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Quand la turcophobie mène au meurtre !

Philippe Wendling


Ecrit par Sophie C., 2011-02-01 14:00:00


« Il y avait tellement de fumée qu’on ne voyait plus rien dans le couloir  », souligne la jeune mère de famille. Céline et son époux récupèrent leur fillette de deux ans et leur fils de sept ans, endormis dans leur chambre, et descendent à l’étage inférieur. « Il y avait des flammes dans l’entrée. On a pu passer in extremis. ...

Sécurité Indignation après les feux aux domiciles de familles d’origine turque vendredi à Hoenheim

Un amoncellement de cendres, une forte odeur de brûlé et une veste de gamin fondue témoignent encore de l’intensité des flammes qui ont touché la maison des Bakar, rue de Mundolsheim à Hoenheim. Sur les murs, deux croix gammées. « Je ne comprends toujours pas  », expliquait hier Bulent, le chef de cette famille franco-turque. Vendredi vers 4 h 30 du matin, dans son sommeil, sa femme a entendu des crépitements. La porte de la maison venait d’être incendiée par des individus toujours en fuite. « On s’est levé en panique et on a cherché nos enfants de deux ans et sept ans, poursuit Bulent. En sortant par l’arrière, on a vu qu’un feu avait aussi été allumé chez nos voisins. Heureusement, on a pu les réveiller à temps. » Sur la camionnette de ces derniers, également d’origine turque, une croix gammée.

Une manifestation mercredi soir

Relogé par la mairie avec sa famille, Bulent est venu, hier, récupérer quelques affaires. Salvador, son beau-père lâche : «  C’est criminel. Mon petit-fils de 7 ans a peur. Il m’a dit qu’il ne veut plus aller à l’école car il y a des gens qui n’aiment pas les Turcs. » Pour Salvador et d’autres proches des victimes, il y a peu de doutes. « Ces actes étaient ciblés. Il fallait savoir que des Turcs habitent dans cette rue si calme ! Ceux qui ont fait ça voulaient tuer  ! »
Les faits de vendredi s’ajoutent à une triste série d’une vingtaine d’actes à caractère raciste et antisémite dans l’agglo en un an. Philippe Richert, le président (UMP) de la région et ministre des Collectivités territoriales, va saisir le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux pour « que tout soit mis en œuvre pour retrouver les auteurs  ». Interrogé par 20 Minutes la semaine dernière, le procureur Patrick Poirret avait refusé « de commenter des enquêtes en cours  » précisant juste qu’un «  groupe de travail à finalité judiciaire  » a été constitué avec des policiers et des gendarmes.
À l’initiative d’associations, un «  rassemblement contre la haine  » est organisé place de la République, ce mercredi à 18 h. Le Parti de gauche a proposé, hier, que « chaque manifestant porte un triangle rouge en signe d’opposition aux thèses de l’extrême droite  ».
Sources extraites : 20 minutes

"Si ça continue, ça va mal tourner"

Dans ce supermarché oriental de Schiltigheim tenu par une famille turque, tout le monde ou presque est au courant, ce samedi matin, des feux allumés volontairement aux 5 et 6 rue de Mundolsheim, à Hoenheim. Hatice Ceylan, une employée du magasin, connaît d’ailleurs bien l’une des familles victimes. « Ce sont des personnes qui n’ont aucun problème avec qui que ce soit, qui sont dans leur coin et qui travaillent. Ça fait vraiment mal au coeur de vivre ça en France, lance la jeune femme, émue. En Allemagne, il y a un ou deux mois, une famille turque est morte dans l’incendie de leur maison. C’était les néo-nazis. J’espère qu’on ne va pas en arriver là. »

Depuis quelques moi-* s, la communauté turque de l’agglomération strasbourgeoise est la cible d’actes racistes.

  • Entre le 23 octobre et le 6 novembre, trois habitations de Vendenheim occupées par des résidents d’origine turque ont été la proie des flammes. Un mois plus tôt, deux voitures appartenant à Faruk Günaltay, gérant turc du cinéma l’Odyssée, avaient été incendiées à son domicile.
  • Le 12 novembre, une enveloppe remplie de poudre blanche a été adressée à la mosquée Eyyub Sultan, dans le quartier de la Meinau à Strasbourg, accompagnée d’un message sans ambiguïté : « La valise ou le cercueil  ».
  • Le 28 décembre, un chirurgien-dentiste turc d’Oberhausbergen a vu sa maison recouverte d’une inscription xénophobe et d’une croix gammée.
  • Et le 13 janvier, la porte de l’association du congrès des étudiants turcs, installée place Kléber à Strasbourg, a été brûlée et une croix gammée dessinée.

