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Courrier de protestation envoyé au « Monde »

Ecrit par CIViC, Confluence France-Turquie, 2011-01-06 07:00:00


Madame, monsieur,

Une fois de plus, Le Monde a publié une tribune d’Ara Toranian, directeur des Nouvelles d’Arménie magazine. La tribune est sans surprise. M. Toranian parle du « blocus de l’Arménie », improprement puisque les lignes aériennes entre ce pays et la Turquie ne sont pas coupées, pas plus que les liaisons terrestres via la Géorgie ; et surtout, il oublie de dire pourquoi Ankara a fermé sa frontière : au début des années 1990, l’Arménie a envahi l’Azerbaïdjan, lui arrachant près de 20 % de son territoire, pratiquant une purification ethnique qui n’a pas eu grand-chose à envier à celle des forces serbes en Bosnie et au Kossovo ; l’Arménie refuse de reconnaître de jure sa frontière avec la Turquie, et les fanatiques de la « diaspora arménienne », très écoutés à Erevan jusqu’en 2008, rêvent de pratiquer en Turquie de l’est ce qui a été fait à l’Azerbaïdjan occidental.

M. Toranian continue de donner au mot « négationnisme » un sens inconnu du Petit Larousse, du Grand Robert et des dictionnaires Hachette ; un sens rejeté par Valérie Igounet, la principale spécialiste du négationnisme en France. Comme les staliniens d’autrefois abusaient du mot « fasciste », M. Toranian prend le mot qui symbolise, à bon droit, la pire perversion intellectuelle pour s’en prendre à ceux qui ne pensent pas comme lui, et au premier rang desquels se trouvent :

— Bernard Lewis, professeur honoraire à l’université de Princeton, juif, qui a servi dans l’armée britannique pendant la Seconde Guerre mondiale ;

— Guenter Lewy, professeur honoraire de sciences politiques à l’université du Massachusetts, rescapé de la Nuit de cristal, réfugié en Palestine au début de 1939, et ancien combattant volontaire de l’armée britannique (1942-1945) ;

— Shimon Pérès, prix Nobel de la paix et président de l’État d’Israël.
En démocratie, ce n’est pas le Parlement qui écrit l’histoire et en impose une version. Mais M. Toranian n’est pas, n’a jamais été, ne sera probablement jamais, un démocrate. Et ce n’est pas un discours démocratique qu’a relayé, une fois encore et sans contradiction, Le Monde.

M. Toranian a fondé et présidé le Mouvement national arménien pour l’ASALA, c’est-à-dire ni plus ni moins que la branche politique de ce groupe terroriste [1]. Le soutien est allé si loin que plusieurs membres du MNA ont été condamnés pour détention illégale d’explosifs, au bénéfice de l’ASALA. Après l’attentat d’Orly, le MNA a servi de branche politique aux terroristes dissidents de l’ASALA-MR. Le politiste américain Michael M. Gunter parle de M. Toranian comme d’un « dirigeant de l’ASALA » (« ASALA leader ») [2].

M. Toranian a été le rédacteur en chef du journal Hay Baykar/Combat arménien, de sa création, en 1976, à sa disparition, en 1988. Ce journal a soutenu avec la dernière virulence les attentats de l’Armée révolutionnaire arménienne pour la libération de l’Arménie (ASALA), jusqu’au début de l’été 1983, puis toutes les activités de l’ASALA-Mouvement révolutionnaire, groupe terroriste dissident, créé après l’attentat d’Orly (15 juillet 1983), et aussi les principaux attentats de l’Armée révolutionnaire arménienne (ARA, la branche terroriste de la Fédération révolutionnaire arménienne). M. Toranian savait s’entourer, à la rédaction : un de ses principaux rédacteurs, Avédis Catanessian, a été condamné, en janvier 1985, par le tribunal de Créteil, à quatre ans de prison ferme pour détention illégale d’explosifs.

