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Les Arméniens, entre mémoire et déni

Ecrit par Turquie News, 2020-04-15 21:00:00


Durant des décennies, les Arméniens ont oublié avec obstination, nié avec acharnement, voire, le cas échéant, soigneusement dissimulé à l’opinion publique tout un pan d’historiographie mettant en cause leur lecture des dramatiques événements survenus en 1915-1916.

Enfermés dans une logique de sacralisation de leur mémoire, les Arméniens ne voient plus, n’écoutent plus, n’entendent plus. Ils proclament vérité une sélection de faits parmi d’autres, celle qui leur assure de se maintenir dans le rôle de héros et de victime, occultant par là même une autre mémoire, celle des crimes commis sur les populations musulmanes.

1 300 000 Turcs, Kurdes, et Azéris, ont été exterminés par les Arméniens, lesquels ont massivement rejoint les rangs de l’armée russe dès le début de la Première Guerre Mondiale, se rendant ainsi coupables de trahison à l’égard de leur patrie, l’Empire ottoman. La négation de ces atrocités et le refus de reconnaître leur responsabilité dans le cataclysme de 1915 conduisent les Arméniens dans une impasse et empêchent la réconciliation tant attendue avec les Turcs. Briser le carcan de l’amnésie arménienne est aujourd’hui une nécessité absolue...

A travers cette nouvelle rubrique, nous espérons modestement contribuer à ce que la mémoire arménienne retrouve enfin... la mémoire ! Nous avons regroupé à cet effet des dizaines de témoignages d’époque, déclarations officielles, avis d’historiens, prises de position publiques... portant pour l’essentiel sur la tragédie endurée par les Turcs et les Arméniens en 1915. Une manière de se réapproprier la mémoire par l’histoire. A noter que sur toutes ces citations, une seule est de source turque ! Nombreuses sont en revanche les sources arméniennes ; des sources à l’endroit desquelles, d’ailleurs, les propagandistes arméniens font preuve d’une amnésie plus que suspecte.

La liste que nous vous présentons ci-dessous est loin d’être exhaustive. Elle sera constamment complétée et enrichie de nouvelles citations, et, très prochainement, disponible dans diverses langues.

Bonne lecture...

L’équipe de Tête de Turc
19.03.02


Sommaire :

1- Trahison, atrocités, et exactions arméniennes

2- Le transfert des populations arméniennes

3- La propagande anti-turque

4- Reconnaissance de la vérité historique : institutions, Etats, personnalités politiques, historiens...

