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DOSSIER "L’AFFAIRE DE GILLES VEINSTEIN"


Ecrit par Turquie News, 2020-04-15 09:00:00


SOMMAIRE

1- Qui est Gilles Veinstein ?

2- Bibliographie de Gilles Veinstein

3- Sa thèse sur le prétendu "génocide arménien"

4- Les agressions arméniennes

5- Article de presse

6- Attaques arméniennes contre Gilles Veinstein à Aix en Provence

7- Pierre Nora évoque un ’terrorisme intellectuel’ en France autour de la question arménienne


1- Qui est Gilles Veinstein ?

Gilles Veinstein, de nationalité française, est né à Paris, en 1945.

Après ses études secondaires à Paris, il est entré à l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm. Il a étudié l’histoire à l’Université de Paris-Sorbonne et est agrégé Il est également diplômé de l’École nationale des langues orientales vivantes.

En 1972, il est entré comme assistant à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales où il a été élu Directeur d’études, en 1988, à une chaire créée pour lui, intitulée : histoire turque et ottomane. Il dirige le Centre d’histoire du domaine turc de cette institution ainsi que l’équipe Études turques et ottomanes du CNRS. Depuis 1999, il est titulaire de la chaire d’histoire turque au Collège de France..

Co-directeur de Turcica, revue d’études turques (voir aussi le Centre d’Histoire du Domaine Turc à l’EHESS), il est également membre du comité de rédaction des Cahiers du monde russe, membre de l’Academia Europeaea, du Comité des Orientalismes du CNRS, du Conseil Scientifique des Instituts français d’Istanbul et de Tachkent.

G. Veinstein a publié plusieurs livres et de nombreux articles sur l’histoire ottomane et le monde islamique.


2 - Bibliographie de Gilles Veinstein

Articles récents :

- « La politique hongroise du sultan Süleyman et d’Ibrâhim pacha, 1534 » dans Actes du VIIe symposium du CIEPO, Ankara, Türk Tarih Kurumu Basmevi, 1994, pp. 333-380.
- « À propos des ehli-i hiref et du devsirme » dans Studies in Ottoman History in Honour of Professor V.L. Ménage, sous la direction de C. Heywood et C. Imber, Istanbul, The Isis Press, 1994, pp. 351-367.
- « Sur les sauterelles à Chypre, en Thrace et en Macédoine à l’époque ottomane », dans Armagan. Festchrift für Andrea Tietze, Prague, Engima Corporation, 1994, pp. 211-226.
- « Marchands ottomans en Pologne, Lituanie et Moscovie sous le règne de Soliman le Magnifique », Cahiers du monde russe, 35, 1994, pp. 713-738.
- « Les origines du Califat ottoman », Les Annales de l’autre Islam, 2, 1994, pp. 25-36.
- « L’Empire ottoman et les prémices du problème cosaque (1545-1555) » dans Les Cosaques de l’Ukraine sous la direction de M. Cadot et E. Kruba, Paris, Presses de la Sorbonne nouvelle, 1995, pp. 35-41.
- « Note sur les transferts technologiques des Séfarades dans l’Empire ottoman » dans Coloniser au Moyen Âge, sous la direction de M. Balard et A. Ducellier, Paris, Armand Colin, 1995, pp. 268-273 et dans 1492. L’expulsion des Juifs d’Espagne, R. Goetchel (ed.), Maisonneuve & Larose, Paris, 1996.
- « L’Islam ottomano nei Balcani et nel Mediterraneo », Storia d’Europa. 4. L’Età moderna, secoli XVI-XVIII, Giulio Einodi Editore, Turin, 1995, pp. 57-82.
- « L’oralité dans les documents d’archives ottomans : paroles rapportées ou imaginées ? » dans N. Vatin (ed.), Oral et écrit dans le monde turco-ottoman, numéro spécial, Revue du Monde Musulman et de la Méditerranée, 75-76, 1995-1-2, 133-142.
- « The Clothes of Salonika : A Reassement of Nehama’s Views », dans The Days of the Crescent. Chapters in the History of the Jews in the Ottoman Empire, M. Rosen (ed.), Tel-Aviv Université, 1996, pp. 39-48 (en hébreu)
- « Esquisse d’un bilan », dans Histoire économique et sociale de l’Empire ottoman et de la Turquie (1326-1960), D. Panzac (ed.), Peeters, Paris, 1995, pp. 877-880.
- « In memoriam N. Beldiceanu », Turcica 27, 1995, pp. 311-323.
- « Avlonya (Vlorë), une étape de la voie Egnatia dans la seconde moitié du XVIe siècle » dans The Egnatia under Ottoman Rule, 1380-1699, E. Zachariadou, ed., Halcyon Days in Crete II, Symposium held in Rethymnon, 9-11 January 1994, Crete University Press, Rethymnon, 1996, p. 117-225.
- « Histoires parallèles d’un empire défunt », dans De Russie et d’ailleurs. Feux croisés sur l’histoire. Mélanges Marc Ferro, Paris, 1995, p. 343-352.
- « La mort de Mehmed II (1481) », et « Les obsèques des sultans ottomans de Mehmed II à Ahmed 1er (1481-1616) », dans Les Ottomans et la Mort. Permanences et mutations, G. Veinstein, ed., Leyde, 1996, p. 187-206 et 207-243, (en coll. avec N. Vatin).
- « Sur les conversions à l’Islam dans les Balkans ottomans avant le XIXe siècle », Dimensioni e problemi della ricerca storica, 2, 1996, p. 153-168.
- « Le modèle ottoman » dans Madrasa. La transmission du savoir dans le monde musulman, N. Grandin et M. Gaborieau, eds., Éditions Argument, Paris, 1997, pp. 73-83.
- « Le jeune de langue Dantan avait-il bien traduit ? » dans Istanbul et les langues orientales, F. Hitzel, ed., IFEA-L’Harmattan-INALCO, Paris, 1997, p. 319-332.
- « La ville ottomane » dans Sciences sociales et phénomènes urbains dans le monde arabe . Actes du colloque de l’association de liaison entre les centres de recherches et de documentations sur le monde arabe (ALMA), Casablanca, 30 novembre- 2 décembre 1994 , sous la dir. de M. Naciri et A. Raymond, Casablanca, 1997, p. 105-114.
- « Retour sur la question de la tolérance ottomane au XVIe siècle » dans Chrétiens et musulmans à la Renaissance. Actes du 37e colloque international du CESR (1994), B. Bennassar et R. Sauzet, eds., Paris, Honoré Champion, 1998, p. 415-426.
- « Patronage of Süleymân the Magnificent and the Organization of the Court Sponsored Arts and Crafts », EOTHEN, Jahreshefte der Gesellschaft der Freunde Islamischer Kunst und Kultur, 4.-7. Jahrgang, 1993-1996, München, 1998, pp. 165-175.
- « La tugra ottomane » dans L’écriture du nom propre, A.-M. Christin, ed., Paris, L’Harmattan, 1998, pp. 149-162.
- « Trois documents signés du Sehzâde Mustafà b. Süleymân conservés au monastère de Patmos », Anatupo apo ta Summeikta, 12, Athènes, 1998, pp. 237-269 (avec N. Vatin).
- « A l’arrière-plan de la conquête de Sibir : Moscou et la Grande Horde nogaye » dans Sibérie, II,Questions sibériennes, B. Chichlo, éd., Paris, Institut d’Etudes slaves, pp. 49-58.
- « Une source ottomane de l’histoire albanaise : le registre des kadis d’Avlonya (Vlora), 1567-1568 » dans Les Albanais au Moyen-Age, Athènes 1998, pp. 371-384.
- « Commercial relations between India and the late Ottoman Empire (late fifteenth to late eighteenth centuries) : a few notes and hypotheses », in Merchants, Companies and Trade. Europe and Asia in the Early Modern Era, S. Chaudhury and M. Morineau, eds., Maison des sciences de l’Homme , Cambridge University press, 1999, p. 95-115.
- « L’étude urbaine dans l’espace ottoman. Nouveaux apports et perspectives » dans Studies in Ottoman Social and Economic Life, R. Motika, C. Herzog & M. Ursinus, eds., Heidelberg Orient Verlag, Heidelberg, 1999, p. 81-98.

