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Un Waterloo pour la « guérilla » arménienne au Congrès américain


Ecrit par TN-pige, 2010-12-29 08:00:00


La défaite du lobby pro-arménien, soutenu par d’influents politiciens et par une vaste campagne médiatique, mais battu par son traditionnel et puissant rival, lors du débat sur la « résolution concernant le génocide » montre aussi bien les forces que les limites de la stratégie de guérilla dans les batailles politiques.

Dans leur bataille pour faire qualifier de « génocide », par la Chambre des représentants, les assassinats d’Arméniens dans l’Empire ottoman pendant la Première Guerre, les Arméno-Américains ont utilisé, non sans astuce, certaines des stratégies de la « guerre de guérilla », profitant de l’effet de surprise et de la mobilité pour harceler un ennemi traditionnel, plus grand — en l’occurrence, la Turquie.

Mais l’effort pour faire passer cette résolution avant la fin de la législature actuelle et, par conséquence, du mandat de Nancy Pelosi, engagée du côté arménien, comme présidente de la Chambre des représentants [c’est-à-dire d’ici fin décembre, le Congrès élu en novembre 2010 prenant ses fonctions en janvier 2011] a échoué, cette assemblée ayant terminé son mandat de deux ans sans discuter de ce sujet.

La nature de ces nombreuses confrontations peut être éclairée par les paroles célèbres de l’ancien ministre étasunien de la Défens, Donald Rumsfeld : « Vous partez à la guerre avec l’armée dont vous disposez, pas avec celle dont vous voudriez disposer. » Dans cette perspective, les Arméniens étaient armée du soutien apporté par la présidente sortante, Nancy Pelosi, par beaucoup de ténors démocrates de la Chambre des représentants, et d’une puissante campagne médiatique, mais ils manquaient de la puissance de feu nécessaire pour battre leur traditionnel et puissant rival. Que la durée qui sépare le début de l’offensive et son résultat soit inversement proportionnelle à la réussite de l’opération est un autre principe clé de la guérilla, qui s’est avéré crucial dans ce cas. Les Arméniens décidèrent de commencer leur tentative pour obtenir la reconnaissance du « génocide » à un moment où leur allié, Pelosi, avait perdu les élections de mi-mandat au profit des républicains, et va céder son poste de présidente [tout en restant députée, NdT.] au début de 2011. Ce dernier coup était une offensive de la dernière chance, pour gagner avant que les républicains ne prennent la place.

Des célébrités à la pointe de la campagne

L’assaut, sur le front médiatique, a commencé par un brillant essai visant à mettre à profit la haute-technologie, par la vedette de télé-réalité Kim Kardashian [qui doit beaucoup de sa célébrité à une vidéo montrant ses ébats avec un de ses amants, vidéo finalement diffusée avec son assentiment, moyennant le paiement de cinq millions de dollars, NdT.] et le musicien de rock Serge Tankian : utiliser les réseaux sociaux Twitter et Facebook pour prier instamment leurs millions d’admirateurs de demander à Nancy Pelosi de mettre à l’ordre du jour la résolution sur le « génocide ». Puis, la semaine dernière, l’Armenian National Committee of America (ANCA), le plus grand et le plus influent groupe arméno-américain [dont l’ancien président, et toujours dirigeant, Mourad Topalian a été condamné en 2001 à 37 mois de prison ferme, trois ans de résidence surveillée et 6 000 $ d’amende pour détention illégale d’armes de guerre et d’explosifs, en relation avec une entreprise terroriste, NdT.]

L’Arménie affirme qu’1,5 million d’Arméniens ont été systématiquement tués en 1915, sous la responsabilité de l’Empire ottoman. La Turquie nie cette accusation, et affirme que les morts furent le résultat d’une guerre civile qui a commencé quand certains Arméniens ont pris les armes en Anatolie orientale, pour arracher une Arménie indépendante sur ce territoire.

