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UN DERBY QUI A FAIT UN CARTON. MAIS LES TURCS DANS TOUT ÇA ?


Ecrit par Engin, 2020-02-25 23:54:42


UN DERBY QUI A FAIT UN CARTON. MAIS LES TURCS DANS TOUT ÇA ?

Un carton. Des cartons. La morale de l’histoire du plus chaud derby turc. Néanmoins endeuillé par le massacre survenu à Hanau en Allemagne, souligné par une minute de silence contrastant vivement avec le reste de l’ambiance.
Fenerbahçe-Galatasaray 1-3.Verdict d’un derby stambouliote qui aura duré 100 minutes au lieu des 90 réglementaires. Derby qui a perdu la raison. Les choses allant en s’accentuant tout au long d’un match extrêmement disputé où la sportivité n’a pas toujours fait acte de présence.

Ülker contre Terra Pizza. Le chocolat contre la pizza. Le sucré contre le salé. Une appartenance citadine commune pour deux forces antagonistes à l’ancrage beaucoup plus complexe que le Paris Rive Droite/Rive Gauche. Les bleus et jaunes du Fenerbahçe recevaient les jaunes et rouges qui avaient décidé de ne pas se laisser intimider. Pour une pluie de buts, de coups et de cartons.
Les deux forces historiques principales du championnat turc bien mal en point l’automne dernier ( un piètre 0-0 au match aller) ont trouvé l’occasion de faire parler d’elles. En bien comme en mal.

UN HISTORIQUE COMME UN ÉLECTROCARDIOGRAMME AFFOLÉ.

Si l’on devait décrire la physionomie de cette rencontre, on pourrait parler de rythme fou, à l’image de la courbe sinusoïdale d’un électrocardiogramme sondant les émotions des supporters. Un rythme fou et irrégulier.
Cette alternance de phases de jeu décousues a amené des conséquences tant sur l’arrivée des buts que sur le spectacle offert aux très nombreux spectateurs présents à Istanbul. Pour preuve ces occasions subites mais paniquées lors des dix premières minutes.En commençant très tôt à la deuxième minute de jeu une action offensive déterminée de Tolga Arslan pour le " Fener " captée magistralement par Muslera ,suivie quelques minutes plus tard par une réplique des visiteurs sous l’impulsion de Seri à la baguette.L’ex-pensionnaire de l’OGC Nice a su distiller ,entre autres choses, un excellent ballon à mi-chemin entre la transversale et le changement d’aile à la sixième minute du temps de jeu.Ce sont pourtant les résidents attitrés du Stade Sukru Saracoglu qui ,bénéficiant d’un penalty consécutif à une faute sur l’avant-centre Muriqi ,ont débloqué le compteur par Kruse transformant ce coup de pied de réparation d’un joli contre-pied du gauche.Clôturant momentanément le champ d’insistantes tergiversations.
c’est à partir de ce moment que s’est initiée une série d’épisodes ayant pour matrice le duel à distance entre Omer Bayram (obligeant Altay Bayindir à se déployer horizontalement et verticalement) et Ozan Tufan (auteur d’un spectaculaire coup du sombrero ; dangereux également sur les coups de pied arrêtés ) .Bayram nous l’avons retrouvé un peu avant la pause, conduisant depuis la gauche une offensive notable destinée à déposer le ballon vers Donk qui a égalisé d’une tête dévissée.1-1 à la mi-temps.Le spectacle n’était pas terminé pour autant.Très loin de là.
L’animation s’est poursuivie sans temps mort avec des séquences de jeu de plus en plus hachées. Les fautes se sont succédées et au milieu de ce qui était en train de devenir un capharnaüm ,Falcao ,Belhanda ,Kruse tentaient de compléter l’œuvre de Bayram,Seri et Tufan. Et c’est à la soixante-seizième minute que Falcao a permis aux "Cim-bom-bom" de prendre l’avantage ,sur penalty suite à une faute aussi litigieuse que pour le penalty précédent.Fenerbahçe a alors semblé perdu, multipliant les chandelles et les dégagements en catastrophe.Un raid solitaire de Henry Onyekunu, nigérian transféré de l’AS Monaco, a parachevé le succès du Galatasaray.Score final 1-3 ,au terme d’arrêts de jeu interminables.

DES STYLES DE JEU OPPOSES .

Le Fenerbahçe aligné en 4-2-3-1 a présenté un visage tactique assez rigide que le Galatasaray disposé selon un schéma en 4-1-4-1 a su malmener sans toutefois le contourner.Le Fenerbahçe, lui, s’est nettement plus appliqué à développer un jeu le long de la ligne de touche tandis que le Galatasaray s’est montré plus axial, se montrant plus convaincant sur le plan de la rapidité que sur sur le plan tactique.Certes la stratégie imaginée au départ était inventive.Cependant le onze jaune et rouge a obtenu son salut grâce à des contres et dans la confusion qu’il a su ou tout du moins pu exploiter.Préméditation de Fatih Terim ? Lui seul le sait. Cette opposition a eu pour effet déconcertant de déséquilibrer toute harmonie générale du jeu. Bien dommage pour l’image du championnat turc. Autre point salutaire pour les membres de la maison rouge et jaune : le coaching de son entraineur, même si son argumentaire était apparu un peu flou la veille quant à la composition du onze de départ. Pour les deux équipes il faudra néanmoins veiller à se corriger tactiquement, les automatismes étant vitaux lors des déplacements à l’extérieur ou’ il faudra chercher rapidement ses marques, là ou’ la folie d’un derby très précisément géolocalisé n’aura plus cours.