Direction d’ouvrages collectifs :

- En Asie centrale soviétique. Ethnies, Nations, États, numéro spécial des Cahiers du monde russe et soviétique, XXII, janvier-mars 1991, Éditions de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris, 1991 (avec R. Dor)
- Salonique, 1850-1918. La « ville des Juifs » et le réveil des Balkans, Éditions Autrement, Paris, 1992.
- Soliman le Magnifique et son temps. Actes des IXe rencontres de l’École du Louvre, Paris, 7-10 mars 1990, La Documentation française, Paris, 1992, p.127-244.
- Bektachiyya. Études sur l’ordre mystique des Bektachis et les groupes relevant de Hadji Bektach, Isis, Istanbul, 1995 (avec A. Popovic), 476 p
- Les voies de la sainteté dans l’islam et le christianisme, numéro thématique de la Revue de l’histoire des religions, 215, 1, janvier-mars 1998, 186 p. voies d’Allah. Les ordres mystiques dans le monde

Ouvrages :

- Mehmed efendi. Le Paradis des Infidèles. Un ambassageur ottoman en France sous la Régence, François Maspero, Collection « La découverte », Paris, 1981.
- L’Empire ottoman et les Pays roumains, 1544-1545, Éditions de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales et Harvard Ukrainian Research Institute, Paris-Cambridge, Mass., 1987 (avec M. Berindei).
- État et société dans l’Empire ottoman. La terre, la guerre, les communautés, Variorum, 1994, XII+299 p.eh

Gilles Veinstein


3 - Sa thèse sur le prétendu "génocide arménien"

TROIS QUESTIONS SUR UN MASSACRE

Revue L'Histoire, n°187, avril 1995 Les réflexions critiques d’un spécialiste de l’Empire ottoman sur la façon dont on a écrit l’histoire du massacre des Arméniens.

Rien de plus faux, pour commencer, que ce présupposé tenace selon lequel Turcs et Arméniens auraient été des ennemis héréditaires au cours des siècles. Le passage sous domination ottomane d’une partie d’un peuple qui avait connu bien d’autres dominations étrangères avait signifié l’insertion dans un empire pluriconfessionnel et pluriethnique. Certes cet empire était dominé par une classe dirigeante musulmane d’ailleurs très cosmopolite, mais les sujets chrétiens et juifs y bénéficiaient du statut de dhimmi ("infidèles protégés"). Les Arméniens ne firent aucunement exception à cette situation générale. Toute notion de racisme était absente dans les relations des gouvernants avec leurs dhimmi, tant il est vrai que si l’un d’eux se convertissait à I’islam, plus rien ne le distinguait des autres musulmans.

Des oppositions irréductibles n’en surgiront pas moins, mais elles seront d’ordre national, ce qui implique d’ailleurs que l’hostilité qui se développera alors, par nature, ne sera pas unilatérale mais réciproque. Au demeurant, cet antagonisme ne se manifestera que tardivement : alors que les autres peuples chrétiens de l’empire commencent à se révolter dès le XVIIème siècle, les Arméniens restent pendant ce temps pour les Ottomans la communauté "fidèle" par excellence : ils seront les derniers sujets chrétiens du sultan à se lancer dans la lutte nationale, mais ils le feront à un moment, la fin des années 1870, où Ia perte des possessions européennes, à la suite du traité de Berlin (1878) et de ses prolongements, est déjà largement avancée et où, par conséquent, les territoires asiatiques font de plus en plus figure de dernier refuge de la puissance ottomane. Or c’est sur une partie substantielle de ce "sanctuaire" que portent les revendications du jeune nationalisme arménien. Et si, au départ, la volonté d’indépendance n’est pas toujours expressément avouée (on parle de "réformes" et surtout d’autonomie), c’est évidemment de cela qu’il s’agit en fin de compte.

Cette revendication s’applique aux six vilayet du Nord-Est de l’Asie mineure correspondant à la "Grande Arménie" historique, ainsi qu’à la Cilicie ou "Petite Arménie". Sans doute ces régions conservent-elles de nombreux paysans Arméniens, présents de temps immémorial, mais nulle part dans l’Anatolie de cette époque, les Arméniens ne sont restés démographiquement majoritaires. IIs coexistent avec des musulmans en nombre supérieur : Turcs, Kurdes ou réfugiés, amenés par l’avance russe dans le Caucase ou le retrait ottoman dans les Balkans. Et lorsque cette revendication nationale s’exprima sous la forme du terrorisme, elle creusa le fossé entre les deux communautés [1].

LA PREUVE ET LE TEMOIGNAGE

Le 1er juin 1915, le gouvernement ottoman, qui relevait alors du Comité Union et Progrès (CUP), porté au pouvoir par la révolution "jeune-turque" de 1908, ordonna le transfert des Arméniens d’Anatolie centrale et orientale vers la Syrie, encore possession ottomane à cette époque. Tous les Arméniens ottomans n’étaient pas compris dans la mesure : ceux d’Istanbul et d’Izmir en étaient exclus, de même, bien entendu, que ceux de Syrie. Le gouvernement "jeune-turc" était alors plongé dans la Première Guerre mondiale ; et il se trouvait en très mauvaise posture. Les Arméniens avaient formé sept unités de volontaires Arméniens aux côtés de l’armée russe. En outre, des populations arméniennes s’étaient soulevées en Anatolie, notamment à Van, au Nord-Est, et à Zeïtoun en Cilicie [2].

C’est au cours de ces opérations de transfert que périrent un nombre immense d’Arméniens. Cette tragédie fut la résultante d’une multiplicité d’événements qui se déroulèrent dans différents lieux en 1915 et 1916, et dans lesquels l’horreur prit des formes très diverses. Les épreuves, la malnutrition, les conditions d’hygiène, les épidémies rendent compte d’une partie des décès [3], mais il faut faire également leur part aux massacres qui constituent des crimes contre l’humanité caractérisés. Ceux-ci étaient dus à des règlements de compte intercommunautaires dans lesquels il faut signaler une part active des Kurdes et pas seulement des Turcs ; à des opérations de pillage lancées contre les convois, mais aussi aux agissements des militaires chargés de l’encadrement ; en outre, il est incontestable, dans certains cas au moins, que les crimes étaient perpétrés avec la coopération ouverte ou tacite des autorités locales.