5- Humanisme et tolérance turcs


Trahison, atrocités, et exactions arméniennes
"Lorsque la guerre mondiale éclata en Europe, les Turcs se lancèrent dans des préparatifs fiévreux pour se joindre aux Allemands. En août 1914, les Jeunes-Turcs demandèrent à la convention Dachnak, alors réunie à Erzurum, d’appliquer l’ancien accord de 1907 et d’entraîner les Arméniens de Russie à s’insurger contre l’Etat russe. Les Dachnakistes s’y refusèrent, mais ils assurèrent que, si une guerre venait à éclater entre la Turquie et la Russie, ils soutiendraient la Turquie comme des citoyens loyaux. En contrepartie, ils précisèrent qu’ils n’étaient pas responsables des Arméniens de Russie (...) Cependant, les leaders de la section arménienne turque des Dachnakistes ne tinrent pas leur promesse de loyauté vis-à-vis de la Turquie lorsque celle-ci fit son entrée dans la guerre. Leurs actions étaient influencées par les intérêts du gouvernement russe et ils ne tinrent aucunement compte des dangers que cette guerre allaient susciter pour les Arméniens de Turquie. La prudence avait été complètement abandonnée au gré des vents. Même les décisions de leur propre convention d’Erzurum furent oubliées et un appel fut lancé pour que les volontaires arméniens aillent se battre contre les Turcs sur le front caucasien."
K. Sdépan Papazian, "Patriotism perverted" ("Patriotisme perverti"), Boston, 1934
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"Nous demandons à votre Seigneurie, de présenter à Sa Majesté l’Empereur, aussi bien de ma part qu’au nom de ma communauté de Russie, les sentiments dévoués de ses fidèles sujets, ainsi que l’attachement et la sympathie sans failles des Arméniens de Turquie. Défendez également auprès du Tsar l’espoir que nourrissent les Arméniens de Turquie. (...)"
Lettre du catholicos arménien d’Etchmiadzin au gouverneur général russe du Caucase, le Comte Illarion Ivanovitch Vorontsov-Dashkov, le 5 août 1914
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"Que ce soit nos Arméniens ou ceux qui se trouvent de l’autre côté de la frontière, je voudrais qu’ils suivent mes instructions. Vous devriez user de votre autorité dans votre communauté pour que nos Arméniens s’associent avec ceux qui se trouvent de l’autre côté de la frontière ; ainsi, dans la situation actuelle de la Turquie, comme dans l’avenir, je leur ferai savoir ce qu’ils devront faire en cas de guerre turco-russe, je les instruirai quant à la nature de leurs missions et demanderai qu’ils accomplissent leur devoir."
Réponse du gouverneur général russe du Caucase, le Comte Illarion Ivanovitch Vorontsov-Dachkov, au catholicos arménien d’Etchmiadzin, le 2 septembre 1914
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"Les Arméniens russes, dans les rangs de l’armée moscovite, feront leur devoir pour venger l’insulte faite sur les cadavres de nos frères ; quant à nous, les Arméniens sous la domination de la Turquie, aucun fusil d’Arménien ne doit partir de nos rangs contre les amis et les alliés de la France, notre seconde patrie. La Turquie mobilise, elle nous appelle sous les drapeaux sans nous dire contre qui. Contre la Russie ? Allons donc, ce n’est pas nous qui iront tirer contre nos propres frères du Caucase ; contre les Etats balkaniques pour lesquels nous n’éprouvons que de la sympathie ? Jamais ! Messieurs les Turcs, vous vous êtes trompés d’adresse (...). Arméniens, la Turquie vous appelle sous les drapeaux sans vous dire contre qui : engagez-vous comme volontaires dans les rangs de l’Armée française et de ses alliés pour aider à écraser l’armée de Guillaume II. (...)"
Aram Tourabian, "Les volontaires arméniens sous les drapeaux français", Marseille, 1917, page 6
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"Lorsque les hostilités eurent effectivement commencé, le député d’Erzurum, à l’Assemblée ottomane, Garo Pasdermadjian, passa dans l’autre camp, en Russie, avec presque tous les officiers et soldats arméniens de la IIIe armée. Peu après, il revint avec ceux-ci. Ils commencèrent à incendier les villages et à frapper sans merci de leurs couteaux tous les paisibles musulmans qui leur passaient sous la main. Ces excès sanguinaires eurent pour conséquence inévitable le désarmement immédiat par les autorités ottomanes des gendarmes et soldats arméniens qui se trouvaient encore dans l’armée (probablement parce qu’ils n’avaient pas réussi à s’échapper). Ils furent affectés à des bataillons chargés de travaux de voirie et de transports de matériel en montagne. Cette injustifiable désertion en masse des troupes arméniennes et les massacres qu’elles commirent par la suite à leur retour dans les secteurs de Bach-Kalé, de Saray, et de Beyazit, ne tardèrent pas à alarmer les Turcs, et à éveiller leurs craintes, car les autres Arméniens demeurant dans les provinces frontières de Van et d’Erzurum pouvant se révolter de la même façon et passer à l’attaque. En effet, c’est précisément ce qui se passa quelques semaines après mon arrivée lorsque les Arméniens de la province de Van s’insurgèrent en masse (...)"
Rafael de Nogales, "Four years beneath the Crescent" ("Quatre ans sous le Croissant"), New York, 1926, page 45
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"(...) Lorsque la guerre éclata les Arméniens des provinces de l’est entrèrent secrètement en relation avec les autorités russes du Caucase ; un réseau clandestin fut créé, qui permit d’envoyer des volontaires depuis ces provinces turques dans l’armée russe."
M. Philips Price, "History of Turkey", Londres, 1956, page 91
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"Les Arméniens ont été de fait belligérants depuis le début de la guerre (ils ont depuis combattu aux côtés des Alliés sur tous les fronts) en Palestine et en Syrie, où les volontaires arméniens recrutés par la Délégation Nationale Arménienne à la demande du gouvernement français ont constitué plus de la moitié du contingent français. Dans le Caucase où, sans mentionner les 150 000 Arméniens dans l’Armée Impériale Russe, plus de 40 000 volontaires arméniens ont résisté aux armées turques."
Lettre de Boghos Nubar, chef de la Délégation Nationale Arménienne, datée du 30 novembre 1918 et adressée au ministre français des Affaires étrangères, S. Pichon, appelant les Alliés à se rappeler les "services" rendus par les Arméniens durant la Première Guerre Mondiale
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"Aux termes de la Constitution de 1908, le gouvernement d’Enver pouvait mobiliser aussi bien les Arméniens que les Turcs en âge de faire leur service militaire. Mais une opposition armée se déclencha aussitôt, notamment à Zeytoun. Du côté de la frontière orientale, les Arméniens commencèrent à déserter pour passer dans les armées russes et le gouvernement d’Enver, douteux de la loyauté de ceux qui restaient, les sépara des forces combattantes pour les affecter à des bataillons du génie... En avril 1915, Lord Bryce et les ’Amis de l’Arménie’, à Londres, commencèrent à rassembler des fonds pour armer ces déserteurs. On ne peut prétendre que les Russes demeurèrent indifférents devant l’appoint de ces volontaires. Finalement, fin avril, ceux-ci s’emparèrent de Van... Et, après avoir massacré la population turque, ils livrèrent ce qui restait de la ville à l’armée russe..."
Clair Price, "The rebirth of Turkey" ("La Renaissance de la Turquie"), New York, 1923
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"L’éveil d’un état d’esprit révolutionnaire chez les Arméniens turcs résultait des stimulations russes."
Hairenik, journal du Parti arménien Dachnak, numéro du 28 juin 1918
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"Il ne reste plus que 1 500 Turcs à Van, le reste ayant été exterminé" *
Gotchnak, journal arménien publié aux Etats-Unis, édition du 24 mai 1915
(*selon Vital Cuinet, il y avait 250 000 musulmans à Van en 1892. Cette statistique figure dans le "Livre Jaune" français, réf : archives du Quai d’Orsay, Docs diplomatiques/Aff. arméniennes/ Projet de réforme dans l’Emp. ottoman, 1893-1897, p. 2-8)
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"Le but des révolutionnaires arméniens est de fomenter des émeutes, d’amener d’abord les Ottomans à réagir à leur violence et de pousser ensuite les puissances étrangères à intervenir."
Lettre de l’ambassadeur britannique Currie au Foreign Office, le 28 mars 1894, Livre Bleu britannique, N°6, p. 57
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"Les buts des comités révolutionnaires sont de susciter le mécontentement général et d’obliger le gouvernement turc et la population à des réactions violentes, qui attireraient l’attention des nations étrangères sur les souffrances fictives des Arméniens et les pousseraient à intervenir pour remédier à la situation."
Le Livre Bleu britannique, N°6 (1894), pp. 222-223
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"Les Dachnaks et les Hintchaks ont terrorisé leurs propres compatriotes, ils ont exaspéré les populations musulmanes par des vols et des actions insensées ; ils ont paralysé tous les efforts pour mettre en oeuvre des réformes ; tous les événements en Anatolie ont pour cause les crimes commis par les comités révolutionnaires arméniens."
Note écrite le 4 mars 1896 par le vice-consul britannique en poste à Van, Livre Bleu N°8 (1896), p. 108
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"En 1895 et 1896, les comités révolutionnaires arméniens ont créé une telle suspicion entre les populations locales et les Arméniens qu’il est devenu impossible d’appliquer la moindre réforme dans ces régions. Les prêtres arméniens, au lieu de s’attacher à l’éducation religieuse, ont préféré répandre les idées nationalistes en les affichant sur les murs des monastères et, au lieu de remplir leurs tâches religieuses, ont soulevé les chrétiens contre les musulmans. Les révoltes qui eurent lieu en 1895 et 1896 dans plusieurs provinces turques ne furent provoquées ni par quelque pauvreté extrême des villageois arméniens, ni par des attaques musulmanes. En fait, ces villageois étaient considérablement plus riches et plus prospères que leurs voisins."
Général Mayewski, consul général russe à Bitlis et Van, "Statistique des Provinces de Van et de Bitlis", pp. 11-13
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"Les Arméniens incitèrent des troubles et commirent des actes terroristes. (...) L’agitation et la terreur étaient nécessaires pour élever l’esprit du peuple. Le parti avait pour objectif de terroriser le gouvernement ottoman, contribuant ainsi à réduire le prestige de ce régime tout en œuvrant à sa totale désintégration. Les Hentchaks ont voulu éliminer toutes les personnalités turques et arméniennes travaillant pour le gouvernement, ainsi que tous les espions et informateurs. Pour leur permettre de réaliser toutes ces actions terroristes, le parti organisa une branche spécifique entièrement dévolue à l’exécution d’actes de terrorisme. Le moment le plus opportun pour déclencher la rébellion générale qui permettrait de réaliser les objectifs immédiats fut l’entrée de la Turquie dans la guerre."
Louise Nalbantian, "The Armenian Revolutionary Movement : the development of Armenian Political Parties through the nineteenth century" ("Le mouvement révolutionnaire arménien : le développement des partis politiques arméniens au 19ème siècle"), Berkeley, Los Angeles, University of California Press, 1963
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"L’objectif de la Fédération Révolutionnaire Arménienne (Dachnak) était d’obtenir la liberté économique et politique en Arménie turque par le moyen de la rébellion. La terrorisme a été adopté depuis le début, c’était pour le Comité Dachnak du Caucase une politique ou une stratégie pour atteindre ses buts. Dans leur programme adopté en 1892, dans la rubrique ’Moyens’, la ’Méthode 8’ était décrite ainsi : ’Faire la guerre et soumettre au terrorisme le gouvernement, les officiels, les traîtres’. La ’Méthode 11’ : ’Soumettre les institutions gouvernementales à la destruction et au pillage’. (...) Le but de ces émeutes était de s’assurer que les puissances européennes interviendraient dans les affaires intérieures ottomanes."
K. S. Papazian, "Patriotism perverted" ("Patriotisme perverti"), Boston, 1934
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"En ce qui concerne la tactique des révolutionnaires arméniens, on ne saurait inventer rien de plus diabolique. La mise à mort de musulmans afin que des innocents soient punis, le rançonnement en pleine nuit de villages qui viennent en ce même jour de payer leurs impôts. (...) Les révolutionnaires arméniens préfèrent piller leurs propres coreligionnaires plutôt que de se battre contre leurs ennemis ; c’est dans le but de faire massacrer leurs compatriotes que les anarchistes arméniens de Constantinople lancent des bombes."
Sir Mark Sykes, "The Calip’s Last Heritage", Londres 1915, pp. 409-418
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"Après avoir accompli le minimum de leur devoir de citoyens ottomans, les Arméniens encouragèrent les opérations de l’ennemi. Il n’y a certes pas dans leur attitude équivoque un acte de fidélité ! Mais quel Occidental aurait le droit de les accuser lorsqu’une tradition enseignée par l’Europe a fait de l’insubordination des sujets chrétiens du Sultan la plus sacrée des obligations ? Insubordination souvent sanctionnée par l’octroi de l’autonomie sinon de la souveraineté. Comment nier toutefois qu’aux yeux des Turcs, selon la loi de tous les pays, la conduite des Arméniens facilitant en pleine guerre la tâche de l’adversaire ne peut s’appeler autrement que crime de haute trahison ? (...) Les comités [arméniens] divisés entre eux sur des questions intérieures tombaient d’accord pour faciliter l’avancée des armées russes : ils s’employaient à gêner la retraite des troupes turques, à arrêter les convois de ravitaillement, à constituer des bandes de francs-tireurs. Il y eut des désertions en masse dans les provinces de l’est, les Arméniens formèrent ainsi plusieurs bataillons encadrés par des officiers russes. Des révoltes locales eurent lieu ça et là ; les chefs donnaient l’exemple ; deux députés arméniens de la Chambre turque s’enfuirent en Russie. On rappela toute une littérature de haine : ’laisse pleurer les mères turques... Tâchons de faire goûter un peu d’amertume au Turc...’ La culpabilité arménienne ne fait aucun doute."
Philippe de Zara, "Mustafa Kemal, dictateur", Paris, 1936, pages 159-160
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"Nous avons pris avec nous 3000 soldats turcs capturés par les Russes et laissés entre nos mains [arméniennes] quand les Russes ont abandonné les combats. Au cours de notre retrait du Karaklis, 2000 de ces pauvres diables ont été cruellement mis à mort. J’étais écoeuré mais je ne pouvais faire aucune protestation effective. Plusieurs d’entre eux ont été brûlés vifs."
Léonard STILL, "Men are like that" ("Les hommes sont ainsi"), BOBBS. Co., Indianapolis, 1928
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"En avril, les révolutionnaires arméniens s’emparèrent de la ville de Van et y établirent un état-major arménien sous le commandement d’Aram et de Vardan. Le 6 mai, ils livrèrent la ville à l’armée russe, après avoir nettoyé le district de Van de tous les musulmans... Parmi les leaders arméniens les plus notoires se trouvait un ancien membre du Parlement turc Karekin Pasdermadjian, connu sous le nom de Garo. Il avait pris la tête des volontaires arméniens lorsque les hostilités entre les Turcs et les Russes avaient commencé... On sait que les tentatives des Turcs au début de la guerre pour gagner l’appui du parti Dachnak contre les Russes avaient échoué, le congrès arménien d’Erzurum s’étant déclaré neutre en septembre 1914. Néanmoins, les milliers de bombes russes et les armes qui se trouvaient entre les mains des membres du parti, constituaient bel et bien une preuve démentant cette neutralité. Les Turcs ont attribué l’occupation du nord de l’Asie Mineure par les Russes aux activités des groupes arméniens qui avaient sérieusement entravé la défense du pays."
Felix Valyi, "Revolutions in Islam", Londres, 1925, pages 233-234
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"Les innombrables tracts qui ont été découverts partout où se trouvent des Arméniens, les brochures provocatrices, les armes, les munitions, les matières explosives et autres, prouvent bien que les insurrections avaient été planifiées il y a bien longtemps. Cela avait été préparé, soutenu et financé par la Russie. Un projet d’attentat arménien dirigé contre de hauts fonctionnaires de l’Etat et des officiers fut découvert à Istanbul in extremis. Etant donné que tous les musulmans en état de porter les armes étaient mobilisés dans l’armée turque, les Arméniens auraient pu très facilement massacrer les populations civiles restées sans défense. Car les Arméniens ne se contentaient pas d’accrochages sur les flancs et les arrières de l’armée de l’est, aux prises avec les Russes : ils balayaient également tous les musulmans qu’ils trouvaient sur leur passage. Les cruautés des Arméniens dont j’ai été témoin dépassaient de loin celles que l’on attribue aux Turcs."
Général (allemand) Bronsart von Schellendorf, article paru dans le journal Deutsche Allgemeine Zeitung, le 24 juillet 1921
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"On comprend l’amertume des Arméniens d’avoir été les seuls à ne pas avoir pu profiter d’un aussi grand désastre (la débâcle ottomane). On sourirait peut-être de leurs rêves utopiques s’ils n’étaient si tristes et si sanglants et, il faut bien l’avouer, s’ils n’avaient élevé le bûcher sur lequel ils brûlaient, notamment en aidant de toutes leurs forces les Russes dans la guerre contre le Turc avec lequel ils avaient vécu en harmonie, et non sans tirer d’immenses profits durant des siècles."
Jean-Paul Roux, "L’Histoire des Turcs", Fayard, Paris, 1984, page 306
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"En l’espace de six mois, de Mersin à Adana, toute la Cilicie fut occupée, pacifiée, réorganisée par les troupes arméniennes, à l’exclusion, jusqu’au 28 mars 1919, de toute autre armée. C’est alors que la Légion d’Orient prit, le 1er février 1919, le nom de Légion Arménienne, sous le commandement du Colonel Flye Ste-Marie, puis le 8 Avril 1920 du Commandant Beaujard."
Lieutenant-Colonel L’Hopitalier, "Historique des Anciens Combattants Volontaires Arméniens", Institut Arménien de France
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"Les Arméniens sont les victimes volontaires de leur sympathie envers les Alliés et, proportionnellement à leur nombre, sont les plus éprouvés de la présente guerre. Dès la première heure, ils ont attaché leur sort à celui des Alliés et, dans la mesure de leurs moyens, ont donné tout ce qu’ils pouvaient mettre au service de la grande cause et cela sans aucun marchandage ; en mettant leur confiance dans la justice des Alliés, ils sont persuadés qu’au moment du règlement des comptes ils seront récompensés selon leur sacrifice."
((Journal Le Soleil du Midi, édition du 9 Février 1916
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"Les intrigues des étrangers, leurs encouragements, leurs promesses poussèrent tous les chrétiens à l’insurrection, au meurtre libératoire. L’Europe, qui les manipulait en secret, s’en félicitait ; elle les chantait avec Byron et Hugo, les peignait avec Delacroix ; par romantisme, à l’époque où l’école romantique triomphait, elle voyait dans les bandits grecs qui tenaient le maquis des héritiers de Praxitèle et de Socrate. Elle ne voyait sans doute rien d’autre dans les Arméniens que des pions à faire bouger sur l’échiquier et finit par les abandonner, quitte à parler de génocide, à pleurer sur eux, à écouter leur admirable propagande. Plus habile que la propagande grecque, elle enveloppait les Turcs dans une tache de sang destinée à souiller jusqu’à la République, alors qu’en tout état de cause elle n’aurait dû éclabousser que l’Empire ottoman : on n’y regarda jamais de très près. Cette Europe qui se déchristianisait ne voulait voir que le christianisme gémissant sous l’opprobre de l’Islam."
Jean-Paul Roux, "L’Histoire des Turcs", Fayard, Paris, 1984, page 304
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"Je garderai l’impérissable souvenir de votre bravoure et de votre ardeur. La France généreuse se souviendra fièrement qu’elle eut l’honneur de confier à des Fils d’Arménie un lot de baïonnettes qu’ils manièrent d’enthousiasme : puisse le sang versé, puisse l’héroïsme commun ne pas rester stérile."
Le Commandant en chef des Troupes d’Occupation de Levant Djihan, le 19 Août 1920, Général Gouraud, Institut Arménien de France
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"L’un des révolutionnaires [arméniens] déclara au Docteur Hamlin, fondateur du Royal College, que les bandes Hentchak guetteraient les occasions de tuer Turcs et Kurdes, de mettre le feu à leur village avant de s’enfuir dans les montagnes. Les Musulmans, rendus furieux, se soulèveront, s’en prendront aux Arméniens sans défense et les tueront avec une telle barbarie que la Russie entrera [sur le territoire] au nom des valeurs humaines et de la civilisation chrétienne et en prendra possession."
William L. Langer (ancien professeur d’Histoire à Harvard), "La diplomatie de l’Impérialisme 1890-1902", Alfred A. Knopf, New York (1935), Volume I, page 157
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"Il importe cependant de souligner que les communautés arméniennes ne sont pas les seules à avoir été laminées par le fléau de la guerre. Au printemps de 1915, l’armée tsariste s’est avancée dans la région du lac de Van, entraînant dans son sillage des bataillons de volontaires constitués d’Arméniens du Caucase et de Turquie. (...) Les statistiques de l’après-guerre font apparaître, pour chacune des provinces soumises à l’occupation russe et aux actes de vengeance des milices arméniennes, un important déficit démographique -totalisant plusieurs centaines de milliers d’âmes- dû pour une bonne part aux massacres perpétrés par l’ennemi"
"Histoire de l’Empire ottoman", sous la direction de Robert Mantran, édition Fayard, Paris, 1989, page 624
