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De curieux Turcs (de cœur) au cœur de l’Europe ou l’histoire étonnante de ces communes européennes qui perpétuent leur identité turque


Ecrit par Ali Bal, Hakan, 2011-02-17 07:30:00


Peut-être nos aïeux ont-ils renoncé à la conquête de Rome, peut-être ont-ils jeté le manche après la cognée devant les portes de Vienne, mais les Turcs ont toujours existé en Europe ; dans cette Europe qu’ils tentent aujourd’hui de rejoindre officiellement. Et, il persiste toujours des foyers où l’identité turque brûle à feu ardent et régulièrement entretenu. D’aucuns seraient sceptiques si nous affirmions qu’au cœur même de l’Europe occidentale, notre culture et notamment le passé prestigieux ottoman, sont perpétués avec toute leur richesse. Pourtant, c’est le cas.

Au-delà de l’histoire classique de l’immigré turc, cette histoire-là est souvent celle du Turc ottoman qui s’est installé autrefois dans les grands pays européens tels que la France, la Belgique ou l’Italie et y a enraciné le mode de vie turc avec naturel, prestige et fierté.
Un mode de vie que certains, aujourd’hui, se plaisent à décrier, mélangeant l’identité nationale (ou européenne) avec la religion. Ces communes « turques » depuis le XVIe ou le XVIIe siècle montrent le ridicule d’une telle vision.

C’est une réalité, malheureusement méconnue, mais dans certaines communes de l’Union européenne, les habitants perpétuent depuis des centaines d’années, par le biais de fêtes et festivals, les us et coutumes turcs et transmettent cet héritage aux nouvelles générations. Ainsi, c’est avec fierté qu’ils clament leur identité turque et font la promotion de la civilisation et de la culture turques auprès de leurs compatriotes européens.

Ces festivals se veulent tellement turcs que des costumes à la moustache traditionnelle, tout rappelle le passé des Turcs. D’ailleurs, l’ainé de la communauté est proclamé : « Le Sultan » et devient notre représentant : « il Turco ». Le drapeau national laisse la place à l’étendard turc devenant l’épicentre de la fête turcophile mais surtout le symbole de la fierté d’être des Turcs.

L’une des ces communes est une ville italienne nommée Moena, non loin de la frontière helvétique.

ITALIE

Moena

Tous les habitants de cette ville pittoresque, construite au pied du massif des Dolomites, se disent turcs, pourtant ils sont tous italiens.

A l’issue du siège de Vienne, un janissaire, blessé et en passe de mourir de froid, est sauvé par un habitant d’Ausbourg, le duché auquel la ville était à l’époque rattachée. Ensuite, le Turc épousa une fille de la commune et endossa rapidement le statut de « agha » [1] local avec son apparence typique d’Ottoman ; portant sa moustache traditionnelle, dense, brillante, bien taillée et tournée majestueusement vers le haut. Plus tard, il mobilisa le peuple pour s’opposer aux soldats du duché qui prélevaient injustement de lourds tributs. Avec ce succès, il devint le héros de la ville.

Notre héros qui ne s’assimila jamais mais préserva son apparence turque avec son turban à la tête et son yatagan à la ceinture gagna la confiance, le respect et l’admiration de tous les habitants. C’est ainsi que cette commune perpétue, depuis ce jour, l’identité turque avec fierté.

Chaque année est organisé à Moena un festival en l’honneur de ce janissaire turc et, ce jour-là, chacun, jusqu’au Maire lui-même, se vêt en Turc ottoman ; les bannières turques ornent toute la ville et nos us et coutumes sont déployés avec orgueil et gaieté.


C’est Madame Anna Masala, professeur de turcologie, qui nous a fait découvrir cette ville que les Italiens nomment « Il Turco ».
En se promenant dans les Alpes avec sa famille, Madame Masala raconte avoir aperçu un panneau « Turchia » (Turquie), autant interloquée qu’intriguée, elle suit l’affichage qui la mène tout droit dans un merveilleux endroit très fleuri et riche d’habitations classiques en bois.


« Au milieu de la place, sur la fontaine trônait le buste d’un janissaire turc qui me fixait avec hospitalité, je fus saisie de stupéfaction » raconte le professeur Masala. « C’était là, une commune qui ‘‘vivait le Turc’’ et perpétuait depuis des siècles un héritage identitaire turc. Le Maire explique que l’immense majorité des habitants d’ici n’est même pas allée à Rome donc comment voulez-vous qu’ils connaissent Istanbul ? Ils font vivre la culture turque par le biais de leur héritage et de ce qu’ils apprennent des livres et de la télévision. Même le plus âgé d’entre eux, ne connait rien de la Turquie, pourtant ils sont tous fiers d’être turcs » enchérit-elle, amusée.

FRANCE

Chez le Turc

Le site internet BleuBlancTurc.com nous apprend qu’un lieu-dit rattaché à la petite commune de Saint-Martin-Sepert dans le Limousin porte le nom : « Chez le Turc ».

En fait, cette expression toponymique perpétue le souvenir d’un Turc ottoman qui, après la guerre de Crimée (1853-1856), suivit chez eux des Français de Corrèze dont il avait été le frère d’armes et, s’établit et fonda une famille dans leur commune.

Le Rocher du Turc, le Lac du Turc, le Quartier du Turc,...

Toujours selon BleuBlancTurc, dans le Vaucluse se trouve un site superbe pour les amateurs de randonnée appelé « le site des Dentelles de Montmirail » : véritables dentelles de roches calcaires sur fond de ciel bleu. Sur ce site culmine « le Rocher du Turc » (627 m.), idéal pour l’escalade. Dans ce rocher se trouve « la chambre du Turc » : salle naturelle fortifiée par l’homme.