La réalité des massacres, et même leur ampleur ne sont mis en question par personne, y compris en Turquie. En fait, la controverse porte sur trois points principaux, de nature fort différente. En premier lieu, le chiffre d’un million et demi de victimes qui figure sur le monument commémoratif de Marseille, et qui est rituellement répété, est aujourd’hui rejeté par de nombreux historiens, proches ou non des thèses officielles turques. Loin d’être le plus minimaliste, le démographe américain Justin McCarthy, par exemple, estime que l’ensemble des Arméniens d’Anatolie ne dépassait pas un million et demi de personnes à la veille du conflit mondial, et que, compte tenu du chiffre des rescapés, environ 600 000 Arméniens auraient péri en Anatolie en 1915, soit près de la moitié de la communauté [4].

Deuxième point  : il y eut aussi de très nombreuses victimes parmi les musulmans tout au long de la guerre, du fait des combats mais aussi des actions menées contre eux par des Arméniens, dans un contexte de rivalité ethnique et nationale [5]. S’il y a des victimes oubliées, ce sont bien celles-là, et les Turcs d’aujourd’hui sont en droit de dénoncer la partialité de l’opinion occidentale à cet égard. Est-ce parce qu’il ne s’agissait que de musulmans qu’on les néglige, ou bien parce qu’on estimerait implicitement que le succès final de leurs congénères les prive du statut de martyrs ? Quel regard porterions-nous donc sur les mêmes faits, si les choses avaient tourné autrement, si les Arméniens avaient finalement fondé, sur les décombres ottomanes, un Etat durable en Anatolie ?

Mais le dernier point, crucial, du débat, par ses implications juridiques et politiques, est de savoir si les massacres perpétrés contre les Arméniens le furent sur ordre du gouvernement jeune-turc, si les transferts n’ont été qu’un leurre pour une entreprise systématique d’extermination, mise en oeuvre selon des modalités diverses, mais décidée, planifiée, téléguidée au niveau gouvernemental, ou si les Jeunes-Turcs furent seulement coupables d’avoir imprudemment déclenché des déplacements qui finirent en hécatombes. Le seul fait de poser la question peut sembler absurde et scandaleux. Il est vrai que l’implication étatique est un préalable à la pleine application à la tragédie arménienne du terme de génocide, tel qu’il a été forgé en 1944 et défini par le procès de Nuremberg et la convention des Nations Unies de 1948.

Il faut pourtant admettre qu’on ne dispose pas jusqu’à présent de preuve de cette implication gouvernementale. Les documents produits par les Arméniens, des ordres de Talaat Pacha, ministre de l’Intérieur, et d’autres hauts officiels ottomans ordonnant explicitement le massacre des hommes, des femmes, et des enfants arméniens, désignés comme "documents Andonian", du nom de leur éditeur, n’étaient que des faux, comme la critique historique l’a prouvé par la suite [6]. Sans doute trouve-t-on dans le réquisitoire de la cour martiale chargée de juger les gouvernants jeunes-turcs après leur chute, à Istanbul en 1919, des accusations accablantes contre leurs "formations spéciales" dont les Arméniens n’auraient d’ailleurs été que des victimes parmi d’autres, y compris chez les Turcs eux-mêmes. On ne peut ignorer ces dénonciations précises, ni les prendre non plus comme argent comptant, eu égard au caractère éminemment politique de ce procès : il était intenté contre un gouvernement révolutionnaire qui avait conduit le pays au désastre, par ses adversaires lui succédant au pouvoir et, qui plus est, sous la coupe des Alliés [7]. McCarthy parle de deux millions et demi de victimes musulmanes (principalement turques) pour l’ensemble de la guerre en Anatolie de 1914 à 1922, dont un million pour la seule zone des "vilayet arméniens".

Faute de preuve décisive, les historiens défenseurs des thèses arméniennes mettent en avant plusieurs témoignages contemporains, émanant de rescapés, de diplomates et de missionnaires étrangers de diverses origines. Ceux-ci sont loin d’être négligeables et sont même dans les meilleurs cas irremplaçables. Pour autant, tout historien rigoureux connaît les limites d’un témoignage - d’autant plus susceptible d’exprimer un point de vue ’’engagé" dans un contexte de conflit généralisé [8].

PLUS DE MILLE CONDAMNATIONS EN COUR MARTIALE

Au demeurant, quels que soient les indices qu’on estimera pouvoir en tirer en faveur d’une implication du gouvernement ottoman, il restera à expliquer comment dans le même temps les autorités d’Istanbul dénonçaient les exactions commises contre les Arméniens, en interdisaient le renouvellement, traînaient les coupables devant des cours martiales. On a ainsi connaissance de 1 397 cas de condamnations d’agents ottomans pour crimes contre les Arméniens, dont des condamnations à mort [9]. Dans la région de Harput en particulier, où de terribles violences contre les Arméniens étaient commises, selon le témoignage du consul américain Leslie A. Davis, avec l’accord du gouverneur qui affirmait agir sur ordre de la capitale [10], 233 procès en cour martiale furent intentés contre des officiels ottomans accusés de crimes contre les Arméniens, suivis de condamnations [11]. L’historien hollandais Erik Zürcher propose pour sa part une explication à ces apparentes contradictions : s’il est intimement convaincu de l’implication non du gouvernement mais d’un cercle interne au sein du CUP dans l’extermination, il constate néanmoins qu’il est difficile, sinon impossible de le prouver "au-delà de tout doute" [12].

Un historien ne peut que souligner la tendance constante des avocats de la cause arménienne à isoler le drame dont ils défendent la mémoire de l’ensemble de son contexte historique, à le désincarner, pour en faire, non ce qu’il fut - une catastrophe historique relevant de responsabilités multiples - , mais une scène mythologique, un assaut des forces du mal contre les forces du bien, hors de tout temps et de tout espace. Ce schéma est reçu tel quel, sans esprit critique, par la plupart de nos concitoyens, y compris dans les médias et la classe politique, souvent à mille lieues des réalités historiques et géographiques, assurément assez compliquées et lointaines, dont il a été coupé. Se greffant sur des ignorances et des préjugés séculaires, ce schéma est générateur d’un authentique racisme antiturc, aussi inadmissible (faut-il le préciser ?) que tout autre racisme.

Gilles VEINSTEIN

Directeur d’études à l’EHESS et historien, il a consacré de nombreux livres et articles à l’histoire ancienne de l’Empire ottoman (XVème-XVIIIème siècle). Notamment Etat et société dans l’Empire ottoman (Londres, Variorum, 1994).