S’il serait hâtif de conclure à une identité d’auteurs, les enquêtes sur toutes ces affaires étant toujours en cours, cette série de faits interpelle.

D’autant que s’agissant des incendies, le mode opératoire est toujours le même : le ou les auteurs allument des poubelles qu’ils ont pris soin de placer contre la porte d’entrée.

Sans céder à la psychose, Ismail Sarioglu, un grand gaillard de 21 ans originaire de Bischheim, avoue s’inquiéter « pour [s]a famille », en particulier son grand-père. « Je vais aussi être plus prudent  », indique le jeune homme, en exhibant un journal franco-turc qui consacre une partie de sa une au témoignage du dentiste d’Oberhausbergen.

« On n’est pas en guerre »

Face à ces événements récents, Hatice craint pour sa sécurité : « Je vis avec mes parents dans un HLM à la cité de l’Ill. Mais comme ils sont à la retraite, ils sont souvent en Turquie et je me retrouve toute seule à la maison. »

La jeune femme ne comprend pas cette vague d’hostilité à l’égard de la communauté turque. « Ça déçoit. On n’est pas en guerre, lance-t-elle. Nous, les Turcs, on est présents depuis les années 1960-70. Nos parents et nos grands-parents ont toujours travaillé. Moi je suis une Française d’origine turque et je veux pouvoir continuer à sortir le soir avec mes amis sans avoir peur. »

Ali Yemenoglu, lui, n’a « pas peur ». Mais le boucher de 24 ans craint les éventuelles représailles. « Si ça continue comme ça contre les Turcs, ça va mal tourner, estime le Bischheimois. Les gens savent d’où ça vient. Je pense que c’est un truc organisé. »
Sources extraites : Antoine Bonin

Danger de mort

Quand y aura-t-il un mort ? C’est la question, angoissante, qui se pose depuis que se multiplient en Alsace des actes à visée raciste ou antisémite.

"Les feux allumés la nuit dernière à Hoenheim, comme celui de Strasbourg-Robertsau le 21 septembre 2010, montrent que tout peut arriver. Oui, il peut y avoir un mort dans l’incendie nocturne provoqué par une poubelle en flammes, une voiture brûlée ou un cocktail Molotov. Un enfant peut être asphyxié par la fumée, une personne à mobilité réduite peut se trouver prise au piège... On frémit en pensant à ce qui serait arrivé si l’alerte n’avait pas été donnée quand il était encore temps d’évacuer les lieux.

L’escalade est évidente. On est passé des croix gammées tracées au hasard des rues à des inscriptions racistes intentionnellement griffonnées sur la porte de personnes préalablement identifiées. Puis un même geste a lié l’inscription raciste et la mise à feu, le tag xénophobe n’étant plus un but en soi, mais la signature accompagnant les flammes.
Le politique et le religieux s’entremêlent dans ces actes dangereux. Les victimes ont des identités très diverses mais on cherche à les stigmatiser en les rattachant soit à une nationalité étrangère (la Turquie), soit à la religion juive, soit à la religion musulmane, comme s’il était interdit d’être turc, franco-turc, juif ou musulman en Alsace.
L’identité alsacienne est attaquée dans sa capacité à vivre-ensemble. Prise globalement, l’Alsace n’est pas raciste mais des racistes vivent parmi nous et se croient en mesure d’imiter les nazis excités à l’idée de déclencher un pogrome.
Si le tag raciste est un délit, l’incendie volontaire est un crime. Nous sommes en présence de menaces de mort avec passage à l’acte. Y mettre un terme est une urgence, donc une priorité pour la police, pour la gendarmerie mais aussi pour tous les acteurs de la vie publique. Les élus, à quelque parti qu’ils appartiennent, ont un rôle à tenir en se démarquant sans ambiguïté de toutes les assertions, suggestions et insinuations qui jouent avec le thème de l’étranger comme d’autres jouent avec les allumettes.
En attendant le succès de l’enquête, qu’on espère rapide, il importe de faire barrage à tout ce qui banalise le racisme. Et dans un premier temps de dire notre solidarité pleine et entière avec les familles physiquement prises à partie."
Dominique Jung

 [1]

[1Devant la « déferlante de haine xénophobe et islamophobe » qui « se polarise dans la région strasbourgeoise », COJEP International a demandé à être reçu par le maire de Strasbourg et le préfet de Région.

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