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Colloque "Turquie/Union européenne : état des lieux"

Rhône Alpes


Ecrit par Sophie C., 2011-03-21 12:18:09


Plus de 200 personnes étaient réunies durant ces 2 derniers jours pour participer à un événement exceptionnel sur la Région Rhône Alpes.
C’est en présence de représentants politiques, de spécialistes de grandes qualités et d’un auditoire enthousiaste que ce colloque a
apporté « un éclairage sur la nature juridique et la portée des liens unissant la Turquie et l’Union européenne ».

Une manifestation soutenue par les institutionnels

Cet événement a été l’occasion de mesurer la mobilisation des acteurs du territoire autour de cette thématique. Car rien n’aurait pu avoir lieu sans l’appui des Collectivités territoriales, de l’Université Jean MONNET et enfin des participants engagés dans une démarche d’information responsable.

Ainsi Khaled BOUABDALLAH, Président de l’Université Jean Monnet commence ce colloque en précisant qu’il est « extrêmement opportun de dépassionner le débat et de donner la parole à des scientifiques  »Et qu’il est ravi qu’ « il y ait un échange sur cette thématique  », qu’il encouragera d’autres disciplines en matière de coopération. Toutefois il regrette qu’il n’y ait que 2 000 étudiants turcs en France mais positive en rajoutant qu’il existe une belle marge de progression. En conclusion, il souligne que les liens sont anciens et doivent continuer de progresser et qu’il fera en sorte pour que ses collègues s’impliquent dans la connaissance de ce grand pays.

Personnalité importante de la ville, Maurice Vincent, Maire de Saint-Etienne, Président de Saint-Etienne Métropole était également présent et a apporté sa contribution à ce colloque. Il souligne que la ville a besoin de rencontres internationales d’une telle qualité : « Cet événement international est utile pour Saint Etienne et j’ai la volonté de développer des partenariats dans une optique de l’Euro métropole. C’est un colloque ambitieux qui a pu être organisé. C’est un thème d’actualité important pour la France et pour l’Europe qui mérite l’attention scientifique et politique. Une contribution scientifique ne peut que contribuer à une évolution favorable, c’est mon voeu  ». Il continue en précisant qu’à Saint Etienne il y a une communauté turque importante et qu’il est à leur écoute dans une référence commune française et turque qu’est la laïcité. Il termine son intervention en citant Montesquieu : « L’Europe est un Etat composé par plusieurs provinces. »

La doyenne de la faculté, Natacha VIGNE, salue chaleureusement tous les organisateurs et en particulier tous les participants venus de Montréal, Genève, Nice, Lyon, Paris, Louvain, Marseille et de Turquie. Elle remercie également Saint Etienne métropole pour son soutien et rajoute que leur présence prouve un réel attachement à cette action. Elle reste convaincue que cette thématique juridique « permettra une ouverture et un réel partage de connaissances. »

Des spécialistes à l’oeuvre

C’est la personne qui a rendu possible ce colloque qui prend la parole : Baptiste BONNET. Ce Professeur d’Université veut remercier Monsieur Laurent Wauquiez d’avoir envoyé un courrier les félicitant pour cette organisation. Il continue en lisant un passage d’une lettre envoyée par le commissaire français Jacques Barrot qui précise n’avoir pas de chance car son emploi du temps ne lui permettait pas d’être présent à cette journée, mais qu’il aurait aimé débattre sur ce sujet. Il n’oublie pas de remercier tous les organisateurs et lance l’ouverture technique du colloque par une information qui a scotché tous les participants et intervenants.

« En automne 1910, Mustafa Kemal Atatürk s’est rendu en France pour visiter notamment Saint Etienne et sa manufacture d’armes. Il y a 100 ans Atatürk était là (photos à l’appui). Ce colloque était prémonitoire. Faisons en sorte de célébrer cette amitié française et turque de longue date ». Puis il continue son préambule par un discours en turc avec une belle prononciation à la française salué par le public. Il précise en tant qu’universitaire et à titre individuel être pour l’entrée de la Turquie à l’Union européenne.

Puis vient une diffusion d’une vidéo sur laquelle Monsieur Ali BOZER, Ancien Vice-Premier ministre et ancien ministre des affaires étrangères de Turquie qui donne ses opinions sur l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne.

