements UMP successifs ont refusé de mettre cette proposition à l’ordre du jour du Sénat, et le groupe socialiste de cette assemblée n’était pas plus désireux de le faire. Claude Estier, défenseur des revendications nationalistes arméniennes, ou du moins de certaines, a quitté la présidence du groupe socialiste au Sénat en 2004, date à laquelle il s’est retiré de la vie politique. Il a été remplacé par Jean-Pierre Bel, qui n’a pas, lui, de liens particuliers avec les milieux arméniens.

En octobre 2008, l’association d’historiens Liberté pour l’histoire (LPH), créée en 2005, lança l’appel de Blois. Grâce aux relations du bureau de LPH, notamment son président Pierre Nora, membre de l’Académie française et responsable des sciences humaines aux éditions Gallimard depuis 1965, Liberté pour l’histoire a pu largement s’exprimer dans de grands médias, et les groupes de pression arméniens furent incapables d’opposer une réponse adéquate — bien au contraire, ils furent rarement invités en tant que contradicteurs. Suite à l’action efficace de LPH, une mission d’information, dirigée par le président (UMP) de l’Assemblée nationale lui-même (Bernard Accoyer), publia un rapport concluant que le Parlement ne devait plus voter de lois mémorielles, fût-ce à propos des Arméniens. Annette Wieviorka, spécialiste de la Shoah et membre de LPH, a même déclaré, sur France 3 : « Pour qu’il y ait génocide, il faut qu’il y ait une intention. Une telle intention n’apparaît pas dans les archives ottomanes. »

Les manifestations du Conseil de coordinations des associations arméniennes de France (CCAF), depuis l’automne 2008, n’ont réussi qu’à montrer l’affaiblissement de l’activisme arménien en France. L’auteur de ces lignes, qui fut parisien de 2007 à 2010, fut témoin de certaines de ces manifestations et « sit-ins », qui n’ont pas attiré l’attention des grands médias, et n’ont pu rassembler qu’entre une dizaine et une ou deux centaine(e)s de personnes. La pétition en ligne lancée par un Arménien de Marseille ne revendiquait, à la date du 4 avril 2011 que 23 750 signatures — alors que le seul département des Bouches-du-Rhône compte environ 80 000 personnes d’ascendance arménienne.

Les développements récents

En février, le CCAF annonça que le groupe socialiste au Sénat allait mettre la proposition de loi à l’ordre du jour. Mais en fait, la majorité des sénateurs de ce groupe se prononcèrent contre le texte, qui ne fut donc pas soutenu. Une fois de plus, en mars, le CCAF manifesta devant le Sénat, avec des effectifs maigres, quoique la manifestation ait eu lieu un samedi après-midi. Le seul évènement important fut la lecture publique d’une lettre de Martine Aubry, première secrétaire du PS depuis 2008, au président du groupe socialiste au Sénat, lui demandant de mettre le texte à l’ordre du jour. Jusqu’en 2011, Mme Aubry n’avait jamais soutenu cette proposition. Elle élue du Nord-Pas-de-Calais, une région où il n’y a presque pas d’Arméniens, mais une population d’origine turque assez importante. Il y a des raisons d’être surpris du côté turc, et de tous ceux qui s’inquiètent pour la liberté d’expression. Même François Hollande, premier secrétaire du PS de 1997 à 2008, qui fut longtemps un défenseur de certaines revendications nationalistes arméniennes — avant tout par manque de connaissances — a récemment diminué son soutien, et, notamment, annulé sans explication sa participation à une conférence plus politique qu’universitaire. Ses connaissances ont sûrement été quelque peu améliorées.

Par conséquent, la seule raison qui puisse expliquer le changement de position de Mme Aubry, c’est une sordide intrigue de quelques Arméniens infiltrés au PS, et qui ont tiré profit du fait que discuter avec Mme Aubry n’était pas considéré comme une priorité pour les opposants à la proposition de loi liberticide et communautariste. D’une façon intéressant, c’est la FRA, et non le CCAF lui-même, qui a cette fois assuré que la proposition serait discutée grâce au groupe socialiste, le 4 mai. Il va de soi que les non-dachnaks du CCAF approuvent totalement cette initiative de la FRA, mais ils ne semblent n’y avoir pris aucune part.

Cela étant, ce changement de position aura-t-il de graves conséquences ? Non, en tout cas pour le court terme. M. Bel n’a pas, lui, changé d’avis ; la majorité des sénateurs socialistes pensent comme lui, et sont furieux contre la décision unilatérale qu’a pris, de façon si surprenante et sans concertation, Mme Aubry. En conséquence, le 4 mai, ce n’est pas le groupe socialiste qui demandera la discussion de la proposition liberticide et communautariste, mais un petit nombre de sénateurs, élus de départements comptant une forte communauté arménienne. Une telle demande doit être examinée par la conférence des présidents, qui réunit le président du Sénat, ses vice-présidents, les présidents de groupes et de commissions. Dans la mesure où le président du Sénat Gérard Larcher (UMP) a toujours exprimé sa forte hostilité à la proposition, la demande n’a tout simplement aucune chance d’être discutée en séance. La possibilité, pour quelques sénateurs, sans l’appui d’un groupe, de demander la discussion d’une proposition de loi, est fortement limité par le règlement du Sénat ; les derniers défenseurs des demandes arméniennes n’auront que de peu de nouvelles opportunités, dans l’avenir.

Par ailleurs, ces dernières tentatives de censure ont provoqué — et provoqueront encore — des courriers de protestation et d’information aux sénateurs, montrant le passé — et le présent — obscur de la FRA, notamment l’usage du terrorisme (via sa branche terroriste, le soi-disant « Commandos des justiciers du génocide arménien », renommés en 1983 « Armée révolutionnaire arménienne ») et la coopération avec les nazis durant la Seconde Guerre mondiale.

Quoi qu’il en soit, ces derniers développements, malgré les faibles risques qu’ils comportent pour le moment, montrent sans équivoques que des nationalistes arméniens continueront de faire tout ce qu’ils pourront pour porter atteinte aux intérêts de la Turquie et de combattre la liberté d’expression. Seul un combat cohérent pour éliminer radicalement leur présence dans la vie politique des pays occidentaux — notamment par des procès pour injure, diffamation, incitation à la haine raciale, ainsi que par un effort sans relâche d’information — permettra de résoudre la « question arménienne » en séparant définitivement parmi les Arméniens les fanatiques des modérés — y compris diaspora et les proarméniens. L’histoire doit être étudiée par les historiens, mais une réponse de type purement universitaire est presque impuissante face à des machines politiques qui ont été capables d’utiliser (ou de glorifier) le terrorisme, et qui n’ont aucune autre raison d’existe que d’attaquer en permanence la Turquie, les Turcs, et tout individu ou groupe identifié comme « proturc ». Pour que soient possibles le débat scientifique sur la tragédie turco-arménienne, ainsi que la réalisation, dans le futur, de projets entre Turcs et Arméniens, les professionnels de l’antiturquisme doivent être retirés de la partie.

Maxime Gauin

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