Après la fusillade à l’aéroport d’Ankara (7 août 1982), où neuf touristes ont été tués par deux terroristes de l’ASALA, Hay Baykar a jugé cet attentat admirable [3]. Hay Baykar a justifié l’attentat contre l’agence de tourisme Marmara (28 février 1983), qui a coûté la vie à une secrétaire française, Renée Morin, expliquant qu’un tel acte relevait de « la lutte contre l’oppression » (sic) ; le journal est même allé jusqu’à diffamer ceux qui osaient parler de terrorisme pour cet acte, insinuant qu’ils étaient racistes [4]. Hay Baykar a affiché un soutien inconditionnel à Soner Nayir [5], condamné à quinze ans de prison par la cour d’assises de Créteil pour avoir été l’un des principaux complices de l’attentat du 15 juillet 1983, à l’aéroport d’Orly (huit morts, 90 blessés, dont une soixantaine hospitalisés, dont plusieurs estropiés à vie). Sur l’attentat d’Orly lui-même, M. Toranian et ses amis ont maintenu la plus grande ambiguïté, disant « critiquer » ou « condamner » cet acte, mais réclamant une indulgence complète pour les prévenus, et, finalement, vitupérant le verdict de condamnation, y compris la peine de perpétuité pour celui qui avait posé la bombe (« inacceptable », « montée de la répression anti-arménienne ») [6].

M. Toranian a également occupé les locaux de la Turkish Airlines, en juin 1981, pour demander la libération de terroristes. Il s’est rendu à Genève, en décembre de la même année, comme témoin de la défense de Mardiros Jamgotchian, terroriste qui avait assassiné, quelques mois plus tôt, Mehmet Savaş Yergüz, secrétaire du consulat général de Turquie. M. Toranian qualifia néanmoins M. Jamgotchian de « héros [7] ».

Loin de regretter quoi que ce soit, M. Toranian appela, le 24 avril 2009, ses « compatriotes » à « revenir au militantisme des années 1975-1980 [8] », une allusion transparente au terrorisme, que M. Toranian a toujours préféré qualifier de « militantisme », du moins quand il était le fait d’Arméniens idéologiquement en phase avec lui.

Il est donc, par principe, scandaleux de donner ainsi la parole à un tel homme, sans prise de distance, dans un journal comme Le Monde. C’est une insulte aux victimes du terrorisme, y compris celles de l’attentat d’Orly.

Salutations attristées,

Maxime Gauin, vice-président de Confluence France-Turquie (CFT).

Yakup Kuş, président de CFT.

Demir Önger, président du Centre culturel Anatolie.

Le Collectif d’Information et de VIgilance Citoyenne (CIViC).

Australie :

Julia Gül Arslan, présidente de l’Australia Gallipoli Friendship Society.

Confédération helvétique :

Celâl Bayar, président de la Fédération des associations turques de Suisse romande.

États-Unis :

Günay Evinch, président de l’Assembly of Turkish American Associations (ATAA).

Ergün Kırıkovalı, premier vice-président de l’ATAA, responsable du site www.mediawatchnow.com

Yüksel Oktay, ancien président de la Federation of Turkish American Associations (FTAA).

Royaume-Uni :

Servet Hassan, présidente de l’Association of Turkish Women in Britain.

Betula Nelson, responsable des relations avec les médias à la Société Atatürk de Londres.

Sener Saglam, président de la Federation of UK Turkish Associations.

Turquie :

Erdil K. Akay, ancien ambassadeur.

[1Gaïdz Minassian, Guerre et terrorisme arméniens, Paris, Presses universitaires de France, 2002, pp. 46, 65 et 66. Voir aussi Hay Baykar, 19 avril 1982.

[2Michael M. Gunter, « Pursuing the Just Cause of their People ». A Study of Contemporary Armenian Terrorism, Westport-New York-Londres, Greenwood Press, 1986, p. 35.

[3Hay Baykar, 29 septembre 1982 (éditorial). Voir aussi l’édition du 10 février 1983.

[4« Cette volée de bois vert aux accents racistes » (Hay Baykar, 17 mars 1983).

[5Hay Baykar, 13 et 27 octobre 1983, 11 mars 1985.

[6Hay Baykar, 3 février et 11 mars 1985.

[7Jean-Pierre Richardot, Arméniens, quoi qu’il en coûte, Paris, Fayard, 1982, pp. 106-109 ; Bilâl N. Şimşir, Şehit Diplomatlarımız (1973-1994), Ankara, Bilgi Yayınevi, 2000, tome I, pp. 420-421.

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