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L’Arménien qui sauva la vie d’Atatürk ou l’histoire passionnante du patriote turc Berch Keresteciyan

Berç Keresteciyan Türker

Ecrit par Ali Bal, 2010-10-13 07:30:00


De nombreux Arméniens étaient loyaux à la nation turque. Voici l’histoire de l’un d’entre eux qui a brillé par son dévouement alors que son pays traversait des jours très sombres.

En 1919, Istanbul se débattait dans la douleur d’un armistice imposé par les alliés qui avaient envahi le pays. Berç Keresteciyan Efendi [1] travaillait alors comme directeur de la banque ottomane. Mustafa Kemal avait fait sa connaissance à l’époque où il dirigeait l’agence de Salonique, sa ville natale.
Berç (prononcez Berch) Keresteciyan officiait également en qualité de vice-président du Kızılay, le Croissant-Rouge turc.

Dans cette Istanbul occupée, véritable nid d’espions, Berç Keresteciyan s’empressa d’aller voir Sadettin Ferit, l’avocat de Mustafa Kemal, afin de lui confier, en toute hâte, cette information d’une importance capitale :
« Vous êtes, je crois savoir, à la fois l’avocat et l’ami intime de son Estimé Pacha. Le navire qu’il va prendre pour se rendre à Samsun va être coulé par un torpilleur de la marine britannique dès qu’il quittera le Bosphore. Je vous en supplie, veuillez transmettre mon message à son Estimé Pacha afin qu’il prenne des précautions. ».
Malgré l’heure tardive de la nuit, Sadettin Ferit bey accourut dans la demeure de Mustafa Kemal à Şişli pour le prévenir du danger.

Le lendemain, dès que le Pacha mit le pied sur le Bandırma, le bateau qui devait l’emmener à Samsun d’où il lancera la guerre de libération, Mustafa Kemal demanda au capitaine :
« Est-il possible de longer le plus possible la côté, sans nous en éloigner ? ».
Le capitaine avoua, non sans embarras, que c’était la première fois qu’il naviguait en mer Noire et qu’il ne connaissait absolument pas les bas-fonds et les zones rocheuses à éviter.
Sur ce, Mustafa Kemal suggéra : « Nous voguerons alors à l’aide d’une boussole ».
Lorsque le capitaine, extrêmement confus, lui répondit que la boussole était en panne, le Pacha sourit et dit : « Ne vous en faites pas. Allah est tout-puissant. Essayez de suivre la côté autant que possible ».

Ainsi, c’est doucement mais surement que le Bandırma atteint la ville de Samsun. La résistance pouvait désormais s’organiser.

* * *

Lorsque la guerre d’indépendance éclata en Anatolie, Berç Keresteciyan, en sa qualité de vice-président du Croissant-Rouge, supervisa personnellement l’expédition des caisses de médicaments dans des barques au départ d’Istanbul. Ces caisses ne contenaient pas uniquement des médicaments mais aussi des armes que le Teşkilat-ı Mahsusa (les services secrets turcs de l’époque) avait fournies clandestinement.

Mustafa Kemal et ses compagnons bataillaient dans des conditions très difficiles et de grandes privations, ils tentaient d’enrayer l’avancée des troupes grecques vers Ankara.
L’ennemi fut arrêté à côté du fleuve Sakarya, à 100 km d’Ankara. Chaque armée se préparait à cette bataille décisive qui allait déterminer l’avenir du pays. En effet, si les troupes kémalistes venaient à perdre la bataille, les Turcs seraient contraints de signer le traité de Sèvres c’est-à-dire leur acte de décès. En outre, 24 divisions de l’armée russe attendaient patiemment dans le Caucase l’issue de cet affrontement.

Malheureusement, un effrayant problème surgit inopinément du côté turc. Les mécanismes de mise à feu des canons ramenés sur le champ de bataille étaient manquants. Une partie essentielle de l’artillerie devenait donc inutilisable et la victoire improbable.

Ces mécanismes étaient vendus clandestinement à Istanbul mais il fallait trouver 15 000 livres pour les acheter, une fortune en 1920. Personne ne savait où se procurer une telle somme d’argent. Alors, Mustafa Kemal envoya une épistole à Berç Keresteciyan Efendi pour solliciter des fonds. Sans hésiter, Berç Keresteciyan Efendi demanda aux porteurs de la lettre de venir le rejoindre dans la nuit. Il vida son compte en banque personnel et remit l’argent aux émissaires du Pacha. Ainsi, les mécanismes de mise à feu furent achetés et envoyés en Anatolie.

* * *

Lorsque la guerre d’indépendance fut gagnée, Berç Keresteciyan Efendi pris sa retraite mais continua d’exercer comme consultant à la Ziraat Bankası, la banque agricole publique.

Après l’adoption de la réforme des patronymes par l’Assemblée nationale turque, Atatürk, n’ayant pas oublié les services précieux rendus par Berç Keresteciyan, lui attribua le nom de famille, « Türker » qui signifie : le Turc valeureux.

Ensuite, en 1935, Atatürk le fit élire député dans la province d’Afyon d’où il avait lancé une contre-attaque décisive contre l’armée hellène en août 1922. Ainsi, Berç Keresteciyan Türker fut le premier Arménien à siéger à la Grande Assemblée Nationale de la République de Turquie.
Berç Keresteciyan Türker honora trois mandats jusqu’en 1946. Après une retraite paisible, il ferma ses yeux pour toujours en 1949.

Telle est l’histoire émouvante de cet homme admirable, Berç Keresteciyan Türker.
Nous l’avons tous écoutée et apprise de la bouche de l’historien américain, le professeur Justin Mc Carthy lors d’une conférence organisée par le Rotary Club à Istanbul sur la question arménienne. Personne dans la salle comble n’a manqué une miette de ce récit d’héroïsme palpitant.
Le Rotary Club, en hommage posthume à la mémoire de ce grand patriote turc d’ascendance arménienne, a présenté un Certificat d’honneur dédié à Berç Keresteciyan Türker. Ce document très significatif fut remis au patriarche arménien de Turquie, Mesrop II.

Tufan Turenç - Hürriyet
01.06.2001

Article source en turc : Berç Keresteciyan Efendi’nin öyküsü

Traduction exclusive pour www.turquie-news.fr par Ali Bal. Votre serviteur se courbe très respectueusement devant la mémoire de ce grand homme, Monsieur Berç Keresteciyan Türker.

[1Efendi = titre donné, chez les Turcs, aux gens de rang social élevé (savants, dignitaires, magistrats).

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