4- Les agressions arméniennes

Dans un article publié par la revue Histoire (une référence dans le domaine de la recherche historique), dans son édition d’avril 1995 (n°187), Monsieur Gilles Veinstein, éminent turcologue français admis en 1999 au prestigieux Collège de France, a estimé que l’utilisation du terme "génocide" pour qualifier les massacres des Arméniens durant les années noires 1915-1916, n’était pas pertinente dans la mesure où la préméditation et la planification de ces massacres par les autorités ottomanes n’ont pas été établies par la recherche historique. Or, pour avoir donné son avis d’historien, Gilles Veinstein a fait l’objet des pires calomnies, subit des attaques ignobles, été victime de pressions, de menaces, et de violences physiques, de la part de fanatiques, notamment Arméniens, vivant en France ; d’aucuns ont été jusqu’à remettre en cause son élection au Collège de France. Le turcologue, qui est d’origine juive, a même été qualifié de "négationniste" (sic)  !

Il convient ici de rappeler que Gilles Veinstein est un historien de renom, spécialiste de l’Empire Ottoman, dont la qualité et le sérieux des travaux font l’unanimité parmi ses pairs. Son élection au Collège de France en est d’ailleurs une confirmation éclatante. Il faut préciser qu’à aucun moment Gilles Veinstein n’a nié les massacres des Arméniens commis en 1915-1916 (d’ailleurs, les historiens turcs ne les nient pas non plus, mais contestent l’estimation du nombre des victimes effectuée par la partie arménienne). Il récuse en revanche leur caractère génocidaire, qui implique qu’il y ait eu une préméditation de la part des autorités ottomanes.

Face à ces attaques, des voix se sont tout de même élevées pour prendre la défense de l’historien. Ainsi, dans un article de Nicolas Weill, paru dans Le Monde du 27 janvier 1999, nous apprenons que "(...) les chercheurs en Sciences humaines, à commencer par deux turcologues consultés, Louis Bazin et Robert Mantran, ainsi que l’orientaliste Maxime Rodinson, se sont en revanche rangés du côté de Gilles Veinstein". Or, Messieurs Bazin et Mantran ne sont rien de moins que les deux éminences grises de la Turcologie française, et Monsieur Rodinson, un grand orientaliste français.

De même, Pierre Chuvin, membre du Comité de rédaction de la revue Histoire et professeur à Paris X-Nanterre, a lui aussi apporté son soutien à Gilles Veinstein dans un article intitulé "Mauvais procès contre un historien", paru dans l’édition du 6 janvier 1999 du journal Libération. Le grand historien français Pierre Vidal-Naquet, qui est directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (Ehess), a également pris la plume dans Le Monde, dans un article intitulé "Sur le négationnisme imaginaire de Gilles Veinstein", pour défendre le célèbre professeur. Enfin, Alain-Gérard Slama défend le turcologue dans un article intitulé "L’histoire prise en otage", dans Le Figaro du 1er février 1999.


5- Article de presse

Source : journal Libération

***

"Négationnisme au Collège de France" par Catherine COQUIO (Lundi 28 décembre 1998)

Catherine Coquio est maître de conférences en littérature comparéeàParis-IVetsecrétairedel’Associationinternationalede recherche sur les crimes contre l’humanité et les génocides.

Gilles Veinstein a été élu de justesse le 29 novembre à la chaire d’histoire turque créée pour lui au Collège de France (supprimant ainsi une chaire d’égyptologie). Cette élection, obtenue par 18 voix contre 15 (et 2 blancs), a été précédée d’âpres disputes relatives à la teneur négationniste des propos de Veinstein sur le génocide arménien. Leur issue révèle un grave dysfonctionnement dans les conditions du vote, non encore entériné par le gouvernement. Tandis que les adversaires de Veinstein sont soutenuspar des historiens du génocide arménien et des comparatistes français et étrangers (Y. Ternon,R. Smith, R. Melson, I. Charny), en face, l’administrateur du Collège, G. Dagron, se réclame de turcologues proches collaborateurs de Veinstein (L.Bazin, R. Mantran). Or, ce milieu confiné de la turcologie française n’a jamais étudié le génocide arménien et a toujours nié son existence. L’arbitraire sélection de l’autorité invoquée, aberrante, impose de rouvrirle débat augrand jour.
Selon Israël Charny, directeur de l’Institut de recherche sur l’Holocauste et le génocide à Jérusalem, « les écrits de Veinstein sont un exemple clair d’une nouvelle forme extrêmement dangereuse de négationnisme sophistiqué ». La thèse de Veinstein est qu’il y a bien eu en 1915-1916 une « amputation massive » de la population arménienne - laquelle fut détruite à 60 % après que l’intelligentsia eut été en quelques jours décapitée - mais rien ne « prouve » une décisiond’exterminerpar le gouvernement turc. Or, les documents abondent et sont assez défrichés pour qu’on ne puisse plus douter de cette décision. Les télégrammesenvoyés d’en haut aux préfectures étant extrêmement clairs,les négationnistes les décrètent « faux », sans souci cette fois d’aucune preuve - leur donnant ainsi le même statut que les chambres à gaz chez les faurissoniens. Mais le faisceau de faits reconstitués à partir des témoignages accablants de survivants et de diplomates suffirait à « prouver » qu’il y eut ordre d’exterminer, donc qu’il s’agit bien d’un crime d’Etat contre une population civile, ce qui correspond à la définition du génocide de la Convention de 1948 - base des procès des crimes commis au Rwanda et en Bosnie. L’enjeu n’est donc pas historiographique - le conflit des interprétations y a lieu comme ailleurs - mais juridique, politique, éthique. Le débat sur la qualification de l’événement ne peut être évité, bien qu’il enferme le survivant dans une compulsion de la preuve. Mais celle-ci n’a pas à être sans fin réadministrée : on renverra aux travaux de Dadrian, Kévorkian, Ternon, et au colloque Actualité du génocide arménien d’avril dernier à la Sorbonne.

Qui s’est penché sur la question du déni génocidaire - ou qui a subi, rescapé, l’effet sidérant d’une telle négation - reconnaît dans cette docte exigence de preuve la perversité du positivisme négationniste. Les historiens de la Shoah ont éprouvé la difficulté de fournir la pièce prouvant l’intention d’exterminer, et ainsi la misérable puissance du discours négationniste. Le résultat de cette aporie fut la loi Gayssot, qui montre le survivant, pris dans le piège, appeler le droit à la rescousse. Il faudrait donc qu’à chaque génocide reconnu réponde une autre loi Gayssot, et que se démultiplie une loi discutable. Mais dans l’état actuel des choses, sauf à assumer l’iniquité, comment faire autrement ? La connaissance en matière de crimes contre l’humanité ne peut fermer les yeux sur sa teneur éthique, ni l’histoire ignorer son croisement avec le droit, à moins d’ignorer les acquis de Nuremberg. Peut-on alors laisser un spécialiste de l’Empire ottoman professer au Collège de France l’inexistence d’un crime d’Etat, alors que tous les spécialistes de l’événement y voient un génocide, donc un crime imprescriptible ?