Dans un premier temps, les Turcs ont été désorientés ; ils n’ont pas pu savoir s’il s’agissait d’un effort sérieux et bien planifié, à la dernière minute pour faire accepter les allégations arméniennes de « génocide », ou simplement une façon de collecter des fonds pour l’ANCA, en fin d’année. La gravité de la situation est devenue claire le 17 décembre, quand l’ANCA annonça que la proposition pourrait soumise au vote incessamment.

À ce moment-là, les faiblesses de l’attaque arménienne de guérilla sont devenus apparents. La Turquie a immédiatement mobilisé ses alliés à Washington, principalement la Maison blanche, le département d’État et les grandes sociétés du secteur de la défense. La Turquie mit tout son poids de puissance régionale, transformant le combat en affrontement conventionnel, et s’assurant ainsi l’avantage.

Un vote a ainsi été évité le 17 décembre, et les Arméniens ont ainsi commencé à perdre de leur force. Là encore, cela illustre le principe selon lequel plus le combat dure, plus les chances de victoire de la guérilla s’évanouissent. Enfin, la tentative arménienne a définitivement échoué vendredi dernier, quand Pelosi a renoncé à inscrire la proposition sur le « génocide » parmi les débats du dernier jour de cette législature.

Pendant les dernières phases de la batailles, le gouvernement Obama et la Turquie ont bien joué leurs rôles. La Turquie s’est abstenue de menacer trop ouvertement les États-Unis, et la Maison blanche a évité d’exercer des pressions en public sur Nancy Pelosi : c’est en coulisse qu’elles ont eu lieu. « Obama et ses collaborateurs ont délibérément écarté les méthodes qui auraient été perçues comme portant atteinte à l’indépendance de Pelosi et de la Chambre » a indiqué un analyste de Washington.

Une des principales inquiétudes au sein du gouvernement étasunien était que le vote de la proposition sur le « génocide » arménien puisse inciter la Turquie — qui est déjà une puissance régionale sûre d’elle-même, menant sa propre politique au Proche et Moyen-Orient, se confrontant à Israël — à accélérer le « changement de paradigme » de sa politique étrangère, comme l’a confirmé en privé un haut fonctionnaire.

Réactions turques et arméniennes

Le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoğlu a exprimé jeudi sa satisfaction que la résolution reconnaissant les accusations arméniennes de génocide ne soient pas inscrite au calendrier des séances de la Chambre des réprésentants.

« Nous sommes heureux qu’un évènement qui aurait porté un coup aux équilibres politiques dans le Caucase et aux relations turco-américaines comme turco-arméniennes n’ait pas eu lieu. Le bon sens a prévalu hier », a déclaré Davutoğlu. « Nous remercions le gouvernement américain pour ses efforts. Cet incident a montré encore une fois que l’évaluation des événements historiques par les autorités politiques est, dans l’ensemble, une erreur. »

Les Arméniens ont été furieux de cet échec mais se sont promis de reprendre le combat pendant la prochaine législature. « Les Arméno-Américains sont en colère et déçus que la présidente Pelosi et les dirigeants du groupe démocrate n’aient pas honoré leur promesse de permettre à une majorité issue des deux partis [démocrate et républicain] de voter la résolution sur le génocide arménien » a dit le président de l’ANCA Ken Achikian. « La présidente Pelosi avait la majorité, l’autorité et l’opportunité de faire passer la résolution, mais elle a refusé d’autoriser un vote sur cette mesure, qui relève des droits de l’homme » [sic ! NdT.]

« Je suis heureux que la raison et le bon sens aient prévalu » a déclaré Namık Tan, ambassadeur de Turquie à Washington.
« Nous savons qu’une majorité des parlementaires sont d’accords avec le président Obama sur l’importance des relations entre les États-Unis et la Turquie, et attendent que la sagesse s’impose lors de la prochaine législature, afin d’éviter une autre période de dénigrement de notre allié la Turquie » a dit Lincoln McCurdy, président de la Turkish Coalition of America.

Source : Hürriyet Daily News, 23 décembre 2010.

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