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"Au début de l’automne de 1914, lorsque la Turquie n’était pas encore entrée en guerre, mais en avait cependant entrepris les préparatifs, les bandes révolutionnaires arméniennes commencèrent à se former en Transcaucasie, dans un grand enthousiasme, et avec spécialement beaucoup de battage. Contrairement à la décision prise au cours de leur Assemblée Générale à Erzurum, quelques semaines auparavant seulement, la Fédération Révolutionnaire Arménienne participa activement à la formation de ces bandes et de leur future action militaire contre la Turquie. (...) Les Arméniens s’étaient tournés de tout cœur vers la Russie, sans aucun scrupule. (...)
Dans une entreprise d’une telle gravité, comportant les conséquences les plus sérieuses, des agents individuels de la Fédération Révolutionnaire Arménienne de Transcaucasie agirent contre la volonté de notre autorité suprême, contre la volonté de l’Assemblée Générale du Parti... Au cours de l’automne de 1914, des bandes de volontaires arméniens s’organisèrent elles-mêmes et combattirent contre les Turcs, car ils étaient incapables de se retenir d’organiser et de batailler. Ceci fut un résultat inévitable de la psychologie dont s’abreuva le peuple arménien pendant une génération entière : cette mentalité ne pouvait que s’exprimer, et elle le fit. Nous avions créé une atmosphère lourde d’illusions dans nos propres esprits. Nous avions cru implanter nos propres désirs dans l’esprit des autres ; nous avions perdu le sens de la réalité, et nous nous laissâmes entraîner par nos rêves (...)"
Hovhannes Katchaznouni, premier chef de gouvernement de la République indépendante d’Arménie (1918-1922), "The Armenian Revolutionay Federation (Dashnagtzoutiun) has nothing to do any more", Service d’Information Arménien (édité par Arthur A. Derounian), New York, 1955
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"Dans le précédent chapitre, j’ai conté une anecdote turque ; ici, j’en conterai une essentiellement arménienne. Dans une ville d’Asie, lors des massacres de 1896, le Consul de France, qui avait abrité le plus d’Arméniens possible au Consulat sous le pavillon français, venait de monter sur sa terrasse pour regarder ce qui se passait alentour, quand deux balles, venues par derrière lui, sifflèrent à ses oreilles ; s’étant retourné il aperçut, le temps d’un éclair, un Arménien qui l’avait visé par la fenêtre d’une maison voisine. Appréhendé et interrogé, le sournois agresseur répondit : ’J’avais fait cela pour que les Turcs en fussent accusés, et dans l’espoir que les Français s’ameuteraient contre eux après ce meurtre de leur Consul’."
Pierre Loti, "Les Massacres d’Arménie", Paris, 1918, page 29
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"Après le congrès de Paris (1856), la Russie mit en oeuvre un système qui équivalait à un suicide graduel de l’Empire ottoman. Il s’agissait de stimuler l’antagonisme entre les chrétiens et les musulmans et d’empêcher en sous-main la concorde que l’on prêchait officiellement afin de donner le change à l’opinion publique européenne. C’était là une politique adroite dont le succès était d’autant plus assuré que les éléments théocratiques de Turquie s’étaient pendant longtemps opposés au progrès. Si les réformes du Tanzimat - première grande tentative dans le sens du progrès - finirent par échouer, ceci est dû pour une bonne part à l’intervention brouillonne de l’étranger. En habituant les chrétiens du Proche-Orient à de continuelles ingérences extérieures - un système qui équivalait à placer l’Islam sous une véritable tutelle - on donnait aux non-musulmans en quelque sorte carte blanche dans leurs rapports avec les Turcs. D’après Beaconsfield, les musulmans étaient aptes à participer à la vie civilisée moderne, tout comme ils avaient pris part à l’élaboration des grandes civilisations du passé. Il voulait que dans le cadre d’une collaboration fraternelle, la Turquie préside à l’éducation économique des peuples musulmans et prenne la tête du monde de l’Islam dans la voie du changement. Malheureusement l’Angleterre, qui allait bientôt connaître, en grande partie par la faute de Gladstone, de graves difficultés internes, ne comprit pas Lord Beaconsfield. On sait que Gladstone était profondément imprégné de théologie chrétienne et que la crainte de l’Islam fut un des principaux mobiles de son action. Sous son influence maléfique, la Grande-Bretagne modifia sa politique orientale et au lieu de jouer le rôle de médiatrice bienveillante entre les chrétiens et les musulmans elle devint sans s’en rendre compte l’alliée du tsarisme contre l’Islam. (...)
L’union avec l’Eglise grecque orthodoxe fait depuis longtemps partie du programme de l’Eglise anglicane. Le flirt entre les deux Eglises a débuté il y a plus de trente ans [c’est-à-dire dans les dernières années du 19ème siècle] et a donné lieu à des négociations théologiques dignes du Moyen Age. La première de ces négociations eut lieu avant la guerre dans le palais du Patriarche de Russie Evloggyi. Elle avait pour but de concilier les dogmes des deux Eglises. Les parties en présence n’atteignirent par leur objectif - l’Union des Eglises - car ni l’une ni l’autre ne voulut faire la moindre concession ; mais elles réussirent à conclure une alliance tactique sous la forme d’une plate-forme religieuse commune dirigée contre l’Islam. Le but de cette curieuse entente était de prendre possession de Constantinople et d’en faire le siège futur des deux Eglises unifiées, objectif que les fins diplomates de l’orthodoxie grecque ont toujours fait briller aux yeux de l’épiscopat anglais. C’est la raison pour laquelle Lord Robert Cecil et son frère, les promoteurs de ce programme gréco-anglican, n’ont jamais manqué de se ranger derrière ceux qui voulaient exterminer les Turcs. C’est la raison aussi pour laquelle l’archevêque de Canterbury et les évêques de Londres et de Manchester, ainsi que leurs ouailles se sont toujours montrés prêts à prêcher la croisade contre les Turcs et l’Islam. C’est la raison enfin pour laquelle Lloyd George et ses coreligionnaires non conformistes ont déployé tant d’efforts obstinés pour tuer la nation turque"
Félix Valyi, "Revolutions in Islam", Londres, 1925, pages 31-38
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"Le 21 août 1914 - De nombreux Arméniens de Paris ont défilé spontanément aux Champs-Élysées, avant de se rendre aux bureaux de recrutement des Invalides."
Journal français Excelsior, édition du 22 août 1914
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"Avec la Serbie et la Belgique, le nombre des Etats alliés de l’Entente s’était élevé à six. Mais quel est le septième allié ? (...) Ce sont les Arméniens. Ceux-ci ont participé à la guerre mondiale dès son commencement. (...) Ils se sont jetés dans la mêlée avec enthousiasme sans attendre notre invitation et sans se livrer à aucun marchandage. (...) Admirant, dès le début des hostilités, l’organisation de l’Entente, ils donnèrent libre cours à l’estime et à la confiance qu’ils nous témoignaient de tout temps et coururent de suite au combat. Ils combattent encore. Cent mille d’entre eux sont dans l’armée russe, plus de vingt mille combattent avec l’armée du Caucase, et beaucoup de volontaires arméniens sont dans les rangs de l’Entente sur le front français"
"Notre septième allié", article paru dans le journal Daily Chronicle, édition du 23 septembre 1914
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"En ce moment 80 000 soldats arméniens combattent sous les drapeaux russes contre les armées de l’Allemagne et de l’Autriche, et 40 000 contre la Turquie. Des milliers de volontaires arméniens accourus de partout versent leur sang dans les frontières turque et persane pour assurer la victoire des Alliés. C’est là que sont les révolutionnaires arméniens si au courant de l’état d’âme du soldat ottoman.
Ceux-ci, connaissant les points stratégiques les plus importants, ont rendu de précieux services aux avant-gardes russes.
Les sympathies témoignées aux Alliés par l’Arménie insurgée seront reconnues et appréciées après la victoire de l’Entente..."
Journal arménien Yeridasart Hayasdan (’La jeune Arménie’, publié aux Etats-Unis), édition du 25 juin 1915
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"Dans la campagne du Caucase, les comités arméniens ont brillamment réhaussé la gloire des Russes. Ce sont les soldats d’Antranik qui prirent Saray et Bachkalé pour les Russes. L’assaut contre Beyazit a également été donné par les troupes d’Antranik et ce sont les volontaires arméniens sous les ordres de Samson qui, empêchant le mouvement tournant des Turcs dans l’Azerbaïdjan, ont sauvé les Russes d’un sanglant échec.
Le Novoïe Vremia, le plus important des journaux russes, mentionne avec éloges l’amour des Arméniens pour les Russes et la Chrétienté (...) Le grand combat que soutiennent aujourd’hui les Arméniens, les sacrifices qu’ils s’imposent pour la cause russe, leur civilisation passée, leur gagneront l’estime générale (...)"
Lettre du ’Comité Yervantoni’ parue dans le journal arménien Asparez (publié aux Etats-Unis), n°350, édition du 23 avril 1915
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"Ayant des hommes, nous avons pu former des bandes de volontaires arméniens et les envoyer au théâtre de la guerre. Nous avons pu ainsi exprimer notre haute gratitude à la Russie qui nous a témoigné tant de bienveillance.
Nous apprenons que certaines personnes, ne supportant pas la critique et se basant sur des considérations puériles, recommandent de mettre fin à cette organisation au lieu de l’approuver et de s’efforcer de la développer. Ce n’est rien moins qu’un crime !
Nous n’arrêterons pas l’organisation des volontaires arméniens. Nous n’y mettrons pas fin. Non ! bien au contraire, nous l’étendrons et la renforcerons. Nous serons partout au premier rang comme avant-gardes, et jusqu’au bout, jusqu’à l’anéantissement de l’ennemi, notre place sera à côté des Cosaques russes. (...) Les Arméniens seront de ceux qui assèneront le coup de grâce à la Turquie agonisante dans ses derniers moments. La Turquie, en mourant, doit voir ceci de ses propres yeux et lire cette page de son histoire maudite avant de les fermer.
Aujourd’hui, notre principal ennemi, c’est le Turc. Ceux qui, ouvertement ou en secret, s’opposent à l’organisation des volontaires ou cherchent à limiter cette force, doivent être considérés comme des traîtres et des ennemis de l’intérieur"
Article signé Sabah-Gulian et paru dans le journal arménien Inkenavar Haydasdan (’Arménie indépendante’), n°25, édition du 19 juin 1916
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"La race turque, funeste et traîtresse, attaque une fois encore, mais avec plus de violence, l’un des plus purs et meilleurs peuples de la race aryenne. Ces luttes, qui continuent depuis des siècles sous différentes formes, ne sont autres que l’assaut d’une nation restée dans les ténèbres contre une autre qui, ayant déjà parcouru le cycle des progrès sociaux, s’avance vers la lumière. (...)
Ou nous, ou eux ! Cette lutte ne date ni d’une année ni d’un siècle. La nation arménienne a toujours bravement résisté à cette race qui a eu comme ligne de conduite la trahison et le crime.
Le monde doit être débarrassé de ce fléau et, pour le repos et la tranquillité de l’univers, la nation turque doit être supprimée.
Nous attendons la tête haute et armés de la foi en la victoire."
Article paru dans le journal arménien Hayasdan (’Arménie’, publié à Sofia), n°56, édition du 19 août 1914
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"Aux Zeytouniotes
Ô caressante et affectueuse mère, qui désires-tu voir ? Viens ici, n’aies pas peur, approche
Et sans verser une larme, regarde avec courage
Ton cher enfant dont la plaie saigne.
Laisse pleurer les mères turques
Et vas porter à Zeytoun la joyeuse nouvelle.
Le soleil s’est levé, ô Zeytouniotes ! Vite à cheval !
Haut les armes, et en avant ! marchons en avant !
Ceux que la peur ou la mollesse retient ne sont pas des nôtres.
Assez d’esclavage, assez de servage.
Tâchons de faire goûter un peu d’amertume au Turc !!"
Vers du poète arménien Bechiktachlian (septembre 1862)
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"Le gouvernement russe a pris une décision qui sera accueillie avec plaisir et joie par tous les cercles arméniens : il a nommé gouverneur de la province de Van le chef du mouvement révolutionnaire arménien, Aram Manoukian. Aram Manoukian est né en 1877, au Caucase, dans la ville de Chousta. (...) Au commencement de cette guerre, Aram courut aux armes et se mit à la tête des insurgés de Van. La Russie qui détient actuellement cette province en a nommé Aram gouverneur, désirant satisfaire l’élément arménien qui a si brillamment participé à la guerre contre la Turquie"
Journal français Le Temps (Paris), édition du 13 août 1915
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"En 1894, Monsieur Cambon, Ambassadeur de France à Constantinople, disait qu’il était impossible de trouver une solution à la Question arménienne. On ne peut en effet imaginer de solution pour cette question, la plus importante de toutes celles surgies en Turquie. La lutte entre Turcs et Arméniens a un caractère qui lui est propre. Les Arméniens savent qu’ils ne pourront réaliser leurs aspirations nationales en restant soumis aux Turcs. La situation actuelle ne provient ni de la mentalité tyrannique et sanguinaire d’Abdul Hamid, ni des théories chauvinistes des Jeunes-Turcs ; elle est la conséquence logique du principe du maintien de l’Empire ottoman. (...) Les Arméniens sont disséminés dans l’Océan islamique et clapotent au milieu de ses vagues. (...) D’un autre côté, les Turcs savent très bien que, tant qu’il y aura des Arméniens à l’intérieur des frontières ottomanes, l’intégrité de l’Empire sera toujours menacée. Au péril russe d’hier succède aujourd’hui le péril anglais. Les Arméniens sont les éclaireurs de l’ennemi en embuscade qui attend l’occasion d’attaquer. Vu cette situation, la solution de la question ne peut être que la suivante : ou les Turcs dehors, ou les Arméniens"
Article paru dans la revue arménienne Armenia (publiée à Turin), dans son numéro de juin 1914
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"Conformément à vos ordres, nos camarades désirent acheter des armes par votre entremise et d’après votre choix. Nous voulons en connaître le prix. Il nous faut : 1° des Martinis ; 2° des revolvers Mauser ; 3° des fusils à silex ; 4° des revolvers américains Smith ; 5° des Brownings. En tout deux cents pièces avec leurs balles"
Lettre des responsables (le prêtre Boghos Kalemian et le président H. Melidossian) du Comité Hintchak d’Armache (commune d’Ermiche dépendant d’Izmit), adressée au "Comité Hintchak de Constantinople", et datée du 18 novembre 1914
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"(...) L’activité du Comité Tachnaktzoutioun est pour beaucoup dans cette exaltation de l’opinion publique arménienne. Ce comité travaille opiniâtrement à amener des collisions entre Arméniens et Musulmans afin de mettre à profit le malheur qui pourrait en résulter, pour provoquer une intervention russe et l’occupation du pays par notre armée. (...) Pour arriver à cette fin, les Tachnakistes ont recours à différents moyens et s’efforcent à amener les Arméniens à des collisions avec les Musulmans et spécialement avec les troupes Ottomanes. Ainsi, les Comités Tachnakistes de Bitlis et de Mouche, pour semer la panique parmi la population, ont poussé les Arméniens des bazars à fermer leurs boutiques. Ils ont, en outre, armé une bande de révolutionnaires qui, après avoir parcouru, en octobre et en novembre, le caza de ’Hizane’, a assassiné quelques Kurdes pour venger la mort de ’Raphaël’ , inspecteur d’école arménien et partisan du Tachnaktzoutioun. Tout ceci n’avait d’autre but que d’amener une rencontre entre Musulmans et Tachnakistes. Si cela se produisait, les Musulmans, naturellement, attaqueraient les villages arméniens, ce qui aurait comme conséquence l’intervention armée de la Russie. Les notables Tachnakistes de Bitlis déclarent qu’ils commettraient une grande faute s’ils ne profitaient pas de la situation actuelle pour amener ici les Russes. (...) Les Arméniens des villes, aussi bien que ceux des campagnes, ont, de même que leurs chefs religieux, toujours témoigné de leur penchant et de leur affection pour la Russie et déclaré à plusieurs reprises que le gouvernement turc est incapable de faire régner ici l’ordre, la loi et la prospérité. Beaucoup d’Arméniens promettent dès maintenant d’offrir leurs églises aux soldats russes pour être converties en temples orthodoxes. (...) Le comité Tachnaktzoutioun, moralement déchu aux yeux de la population calme et paisible, tâche de regagner la confiance des Arméniens et, ainsi que je l’ai exposé plus haut, s’efforce d’amener des chocs entre Arméniens et Kurdes, et, en général entre Arméniens et Musulmans, pour troubler la situation et créer un prétexte à l’intervention armée de la Russie. (...) La conduite des membres du Tachnaktzoutioun envers les Arméniens et les autorités, et leurs sympathies à l’égard de la Russie, sont réglées et dirigées par les instructions de leur siège central à Constantinople."
Rapport numéro 63 en date du 24 décembre 1912, adressé par le Consul russe à Bitlis à l’Ambassadeur de Russie à Constantinople
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"L’affirmation selon laquelle le massacre des Arméniens dans l’Empire ottoman est comparable à ce qui est arrivé aux Juifs en Allemagne nazie est véritablement mensongère. Ce qui est arrivé aux Arméniens est la conséquence de leur rébellion massive contre les Turcs, laquelle commença bien avant le début de la guerre et se poursuivit sur une grande échelle. Un grand nombre d’Arméniens, dont des membres des forces armées, désertèrent, passèrent la frontière et rejoignirent les forces russes qui envahissaient la Turquie. Les rebelles arméniens prirent la ville de Van et l’occupèrent un temps dans le but de la livrer aux envahisseurs. Il y avait une guerre de guérilla partout en Anatolie. (...) Il y a des preuves claires de la décision du gouvernement turc de déporter la population arménienne des zones sensibles. Il n’y a en revanche aucune preuve d’une décision de massacre. Au contraire, il y a de nombreuses preuves de tentatives pour prévenir les massacres..."
Bernard Lewis (sur la chaîne de télévision américaine C-SPAN 2, le 25 mars 2002)
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"On peut dire, de manière très concrète, que les fomentateurs de l’agitation politique en Arménie, comme en Bulgarie, furent les instituteurs et les missions, Catholiques ou Protestantes"
Sir Edwin Pears, "Forty Years in Constantinople" (Quarante ans à Constantinople), Herbert Jenkins, 1915
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"Ces sociétés [arméniennes ; référence aux groupes Dachnak et Hintchak], par le moyen du chantage, et grâce aux subsides extorqués aux riches financiers et commerçants arméniens d’Europe et d’Amérique, devinrent bientôt des associations très riches... Bien que haïs et dénoncés par les Arméniens respectables et par les prêtres qui, lorsque l’occasion s’en présentait, étaient soumis au chantage ou même étaient assassinés, ils essayèrent ainsi de brouiller le Gouvernement Central et les Puissances Européennes en commettant des crimes dont ils attribuèrent la responsabilité, grâce à des preuves falsifiées, aux Collèges Missionnaires. Ils commirent des crimes dans les rues de Londres. A New York, la police découvrit une conspiration ayant recours au chantage et au meurtre, aux attentats à la bombe, qui terrorisait complètement les riches banquiers et commerçants Arméniens... [Ceci] eut le résultat inévitable d’envenimer les bonnes relations initiales entre le gouvernement turc, la population résidente musulmane et les Chrétiens, et spécialement la fraction arménienne Orthodoxe de ces habitants. Ceci est bien naturel pour la raison qu’en Turquie, le peuple a horreur des sociétés secrètes et des complots, horreur fondée sur l’expérience de leurs propres souffrances aux mains de la Hetairia Grecque et des Komitadjis Bulgares... lls crurent que les membres de la millet-i sadika (communauté fidèle) ne méritaient plus ce titre, et qu’ils s’armaient et se préparaient à massacrer les Musulmans..."
Dixon C.F. Johnson, "The Armenians" (Les Arméniens), G. Toulmin & Sons, Northgate Blackburn, 1916, pages 24-25
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"Quelques uns des Arméniens les plus instruits espèrent obtenir de quelque façon l’autonomie d’un pays dans lequel ils ne forment en aucune manière la majorité de la population. Qu’ils soient capables de maintenir l’ordre dans la majorité musulmane de la population, il n’est même pas nécessaire de se le demander... L’Asie Mineure est Turque... Les Arméniens Chrétiens y sont une minorité de la population."
Grattan Geary, "Through Asiatic Turkey" (A travers la Turquie d’Asie), Londres, M.S, et R. Sampson, 1878
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"Au cours de la guerre actuelle, nous avons le témoignage écrasant et convaincant de tous les rangs, de Lord Kitchener jusqu’au simple soldat, que les Turcs ont combattu avec bravoure, proprement, et ont traité nos prisonniers et nos blessés avec bonté et humanité. Il est inconcevable, en conséquence, que ces mêmes Turcs aient, sans provocation (et Lord Bryce lui même a reconnu qu’ils ne firent pas montre de fanatisme religieux) commis les méfaits diaboliques dont ils sont accusés, et, à ce propos, nous avons l’observation curieusement éclairante d’un correspondant de guerre célèbre, à son retour des champs de bataille de la dernière Guerre Balkanique, que, aussi paradoxal que cela puisse paraître, les Turcs furent les seuls ’Chrétiens des Balkans !’ Ce bref examen de la situation militaire et politique de la Turquie, et du caractère turc, devrait être suffisant pour réfuter la suggestion que les Turcs furent les agresseurs et agirent sans avoir été provoqués... Les Arméniens eux-mêmes commencèrent les troubles en fomentant une rébellion."
C.F. Dixon-Johnson, "The Armenians" (Les Arméniens), G. Toulmin & Sons, Northgate Blackburn, 1916, page 46