M. Veinstein, directeur d’études à l’EHESS, spécialiste de l’Empire ottoman, est visiblement fasciné par son objet. En 1996, il a réalisé l’exploit de diriger un collectif sur les Ottomans et la mort, sans réserver une étude aux minorités massacrées de la « question d’Orient ». Il est certes difficile, dans un livre consacré aux rites funéraires, de traiter de massacres qui allaient devenir, aux bons soins des Jeunes Turcs, un crime de masse planifié jusqu’au stade ultime : la décomposition de centaines de milliers de corps dépouillés, affamés, suppliciés, sous le soleil du désert ; puis leur disparition symbolique par la négation du crime, qui oblige chaque survivant à enterrer en soi l’ancêtre nié, rendant le deuil impossible. Le déni explicite du génocide par Veinstein en marge de son champ d’étude ottoman ne fait que relayer les effrayants implicites de celui-ci. Plus il approche de la sinistre modernité naissante de l’Etat turc, plus l’ottomaniste baisse la tête pour ne plus rien voir. Lorsqu’il la relève, c’est pour crier, comme le bon public de Michaux, que « cet animal n’existe pas » : il parle alors de simples « massacres ».

Pour qui a confronté les thèses sur les événements de 1915, M. Veinstein fait preuve d’un évident confusionnisme. Ses arguments contournés (L’Histoire, avril 1995), à commencer par celui, vertigineux de fausse vérité, selon lequel « il y a eu aussi des morts chez les Turcs », sont ceux-là même de Bernard Lewis, condamné par le tribunal de grande instance le 21 juin 1995 ; mais ils sont surtout ceux de l’Etat turc (héritier en cela du kémalisme, animé d’une mythomanie raciste inouïe), dont on sait la tolérance pour ses opposants et étrangers. Or, ce gouvernement mène une politique d’infiltration des milieux universitaires - qui a rencontré des succès attestés aux Etats-Unis, où il arrose de subventions les chercheurs qui défendent sa cause - comme fait Milosevic en Europe pour la sienne. Si aucune pièce n’atteste que les turcologues français jouissent de ces faveurs, cette seule éventualité devrait éveiller la prudence.

Que le Collège de France accueille un chercheur aussi controversé n’est pas un fait anodin. Pour les survivants, et pour les historiens du génocide, le fait seul que son comité ait eu à débattre d’une telle candidature marque déjà une victoire du négationnisme. Mais c’est là un effet banal de la confusion épistémologique où s’empêtre chaque travail de reconnaissance d’un génocide dénié. En revanche, le récent vote équivaut à reconnaître un discours négationniste. L’entre-deux ici est intenable, il faut choisir. Quels que soient le manque d’information et de formation du Collège en matière d’histoire du génocide et d’analyse des structures du déni, cette institution, dépositaire d’un puissant patrimoine symbolique, ne devrait-elle pas éviter la moindre ambiguïté, qui risque de la discréditer gravement en France et à l’étranger ?

Il appartient à des instances tierces de dénouer ce conflit. Aux Etats-Unis, l’Association for Génocide Scholars ; en Israël, l’Institut de recherche sur l’Holocauste et le génocide ; en France, l’Association internationale de recherche sur les crimes contre l’humanité et les génocides et la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme, entre autres, ont manifesté leur protestation. Entériner ce vote, après que l’Assemblée eut reconnu le génocide le 29 mai dernier - ce qui valut une bastonnade à un groupe de Kurdes manifestant leur joie dans les rues parisiennes - et au mépris des chercheurs les plus compétents, serait une régression désastreuse. Peut-on laisser les Arméniens seuls face au négationnisme, dont la puissance déclinante se verrait ragaillardie, en France, par la faveur insigne du Collège ?

Le négationnisme fait partie intégrante du scénario génocidaire, dont la profondeur négatrice survit à l’extermination physique. Sa puissance ici s’explique, outre l’activisme de l’Etat turc, par une justice internationale avortée. A l’issue de la Première Guerre, les nations alliées, après avoir laissé se perpétrer ce génocide - jugé secondaire en pleine guerre, comme celui des juifs trente ans plus tard -, ont imposé un procès à la Turquie. Les planificateurs y furent condamnés pour « crime de lèse-humanité », mais la justice ne fut pas appliquée, car ces nations spectatrices abandonnèrent vite leurs exigences pour des raisons d’intérêt et d’inertie politiques. La légitime évolution contraire du droit international devrait être assumée sous toutes ses formes par l’Etat français. Puisse le gouvernement, après l’Assemblée, se départir nettement d’une tradition de déni implicite, qui, pour les descendants des victimes, est une blessure incessamment renouvelée. Une telle consécration au Collège de France ne peut que la réveiller, et désigner, par cette cruauté instituée, la complaisante incohérence du monde où nous vivons.


"Négationnisme : ne nous trompons pas" par Michel CAHEN (Jeudi 31 décembre 1998)

***

En confondant ceux qui nient l’ampleur et la réalité du génocide arménien et ceux qui refusent de l’imputer à l’Etat turc, Catherine Coquio brouille le débat.

Par Michel CAHEN, le jeudi 31 décembre 1998

Michel Cahen enseigne à l’Institut d’études politiques de Bordeaux.

L’opinion de Catherine Coquio publiée dans Libération du lundi 28 décembre, « Négationnisme au Collège de France », appelant à ce que l’élection de Gilles Veinstein soit cassée par l’autorité de tutelle, pose plus de problèmes qu’elle n’en résout. En effet, son radicalisme l’amène à confondre des concepts différents et, de ce fait même, à affaiblir la lutte contre le négationnisme. Même si les noms de G. Veinstein, L. Bazin et R. Mantran me sont extrêmement familiers puisqu’ils furent les collègues de mon père Claude Cahen, historien de la Turquie médiévale décédé en 1991, et qu’ils ne constituent en aucun cas un « milieu confiné de turcologie française » mais sont de très éminents spécialistes, que vient faire ce genre d’attaques personnelles dans l’argumentation de C. Coquio qui n’est, vu sa spécialité de littérature comparée, pas compétente pour juger sur ce plan ?

Pour que les choses soient claires, je tiens à affirmer mon désaccord tant avec Bernard Lewis qu’avec Gilles Veinstein quand ils considèrent que le massacre de 1915-1916 n’est pas un génocide : quand toute une catégorie de la population est victime d’un massacre de masse du seul fait de son identité, que la décision en revienne à un Etat ou soit le résultat de pogroms (pseudo) spontanés, la caractéristique génocidaire est avérée. Les Arméniens, les Tsiganes, les Tutsis et aussi les Hutus de l’ex-Zaïre ont été victimes de génocide, et la liste peut évidemment être allongée. Ainsi peut-on sans doute discuter la nature des bombardements de l’aviation israélienne contre des villages libanais ou palestiniens entiers, en « punition catégorielle » d’un attentat terroriste commis la veille, et je ne suis pas sûr que l’Institut de recherche sur l’Holocauste et le génocide de l’Etat d’Israël soit le mieux placé, comme le propose C. Coquio, pour discuter ce genre d’affaire. Mais tout crime de guerre n’est pas un crime contre l’humanité, tout crime contre l’humanité n’est pas un génocide et la notion d’holocauste doit certainement être encore plus restrictive : dans tous les cas, on a intérêt à la précision des concepts.

Ainsi, je souhaite ardemment que le tortionnaire Pinochet meure en prison, mais, jusqu’à plus ample informé, je ne comprends pas ce qui fonde son inculpation pour génocide. Une seule des autres inculpations devrait suffire à le faire disparaître de la société. Je sais bien que la notion de génocide a été, en France notamment, très étendue, à un crime contre toute catégorie en tant que telle. C’est dommage, car ainsi monsieur Vergès, témoin de la défense, put être fondé à dire, en conclusion du procès Papon, qu’il ne voyait pas de différence notable entre l’arrestation de communistes et l’arrestation de juifs (entrevue au journal Sud-Ouest).