En outre, la commune d’Ondres dans les Landes se distingue par plusieurs lieux dont le nom fait référence à un Turc. Ainsi, on y trouve un « Lac du Turc », un « Lotissement le Turc », un « Quartier du Turc », une « Impasse du Turc ». Malheureusement, personne ne semble connaître l’origine et l’histoire toponymique qui y sont rattachées.

Osmanville et Turquestein, pas très turques

La commune normande de « Osmanville » apostrophe les Turcs qui sont tentés d’y voir la « ville d’Osman ». Selon un article turc, des soldats de l’Empire Ottoman auraient décidé d’y établir leur résidence en raison d’un commerce soutenu avec des ports français. Toutefois, cette explication, ainsi qu’une éventuelle origine relative aux Turcs, sont démenties par la mairie.

Pareillement, selon un chroniqueur turc, un janissaire ottoman aurait jeté les fondations culturelles du village de « Turquestein » en Lorraine, forgeant ainsi sa dénomination. Cette hypothèse est également rejetée par la municipalité de cette localité mosellane.

D’autres communes interpellent…

La normande « Turqueville » et, sa consœur alsacienne « Turckheim », dans le Haut-Rhin, guettent éperdument le curieux qui viendra enfin étudier leur toponyme à consonance turque.

BELGIQUE

Faymonville

Au coeur de l’Union européenne, dans un petit village belge flotte depuis des siècles le drapeau turc sans qu’aucun Turc n’y réside. Les habitants sont tous belges mais revendiquent avec véhémence leur turcité. D’ailleurs, ils sont appelés « les Turcs ».

Dans cet accueillant village belge, ou plutôt turc, chaque année un festival haut en couleurs célèbre avec fierté l’appartenance identitaire turque des habitants.

Lors du festival, les cavaliers en tête, un cortège en costume ottoman défile étendards turcs en main dans tout le village.

Au centre du village, une pierre fixée sur le mur de la bibliothèque communale affiche en son coeur l’emblème national turc, décoration reprise dans les vitraux à l’intérieur du bâtiment.

La liqueur produite sur place se nomme « Turkenblut », le sang turc ; le groupe des jeunes : « Les Jeunes Turcs Réunis ». Et, l’unique hôtel du village porte l’enseigne : « Le vieux Sultan ».

Le club de football local a choisi son nom : « RFC Turkania » arborant les couleurs turques sur son fanion.

Il existe deux versions à propos de ce surnom des Faymonvillois.

La première est moins plausible. Les habitants de Faymonville auraient, lors de la bataille de l’Amblève, en 716, combattu au côté des Turcs (musulmans) contre les chrétiens.

La seconde est la plus répandue. Aux 17ème et 18ème siècles, la principauté de Stavelot-Malmedy aurait été souvent soumise à l’impôt par ses princes-abbés pour les besoins de la chrétienté en lutte contre l’invasion turque du Saint-Empire. Les collectes étaient fréquentes dans les églises relevant de la principauté mais Faymonville relevant du Duché de Luxembourg, échappait à cette imposition, c’est ainsi que ses habitants furent accusés de pactiser avec les musulmans et qu’on leur attribua le nom de « Turcs ».

Les habitants amènes ont parfaitement intégré ce surnom à leur identité en tant que héritage folklorique. Et, ils le brandissent avec fierté. Les villageois expliquent aux plus jeunes la raison de cette fierté d’être turcs. Ainsi, les ainés racontent avec émotion comment le drapeau turc les a sauvés des bombardements nazis. Durant l’occupation allemande de la Belgique, les nazis qui faisaient tout exploser, ont épargné Faymonville car ils ont été dissuadés par le drapeau turc qui flottait sur leur village.

PAYS-BAS

Turkeye

A 15km de la frontière belge, à l’extrême ouest des Pays-Bas, un étonnant village porte le nom : « Turkeye » (Turquie), dans la province maritime de la Zélande.

En toute logique mais non moins surprenante, la route qui y mène s’appelle « Turkeijeweg » (La route de la Turquie). A l’entrée de cette paroisse très fleurie flotte nonchalamment le drapeau turc. La première maison du village affiche l’inscription : « Ambassade de Turquie, n°16 ».

Mais, ne vous attendez surtout pas à rencontrer de Turcs car il n’y en a aucun.

Selon l’histoire contée par ses sympathiques habitants turcophiles, au début du 17è siècle, à l’époque de Maurice de Nassau, Prince d’Orange, la Zélande était devenue une zone de guerre stratégique contre l’envahisseur espagnol. Environ 1400 forçats turcs, prisonniers des Espagnols, furent délivrés par les Hollandais lors d’une bataille. En retour, les soldats du Sultan leur offrirent leurs costumes et la flamme ottomane composée de trois croissants. Les navires hollandais hissèrent les croissants et battirent pavillon ottoman. Ainsi, les Espagnols ne purent les approcher supposant une alliance des Hollandais avec la puissante armée du Grand Turc.

Ces fascinantes communes d’Europe occidentale, turquisées de plein gré, symbolisent, avec amusement, la version européenne de l’expression : « Ne mutlu Türküm diyene », est turc celui qui se dit turc.


En exclusivité pour Turquie-News, traduit, adapté et enrichit par Ali Bal.

[1titre donné, chez les Turcs, à une personne respectée et jouissant d’un pouvoir physique ou financier.

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