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1- Le transfert des populations arméniennes

"Dès la déclaration de la guerre, la région de Zeytoun est insurgée et constitue un foyer de rébellion si important qu’en février 1915, l’ambassadeur de Russie à Londres effectuera une démarche auprès des Anglais en vue de ravitailler les 15 000 insurgés recensés par un débarquement à Antakya (signalons - pour souligner la gravité de la chose - qu’à la même époque, les Ottomans étaient déjà sur la défensive aux Dardanelles). Dès le 23 novembre, on signale la formation de maquis dans la région de Van. Le 21 février, une révolte a éclaté à Bitlis, ainsi qu’à Mus, où on signale (ce n’est pas un hasard) la présence du député de Van, Papazian, qui passera aux Russes.
Le 20 mars, nous l’avons déjà dit, le gouverneur de Van signale 2000 rebelles dans la région.
Le 22 avril, le gouverneur de Sivas télégraphie que ’les Arméniens ont armé 30 000 personnes. 15 000 sont enrôlées dans l’armée russe... et il est définitivement établi que 15 000 autres vont attaquer l’armée turque sur ses arrières’.
Le 27 avril, plus de 1000 déserteurs sont arrêtés à Diyarbakir, et ainsi de suite...
Tous ces faits sont établis par des télégrammes officiels d’Etat-major. Et dans ces conditions, alors que l’ensemble de l’Anatolie orientale est en insurrection, on voudrait imputer à crime au gouvernement ottoman d’avoir pris des contre-mesures pour assurer la sécurité de ses armées et de la population demeurée fidèle.
Les propagandistes de la cause arménienne savent bien qu’ils ne le peuvent pas. Et c’est pourquoi, dans leurs récits des faits, ils glissent prudemment sur ces révoltes. (...) les Grecs ottomans se tinrent tranquilles. Il ne leur arriva donc rien de mal jusqu’à l’armistice d’octobre 1918. Si les Arméniens avaient fait de même, la déportation, et les meurtres qui l’accompagnèrent n’auraient tout simplement pas eu lieu.
Dans tous les pays, sous tous les régimes, les états-majors des armées en campagne évacuent vers l’arrière les populations qui résident dans la zone des combats et peuvent gêner le mouvement des troupes surtout si ces populations sont hostiles. L’opinion publique ne trouve rien à redire à ces mesures, évidemment pénibles, mais nécessaires : durant l’hiver 1939-1940, le gouvernement français radical-socialiste fit évacuer et transporter dans le Sud-Ouest de la France, notamment en Dordogne, l’ensemble de la population des villages alsaciens situés dans la vallée du Rhin, à l’Est de la ligne Maginot. Cette population germanophone, et même parfois germanophile, gênait l’armée française. Elle restera dans le midi, loin de ses foyers évacués et parfois détruits jusqu’en 1945. Et personne, en France, ne cria à la barbarie.
Au surplus, le caractère purement stratégique de la déportation ordonnée dans l’Empire ottoman résulte de ce que la population arménienne des grandes villes, et notamment celle d’Istanbul, qu’on pouvait facilement contrôler, ne fut pas visée par les mesures prises. L’intention qui guida les décisions arrêtées par le gouvernement ottoman est donc parfaitement légitime. On ne peut honnêtement formuler à ce sujet aucune critique. Mais l’exécution de ces mesures, elle, fut désastreuse et dramatique."
Georges de Maleville, avocat et spécialiste de la question arménienne, "La tragédie arménienne de 1915", éditions F. Sorlot-F. Lanore, Paris, 1988, pages 61-63
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"On ne peut prétendre que les Russes demeurèrent indifférents devant l’appoint de ces volontaires [arméniens]. Finalement, fin avril, ces derniers s’emparèrent de Van, un des bastions des provinces de l’est, et après avoir massacré la population turque, ils livrèrent ce qui restait de la ville à l’armée russe, en juin de cette même année. Les nouvelles en provenance de Van émurent les Turcs, exactement de la même manière que lorsqu’ils apprirent l’occupation d’Izmir par les Grecs en mai 1919. La rumeur de l’insurrection arménienne se répandit aussitôt à travers l’Asie Mineure. A cette époque, la situation militaire s’était brusquement retournée au détriment du gouvernement d’Enver. Les victoires russes de Sarikamich prenaient de l’ampleur, des vagues de réfugiés turcs se dirigeaient vers l’ouest et le centre de l’Asie Mineure. Les Anglais avaient déclenché la campagne des Dardanelles, aux portes même d’Istanbul, et la Bulgarie n’était pas encore entrée en guerre. Il aurait été irrationnel que ce moment fût choisi, vu le cours des événements, pour prendre des mesures de grande envergure contre les Arméniens si une nécessité absolue ne s’était pas fait sentir. Des mesures furent effectivement prises [l’ordre de déplacer Arméniens fut alors donné]."
Clair Price, " The rebirth of Turkey", New York, 1923, pages 86-87
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"Certes en ordonnant de transporter ailleurs ce peuple qui, habitant une région frontalière extrêmement exposée, était convaincu en plus de collusion avec l’ennemi, l’Etat ottoman ne fit qu’accomplir un geste de légitime défense. Mais l’exécution de cet ordre provoqua une tragédie épouvantable et des souffrances indescriptibles."
N. de Bischoff, "La Turquie dans le monde", Paris, 1936
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"Les Arméniens grossissaient à nouveau les rangs de l’armée tsariste et le Tsar revint à Saint-Pétersbourg, certain que le temps était venu pour lui d’atteindre Istanbul. Les Russes ouvrirent les hostilités en traversant la frontière le 1er novembre 1914, même si les Ottomans les arrêtèrent et les repoussèrent quelques jours plus tard. Une contre-offensive russe suivit qui dispersa l’armée ottomane, préparant une nouvelle poussée russe dans l’est de l’Anatolie qui serait accompagnée d’une rébellion ouverte des Arméniens contre le sultan...
Les dirigeants arméniens en Russie déclarèrent alors ouvertement leur soutien à l’ennemi et il ne semblait pas y avoir d’alternative. Il était impossible de déterminer quels seraient les Arméniens qui demeureraient loyaux et lesquels répondraient aux appels de leurs dirigeants. Dès le printemps, c’est à dire au milieu du mois de mai 1915, l’évacuation de la totalité de la population arménienne de la province de Van, de Bitlis et d’Erzurum fut ordonnée afin de les éloigner de tous les territoires où ils auraient pu saper les campagnes ottomanes contre les Russes ou contre l’empire britannique en Egypte ; des dispositions avaient été prises pour les installer dans des villes et des campements de la région de Mossoul dans le nord de l’Iraq. De plus, les Arméniens habitant dans les campagnes (mais pas dans les villes) de la province de Cilicie, comme ceux du nord de la Syrie, devaient être envoyés dans le centre de la Syrie pour la même raison. Des directives particulières chargeaient l’armée de protéger les Arméniens contre les attaques des nomades et de subvenir à leurs besoins en vivres et autres provisions pendant leur marche et après leur installation. Les chefs militaires ottomans furent avertis afin qu’aucun Kurde ou Musulman ne tire avantage de la situation pour se venger des longues années de terrorisme. On devait protéger et s’occuper des Arméniens jusqu’à leur retour dans leur foyer après la guerre."
J. Stanford Shaw (spécialiste de l’Empire ottoman et professeur d’Histoire à l’Université de Californie - UCLA), "Histoire de l’Empire ottoman et de la Turquie moderne", Cambridge University Press, 1977, Volume II, page 315
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"Quand ces résidents arméniens des villes et villages susmentionnés qui doivent être déportés seront déplacés vers leurs nouveaux lieux de résidence et plus particulièrement en route, on veillera à leur bien-être, à la protection de leur vie et de leurs biens ; il faudra prévoir, après leur arrivée, la prise en charge de leur nourriture par le Fonds pour les réfugiés jusqu’à leur installation définitive dans leurs nouveaux logements. On prévoira également la distribution de terrains et de biens en fonction de leur situation financière précédente et des besoins usuels ; pour ceux d’entre eux auxquels une aide supplémentaire serait nécessaire, le gouvernement envisagera de bâtir des maisons, de fournir aux cultivateurs et aux artisans des semences, des outils et du matériel."
Décret du Conseil des Ministres. Archives de la Présidence du Conseil, Istanbul. Compte-rendu du Conseil des Ministres, Vol. 198, décret 1331/163, mi-mai 1915
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"Il y avait un problème arménien pour les Turcs à cause de l’avance des Russes et d’une population anti-ottomane en Turquie, qui cherchait l’indépendance et qui sympathisait ouvertement avec les Russes venus du Caucase. Il y avait aussi des bandes arméniennes - les Arméniens se vantent des exploits héroïques de la résistance - et les Turcs avaient certainement des problèmes de maintien de l’ordre en état de guerre. Pour les Turcs, il s’agissait de prendre des mesures punitives et préventives contre une population peu sûre dans une région menacée par une invasion étrangère. Pour les Arméniens, il s’agissait de libérer leur pays. Mais les deux camps s’accordent à reconnaître que la répression fut limitée géographiquement. Par exemple, elle n’affecta guère les Arméniens vivant ailleurs dans l’Empire ottoman.
Nul doute que des choses terribles ont eu lieu, que de nombreux Arméniens - et aussi des Turcs - ont péri. Mais on ne connaîtra sans doute jamais les circonstances précises et les bilans des victimes. Songez à la difficulté que l’on a de rétablir les faits et les responsabilités à propos de la guerre du Liban, qui s’est pourtant déroulée il y a peu de temps et sous les yeux du monde ! Pendant leur déportation vers la Syrie, des centaines de milliers d’Arméniens sont morts de faim, de froid... Mais si l’on parle de génocide, cela implique qu’il y ait eu politique délibérée, une décision d’anéantir systématiquement la nation arménienne. Cela est fort douteux. Des documents turcs prouvent une volonté de déportation, pas d’extermination."
Bernard Lewis, historien (Université de Princeton/USA), article paru dans Le Monde, édition du 16 novembre 1993
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"La comparaison [de la déportation des Arméniens] avec l’Holocauste est cependant biaisée sur plusieurs aspects importants :
- Il n’y a eu aucune campagne de haine visant directement les Arméniens, aucune démonisation comparable à l’antisémitisme en Europe.
- La déportation des Arméniens, quoique de grande ampleur, ne fut pas totale, et en particulier elle ne s’applique pas aux deux grandes villes d’Istanbul et d’Izmir.
- Les actions turques contre les Arméniens, quoique disproportionnées, n’étaient pas nées de rien. La peur d’une avancée russe dans les provinces orientales ottomanes, le fait de savoir que de nombreux Arméniens voyaient les Russes comme leurs libérateurs contre le régime turc et la prise de conscience des activités révolutionnaires arméniennes de l’Empire ottoman : tout cela contribua à créer une atmosphère d’inquiétude et de suspicion, aggravée par la situation de plus en plus désespérée de l’Empire et par les névroses - ô combien habituelles - du temps de guerre. En 1914, les Russes mirent sur pied quatre grandes unités de volontaires arméniens et trois autres en 1915. Ces unités regroupaient de nombreux Arméniens ottomans, dont certains étaient des personnages publics très connus.
- La déportation, pour des raisons criminelles, stratégiques ou autres, avait été pratiquée pendant des siècles dans l’Empire ottoman. Les déportations ottomanes ne visaient pas directement et exclusivement les Arméniens. Exemple : sous la menace de l’avancée russe et de l’occupation imminente de cette ville, le gouverneur ottoman de Van évacua à la hâte la population musulmane et l’envoya sur les routes sans transports ni nourriture, plutôt que de la laisser tomber sous la domination russe. Très peu de ces musulmans survécurent à cette déportation ’amicale’.
- Il n’est pas douteux que les souffrances endurées par les Arméniens furent une horrible tragédie humaine qui marque encore la mémoire de ce peuple comme celle des juifs l’a été par l’Holocauste. Grand nombre d’Arméniens périrent de famine, de maladie, d’abandon et aussi de froid, car la souffrance des déportés se prolongea pendant l’hiver. Sans aucun doute, il y eut aussi de terribles atrocités, quoique pas d’un seul coté, comme l’ont montré les rapports des missionnaires américains avant la déportation, concernant notamment le sort des villageois musulmans dans la région de Van tombés aux mains des unités de volontaires arméniens.
Mais, ces événements doivent être vus dans le contexte d’un combat, certes inégal, mais pour des enjeux réels, et d’une inquiétude turque authentique - sans doute grandement exagérée mais pas totalement infondée - à l’égard d’une population arménienne démunie, prête à aider les envahisseurs russes. Le gouvernement des Jeunes Turcs à Istanbul décida de résoudre cette question par la vieille méthode - souvent employée - de la déportation. Les déportés durent subir des souffrances effrayantes, aggravées par les conditions difficiles de la guerre en Anatolie, par la médiocre qualité - en l’absence pratiquement de la totalité des hommes valides mobilisés dans l’armée - de leurs escortes et par les méfaits des bandits et de bien d’autres qui profitèrent de l’occasion. Mais, il n’existe aucune preuve sérieuse d’une décision et d’un plan du gouvernement ottoman visant à exterminer la nation arménienne."
Bernard Lewis, historien (Université de Princeton/USA), article paru dans Le Monde, édition du 1er janvier 1994
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"Il apparaît évident que les Autorités turques, soucieuses d’assurer la sécurité de leurs lignes de communication, n’avaient pas d’autre alternative que d’ordonner le déplacement de leurs sujets rebelles en un lieu distant du siège des hostilités, et de les y interner, l’exécution de cette précaution absolument nécessaire conduisit à de nouveau soulèvements de la part des Arméniens, le reste des Musulmans était pratiquement sans défense, parce que les garnisons régulières étaient sur le front, ainsi que la plus grande partie de la police et des hommes valides. Déjà rendus furieux en apprenant les atrocités commises à Van par les insurgés, craignant pour leurs vies et celles de leurs familles, ils furent à la fin entraînés par l’effet cumulatif de ces événements à prendre panique et à exercer des représailles et, comme cela arrive invariablement dans de tels cas, les innocents en souffrirent en même temps que les coupables".
Dixon C.F. Johnson, "The Armenians" (Les Arméniens), G. Toulmin & Sons, Northgate Blackburn, 1916, page 48
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2- La propagande anti-turque