Le véritable négationnisme ne nie pas seulement la « caractéristique » génocide, il nie l’ampleur, voire la « réalité » tout court, du massacre de masse et des faits concrets qui lui sont liés. Relativement à la question arménienne, est donc négationniste celui qui nie la réalité du massacre de masse. Or, citant les propos mêmes de C. Coquio, la thèse de Veinstein est qu’il y a bien eu en 1915-1916 une « amputation massive » de la population arménienne. La polémique porte donc sur un point complètement différent : un historien considère qu’il y a eu une « amputation massive » de la population arménienne mais se refuse à la qualifier de génocide puisque, selon lui, la décision de l’Etat concerné n’a pas l’aspect systématique, industriel et mûrement réfléchi qui fut celui du nazisme. Alors attaquons-le justement sur ce point, car, même si les Jeunes Turcs n’avaient pas la « compétence industrielle » du nazisme, ils agirent bien par décision étatique et « l’amputation massive » porta systématiquement sur une catégorie en tant que telle. Enfin, ce n’est pas parce que l’Assemblée nationale a qualifié de génocide la tragédie arménienne - ce dont je me réjouis - qu’il faut embastiller quiconque pense différemment. Il y a de véritables négationnistes dans la question arménienne, qui nient jusqu’à la réalité des massacres ou, à l’inverse, les légitiment. Est-ce le cas de B. Lewis ou G. Veinstein ? Leurs arguments sont à mon avis non recevables, mais est-il nécessaire pour les combattre d’insinuer qu’ils pourraient être payés par le régime turc ?

C. Coquio mélange tout - ceux qui nient la réalité même des massacres et ceux qui, avec des arguments certainement douteux, en discutent la nature. A poser partout des équations Faurisson=Veinstein, elle affaiblit la lutte contre le négationnisme, pathologie qui mène toujours et très vite à l’extrême droite.


"Mauvais procès contre un historien" par Pierre CHUVIN (Mercredi 6 janvier 1999)

***

Les attaques en « négationnisme » du génocide arménien dont vient de faire l’objet Gilles Veinstein, historien reconnu par ses pairs, sont aussi injustes qu’absurdes.

Par Pierre CHUVIN, le mercredi 6 janvier 1999

Pierre Chuvin est membre du Comité de rédaction de « l’Histoire » et professeur à l’université de Paris-X Nanterre.

Qu’a donc fait M. Veinstein ? Il est intervenu pour appeler à un examen dans son contexte historique de la tragédie qui a frappé les Arméniens de l’Empire ottoman au printemps 1915. Il est intervenu à ce sujet une seule fois, mais ce fut apparemment trop.

Monsieur Gilles Veinstein, historien de la période classique de l’Empire ottoman (XVIe-XVIIIe siècles), vient d’être élu au Collège de France. Selon le rituel de cette institution, l’élection s’est déroulée en deux étapes séparées par plusieurs mois : décision sur un programme d’études présenté par le candidat, élection nominative du candidat. Malheureusement pour lui, M. Veinstein ne s’est pas contenté de publier des archives de cadis ottomans ou des synthèses, d’ailleurs remarquables, sur la grande époque de Soliman. Aussi son élection, après avoir entraîné un tir de barrage intense dans les couloirs d’une institution qui, malgré plus de six mois de pressions, n’a pas cédé, est-elle maintenant soumise par Libération [13] au tribunal de l’opinion publique.

Qu’a donc fait M. Veinstein ? Il est intervenu pour appeler à un examen dans son contexte historique de la tragédie qui a frappé les Arméniens de l’Empire ottoman au printemps 1915. Il est intervenu à ce sujet une fois et une seule, mais ce fut apparemment beaucoup trop, et assez pour que ses détracteurs parlent au pluriel « des écrits » de M. Veinstein, comme s’il n’avait fait que cela. En avril 1995, sur deux pages de la revue l’Histoire, dans un dossier consacré tout entier aux événements de 1915, il a en effet accepté de présenter le point de vue d’un « ottomanisant », sachant que son article serait suivi d’une contribution d’Yves Ternon réaffirmant avec énergie qu’il y a bien eu, en 1915, crime de génocide sur le peuple arménien, commis sur ordre du Comité Union et Progrès alors au pouvoir à Istanbul.

Cela suffit-il à faire de M. Veinstein le négateur du génocide arménien ? La cause ne devrait pas avoir à être plaidée : il suffit de lire sa contribution pour voir qu’elle contient ni négation du drame ni remise en cause de son ampleur. Or, il est l’objet d’une violente campagne de dénigrement, fondée fort peu sur ce qu’il a dit et surtout sur les intentions qu’on lui prête : ne le voilà-t-il pas suspecté d’être « arrosé de subventions » par le gouvernement turc, par madame Coquio, qui a toutefois l’honnêteté d’avertir qu’« aucune pièce n’atteste que les turcologues français jouissent de ces faveurs » ? Accusé d’avoir dirigé un livre sur les Ottomans et la Mort où il n’est pas question du sort des Arméniens ? On me pardonnera de penser qu’il aurait été totalement déplacé de traiter d’événements dont le détail est insoutenable à côté des rituels funéraires des sultans et de la « mort »-extase des mystiques. Mais peu importe : voilà les propos de M. Veinstein assimilés à ceux de Bernard Lewis, beaucoup moins nuancés. Que Bernard Lewis ait été condamné n’implique pas que Gilles Veinstein soit condamnable, et du reste Madeleine Rebérioux, présidente d’honneur de la Ligue des droits de l’homme, s’était élevée contre cette condamnation d’un historien par un tribunal (l’Histoire, octobre 1995, p. 98).

Et puisque M. Veinstein n’a finalement pas nié la réalité de l’extermination des Arméniens dans l’est de la Turquie en avril 1915, voici deux outils pour l’incriminer, qui pourront resservir à plus d’une occasion : la « fausse vérité », « vertigineuse », et le « négationnisme sophistiqué », « extrêmement dangereux ».

Qu’est-ce que le négationnisme sophistiqué ? Celui qui consiste à ne pas nier les faits, à mentionner les « massacres qui constituent des crimes contre l’humanité caractérisés », à écrire que « dans certains cas au moins, les crimes étaient perpétrés avec la coopération ouverte ou tacite des autorités locales ». A être, en somme, un Faurisson qui ne contesterait pas l’existence des chambres à gaz.

Qu’est-ce que la « fausse vérité » ? Une vérité tronquée, bien évidemment. Mais ce sont les propos de madame Coquio qui la tronquent, car M. Veinstein n’a pas la stupidité de dire « il y a eu aussi des morts chez les Turcs ». Il demande que l’on rappelle « le contexte de rivalité ethnique et nationale » dans lequel a pu être perpétrée l’élimination des Arméniens hors d’une grande partie de leur foyer historique. Ce contexte paraît en effet oublié lorsque madame Coquio signale la joie des Kurdes devant la reconnaissance du génocide arménien par le gouvernement français, le 29 mai 1998. Car certains beys kurdes ont pris une part très active à la persécution des Arméniens en 1894-1895 (ils constituaient l’essentiel des corps de cavalerie dits hamidiye si redoutés des chrétiens), puis au supplice de déportés de 1915. Et d’autres, tout récemment, ont largement contribué à l’extirpation des Assyro-Chaldéens qui s’étaient maintenus en Turquie du sud-est - une tragédie oubliée.