Mümtaz SOYSAL, ancien ministre des affaires étrangères de Turquie, Doyen et Professeur de droit lance un témoignage pessimiste : «  Je n’ai plus cet enthousiasme que j’avais dans mes positions précédentes. Je ne crois plus en une Europe qui accepterait la Turquie. On nous propose un statut particulier au lieu d’être membre de l’Union Européenne. Or ce nouveau statut on ne le connaît pas... Au lieu d’attendre et de perdre du temps entre la date de demande d’adhésion et maintenant, le moment est venu de dire que nous n’essayerons plus de frapper à votre porte... On ne fait qu’attendre depuis des années. Il m’est triste de constater que depuis ma jeunesse rien n’a changé... Peu à peu j’ai perdu confiance et j’ai peur de devenir un euro septique. On ne peut pas passer sa vie à attendre la réalisation d’un rêve. Il faut s’asseoir et commencer à négocier sérieusement et d’une manière avantageuse pour les 2 côtés. Les turcs d’Europe réalisent malgré leur travail, leurs études et leurs bonnes relations que l’Europe ne veut pas de leur pays... Le jour où j’ai compris que l’Europe ne voudrait pas de la Turquie a été le jour du refus du plan Annan. Le côté grec a refusé ce plan. Or quelques jours après ce refus par les grecs, le côté Chypre grec est devenu membre de l’union européenne. J’ai trouvé cette politique envers un pays qui a fait un tel effort non sérieuse. Une telle politique poussera les turcs à adopter une politique « pas chique » générée par des décisions enclenchées par les politiques européennes... La Turquie participe et participera à une Europe meilleure, juste et équilibrée  ».

Bülent AKARCALI, Ancien Co-Président de la Délégation à la commission parlementaire mixte UE-Turquie, ancien Ministre rappelle que cette demande d’adhésion n’est pas une demande opportuniste. Cette volonté de partager le destin commun de l’Europe a commencé avec la création de la République de Turquie par Mustafa Kemal ATATURK. Dans les années 20 et 30 MKA n’a pas opté pour un état soviétique. Il voulait atteindre l’objectif d’une civilisation contemporaine. Il rappelle que c’est la Turquie qui avait été invité à s’asseoir pour être membre de l’Europe. Le fait que De Gaulle soit venue en Turquie a permis plus tard de lancer un signe fort en direction de la population française. Il souligne que dans le concept de la République turque il y a le concept de l’idéologique européenne. « Les valeurs et objectifs fixés allaient de pair avec les valeurs de la communauté européenne. Si certaines personnes ne connaissent pas leur Histoire, ce n’est pas notre faute. Les frères jésuites nous ont enseigné que la Turquie est européenne par sa situation géographique. D’ailleurs on m’a dit qu’à l’époque la Turquie était l’Homme malade de l’Europe pas de l’Asie. Il appartient à l’Europe de réfléchir philosophiquement et politiquement. Aucun Président en exercice durant son mandat n’avait prononcé son refus de l’adhésion turque et ce de Gaulles à Sarkozy. Alors maintenant est-ce que la politique étrangère de la France dépendra d’un Président en exercice ou bien dépend-elle d’une vision selon une politique étrangère globale de la France ? Nous ne pouvons pas exiger une turcophilie mais nous demandons une honnêteté. Nous nous étions fixés une vocation européenne bien avant. C’est pourquoi nous avons des difficultés à comprendre la position de Sarkozy et Merkel. Malgré le fait que j’ai écrit à Merkel pour demander si son parti avait un document officiel qui proposait un statut particulier à la Turquie, mes lettres sont restées sans réponses et ce après 5 relances. Ce qui est normal car dans le traité de Rome, rien n’est précisé. On nous dit que la Turquie n’est pas dans l’Europe géographiquement, alors pourquoi Chypre a été accepté ? C’est la preuve que l’Europe n’a pas de limite de frontière dans un concept démocratique. On nous dit la Turquie n’a pas contribué à l’Europe. Alors expliquez-moi pourquoi les meilleurs turcologues français ont publié plus de 1 500 lire sur ce sujet. Les relations entre la Turquie et l’Europe sont anciennes alors si une personne ne prend pas la peine de lire cet héritage comment voulez-vous qu’ils débattent honnêtement ? ….Nous demandons un mariage, à l’heure actuelle, c’est du concubinage. Il faut une réflexion qualitative et non quantitative. La Turquie a bien plus de points communs avec la France qu’elle ne le pense. Mais en Turquie, il y a une intelligencia française.
On nous dit également que le budget de l’Union serait alourdi par une adhésion. Nous avons fait faire des études par des cabinets en dehors de l’Union pour que leur objectivité ne soit pas atteinte. D’après ces statistiques le budget européen ne serait affecté en rien. Durant ces dix dernières années nous avons contribué aux surplus, nous achetons en Europe beaucoup. Vous devez savoir ces éléments, nous n’acceptons pas le refus de savoir. Ensuite vous prendrez une décision politique ou personnelle en votre âme et conscience
. »

Puis intervient le discours de Mehmet BILIR, Consul Général de Turquie à Lyon sur les relations Turquie Union européenne vue par un diplomate. Lui aussi ne comprend pas ce refus d’une adhésion de la Turquie alors que bien d’autres pays y ont adhéré entre temps. Il ne comprend pas pourquoi son pays est mis à l’écart. Pour lui, la volonté de partager un destin commun communautaire a été actée lorsque la Turquie est devenue membre de l’OTAN. De plus, la Turquie s’est porté garante de la sécurité pour l’Europe. « Nous partageons la même histoire, la même géographie, les mêmes valeurs, le même destin. L’image de la Turquie en France est obsolète. L’économie turque s’est transformée. »