"Nous n’hésitons pas à répéter que ces histoires de massacres en masse ont été mises en circulation dans le but évident d’amener le gouvernement britannique, au moment de la liquidation finale des comptes, à suivre une pratique hostile à la Turquie. Nous n’avons donc pas besoin de nous excuser d’avoir cherché à montrer avec honnêteté comment une nation qui fut notre alliée pendant de longues années et dont la religion est la même que celle de millions de nos compatriotes a été accusée d’horribles crimes contre l’humanité sur la base de ’preuves’ sinon totalement inventées, du moins grossièrement et honteusement exagérées"
C. F. Dixon-Johnson, "The Armenians", Blackburn, 1916, page 61
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"Lorsque l’Europe apprit l’agression contre la Banque ottomane et le massacre des Arméniens qui s’ensuivit, un bon nombre de peintres travaillant pour les journaux illustrés vinrent à Constantinople dans le but de fournir de la documentation sur les atrocités commises par l’hydre multicéphale. Parmi eux, il y avait feu Melton Prior, le célèbre correspondant de guerre. C’était un homme au tempérament dur et résolu, qui ne se laissait jamais dominer par les événements (...) Il m’a confié que cette fois-ci il s’était senti embarrassé. Le public chez nous avait entendu parler d’atrocités affreuses et tenait à en avoir les images. Or, c’était difficile de les lui fournir parce que les Arméniens morts étaient enterrés. Par ailleurs, il n’y avait eu d’agressions ni contre les femmes ni contre les enfants et les églises arméniennes n’avaient pas été profanées. Ayant de la sympathie pour les Turcs et étant foncièrement honnête, il se refusa à inventer ce qu’il n’avait pas vu. Mais d’autres n’eurent pas les mêmes scrupules. J’ai vu plus tard dans un journal illustré italien d’effrayantes représentations de femmes et d’enfants qu’on était en train de massacrer dans les églises"
Sydney Whitman, "Turkish Memories", ("Souvenirs turcs"), Londres, 1914, page 29
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"Nuire au crédit des Arméniens équivaut à affaiblir la cause anti-turque. Il apparaît très difficile désormais de faire échec à ceux qui présentent les Turcs comme un peuple noble et accablé de malheurs. La situation présente [trahis par les Arméniens, les Anglais sont forcés d’évacuer Bakou en 1918] va renforcer le camp de leurs défenseurs et fera du tort non seulement au prestige des Arméniens mais aussi à celui des Sionistes et des Arabes. Pour faire accepter à l’opinion intérieure et extérieure la nécessité de régler le problème turc de manière radicale, le traitement infligé par les Turcs aux Arméniens constitue le principal atout qui soit à la disposition du gouvernement de Sa Majesté"
Arnold J. Toynbee, mémorandum du 26 septembre 1919 (document officiel anglais référencé : FO 371/3404/162647, page 2)
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"Le Turc ne daigne jamais expliquer son propre cas tandis que les pro-Arméniens s’arrangent toujours à tenir le haut du pavé, effrayant le public en répétant sans cesse, et en l’exagérant, le nombre des victimes, et apparemment en appréciant à sa juste valeur un vieux proverbe oriental : ’Donnez à un mensonge une avance de 24 heures, et il faudra 100 ans avant de la vaincre’".
C. F. Dixon-Johnson, , "The Armenians", Northgate, Blackburn, 1916
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"Même dans les affaires de peu de conséquence, on ne peut se fier totalement aux témoignages des hommes. Lorsque les préjugés, l’émotion, les passions, le patriotisme se mêlent aux sentiments, les témoignages perdent toute valeur. (...) Les histoires d’atrocités ont été répétées jour après jour, et diffusées au moyen d’affiches, de brochures, de lettres et de discours. Des hommes jouissant d’une grande réputation et qui, en d’autres temps, auraient eu scrupule, en l’absence de preuves, à condamner même leurs pires ennemis, n’ont pas hésité à prendre la tête des accusateurs et à attribuer à un peuple tout entier les crimes les plus atroces que l’on puisse imaginer. (...) Une circulaire fut préparée par le Ministère de la Guerre demandant aux officiers des rapports sur les méfaits de l’ennemi. Selon cette circulaire, l’exactitude n’était pas une condition essentielle : la probabilité suffisait. (...) Les mensonges les plus populaires en Angleterre et en Amérique étaient ceux concernant les atrocités. Aucune guerre ne peut s’en passer. On considère que calomnier l’ennemi est un devoir patriotique "
Arthur Ponsoby (député britannique de 1910 à 1918, son livre publié en 1928 décrit les méthodes de propagande utilisées pendant la Première Guerre Mondiale), "Falsehood in War-Time" ("Falsifications en temps de guerre"), New York, 1971, pages 20-22
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"Les histoires d’atrocités ont été grandement exagérées. Certains des massacres les plus récents ne se sont jamais produits. Un des correspondants de presse d’une organisation charitable américaine a dit ouvertement à quelques amis qu’il ne pouvait envoyer en Amérique que des bulletins anti-turcs parce que c’était cela qui rapportait de l’argent !"
E. Alexander Powell, "The Struggle for Power in Muslim Asia" ("La lutte pour le pouvoir en Asie musulmane"), The Century Co., New York & London (1923), pages 30
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"Mon ami Franz Werfel, écrivain à Vienne (Autriche) a écrit un livre intitulé, " Les 40 jours de Musa Dag ", une histoire du massacre des Arméniens par les Ottomans. Cette histoire lui a été racontée par son ami, l’évêque arménien de Vienne, et Werfel n’a jamais douté de ce que lui avait raconté l’évêque.
Il ne fit aucune recherche sur ce qu’il écrivit. Des années plus tard, quand des chercheurs impartiaux établirent la vérité sur Musa Dag - vérité jamais niée par les Arméniens - Werfel se rendit compte qu’il avait été trompé par une fabrication de son ami, l’évêque. Werfel me confessa la honte et le remord qu’il ressentait d’avoir écrit cette histoire, dans laquelle il accusait les Ottomans d’être des agresseurs et des terroristes. 50 000 Arméniens, habitants des villages d’Erzurum et des alentours en Turquie, investirent furtivement le mont appelée Musa Dag (" dag " est le mot turc pour montagne) avec armes, munitions, et suffisamment de vivres et d’eau pour soutenir un siège de plusieurs jours. Avant de se rendre sur le mont, ils avaient capturé des centaines de Turcs musulmans et juifs, leurs compatriotes et voisins avec qui ils semblaient entretenir de bonnes relations. Ils les assassinèrent de sang froid pour la seule raison qu’ils étaient musulmans et juifs. Ensuite, des bandes d’Arméniens armés descendirent de la montagne pour attaquer les lignes arrières des armées turques et allemandes qui combattaient les envahisseurs russes. Ceci se passait au tout début de la première guerre mondiale et constituait une partie des plans secrets élaborés par les Russes qui avaient délégué cette tâche à la Fédération révolutionnaire arménienne (Dachnak). Les Turcs avaient été trahis. Et les attaquants arméniens avaient disparu. Malgré leurs efforts, les Ottomans furent incapables de retrouver les Arméniens qui s’étaient volatilisés, mais ils finirent par comprendre qu’ils s’étaient cachés à Musa Dag. Les Ottomans découvrirent que la montagne était une forteresse imprenable. Ils en tinrent le siège et attendirent 40 jours avant que l’arrière-garde arménienne ne concédât une défaite et déposât les armes. Pourtant, les Ottomans trouvèrent la montagne désertée. L’importante armée avait fui de l’autre côté de la montagne où ils avaient trouvé une voie de sortie vers la Méditerranée. Les militaires français et anglais avaient été prévenus ; ils regroupèrent le principal de l’armée et transportèrent les soldats à Alexandrie en Egypte où ils furent laissés sous la garde des anglais. Moins de 500 soldats, l’arrière-garde qui s’était rendue, furent capturés par les Ottomans. Pourtant, en racontant l’histoire à Werfel pour qu’il l’écrive, l’évêque avait affirmé que 50 000 victimes avaient été capturées et mises à mort - une invention, comme celle des 1,5 millions d’individus massacrés en 1915. Si 1,5 millions d’Arméniens périrent pendant la première guerre mondiale, ce fut en tant que soldats, dans une guerre dans laquelle ils avaient choisi de combattre un Empire ottoman qui les avaient traités décemment et avec bienveillance. Ils furent les victimes dupées des Russes, de leurs alliés et de leurs propres dirigeants."
Albert Amateau, déclaration faite devant notaire "Les confessions de Franz Werfel et la trahison arménienne", Federation of Turkish American Societies Inc., New York (1992), page 9.
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"Dans une ville où se trouvaient 10 maisons arméniennes et trente maisons turques, on rapporta que 40 000 personnes furent tuées, qu’environ 10 000 femmes furent emmenées dans des harems et que des milliers d’enfants furent laissés sans ressource, tandis que l’université était détruite et l’évêque tué. Il est établi que même pendant la dernière guerre les chrétiens originaires du pays, et malgré les mises en garde des Turcs, s’étaient armés et avaient combattu au côté des Alliés. Lors de ces conflits, ils ne furent pas inutiles ; bien équipés en armes lourdes, en mitrailleuses, ils infligèrent de lourdes pertes à leurs ennemis."
George M. Lamsa (missionnaire chrétien), "The Secret of the Near East" ("Le secret du Proche-Orient"), The Ideal Press, Philadelphia (1923), page 133
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"Maintenant, je comprends très bien et je peux faire la part des erreurs et des méprises du public parce que ce dernier n’avait aucun moyen de savoir qu’il était systématiquement trompé ; mais je ne trouve aucune excuse à ces journaux qui, conformément à une politique de dénigrement des Turcs, n’ont pas su rectifier les accusations anti-turques imprimées dans leur colonnes même lorsqu’il avait été prouvé au yeux de la plupart des personnes impartiales qu’elles étaient injustifiées. Un des points en question était l’incendie d’Izmir en septembre 1922. Pratiquement tous les grands journaux aux Etats-Unis adoptèrent une position éditoriale attribuant la responsabilité de cette atrocité aux Turcs, sans attendre d’avoir leur version des faits ; pourtant, après qu’il ait été attesté par des témoins visuels français et anglais, ainsi que par une commission d’enquête française, que la cité avait été incendiée par les Grecs et les Arméniens afin qu’elle ne tombe pas entre les mains des Turcs, combien de journaux eurent le courage d’admettre qu’ils avaient commis une sérieuse injustice à l’égard de ces derniers ?"
E. Alexander Powell, "La lutte pour le pouvoir dans l’Asie musulmane", The Century Co., New York & London (1923), pages 32-33
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"Je constate que des rapports circulent librement aux Etats-Unis selon lesquels des milliers d’Arméniens auraient été massacrés dans le Caucase. De tels rapports sont répétés si souvent que cela m’exaspère. La Near East Relief [organisation humanitaire américain] possède des rapports de Yarrow et de nos propres concitoyens américains qui montrent que les premiers sont absolument faux. La diffusion de ces faux rapports aux Etats-Unis sans qu’ils soient réfutés constitue une offense et fait sans aucun doute plus de mal que de bien aux Arméniens. Il me semble que nous devrions décourager les Arméniens de ce genre d’entreprises, pas seulement parce qu’elles sont injustes, mais parce qu’ils se causent du tort à eux-mêmes. En sus des rapports de nos propres membres de l’American Relief dans le Kars et à Alexandrople et de ceux d’hommes tels que Yarrow, je dispose de rapports de mon propre agent de renseignement et je sais que les rapports arméniens ne sont pas vrais. N’y a-t-il pas quelque chose que vous puissiez faire pour arrêter la diffusion de ces faux rapports."
Amiral Mark Lambert Bristol, Commandant en chef du détachement de la marine américaine et Haut commissaire américain en Turquie de 1919 à 1927. Ses rapports sont entreposés à la Division des manuscrits de la Librairie du Congrès (Washington D. C.). Le passage précédent est un extrait de la Lettre de Bristol datée du 28 mars 1921 adressée au Docteur James L. Barton, secrétaire du Bureau Américain des Commissaires pour les Missions à l’Etranger (American Board of Commissioners for Foreign Missions)
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"Les activités déployées dans l’Empire ottoman par les missionnaires américains sont en général assez bien connues. Par contre, on ne se rend pas toujours compte de l’impact qu’elles eurent sur l’opinion publique américaine. Les missionnaires américains ont découvert très rapidement que les musulmans ne changeaient pas de religion de sorte que, privés de toute possibilité de prosélytisme parmi les Turcs, ils canalisèrent toute leur énergie vers le travail religieux, éducatif et médical au bénéfice des minorités chrétiennes, en particulier des Arméniens. Pendant un demi-siècle, sinon davantage, les missionnaires furent notre principale source d’information sur la situation au Proche et Moyen-Orient et ce sont eux qui modelèrent l’opinion publique américaine sur ce sujet. (...) Reçus à bras ouverts par les Arméniens, il n’est pas étonnant qu’ils aient épousé leur cause. Les rapports qu’ils envoyaient en Amérique et les conférences qu’ils faisaient lorsqu’ils s’y rendaient en congé constituaient des plaidoiries en faveur des chrétiens opprimés et dénonçaient les oppresseurs turcs. Les congrégations qui soutenaient ces missionnaires se rangeaient à leur point de vue sans nulle méfiance et c’est ainsi que se développa sous l’égide de nos Eglises un puissant courant d’opinion anti-turc"
E. Alexander Powell, "The Struggle for Power in Moslem Asia", New York, 1923, pages 27-28
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"On pense bien qu’ils [les Turcs] ne sont pas sans savoir, si peu documentés soient-ils, que n’importe ce qu’ils feront en Europe, c’est toujours à eux que l’on donnera tort, c’est toujours eux qui seront les insultés et les spoliés, toujours eux qui paieront ; la coalition inavouée de tous les peuples dits chrétiens ne désarmera jamais. Et ils savent aussi que ces malheureux Arméniens ne cesseront pas, même aux heures les plus tranquilles, d’être contre eux de funestes et hypocrites délateurs. (...) Des peuples chrétiens, des souverains chrétiens, désireux de pêcher ensuite en eau trouble, n’ont pas craint d’envoyer chez eux des agents provocateurs. (...) Je prétends toutefois que le récit de leurs tueries a toujours été follement exagéré et les détails, enlaidis à plaisir"
Pierre Loti, "Les Massacres d’Arménie", Paris, 1918, page 22
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"Cela faisait près d’un siècle que les missionnaires américains entretenaient des contacts avec la minorité arménienne. (...) C’est par ce canal que l’on apprit aux Etats-Unis les maux dont souffraient les Arméniens sous le régime hamidien (...) Mais les missionnaires ne purent ou ne voulurent pas expliquer à leurs coreligionnaires que les Turcs enduraient exactement les mêmes maux. Résultat, au lieu de donner aux Américains un tableau impartial de la situation de tous les peuples de l’Empire, au lieu d’expliquer clairement que c’était le régime hamidien qui était l’oppresseur et que les Turcs souffraient autant que les Arméniens, les missionnaires n’attirèrent l’attention de l’Amérique que sur les malheurs des Arméniens"
Clair Price, "The Rebirth of Turkey", New York, 1923, pages 79-80
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"Repérer dans la multitude des écrits consacrés de part et d’autre à la question des inexactitudes, des affirmations contestables, voire des falsifications, ne présente guère de difficultés. En particulier, il semble établi aujourd’hui que quelques-unes des pièces essentielles versées au dossier par l’accusation [c’est-à-dire les Arméniens] - par exemple, le Livre Bleu préparé pour le compte du gouvernement britannique par Bryce et Toynbee ou les Mémoires de Na’îm Bey publiées par les soins d’Aram Andonian - ne puissent d’aucune façon être considérées comme des documents irrécusables. Toynbee lui-même n’a-t-il avoué que son Livre bleu avait été ’publié et diffusé en tant que propagande de guerre’ ?"
"Histoire de l’Empire ottoman", sous la direction de Robert Mantran, Fayard, Paris, 1989, page 624
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"Allez donc essayer d’ouvrir les yeux à certains bourgeois de chez nous qui, de père en fils, se sont hypnotisés - crétinisés, oserai-je dire - sur la prétendue férocité de mes pauvres amis les Turcs."
Pierre Loti, "Les Massacres d’Arménie", Paris, 1918, page 4
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"Le maréchal Shakir Pacha, commissaire impérial pour l’introduction des réformes en Arménie, figure au premier rang des hauts fonctionnaires accusés d’avoir participé aux sauvages mesures de répressions prises contre les Arméniens. Il se trouvait à Erzurum en octobre 1895, au moment de la révolte des Arméniens et on affirme qu’il s’y comporta en véritable monstre assoiffé de sang. D’après l’histoire qui circule à travers le monde, il se tenait là, une montre à la main, et lorsqu’on vint lui demander des instructions, il aurait ordonné que la tuerie dure encore une heure et demie, d’autres disent deux heures. (...) Etant donné le but de notre voyage, nous rendîmes visite successivement à Mr. Graves, le consul de Grande-Bretagne, au gouverneur Mehmet Sherif Rauf Pacha, au consul de France, Mr. Roqueferrier, et à M. V. Maximov, le consul général de Russie. A chacun de ces Messieurs nous demandâmes s’ils croyaient à ce qui se disait au sujet de Shakir Pacha et notamment à l’épisode de la montre. Mr. Roqueferrier trouva l’affaire grotesque. ’Ce sont des histoires inventées à plaisir’, dit-il et ajouta quelques mots d’estime à l’endroit de Shakir Pacha. Le consul russe, Mr. Maximov, nous fit la déclaration suivante : ’Il n’entre pas dans mon rôle de démentir de telles histoires. Tout ce que je puis vous dire c’est que Shakir Pacha est un brave homme, un homme ayant bon cœur. Je le connais depuis des années. C’est un de mes amis.’ Le consul de Grande-Bretagne, Mr. Graves, dit : ’Je n’étais pas ici à cette époque et je n’ai pas parlé à Shakir Pacha de cette affaire, mais le gouverneur m’a assuré qu’il n’y a rien de vrai là-dedans et cela me suffit amplement, car je crois sans réticence à tout ce que dit Rauf Pacha. (...) Si les révolutionnaires arméniens n’étaient pas venus dans la région, incitant la population arménienne à la révolte, croyez-vous qu’il y aurait eu des massacres ? demandai-je à Mr. Grave. - Certainement pas, répliqua-t-il. Je suis persuadé qu’aucun Arménien n’aurait été tué"
Sydney Whitman, "Turkish Memories", Londres, 1914, pages 70-94
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"Lors d’une réunion de l’Assemblée nationale arménienne, à l’automne dernier, Mr. Sdépan Papazian, l’auteur présumé des tableaux statistiques présentés à la conférence de Berlin, s’en prit violemment au patriarche pour avoir communiqué aux Ambassades des tableaux statistiques sans avoir consulté au préalable l’Assemblée nationale, ce qui eut pour conséquence d’attirer l’attention de l’opinion sur les énormes divergences entre les chiffres de Berlin et ceux fournis plus récemment par le patriarcat et de provoquer des remarques sur le caractère douteux de ces deux séries de chiffres (...)
Dans la liste de Berlin, par une manipulation visiblement malhonnête des chiffres officiels, le but recherché a été de prouver que, d’après ces chiffres, la population arménienne d’Erzurum et de Van (y compris Erzurum et Hakkari) se montait à 1 150 000 âmes. J’ai démontré par la suite que le nombre réel ne dépassait sans doute pas 450 000. Quant aux chiffres fournis par le Patriarche à l’ambassade en 1880, ils indiquaient une population de 373 500 Arméniens, plus 85 000 Nestoriens"
Rapport du commandant Trotter, spécialiste des questions démographiques à l’Ambassade d’Angleterre dans l’Empire ottoman, en date du 15 février 1882 (référence : Foreign Office 424/132, n°46, annexe 5)
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"A vrai dire, les hommes politiques européens n’ont jamais pu se libérer de leurs préjugés religieux, notamment en ce qui concerne l’Islam. La chrétienté s’est laissée contaminer par les préjugés légués à l’Occident par les chroniqueurs byzantins et a continué d’appliquer au monde musulman la politique des siècles passés (...) Les sources byzantines furent pendant longtemps à la base de tous les a priori de l’Europe concernant le Proche-Orient et les politiciens européens s’y référèrent tant que la chrétienté se sentit menacée par le péril turc. Un des papes, le grand humaniste Pie II, trouva un moyen fort simple pour résoudre le problème ottoman. Avant d’organiser sa croisade contre les Turcs, il adressa une lettre personnelle à Mehmet le Conquérant dans laquelle il lui proposa de se convertir à la religion chrétienne avec tout son peuple. En échange, il lui promit de le reconnaître comme chef suprême de la chrétienté et protecteur de l’ordre européen. Cette lettre résume parfaitement l’attitude de l’Europe face à la Turquie. En effet, l’Europe aurait pardonné aux Turcs toutes leurs conquêtes, en rien différentes de celles des autres peuples conquérants, si seulement ils avaient consenti à s’intégrer dans la chrétienté (...)"
Félix Valyi, "Revolutions in Islam", Londres, 1925, pages 27-28
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"Les chiffres avancés par les Arméniens augmentent d’ailleurs constamment d’une année sur l’autre, jusqu’à dépasser très largement le total de la population arménienne résidant dans l’Empire ottoman en 1914 ! La vérité est plus mesurée, et d’ailleurs suffisamment sinistre. En se basant sur les statistiques officielles de la population ottomane en 1914, établies par un service organisé et dirigé à l’époque par un Américain, dont le travail n’était nullement contesté avant les faits examinés, on aboutit à un chiffre de 300 000 victimes. Encore celui-ci inclut-il (nous l’avons déjà signalé) les ’disparus’, c’est-à-dire les Arméniens réfugiés dans la poche de Van qui prirent le parti des Russes et se retirèrent avec eux pour ensuite se fixer en Arménie soviétique. Le chiffre de 300 000 disparus correspond d’ailleurs exactement à celui avancé, dès le 11 décembre 1918, par le chef de la délégation arménienne dans une lettre au ministère des Affaires étrangères [Archives des Affaires étrangères France, Levant, 1918-1929, Arménie V.M.2, fo.47]"
George de Maleville, "La tragédie arménienne de 1915", éditions Fernand Lanore, Paris, 1988, pages 82-83
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"Le peuple anglais ne peut peut-être pas encore supporter d’entendre la vérité à propos des évènements de l’année passée ; mais il est de mon devoir de le signaler à votre Seigneurie. L’habileté consommée déployée par la Russie et ses agents pour égarer l’opinion publique en Angleterre et ailleurs a été amplement récompensée. Il faudra sans doute beaucoup de temps avant que l’on puisse séparer le vrai du faux ; et quand la vérité historique sera connue, il sera trop tard. La Porte ne s’est pas donné les moyens de présenter son cas devant l’Europe. Elle n’utilise ni la Presse, ni des agents compétents pour un tel but. Elle fait appel aux Puissances... Une grande partie du public anglais est, probablement, encore sous l’impression que les déclarations à partir desquelles les dénonciations contre la Turquie ont été formulées sont véridiques, que 60.000 Chrétiens on été outrageusement traités et massacrés : charretées de têtes humaines, femmes brûlées dans les granges et autres horreurs similaires. Il y a des personnes, et parmi elles, j’en suis navré, des Anglais, qui se vantent d’avoir inventé ces histoires avec l’intention ’d’abaisser’ la Turquie, et qui l’ont fait guidés par une main bien connue. Les gens en Angleterre auront peine à croire que les enquêtes les plus concrètes et précises concernant les évènements de l’année dernière en Bulgarie réduisent maintenant le nombre des victimes à environ 3 000 âmes, y compris les Turcs qui furent tout d’abord massacrés par les Chrétiens. Pas un homme impartial ne peut maintenant nier qu’un soulèvement des Chrétiens, selon le vœu de ses auteurs, devait conduire à un massacre général des Musulmans et fut ainsi envisagé, et qu’il fut dirigé par les agents russes et panslaves".
Dépêche de Sir Henry Layard, ambassadeur britannique auprès de La Porte, à Lord Derby, Ministre des Affaires étrangères, "Correspondance avec Lord Derby 1874-78", Commission des Manuscrits Historiques des Archives Nationales Britanniques, Liverpool Record Office (Reference : 920DER, NRA 20761 Stanley)