INSTABILITE ET PLUIE DE CARTONS.

L’indiscipline caractérisée a marqué de sa très forte empreinte cette rencontre placée sous le signe d’une tension très élevée.La fébrilité s’est également manifestée à plusieurs reprises au cours de l’événement.Les cartons ont varié du jaune et rouge.Plusieurs joueurs en ont hérité : Serdar Aziz (faute sur une balle aérienne ,15 ’ ) , Younes Belhanda ( contestations vives dans le cadre du premier penalty accordé par l’arbitre ) , Ozan Tufan(36’),Dirar (38’),et bien d’autres encore... y compris au niveau des entraineurs ( expulsion de Ersun Yanal ;avertissement pour Fetih Terim et pour un personnel du staff de l’encadrement technique).
Tout ceci a eu des répercussions sur la qualité du jeu en lui-même : Marcao inconstant,Feghouli anormalement lent,S.Aziz recherchant constamment à provoquer la faute de l’adversaire direct, les imprécisions des joueurs se retrouvant en position de finisseurs, mésententes variées sur le terrain , maladresses, fautes à retardement( Isla, Seri, Dirar...),jeu violent(Deniz Turuç)... sans compter les émeutes s’étant manifester sous forme de jets de projectiles(81’).Dans l’ensemble les dégâts se retrouvent partagés équitablement.

LES GARDIENS DE BUT .

Heureusement que les goals étaient là. Altay, n’a pas tremblé sur le but qu’il a concédé suite au tir de Falcao sur penalty. le portier du Fenerbahçe a très bien suivi. Tout comme il a cherché à colmater les brèches afin d’éviter le troisième but(particulièrement à la 95’ minute). Muslera a lui aussi multiplié les interventions de classe(on peut penser aux trésors de force et de concentration pour surpasser la fatigue en fin de match afin de mettre en difficulté deux fois de suite Erici qui a tenté sa chance d’abord sur coup-franc et ensuite sur corner). Les deux gardiens représentent donc l’unique image de crédibilité totale de la soirée.Les deux formations possèdent deux très bons spécialistes à ce poste, qui devraient continuer à s’illustrer de fort belle manière tout au long de la saison.Pouvant compenser les errements de leurs coéquipiers joueurs de champ.Jusqu’à un certain point toutefois.

ET LES TURCS ALORS ?

Nous nous attaquons là à un problème des plus épineux.On décrit le footballeur turc comme très sensible concernant les enjeux rapprochés et les derbys. Admettons. Il est toutefois important de remarquer que les joueurs étrangers peuvent éprouver des difficultés eux aussi à s’y adapter. Les phases de jeu proposées par Bayram ou Tufan ont prouvé que certains joueurs turc habitués au contexte étaient en mesure de donner quais pleinement satisfaction. De plus lorsque Akbaba et Calik sont entrés en jeu, et à un degré moindre Buyuk, on a senti une volonté de bien faire, un peu comme un apaisement. Manquait seulement Gumus à l’appel.Il est temps de refaire vibrer à nouveau la fibre patriotique dans le sens footballistique du terme.Pas seulement chercher à faire plaisir aux médias internationaux et aux sponsors.Pour les têtes d’affiche, les joueurs non turc ne donnent pas systématiquement plus satisfaction suivant le type de difficultés rencontrées.L’Euro 2020 approche et il faudra capitaliser sur le talent des joueurs turcs, jeunes ou confirmés.

MOMENT HISTORIQUE.

Derby joué. Derby remporté par le Galatasaray chez son adversaire. Au niveau purement comptable constatons que l’équipe victorieuse du jour pointe à la troisième place, à un point du leader Basaksehir. Et à trois points devant le Fenerbahçe, qui n’avait plus concéder de défaite en championnat devant son adversaire de dimanche à domicile depuis très longtemps. Ce match pas comme les autres détient tous les pouvoirs. Celui de propulser l’ensemble de l’effectif vers l’avant. Celui en même temps de faire tomber le groupe dans l’autosatisfaction prolongée . Akbaba revenant de blessure petit à petit, il pourra se révéler comme une pièce maitresse d’une reconstruction positive. Un remaniement de la défense centrale serait ensuite à souhaiter. Ainsi qu’un repositionnement de Feghouli dont le potentiel n’est pas à négliger. Galatasaray se trouve en face d’une chance à saisir. On verra bien.

Ce derby a tenu toute ses promesses relativement à l’animation attendue. Néanmoins la qualité a été pour le moins inégale. Oui, il y a eu de l’intensité. Oui, il y a eu des buts. Toutefois deux penaltys ont été sifflés. Discipline et auto-displine sont à travailler. Il faudra rester vigilant pour le mental chez les deux équipes.En effet, Trabzonspor, Istanbul BB , Sivasspor et Besiktas ou encore Göztepe offrent un spectacle un peu plus convaincant en ce moment.
Galatasaray a réussi une opération d’envergure en remportant ce derby sur les terres de son éternel rival. Chose qui ne s’était plus produite depuis vingt et un ans. La route reste encore longue mais ce match pourrait servir d’enclencheur et de révélateur de conscience. Thérapie de groupe positive ? Fatih Terim est là pour veiller et il en a le talent nécessaire à ce niveau de la compétition

Gianguglielmo /Jean-Guillaume LOZATO, professeur d’italien à L’ENSG et à International Paris School of Business,chargé de cours à l’Université Paris-Est. Auteur de recherches universitaires sur le football italien en tant que phénomène de société

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