Si, à juste titre, on s’abstient de juger le peuple kurde responsable de ce qu’ont fait certains de ses chefs et certains de ses membres, peut-on d’un autre côté condamner sans nuance les Turcs et vouloir péremptoirement interdire de parole (« le gouvernement doit refuser »...) un historien unanimement reconnu par ses pairs (ce que ne sont pas les négationnistes du crime nazi) ? A côté du travail de mémoire, bouleversant, qui nous est proposé par les très nombreux témoignages sur le sinistre printemps 1915, n’y a-t-il aucune place pour l’analyse d’« une catastrophe historique relevant de responsabilités multiples » ? Faut-il que la véhémence des avocats de la cause arménienne égale l’obstination des officiels turcs à ignorer ce pan effroyable de leur passé ?

Les turcologues français, si « confinés » soient-ils au jugement de madame Coquio, se sont pourtant exprimés là-dessus, avec mesure et dignité, dans l’Histoire de l’Empire ottoman dirigée par Robert Mantran (p. 623-624). Certes, ils n’emploient pas le terme de « génocide », mais à la date (1989) où ce livre a été publié, l’acceptation ou non n’entraînait pas encore transfert de compétences du bureau de l’historien à celui du juge d’instruction...

Et en effet, la controverse actuelle porte moins sur les faits que sur le qualificatif qu’on leur applique. L’article d’Yves Ternon qui fait suite à celui de Veinstein dans l’Histoire le dit bien : les Arméniens ont subi un génocide qui « est, dans ce siècle, le crime le plus proche du génocide juif ». Et Ternon, qui a l’honnêteté de rappeler ensuite les « différences essentielles » entre les deux génocides, en deux paragraphes forts proches des éléments avancés à la page précédente par Veinstein, d’introduire une donnée fondamentale : la non-reconnaissance par la Turquie du drame de 1915 (j’ajouterai : et les efforts simplistes et choquants, à l’intérieur du pays et surtout à l’extrême-est, pour voiler la présence historique arménienne).

Cette non-reconnaissance représente un autre débat, et dans sa dimension politique l’emploi ou le refus du terme génocide est de première importance. Veinstein est resté dans son domaine, celui de l’historien. Doit-il être puni, faut-il interdire en France les études ottomanes, qui avaient trouvé un représentant assez brillant pour être jugé digne du Collège de France ? (Où il ne s’apprêtait certainement pas à « professer l’inexistence d’un crime d’Etat » !) Dans ce cas, ce serait aussi au détriment de notre connaissance du passé arménien, si intimement associé à la grandeur de l’Empire ottoman, comme le symbolisent la contribution des maçons et architectes arméniens à l’édification de la mosquée Süleymaniye au XVIe siècle comme à celle du palais de Dolmabahçe au XIXe.

Ce serait aussi, en ce siècle sinistre qui s’achève pire encore qu’il n’a commencé - l’Europe repue regardant derrière d’épaisses lunettes noires les massacres qui continuent à ses portes -, en réintroduisant le délit d’opinion pour des textes aussi mesurés que celui de Veinstein, nous ramener aux temps de l’Inquisition, des dénonciations et des autodafés.


6- Attaques arméniennes contre Gilles Veinstein à Aix en Provence

Nous publions ci-dessous des informations tirées d’un site négationniste arménien qui révèlent les méthodes employées par les activistes arméniens pour museler les opposants à la thèse du "génocide" arménien. Ces fanatiques ne reculent devant rien, usant avec largesse de la violence, des menaces, de la calomnie, de la diffamation et des manipulations pour terroriser leurs détracteurs.

NOUS CONDAMNONS AVEC FORCE CES COMPORTEMENTS SCANDALEUX QUI MENACENT LES LIBERTES DE PENSEE ET D’EXPRESSION !


...de source arménienne
Gilles VEINSTEIN à Aix-en-Provence

"Gilles Veinstein, négationniste du Génocide des Arméniens a donné un cours à la Maison Méditerranéenne des Sciences et de l’Homme d’Aix vendredi 12 mai à 14h30. Le sujet était ’Sultanat et Califat sous l’Empire Ottoman’. Une soixantaine de personnes dont 30 arméniens se sont retrouvées dans la salle et ont perturbé le déroulement du cours. Le CDCA et le Nor Seround ont distribué des tracts et exprimé leur colère et leur mécontentement.

Le cours a été interrompu, puis annulé sous la pression. La presse écrite locale s’est déplacée pour l’occasion. Nous restons vigilant."


... de source arménienne
Réactions à la suite d’un article paru dans le journal "La Provence"

"La communauté arménienne de Marseille était en émoi suite à la parution (le 24 avril !) d’un article d’une demi page concernant une fête de la communauté turque et faisant l’apologie d’Atatürk, dans le journal régional La Provence.
Le lundi soir, plus de 100 personnes se sont retrouvées devant le siège du journal pour protester et montrer leur mécontentement.
Mercredi 26 avril 2000 à 18h30, une délégation du CDCA et du Comité du 24 avril a été reçu par la journaliste concernée (Delphine Tanguy) ainsi que par 3 responsables du journal dont le chef de service des informations locales Jean-Michel AMIEL.
La délégation a clairement fait part de son mécontentement et sa colère, Jean-Michel Amiel a exprimé ses regrets et présenté ses excuses en s’engageant que de tels erreurs ne se reproduisent pas.

Une première victoire des Arméniens contre le négationniste Gilles Veinstein


... de source arménienne
Menaces et pressions arméniennes sur une université française

"Après l’opération menée contre la présence de Gilles Veinstein à l’Université d’Aix-en-Provence le 12 mai dernier et les échanges de lettres qui ont suivi cet incident entre le Dr A. Agopian et les responsables de cette université, voir copies ci-jointes, une invitation a été lancée par le directeur de la MMSH (Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme) afin de discuter de l’avenir.

Pour ne pas agir seuls, nous avons contacté le Comité du 24 avril et le CDCA et le lundi 17 juillet à 15H00 une délégation composée de A. Agopian, président d’Azadakroutioun, de J. Donabédian, président du Comité du 24 avril de Marseille, de V. Arzoumanian, responsable de la communication du CDCA et de M. Aharonian, membre du CDCA Marseille-PACA a été reçue par la direction de l’Université, M. Robert Ilbert, Directeur de la MMSH, d’un collaborateur et d’un représentant du Président.

La position de départ de l’Université était celle-ci :

M. Veinstein, meilleur spécialiste français de l’Empire Ottoman des 16e-18e siècles, directeur de recherches chez nous est irremplaçable, contrairement à M. Lewis que nous ne recevrons pas, il n’a jamais été condamné par la Justice et notre établissement qui a été crée pour un dialogue des peuples de la Méditerranée et qui reconnaît le Génocide des Arméniens n’a rien à se reprocher.