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3- Reconnaissance de la vérité historique : institutions, Etats, personnalités politiques, historiens...

"Aucun gouvernement britannique, ni celui-ci, ni ceux qui l’ont précédé, n’ont jugé les preuves existantes suffisamment convaincantes pour persuader les différents gouvernements que les événements de 1915 devaient être qualifiés de ’génocide’ conformément à la définition qu’en donne la convention de 1948 des Nations unies sur le génocide, une convention élaborée en réponse à l’Holocauste et dont l’application n’est pas rétroactive. L’interprétation des événements de l’Anatolie orientale en 1915-1916 est toujours sujette à un véritable débat parmi les historiens"
Déclaration à la Chambre des Lords de la Baronne Scotland au nom du ministère britannique des Affaires étrangères et du Commonwealth (dépêche AFP du 18 janvier 2001)
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"Le gouvernement britannique de l’époque et ceux qui le suivirent ont considéré les massacres de 1915-1916 comme une effroyable tragédie. Nous comprenons la force des sentiments envers cette question étant donné les pertes humaines des deux côtés. Mais nous ne croyons pas que les preuves apportées attestent de ce que les événements doivent être classifiés comme "génocide" ainsi que le définit la Convention des Nations Unies sur le génocide de 1948. (...) Les événements de 1915-1916 constituent une grande tragédie, au cours de laquelle les deux parties ont subi de très lourdes pertes."
Déclaration de l’Ambassade de Grande-Bretagne à Ankara (communiqué officiel du 23 juillet 2001)
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"Nous rejetons les tentatives de créer une similarité entre l’Holocauste juif et les allégations arméniennes. Rien de comparable à l’Holocauste n’a eu lieu. Ce qu’ont enduré les Arméniens est une tragédie mais pas un génocide"
M. Shimon Peres, Prix Nobel de la Paix et ministre israélien des Affaires étrangères (interview accordée au quotidien Turkish Daily News le 10 avril 2001)
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"Nous reconnaissons que des millions de citoyens de l’Empire ottoman de différentes origines ethniques et religieuses sont mortes lors de violences inter-communautaires, de migrations forcées, de maladies, et de froid durant la Première Guerre Mondiale et l’effondrement de l’Empire. (...) Nous partageons la grande peine des Turco-américains pour les tragiques événements vécus par leurs ancêtres entre 1912-1922. (...) Nous estimons cruciale la reconnaissance de la tragédie turque pour empêcher la répétition de nouvelles tragédies lors de guerres civiles. (...)"
Décret de l’Etat de l’Alabama proclamant le 30 août 2001 "Journée du Souvenir de la Tragédie Turque"
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"Nous partageons la peine des Turco-américains et Arméno-américains pour les tragiques événements vécus par leurs ancêtres entre 1912 et 1922. (...) Nous estimons que la reconnaissance de la tragédie turque et arménienne est cruciale pour empêcher de nouvelles tragédies en temps de guerre civile. (...) Les Turcs et les Arméniens ont une longue histoire d’amitié, et partagent un même héritage culturel et géographique." Décret de l’Etat de l’Arkansas proclamant le 24 avril 2001
"Journée du Souvenir de la Tragédie Turque et Arménienne"
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"Il est inacceptable de dresser une comparaison entre l’Holocauste et la tragédie vécue par le peuple arménien. L’Holocauste est un phénomène unique, car il a été planifié et visait l’extermination de toute une nation."
Rivka Cohen, ambassadrice d’Israël en Arménie (conférence de presse, Erevan, 8 février 2002)
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"Le gouvernement fédéral estime que la considération des massacres survenus en 1915-1916 ne peut-être par définition même qu’un sujet d’Histoire et que, par conséquent, elle ne concerne que la recherche historique et les deux pays intéressés, à savoir la Turquie et l’Arménie."
Déclaration du ministère allemand des Affaires étrangères (quotidien turc Milliyet du 23 mars 2001)
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La réalité des massacres, et même leur ampleur ne sont mis en question par personne, y compris en Turquie. En fait, la controverse porte sur trois points principaux, de nature fort différente. En premier lieu, le chiffre d’un million et demi de victimes qui figure sur le monument commémoratif de Marseille, et qui est rituellement répété, est aujourd’hui rejeté par de nombreux historiens, proches ou non des thèses officielles turques. Loin d’être le plus minimaliste, le démographe américain Justin McCarthy, par exemple, estime que l’ensemble des Arméniens d’Anatolie ne dépassait pas un million et demi de personnes à la veille du conflit mondial, et que, compte tenu du chiffre des rescapés, environ 600 000 Arméniens auraient péri en Anatolie en 1915, soit près de la moitié de la communauté.
Deuxième point : il y eut aussi de très nombreuses victimes parmi les musulmans tout au long de la guerre, du fait des combats mais aussi des actions menées contre eux par des Arméniens, dans un contexte de rivalité ethnique et nationale. S’il y a des victimes oubliées, ce sont bien celles-là, et les Turcs d’aujourd’hui sont en droit de dénoncer la partialité de l’opinion occidentale à cet égard. Est-ce parce qu’il ne s’agissait que de musulmans qu’on les néglige, ou bien parce qu’on estimerait implicitement que le succès final de leurs congénères les prive du statut de martyrs ? Quel regard porterions-nous donc sur les mêmes faits, si les choses avaient tourné autrement, si les Arméniens avaient finalement fondé, sur les décombres ottomanes, un Etat durable en Anatolie ?
Mais le dernier point, crucial, du débat, par ses implications juridiques et politiques, est de savoir si les massacres perpétrés contre les Arméniens le furent sur ordre du gouvernement jeune-turc, si les transferts n’ont été qu’un leurre pour une entreprise systématique d’extermination, mise en oeuvre selon des modalités diverses, mais décidée, planifiée, téléguidée au niveau gouvernemental, ou si les Jeunes-Turcs furent seulement coupables d’avoir imprudemment déclenché des déplacements qui finirent en hécatombes. Le seul fait de poser la question peut sembler absurde et scandaleux. Il est vrai que l’implication étatique est un préalable à la pleine application à la tragédie arménienne du terme de génocide, tel qu’il a été forgé en 1944 et défini par le procès de Nuremberg et la convention des Nations Unies de 1948.
Il faut pourtant admettre qu’on ne dispose pas jusqu’à présent de preuve de cette implication gouvernementale. Les documents produits par les Arméniens, des ordres de Talaat Pacha, ministre de l’Intérieur, et d’autres hauts officiels ottomans ordonnant explicitement le massacre des hommes, des femmes, et des enfants arméniens, désignés comme ’documents Andonian’, du nom de leur éditeur, n’étaient que des faux, comme la critique historique l’a prouvé par la suite. Sans doute trouve-t-on dans le réquisitoire de la cour martiale chargée de juger les gouvernants jeunes-turcs après leur chute, à Istanbul en 1919, des accusations accablantes contre leurs ’formations spéciales’ dont les Arméniens n’auraient d’ailleurs été que des victimes parmi d’autres, y compris chez les Turcs eux-mêmes. On ne peut ignorer ces dénonciations précises, ni les prendre non plus comme argent comptant, eu égard au caractère éminemment politique de ce procès : il était intenté contre un gouvernement révolutionnaire qui avait conduit le pays au désastre, par ses adversaires lui succédant au pouvoir et, qui plus est, sous la coupe des Alliés. McCarthy parle de deux millions et demi de victimes musulmanes (principalement turques) pour l’ensemble de la guerre en Anatolie de 1914 à 1922, dont un million pour la seule zone des ’vilayet arméniens’.
Faute de preuve décisive, les historiens défenseurs des thèses arméniennes mettent en avant plusieurs témoignages contemporains, émanant de rescapés, de diplomates et de missionnaires étrangers de diverses origines. Ceux-ci sont loin d’être négligeables et sont même dans les meilleurs cas irremplaçables. Pour autant, tout historien rigoureux connaît les limites d’un témoignage - d’autant plus susceptible d’exprimer un point de vue ’engagé’ dans un contexte de conflit généralisé. "
Gilles Veinstein, historien et professeur au Collège de France, article paru dans la revue L’Histoire, n°187 d’avril 1995
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4- AUX MEMBRES DU CONGRES DES ETATS-UNIS
(pétition d’universitaires et historiens américains adressée aux membres du Congrès et publiée, dans le même temps, dans le New York Times et dans le Washington Post le 19 mai 1985)
"Les soussignés, académiciens américains, spécialistes en matière d’études turques, ottomanes et moyen-orientales sont d’avis que le langage utilisé dans la résolution 192 du Congrès est inapproprié et ne correspond pas aux réalités à plusieurs égards. Tout en soutenant pleinement le concept d’une ’Journée Nationale de Commémoration de l’Inhumanité de l’Homme envers l’Homme’, nous souhaitons prendre nos distances concernant la partie du texte qui souligne une reconnaissance spéciale : ’... le million et demi d’Arméniens qui furent victimes du génocide perpétré en Turquie entre 1915 et 1923...’ Nos réserves portent sur les mots ’... Turquie’ et ’...génocide’ et peuvent être résumées comme suit : Depuis le quatorzième siècle jusqu’en 1922, la région actuellement appelée ’Turquie’, ou plus correctement ’République de Turquie’, faisait partie intégrante du territoire de l’Etat multinational et multiconfessionnel connu sous le nom d’Empire Ottoman. Il est également faux de confondre l’Empire Ottoman avec la République de Turquie, comme il est faux de confondre l’Empire des Habsbourg aveclaRépubliqued’Autriche.L’Empire Ottomans’effondra en 1922 et la victoirede la révolution turque instaura en 1923 l’actuelle République de Turquie. Cet Empire regroupait des territoires et des peuples qui de nos jours sont répartisdans plus de 25 pays différents en Europe du sud-est, en Afrique du nord et au Moyen-Orient, l’un d’eux étant la RépubliquedeTurquie.LaRépubliquedeTurquie n’est nullement responsable des événements qui se sont déroulés pendant la période ottomanebien que, en se servant de l’appellation ’Turquie’ dans la Résolution, ses auteurs aient implicitement accusé la République de Turquie coupable du prétendu ’génocide’ qui aurait lieu entre 1915 et 1923.
En ce qui concerne l’accusation de ’génocide’, nul signataire de cette déclaration ne cherche a diminuer l’ampleur des souffrances arméniennes. Nous sommes également conscient du fait, que ces souffrances ne peuvent être prises en considération en marge des souffrances endurées par les habitants musulmans de cette région. La majeure partie des preuves connues jusqu’a ce jour nous indique que de sérieux combats intercommunautaires (perpétrés par des forces irrégulières autant chrétiennes que musulmanes) eurent lieu et qu’ils furent aggravés par des maladies, des famines, des souffrances et des massacres en Anatolie et dans les régions avoisinantes durant la Première Guerre Mondiale. Il est indéniable que pendant la période mentionnée et similairement à la tragédie qui a ravagé le Liban au cours de la dernière décennie, cette région ait connu des combats plus ou moins continuels. Les pertes humaines au sein des communautés Chrétienne et Musulmane furent énormes.
Néanmoins, de nombreux détails doivent toujours être éclaircis avant que les historiens soient à même de discerner clairement la part de responsabilité qui revient aux innocents et aux coupables et de déterminer les raisons de ces événements qui aboutirent à la mort et au déplacement de grandes parties de la population d’Anatolie orientale, touchant indifféremment Chrétiens et Musulmans.
Les hommes d’Etat et les politiciens font l’histoire, les scientifiques la rédigent. Pour cela, il est indispensable que les scientifiques soient autorisés à accéder aux archives des hommes d’Etat et des politiciens d’antan. De nos jours, les archives de l’Union Soviétique [et donc de l’Arménie], de Syrie, de Bulgarie et de Turquie restent en grande partie fermées aux historiens impartiaux. L’histoire de l’Empire Ottoman pendant la période mentionnée dans la Résolution 192 (1915-1923) ne pourra être connue de façon satisfaisante aussi longtemps que ces archives resteront fermées.
Nous croyons que la position adéquate que le Congres des Etats-Unis doit adopter à cet égard est d’encourager l’ouverture sans restrictions des archives historiques et ne pas se prononcer sur des événements historiques avant que ceux-ci soient complètement éclaircis. Des accusations telles que celles de la Résolution 192 feraient inévitablement et injustement du tort au peuple turc et retarderaient peut-être de manière irréparable les progrès que les historiens ont juste commencé à enregistrer pour éclaircir ces événements tragiques.
Ces commentaires illustrent nombre de débats dont l’histoire des Arméniens Ottomans a fait l’objet entre savants, dont beaucoup se refusent de s’associer aux hypothèses historiques comprises dans le texte de la Résolution 192. En adoptant cette résolution, le Congrès essaiera de trancher par la voie législative quel aspect de cette question historique est correct. Une telle résolution basée sur des hypothèses douteuses sur le plan historique ne peut que nuire aux desseins de la recherche historique objective et à la crédibilité du processus législatif américain."
SIGNATAIRES DE LA DECLARATION PORTANT SUR LA RESOLUTION 192, ADRESSEE AUX MEMBRES DU CONGRES :
RIFAAT ABOU-EL-HAJ Professor of History California State University at Long Beach
RODERIC DAVISON Professor of History George Washington University
SARAH MOMENT ATIS Professor of Turkish Language & Literature University of Wisconsin at Madison
WALTER DENNY Professor of Art History & Near Eastern Studies University of Massachusetts
KARL BARBIR Associate Professor of History Siena College (New York)
DR. ALAN DUBEN Anthropologist, Researcher New York City
ILHAN BASGOZ Director of the Turkish Studies Program at the Department of Ural-Altaic Studies Indiana University
ELLEN ERVIN Research Assistant Professor of Turkish New York University
DANIEL G. BATES Professor of Anthropology Hunter College, City University of New York
CAESAR FARAH Professor of Islamic & Middle Eastem History University of Minnesota
ULKU BATES Professor of Art History Hunter College, City University of New York
CARTER FINDLEY Associate Professor of History The Ohio State University
GUSTAV BAYERLE Professor of Uralic & Altaic Studies Indiana University
MICHAEL FINEFROCK, Professor of History College of Charleston
ANDREAS G. E. BODROGLIGETTI Professor of Turkic & Iranian languages University of California at Los Angeles
ALAN FISHER Professor of History Michigan State University
KATHLEEN BURRILL Associate Professor of Turkish Studies Columbia University
CORNELL FLEISCHER Assistant Professor of History Washington University (Missouri)
TIMOTHY CHILDS Professorial Lecturer at SAIS, Johns Hopkins University
PETER GOLDEN Professor of History Rutgers University, Newark
SHAFIGA DAULET Associate Professor of Political Science University of Connecticut
TOM GOODRICH Professor of History Indiana University of Pennsylvania
JUSTIN McCARTHY Associate Professor of History University of Louisville
ANDREW COULD Ph.D. in Ottoman History Flagstaff, Arizona
JON MANDAVILLE Professor of the History of the Middle East Portland State University (Oregon)
MICHAEL MEEKER Professor of Anthropology University of California at San Diego
