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Françoise Giroud : la biographie équilibrée d’une vie particulière

Françoise Giroud, née en 1916 de parents turcs


Ecrit par Sophie C., 2011-01-11 07:14:00


Il faut toujours aller de l’avant. Elle a été agent de liaison dans la Résistance ; directrice de la rédaction de Elle ; fondatrice et directrice, avec son amant, Jean-Jacques Servan-Schreiber, de L’Express ; secrétaire d’Etat à la Condition féminine ; secrétaire d’Etat à la Culture ; éditorialiste au Nouvel Observateur. Et chacun de ses livres a été un succès.

La talentueuse Françoise Giroud, née en 1916 de parents turcs*, incarne une vie de réussites. Mais ce que raconte la biographe Laure Adler, dans Françoise, c’est aussi et surtout autre chose. Une complexité. Avoir la chair à vif et le cœur en bronze. On croise ici les combats (la guerre d’Algérie) et les figures (Pierre Mendès France) de l’époque. On découvre une femme courageuse, impitoyable, travailleuse, compliquée. Laure Adler a trouvé le ton juste : une empathie mise à distance. Françoise Giroud a menti et trahi, à plusieurs reprises, au cours de sa vie. Elle a passé sous silence ses origines juives ; envoyé des lettres anonymes et antisémites à Jean-Jacques Servan-Schreiber et son entourage à la suite de leur rupture ; prétendu avoir reçu une médaille de la Résistance. Laure Adler replace chacune des failles de Françoise Giroud dans une histoire personnelle. Elle explique. La fille de deux juifs séfarades, l’autodidacte archidouée, la femme folle amoureuse ne voulait laisser filer et filtrer aucune faiblesse. Elle travaillait tout et tout le temps. Son existence, ses articles, son allure.

Françoise Giroud fut une journaliste immense et une femme meurtrie. On ne dira jamais assez son talent (ses phrases nues et nettes, ses idées novatrices et audacieuses) comme on ne dira jamais assez sa peine (la lutte contre la dépression, les morts des proches). Elle écrira, vingt ans après le décès de son fils disparu en montagne, des lignes inoubliables : "De toutes les épreuves de ma vie, qui en a été fertile, c’est celle dont j’ai émergé avec le plus de peine, mâchant et remâchant ma culpabilité. On devient comme un grand brûlé qui ne supporte plus aucun contact avec autrui."

L’auteur de Leçons particulières (Fayard, 1990) aimait un proverbe africain, au point d’en faire une ligne de conduite : "Si tu avances, tu meurs. Si tu recules, tu meurs. Alors, pourquoi reculer ?" Elle a avancé puis elle est morte. Il n’existe pas mille manières de faire face aux agressions. Les vies dures font des gens durs. Caroline Eliacheff souligne qu’il ne faut pas être normatif pour saisir la personnalité de sa mère. On ne se serait (peut-être) pas comporté comme elle ; on ne se serait (sans doute) pas exprimé comme elle. Les choses forment un tout. Laure Adler lui rend aujourd’hui hommage comme il se doit. Françoise Giroud résiste à la vérité.

Françoise, de Laure Adler, Grasset, 400 p., 20 euros (en librairie le 19 janvier).

 [1]

*Fille de Salih Gourdji, directeur de l’Agence télégraphique ottomane, qui meurt en 1919, et de Elda Farragi, tous deux turcs et juifs séfarades. Son père, né à Bagdad, a fait des études de droit à Paris, puis il épouse la ravissante Elda, de Salonique, fille d’un médecin-major, colonel dans l’armée turque.

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