Pour Kadri GURSEL, Editorialiste au quotidien national MILIYET, « La France a commis une faute historique et a perdu sa légitimité en Turquie. La France propose un statut particulier à la Turquie, maintenant, elle a cessé de prononcer le statut de partenaire privilégié à la Turquie. La politique de refus par la France et par certains de l’union n’est pas bien pour l’Europe. Je constate des écarts qui s’ouvrent entre la Turquie et l’Europe qui risquent de ne pas se fermer.  »

Sandrine CORTEMBERT, maître de conférences à Lyon, donne une approche du droit sur les partenariats de l’Union Européenne en soulignant l’aide financière accordée par l’Union à la Turquie et les nombreux accords qui existent avec ce pays.

Joëlle RIDEAU, Professeur émérite de l’Université de Nice, précise qu’il regrette qu’il y ait une inégalité de traitement dans le processus d’adhésion. « Peut-on considérer que c’est légitime de refuser l’adhésion de la Turquie alors que d’autres pays sont entrés depuis 2005. Cela m’amène à m’interroger et me poser de réelles questions. »

Alfredo RIZZO, Professeur de l’Université de Pérouse et de Calabre apporte des éclaircissements sur les procédures d’adoption pour l’adhésion et propose une solution pour Chypre.

Christine KADDOUS, Professeur de droit européen à l’Université de Genève donne des précisions sur la jurisprudence en la matière.
Nanette NEWAHL de Montréal dit que « la Turquie est bien trop grande, bien trop différente et que c’était le moment de m’intéresser à elle. Je pense que ceux qui n’ont pas compris l’intérêt d’une telle adhésion n’ont rien compris  ». Ensuite elle a donné les compétences et les axes des organes décisionnaires pour une adhésion à l’Union Européenne. Puis elle a apporté brillemment des arguments scientifiques sur les critiques formulées concernant une adhésion turque, pour finir sur 3 enjeux majoritaires, à connaître pour les pays de l’Union.

Les autres intervenants comme Marc MARESCEAU et Gaëtane RICARD-NIHOUL ont eu aussi souligné leur incompréhension. MARESCEAU dit que « les juges ne tiennent pas compte du changement des clivages politiques. Car la Turquie est un grand Etat qui a vocation a adhérer »

Lors des débats plusieurs questions ont pu être posé librement dont voici quelques unes qui ont mérité des réponses précises des intervenants :

  1. "Quel est le rôle de l’Islam dans les esprits et décideurs européens ?
  1. Que pensez-vous de l’emplacement géographique des voisins de la Turquie ?
  1. L’image créée par les communautés turques d’Europe est-elle l’image qui correspond à la réalité des turcs de Turquie ?
  1. Incidence des retombées économiques d’un refus de l’élargissement d’un pays prospère comme la Turquie ?
  1. Durant ces 2 jours j’ai écouté les intervenants de ce colloque et je m’apperçois que la communauté scientifique est pour une union européenne avec la Turquie. J’en suis ravie. Pourtant en France, il existe un paradoxe, d’un côté on a des politiciens qui sont contre, et de l’autre des spécialistes qui sont pour. Ma question est la suivante : que conseillerez-vous de faire pour que les politiques actuelles réussisent à améliorer leur ignorance sur ce sujet et pensez-vous qu’il y ait des lobbys communautaristes qui influent fortement sur ce changement radical de la position française vis-à-vis de la Turquie ?"

Ce colloque a permis a un très grand nombre de personnes de comprendre l’état des lieu d’une adhésion de la Turquie à l’union européenne. D’ailleurs Mümtaz SOYSAL ajoute : "Nous devons être juste envers notre histoire et qui ont permis de créer la Turquie d’aujourd’hui".

A l’issus de ce colloque plusieurs publications seront éditées et proposées au public par tous ces spécialistes qui ont débattu intensément durant ces deux jours.

Les étudiants présents ont souligné "l’incroyable richesse des échanges, la qualité d’analyse des intervenants". Quelques uns avouent même vouloir écrire leur thèse sur des thématique liées à ces enjeux.

Et enfin une participante d’origine turque, émue témoigne :" Quoiqu’il en soit, ces étudiants ont été récompensé intellectuellement mais aussi symboliquement. En effet, le doyen de la Faculté de Droit de Yeditepe les a tous invités à venir dans son université après la validation de leur semestre.
Nul doute que ces journées ont été incroyable pour moi. J’ai vraiment été plus que comblé par une organisation d’une telle qualité. J’estime avoir été privilégié d’avoir pu écouter des intervenants européens d’un tel niveau. Merci aux organisateurs, je salue leur courage et leur engagement.
"

Fin du colloque

 [1]

[1Ces journées ont été l’occasion de réfléchir sur toutes les questions soulevées durant le processus de négociations et sur l’avenir des relations entre ces deux entités afin d’identifier les options envisageables.

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