RHOADS MURPHEY Assistant Professor of Middle Eastern Languages, Cultures & History Columbia University
THOMAS NAFF Professor of History & Director, Middle East Research Institute University of Pennsylvania
PIERRE OBERLING Professor of History Hunter College of the City University of New York
WILLIAM OCHSENWALD Associate Professor of History Virginia Polytechnic Institute
ROBERT OLSON Associate Professor of History University of Kentucky
WILLIAM PEACHY Assistant Professor of the Judaic, Near Eastern Languages & Literatures The Ohio State University
DONALD QUATAERT Associate Professor of History University of Houston
HOWARD REED Professor of History University of Connecticut
WILLIAM GRISWOLD Professor of History Colorado State University
TIBOR HALASI-KUN Emeritus Professor of Turkish Studies Columbia University
WILLIAM HICKMAN Associate Professor of Turkish University of California, Berkeley
J. C. HUREWITZ Professor of Government Emeritus Former Director of the Middle East Institute (1971-1984) Columbia University
JOHN HYMES Professor of History Glenville State College West Virginia
HALIL INALCIK University Professor of Ottoman History, Member of the American Academy of Arts & Sciences University of Chicago
RALPH JAECKEL Visiting Assistant Professor of Turkish University of California at Los Angeles
RONALD JENNINGS Associate Professor of History & Asian Studies University of Illinois
JAMES KELLY Associate Professor of Turkish University of Utah
KERIM KEY Adjunct Professor Southeastern University Washington, D.C.
DANKWART RUSTOW Distinguished University Professor of Political Science City University Graduate School New York
ELAINE SMITH Ph.D. in Turkish History Retired Foreign Service Officer Washington, D.C.
STANFORD SHAW Professor of History University of California at Los Angele
EZEL KURAL SHAW Associate Professor of History California State University, Northridge
METIN KUNT Professor of Ottoman History New York City
FREDERICK LATIMER Retired Associate Professor of History, University of Utah
AVIGDOR LEVY Professor of History Brandeis University
BERNARD LEWIS Cleveland E. Dodge Professor of Near Eastern History Princeton University
DR. HEATH W. LOWRY Institute of Turkish Studies Inc. Washington, D.C.
GRACE M. SMITH Visiting Lecturer in Turkish University of California at Berkeley
JOHN MASSON SMITH, JR. Professor of History University of California at Berkeley
DR. SVAT SOUCEK Turcologist, New York City
ROBERT STAAB Assistant Director of the Middle East Center University of Utah
JUNE STARR Associate Professor of Anthropology SUNY Stony Brook
JAMES STEWART-ROBINSON Professor of Turkish Studies University of Michigan
DR. PHILIP STODDARD Executive Director, Middle East Institute Washington, D.C.
FRANK TACHAU Professor of Political Science University of Illinois at Chicago
METIN TAMKOC Professor of International Law and Regulations Texas Tech University
DAVID THOMAS Associate Professor of History Rhode Island College
MARGARET L. VENZKE Assistant Professor of History Dickinson College (Pennsylvania)
WARREN S. WALKER Home Professor of English & Director of the Archive of Turkish Oral Narrative Texas Tech University
DONALD WEBSTER Professor of Turkish History, Retired
WALTER WEIKER Professor of Political Science Rutgers University
JOHN WOODS Associate Professor of Middle Eastern History University of Chicago
MADELINE ZILFI Associate Professor of History University of Maryland
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"Le gouvernement britannique a condamné les massacres à l’époque. Mais, en l’absence de preuves catégoriques montrant que l’administration ottomane avait pris une décision destinée spécifiquement à éliminer les Arméniens sous leur autorité à cette époque, les différents gouvernements britanniques n’ont pas reconnu ces événements comme indicatifs d’un ’génocide’. Nous ne croyons pas non plus qu’il relève de la charge des gouvernement actuels de revoir les événements des 80 dernières années dans l’intention de se prononcer sur eux. Les événements de 1915-1916 constituent toujours un problème douloureux concernant deux pays [la Turquie et l’Arménie] avec lesquels nous entretenons d’excellentes relations"
Baronne Ramsay de Cartvalen, porte-parole du ministère britannique des Affaires étrangères, déclaration faite à la Chambre des Lords (Dépêche de la Press Association News, 14 avril 1999)
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"Une analogie appropriée avec l’Holocauste juif pourrait être l’extermination systématique de toute la population musulmane dans la République indépendante d’Arménie, laquelle représentait au moins 30 à 40% de la population totale de cette république"
The Jewish Times, édition du 21 juin 1990
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"Un historien ne peut que souligner la tendance constante des avocats de la cause arménienne à isoler le drame dont ils défendent la mémoire de l’ensemble de son contexte historique, à le désincarner, pour en faire, non ce qu’il fut - une catastrophe historique relevant de responsabilités multiples - , mais une scène mythologique, un assaut des forces du mal contre les forces du bien, hors de tout temps et de tout espace. Ce schéma est reçu tel quel, sans esprit critique, par la plupart de nos concitoyens, y compris dans les médias et la classe politique, souvent à mille lieues des réalités historiques et géographiques, assurément assez compliquées et lointaines, dont il a été coupé. Se greffant sur des ignorances et des préjugés séculaires, ce schéma est générateur d’un authentique racisme anti-turc, aussi inadmissible (faut-il le préciser ?) que tout autre racisme."
Gilles Veinstein, historien et professeur au Collège de France, article paru dans la revue L’Histoire, n°187 d’avril 1995
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"Le parlement français a suivi l’exemple de parlements d’autres pays comme la Grèce, l’Italie et la Russie, et voté une loi selon laquelle l’expulsion et le meurtre d’une partie des 2,5 millions d’Arméniens par la Turquie en 1915/1916 sont considérés comme un ’génocide’. Décider d’un fait historique par une loi est premièrement un énorme gaspillage d’impôts et d’énergie parlementaire, sans lien direct avec la politique actuelle, et deuxièmement un affront pour tout historien. Ce n’est pas au législateur mais aux historiens et à tout à chacun de décider pour soi-même des termes et catégories qu’il veut employer pour décrire ce qui s’est déroulé en Turquie en 1915/1916. Une vie spirituelle libre s’en tient au principe suivant : se renseigner d’abord sur la situation juridique actuelle pour, dans un deuxième temps, étudier le cas d’une manière scientifique sans tomber dans l’injure."
Institut pour une triarticulation sociale (Allemagne), 19 janvier 2001
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"Israël reconnaît la tragédie vécue par les Arméniens. Cependant, ces événements ne peuvent être comparés à un génocide"
Ministère israélien des Affaires étrangères (Communiqué officiel du 18 février 2002)
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"Nous reconnaissons que des millions de citoyens de l’Empire ottoman de différentes origines ethniques et religieuses sont mortes lors de violences inter-communautaires, de migrations forcées, de maladies, et de froid durant la Première Guerre Mondiale et l’effondrement de l’Empire. (...) Nous partageons la grande peine des Turco-américains pour les tragiques événements vécus par leurs ancêtres entre 1912 et 1922. (...) Nous estimons cruciale la reconnaissance de la tragédie turque pour empêcher que de telles tragédies ne se répètent lors de guerres civiles. (...). Les Turcs ont vécu en harmonie avec différents groupes ethniques avec lesquels ils partagent une longue histoire d’amitié et un héritage culturel et géographique commun"
Décret de la municipalité de Hartford (Etat du Connecticutt) proclamant le 30 août 2001 "Journée du Souvenir de la Tragédie Turque"
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"Les allégations de prétendu génocide ne peuvent ni ne doivent jeter de l’ombre au pire génocide de l’histoire, appelé Holocauste, qui consista en l’élimination systématique de six millions de Juifs durant la Seconde Guerre Mondiale. (...) Comparer à l’Holocauste de prétendus génocides, des allégations n’ayant pas reçu l’approbation des historiens, ou certains événements ne répondant pas aux critères de la Convention des Nations Unies de 1948 sur le génocide, dérange au plus haut point les Juifs Turcs"
Communiqué officiel du Grand Rabbinat de Turquie (journal Hürriyet, édition du 27/01/01)
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"L’intention des Ottomans n’étaient pas de commettre un génocide. Dans le cas contraire, les personnes ayant fui l’est du pays auraient-elles pu trouver refuge à Istanbul, la capitale du pays supposé commettre un génocide à leur encontre ? Ma mère et mon père [Mordo Dinar est descendant d’une famille juive sépharade ayant trouvé refuge dans l’Empire ottoman au 16ème siècle] racontaient que les Arméniens ayant fui à Istanbul se considéraient comme sauvés. De nombreux Arméniens ont trouvé refuge dans notre maison, chez des Arméniens vivant à Istanbul, et même chez des Musulmans. Peut-on parler de génocide dans de telles conditions ?"
Mordo Dinar, Consul honoraire du Chili à Istanbul (journal Hürriyet, édition du 30 janvier 2001)
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"La Grande-Bretagne reconnaît que les événements de 1915 ont été des massacres... Mais qualifier ces événements de génocide ne serait pas d’un grand intérêt... les preuves ne sont pas suffisantes pour les considérer comme un génocide au sens de la Convention des Génocides de 1948"
Mme Thorda Abbott-Watt, Ambassadrice de Grande-Bretagne en Arménie, conférence de presse à Erevan, 20 janvier 2004
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J’ai dit que je comprenais la force de l’émotion en Arménie concernant ce qui s’est passé, et que je savais que cette question touchait encore profondément les gens 90 ans après. A l’époque, le gouvernement britannique a condamné les massacres, et continue de le faire. Mais les faits sont trop ambigus pour qualifier de génocide les événements survenus, conformément à la Convention sur le génocide des Nations Unies de 1948. Alors que le débat entre les historiens et les juristes se poursuit, nous pensons qu’il est de notre rôle d’encourager les pays de la région à se tourner vers le futur, à oeuvrer activement à l’amélioration des relations et à la réduction des tensions"
Réponse écrite de Mme Thorda Abbott-Watt, Ambassadrice de Grande-Bretagne en Arménie, à une lettre de Harut Sassounian, éditeur du journal arméno-américain The California Courier (réponse citée dans un article de Harut Sassounian, publié le 4 mars 2004 dans le California Courier )
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"(...) En octobre 1995, j’ai eu la chance de faire un voyage en Turquie. Pourquoi suis-je allé en Turquie ? J’ai formé le Groupe d’amitié parlementaire Canada-Turquie et je m’intéressais beaucoup à ce pays. J’espérais établir des relations plus positives avec un pays dont je ne savais que très peu de choses, à l’instar de la plupart des parlementaires.
(...) Avant de quitter le Canada, j’ai fait beaucoup de recherches et j’ai pu rencontrer certains Canadiens d’origine arménienne ainsi que des dirigeants de leur communauté. Je n’oublierai jamais cette rencontre, car ils ont tout fait pour me convaincre de ne pas aller en Turquie. Ils m’ont décrit la Turquie comme un pays où les droits de la personne étaient inexistants et où les Kurdes étaient persécutés quotidiennement. Je me souviens très bien, par exemple, de m’être fait dire que, si quelqu’un était pris dans la rue ou dans un autobus ou un tramway à parler un des dialectes kurdes, il pouvait être dénoncé et puni. On m’a aussi raconté d’autres histoires semblables. J’ai vite découvert qu’aucune de ces histoires d’horreur n’était vraie. Le protocole constitutionnel du gouvernement turc prévoit ceci :
Les différentes langues, confessions ou origines de notre culture nationale sont un enrichissement pour notre vie culturelle. La condition préalable naturelle d’une structure sociale démocratique, c’est que ces différences puissent s’exprimer librement, dans les limites de l’intégrité nationale.
Au début de 1995, 17 modifications à la Constitution ont permis d’apporter des réformes démocratiques touchant les droits de la personne, les modifications les plus importantes concernant la liberté d’expression, la liberté d’association et la liberté de réunion.
Ces réformes fonctionnent. J’ai constaté qu’il y avait 15 journaux kurdes, de nombreux livres écrits dans différents dialectes kurdes, et aujourd’hui, huit ans plus tard, les preuves sont encore plus éclatantes, avec l’existence de plus de 3 000 stations de radio indépendantes et non assujetties au contrôle gouvernemental, dont un certain nombre qui diffusent des émissions en dialecte kurde. Lorsque j’ai visité la Grande Assemblée Nationale turque, en l’occurrence le Parlement de la Turquie, j’ai découvert que plus de 100 députés qui y siègent sont d’origine kurde, notamment le ministre des Affaires étrangères, M. Hikmet Cetin.
Compte tenu de l’ensemble des progrès démocratiques survenus en Turquie depuis 1995 -et je compare la situation à celle des pays avoisinants- je crois fermement que la Turquie se démarque et constitue l’État le plus laïc et le plus démocratique du Moyen-Orient.
(...) Je voudrais dire un mot, maintenant, de ce que certains qualifient de génocide [arménien] planifié. L’Empire ottoman se composait de 25 pays. Pendant de nombreuses années, certaines régions ont été en proie à des troubles, particulièrement dans l’est de l’Anatolie et de l’Arménie, qui se trouvent dans la section extrême-orientale de ce que nous appelons aujourd’hui la Turquie. Même avant le début de la guerre des Balkans en 1912, bon nombre de personnes ont commencé à quitter cette région à la recherche de cieux plus sereins. Avant 1912, selon ce qu’affirment des sources britanniques, françaises et ottomanes, la population arménienne se situait entre 1,05 million et 1,5 million de personnes.
L’historien Justin McCarthy, de l’université de Louisville, l’historien britannique Arnold Toynbee et Mgr Touchet, un missionnaire français, ont tous calculé que les Arméniens ont perdu environ 600 000 personnes entre 1912 et 1920. Toutefois, pendant la même période, plus de 2,5 millions de musulmans, dont des Turcs, des Kurdes et des Tartares, sont morts dans l’est de l’Anatolie. Je ne sais pas du tout combien de Russes ont été tués.
La délégation arménienne à la Conférence de paix de Paris, en 1920, a déclaré qu’après la guerre, 280 000 Arméniens sont demeurés dans la partie anatolienne de l’Empire ottoman occupé, tandis que 700 000 Arméniens ont émigré vers d’autres pays, comme la France, l’Australie, les États-Unis et le Canada, la majorité de ces derniers immigrants s’établissant au Québec. Manifestement, donc, une grande partie des Arméniens ottomans n’ont pas été tués, contrairement à ce que certains soutiennent.
Chaque mort superflue est tragique. Tout aussi tragiques sont les mensonges visant à enflammer et à perpétuer la haine ethnique. Ce n’est pas la façon de faire canadienne. En conclusion, je voudrais citer la déclaration faite par l’ancien premier ministre Jean Chrétien le 24 avril 2002 : Il ne faut pas oublier à quel point il est important d’unir nos efforts pour éliminer l’intolérance et le fanatisme dès qu’ils apparaissent, et de promouvoir la réconciliation et la coopération entre les peuples. Voilà la façon de faire canadienne."
Discours de Stan Dromisky, député, devant la Chambre des Communes du Canada, 25 février 2004