A cela, nous avons répondu que :

1. L’Université reconnaissait le Génocide de 1915, mais pas tous ses enseignants, pour preuve, la lettre de M. Lautman, responsable du département de sociologie de la MMSH, ouvertement négationniste et pro-Veinstein. Il nous est apparu que ceci était ignoré des responsables universitaires qui ont pris note de notre information avec irritation.

2. Une autre enseignante, d’origine française, mais mariée à un turc, Mme Marie-Hélène Sauner-Nebioglu est à l’origine à partir de son bureau de l’UFR ERLAOS (Unité de Formation et de Recherche - D’Etudes Romanes Latino-Américaines Orientales et Slaves) d’un courrier électronique qui lui a permis de collecter plusieurs centaines de signatures en faveur de l’élection de Veinstein au Collège de France. Il nous est apparu que ceci était connu des responsables universitaires, mais que le fait que nous nous soyons au courant les gênaient beaucoup.

3. Puisque M. Veinstein, s’engageait en dehors de ses compétences, mais en se servant de celles-ci dans un combat anti-arménien dans le but avoué de soutenir son maître Lewis et ses amis turcs, responsables de notre Génocide, nous nous autorisions à ne pas accepter la position de l’Université énoncée plus haut. Il nous est apparu que notre position était comprise par les responsables universitaires.
Puis, une discussion d’une heure et demi a permis d’arriver à l’accord suivant :

- L’Université de Provence s’engage d’ici un an à organiser un colloque fermé (non-public, mais ouvert aux responsables communautaires arméniens), sur le thème " Génocides " entre des historiens spécialistes avec la présence de Gilles Veinstein qui sera amené à préciser sa position sur le Génocide dont le peuple arménien a été victime en 1915.

Un refus de M. Veinstein de participer à ce colloque lui interdira à jamais d’enseigner au sein de l’Université d’Aix en Provence.

S’il accepte d’y participer, sa position déterminera son avenir au sein celle-ci.

- D’ici là, l’Université s’engage à ne plus accueillir Gilles Veinstein pour des cours ou des conférences publiques, ceci revenant à annuler des cours qui étaient déjà prévus. Il ne pourra y venir uniquement dans le cadre de sa participation à un jury de soutenance de thèse et ceci dans le but de ne pas pénaliser les étudiants qui travaillent sur l’Empire Ottoman du 16e au 18e siècle.

- L’Université va rappeler à ses enseignants leur devoir de réserve, s’ils ne sont pas d’accord avec la position de l’Université de reconnaître le Génocide de 1915.

En attendant, pour la première fois, l’avenir universitaire de Gilles Veinstein est directement suspendu à sa position sur le Génocide des Arméniens de 1915, même si l’Université de Provence n’est pas son lieu d’enseignement principal et constitue un précédent qui démontre que le combat est permanent mais le succès est parfois au bout de la lutte...

Marseille, le 19 Juillet 2000"


7- Pierre Nora évoque un ’terrorisme intellectuel’ en France autour de la question arménienne
Lire l’article

[1La dénonciation des responsabilités des meneurs fut parfois le fait des Arméniens eux-mêmes, comme Arshag Tchobanian dans "Badaskhanaduoutiunnere" ("responsabilités"), dans Anahid, 1, n°3, janvier 1899.

[2Voici comment le chef de la délégation nationale arménienne, Boghos Nubar, présenta à la conférence de la paix à Versailles, en 1919, la participation arménienne à la guerre : "depuis le début de la guerre, disait-il, les Arméniens ont combattu aux côtés des alliés sur tous les fronts. (...) Les Arméniens ont été des belligérants de facto, puisqu’ils ont refusé avec indignation de se mettre du côté de la Turquie..." (The Times of London, 30 janvier 1919, p.10).

[3Tous les déplacements de population accomplis dans les conditions de l’Anatolie en guerre se soldèrent par un très lourd bilan, même en l’absence de toute intention hostile : dans le cas par exemple de la retraite de Maras de l’hiver 1920, où les troupes françaises étaient accompagnées de 5 000 Arméniens, 2 à 3 000 de ces derniers périrent en route ; cf Georges Boudière, "Notes sur la campagne de Syrie-Cilicie. L’affaire de Maras (janvier-février 1920)", Turcica IX/2-X, 1978, p.160.

[4Justin McCarthy, Muslim and Minorities : the Population of Ottoman Anatolia and the End of the Empire, NYU Press, 1983. Le même a écrit un article important : "The Anatolian Armenians, 1912-1922" dans Armenians in the Ottoman Empire and Modern Turkey (1912-1926), Université du Bosphore, Istanbul, 1984.

[5Kara Schemsi, Turcs et Arméniens devant l’histoire, Genève, 1919 ; documents relatifs aux atrocités commises par les Arméniens sur les populations musulmanes, Constantinople, 1919 ; Général Mayéwski, Les Massacres d’Arménie, Saint-Pétersbourg, 1916 ; Christopher Walker, Armenia, the survival of a nation, Londres, 1981, tout en étant résolument proarménien, cet ouvrage est très révélateur sur l’importance des victimes musulmanes.

[6Sinasi Orel et Sureyya Yüca, The Talât Pasha Telegrams : Historical Facts or Armenian Fiction ?, Londres, 1986 ; Türkkaya Ataöv, The Andonian "Documents" atrributed to Talat Pasha are Forgeries, Ankara, 1984.

[7Au surplus, la traduction arménienne (publiée par Haigazn K. Kazarian) du texte ottoman de ce réquisitoire est hautement tendancieuse, en plusieurs endroits. Un autre procès fut organisé deux ans plus tard à Malte par les Anglais contre quelque 150 prisonniers politiques et militaires ottomans, mais il se termina par un non-lieu.

[8On a montré ainsi combien un témoignage, très souvent invoqué et présenté comme "neutre", était susceptible d’une "critique de source" passablement instructive : Heath W. Lowry, Les Dessous des Mémoires de l’ambasseur Morgenthau, Isis, Istanbul, 1990.

[9Kamuran Gürün, Le Dossier arménien, Triangle, 1984 ; cet aspect de l’attitude officielle ottomane, étayée sur de nombreux documents ottomans inédits des plus explicites, est une contribution majeure de ce livre qu’on ne peut éluder pour l’unique raison qu’il s’agirait d’une publication "officieuse" turque.

[10La Province de la mort, Paris, 1994.

[11Les éditeurs des mémoires de ce consul récemment traduits en français, se gardent bien de signaler cet aspect que révèlent les archives ottomanes. Il est vrai que, d’une manière générale, la partialité systématique dans le choix des sources souffre malheureusement peu d’exceptions chez les historiens arméniens, encore bien moins que les historiens turcs, comme en témoigne, par exemple, le recueil d’études cité plus haut publié par l’université du Bosphore à Istanbul.

[12Erik J. Zürcher, Turkey. A modern history, New York, 1993.

[13Sur le même sujet, Libération a publié les contributions de Catherine Coquio (Négationnisme au Collège de France, 18/12/98) et de Michel Cahen (Négationnisme : ne nous trompons pas, 31/12/98).

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