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5- Humanisme et tolérance turcs

"Je disais qu’ils n’étaient pas nos ennemis, ces Turcs si calomniés, et qu’ils ne nous avaient fait la guerre qu’à contre cœur. Je disais, en outre, et j’aidit toutema vie qu’ils composaient l’élément le plus sain, le plus honnête de tout l’Orient - et le plus tolérant aussi, beaucoup plus que l’élément orthodoxe, bien que cette dernière assertion soit pour faire bondir les non initiés. Or, sur ces deux points, voici tout à coup, depuis la guerre, mille témoignages qui me donnent raison, même devant les plusentêtés.Desgénéraux,des officiers de tous grades, de simples soldats, qui étaient partis de France pleins de préjugés contre mes pauvres amis de là-bas et me considérant comme un dangereux rêveur, m’ont spontanément écrit, par pur acquit de conscience, pour me dire à l’unanimité : "Oh ! comme vous les connaissez bien, ces gens chevaleresques, si doux aux prisonniers, aux blessés, et les traitant en frères ! Comptez sur nous au retour pour joindre en masse nos témoignages au vôtre." Je voudrais pouvoir les publier toutes, ces innombrables lettres signées, si sincères et si touchantes, mais elles formeraient un volume !"
Pierre Loti, "Les Massacres d’Arménie", Paris, 1918, page 10
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"Au Moyen Age, qui est-ce qui offrit un asile aux réfugiés juifs venus de l’Espagne et de l’Italie chrétiennes si ce n’est le Turc que l’on qualifiait d’’infidèle’ ? Au début du 16ème siècle ils furent invités à venir à Constantinople et à Salonique par les sultans ottomans, Selim et Süleyman (...) Ce sont eux qui donnèrent aux Juifs la possibilité d’établir les premières colonies à Chypre et dans les environs du lac de Tibériade, en Palestine (...)"
Ernest Jackh, "The Rising Crescent", New York, 1944, page 37
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"Le fait que les adeptes de diverses sectes persécutées, chrétiennes ou autres, soient venus se réfugier en terre d’Islam afin de s’y livrer en paix à l’exercice de leur culte constitue la preuve la plus éloquente de la tolérance de l’administration musulmane. Les juifs espagnols se réfugièrent en très grand nombre en Turquie à la fin du 15ème siècle. Les calvinistes de Hongrie et de Transylvanie préférèrent se livrer aux Turcs plutôt que de tomber entre les mains des Habsbourg fanatiques. Au 17ème siècle, les protestants de Silésie tournèrent vers la Turquie des regards pleins d’espoir et ils eussent été heureux d’acquérir la liberté religieuse au prix de la soumission aux musulmans. Les Cosaques de la secte des ’Vieux croyants’ persécutés en 1746 par l’Eglise russe trouvèrent en Turquie la tolérance qui leur était refusée par leurs frères chrétiens"
Félix Valyi, "Revolutions in Islam", Londres, 1925, pages 48-49
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"Pour en revenir à l’évolution de l’Empire ottoman, on peut dire qu’à partir du 17ème siècle son histoire fut celle d’une décadence graduelle. Sous le régime des grands sultans les droits réduits des sujets chrétiens furent à peu près respectés et la justice assez impartialement rendue par les tribunaux. Les Arméniens trouvèrent souvent une protection efficace auprès d’eux. Iorga relève que le sultan Murat II intervint énergiquement en faveur des Arméniens de Valachie, persécutés en raison de leur religion par les orthodoxes, qui voulaient les convertir. Il est probable que sous le règne de Süleyman II le sort des paysans chrétiens de l’Empire ottoman n’était pas beaucoup plus dur que celui des serfs en Europe à la même époque"
H. Pasdermadjian (auteur arménien réputé pour sa haine des Turcs), "Histoire de l’Arménie", Paris, 1948, page 274
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"L’existence de races chrétiennes en Turquie d’Asie constitue un chef d’accusation contre le pouvoir ottoman. Les sultans turcs ainsi que leurs sujets musulmans ne furent pas assez avisés pour se rendre compte que lorsqu’un peuple aborde sa phase de développement, il est indispensable d’assurer l’unification religieuse, faute de quoi toute forme d’union s’avérerait irréalisable. Les races européennes l’ont compris et ont agi en conséquence. De tout temps les gouvernements de presque tous les pays d’Europe ont édicté d’importantes incapacités légales pénalisant tout écart par rapport à la religion officiellement admise par l’Etat (...). La jurisprudence et les pratiques administratives ottomanes sont plus tolérants à l’égard des institutions d’éducation et des associations religieuses des confessions étrangères que ne l’est la ’liberté’ appliquée en France depuis mille ans aux affaires relevant des domaines de la foi et de la religion"
Talcott Williams, "Turkey. A World Problem of Today", New York, 1922, page 194
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"La guerre avec nous était inévitable... Nous n’avions pas fait tout ce que nous aurions dû faire pour échapper à la guerre. Nous aurions dû user d’un langage pacifique avec les Turcs... Nous n’avions pas d’informations sur la force réelle des Turcs, et nous avions confiance en la nôtre. Ce fut là l’erreur fondamentale. Nous n’avions pas peur de la guerre, parce que nous étions sûrs de pouvoir la gagner... Lorsque les escarmouches commencèrent, les Turcs proposèrent que nous les rencontrions et conférions avec eux. Nous ne l’avons pas fait, et nous les avons défiés. Notre armée était bien nourrie et bien armée, bien équipée, mais elle ne combattit pas. Les troupes battaient constamment en retraite et désertaient leurs positions ; les soldats jetaient leurs armes et se dispersaient dans les villages. Notre armée était démoralisée pendant cette période de luttes intestines, la destruction stupide et le pillage qui continuèrent sans encourir de châtiment. Elle était démoralisée et fatiguée. Le système des bandes errantes, qui était spécialement encouragé par le Gouvernement du Bureau, détruisait l’unité de l’organisation militaire..."
Hovhannes Katchaznouni, premier chef de gouvernement de la République indépendante d’Arménie (1918-1922), "The Armenian Revolutionay Federation (Dashnagtzoutiun) has nothing to do any more", le Service d’Information Arménien (édité par Arthur A. Derounian), New York, 1955
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"Le grand Turc gouverne dans la paix vingt nations de religions différentes. Les Turcs ont montré aux chrétiens comment être modéré dans la paix et clément dans la victoire"
Voltaire
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"Les droits et les intérêts des Grecs vivant en Turquie ne peuvent être mieux protégés par personne que par les Turcs"
Politis, ministre grec des Affaires étrangères dans le gouvernement du Premier ministre Vénizélos
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"La conquête ottomane des Balkans s’effectue entre le 14ème et le 15ème siècles, entre deux dates hautement symboliques qui pourraient être celles de 1389, avec l’écrasement des Serbes à la bataille de Kosovo, et 1453, la chute de Byzance,la capitale de ’l’Empire romain d’Orient’. L’Empire ottoman n’a jamais mené de campagnes de conversion systématique, conformément à la tradition de l’islam qui garantit la sécurité des fidèles des ’religions du Livre’, c’est-à-dire des religions monothéistes révélées. (...) L’émergence et le développement d’Etats chrétiens indépendants, aux 19ème et 20ème siècles, se soldèrent par un terrible retour de bâton : toutes les populations musulmanes, qu’elles fussent slaves, albanaises ou effectivement turcophones, furent considérées comme ’turques’ et massivement expulsées des nouveaux Etats. Dans la première moitié du 19ème siècle, la majorité des habitants de Belgrade comme de nombreuses villes grecques était musulmane : le ’nettoyage ethnique’ a peut-être été inventé à cette époque par la Serbie et la Grèce"
"Grand reportage sur les Balkans", Peuples du Monde, revue de la Mission Catholique, numéro 353, janvier 2002, page 12
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"Administrés par leur patriarche que secondent un conseil ecclésiastique, un conseil judiciaire et une cour des comptes, toutes choses que reconnaissent les Turcs, autrefois leurs amis, les Arméniens seraient loin d’être malheureux si, se basant sur des différences de religion ou sur de vieux souvenirs historiques, ils ne rêvaient, eux aussi, l’indépendance conquise par les Grecs, par les Bulgares, par les Serbes, si, en 1827 d’abord, en 1896 et en 1897 ensuite, ils n’avaient, mécontents d’être encore des raïas, refusé de se soumettre au service militaire ou de payer l’impôt qui en dispense les Chrétiens et les Juifs, s’ils n’avaient manifesté, enfin, des idées dans lesquelles on a cru trouver des tendances au socialisme et même à l’anarchie. Les Turcs sont tolérants ; ce sont les maîtres les plus indifférents du monde, et la religion chrétienne n’est nulle part, peut-être, plus libre que chez eux ; son culte s’y exerce au grand jour ; ses églises et ses couvents s’y élèvent, s’y gouvernent, y prospèrent sans contrainte, comme nous l’avons vu au mont Athos ; ils font, dans les rues de leurs grandes villes, escorter et protéger par des soldats en armes le viatique que les prêtres portent très ostensiblement à ceux qui vont mourir ; soucieux, enfin, du mystère de leur vie privée, ils respectent celles des autres, qu’ils soient latins ou orthodoxes, arméniens ou israélites. L’oppression dont on les accuse n’est guère qu’une légende qui remonte sans doute aux Croisades et il serait toujours facile de trouver, sinon une excuse, au moins une explication aux manifestations, violentes, il est vrai, de ce qu’on nomme leur ’fanatisme’."
"Autour de la Méditerranée : Turquie d’Europe et d’Asie - De Salonique à Jérusalem", Marius Bernard, H. Laurens éditeur, Paris, 1899, page 82
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"Les Turcs et les Arméniens s’entendaient parfaitement entre eux... Les Russes promulguèrent des restrictions à l’égard de l’Eglise, des écoles et de la langue des Arméniens. Les Turcs, au contraire, étaient parfaitement tolérants et libéraux relativement à ces questions. La manière dont les Arméniens priaient, enseignaient et parlaient leur était indifférente... Les Arméniens étaient tout à fait des Orientaux et appréciaient les idées et les habitudes turques… lls étaient tout à fait satisfaits de vivre au milieu des Turcs... La répartition de la richesse penchait certainement en faveur des Chrétiens. Les Turcs les traitaient avec une confiance empreinte de bonne humeur..."
Sir Charles Eliot, "Turkey in Europe" (La Turquie en Europe), Londres, E. Arnold, 1900
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"Les premiers Arméniens convertis au Protestantisme furent soumis à de féroces persécutions de la part de leurs compatriotes arméniens. Pour les protéger contre ces ennuis continuels et cette cruauté, le Sultan ottoman, dans les années 1850, publia un irade (décret) reconnaissant les Protestants en tant que communauté religieuse indépendante de l’Eglise Orthodoxe Arménienne, et les libérant de toute intervention de la part des autorités de cette église."
Dixon C.F. Johnson, "The Armenians" (Les Arméniens), G. Toulmin & Sons, Northgate Blackburn, 1916

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