facebook
twitter
rss
EURTRY:
logo

TALIP ATAJAN : LA FORCE TRANQUILLE EN EXIL.

Ecrit par Engin, 2019-12-06 08:30:33


TALIP ATAJAN : LA FORCE TRANQUILLE EN EXIL.

Les détentions arbitraires s’accroissent de jour en jour vis-à-vis de la
communauté turco-musulmane de Chine. Les ouighours font l’objet d’un
véritable programme d’épuration ethnique. En parallèle à cette situation
insoutenable, l’opinion internationale s’est longtemps montrée peu réactive.
Jusqu’à ces derniers mois où quelques sursauts de compassion _ épisodiques
ont vu le jour par rapport aux horreurs des camps de rééducation à la
chinoise. Talip Atajan nous a accordé une interview à ce sujet, plus
précisément dans le cadre du Congrès Ouighour réuni à Washington et
Arlington.

"Zen". C’est le mot qui arrive immédiatement à l’esprit lorsque l’on se
trouve en présence de Talip Atajan. Une zenitude dans le ton de la voix.
Dans l’économie du geste de ce chinois l’ethnie ouighour. Un équilibre
pragmatique digne d’un dirigeant recherchant la sagesse pour le bien de son
peuple martyrisé. Ça tombe très bien. Notre hôte a été nommé vice-premier
ministre du Gouvernement du Turkestan Oriental en Exil, suite à l’élection
du président Erkin Ablimit lors du Congrès des dissidents ouighours aux
États-Unis d’Amérique.

C’est dans la continuité de cet esprit, en toute transparence, que le
protagoniste d’aujourd’hui a choisi de de réceptionner la tenue de
l’interview à son propre domicile. Devant une montagne de spécialités
culinaires ouighoures préparées par la maîtresse de maison. Le tout à
l’image de la sobriété du chef de famille devenu membre de son
gouvernement.

GGL : Monsieur Atajan bonjour. Félicitations pour votre nomination. Quel
effet cela vous fait exactement ?

AT : Il faut prendre les choses comme elles viennent. Avec sérieux,
ponctualité. Je pense que je ne réaliserai que progressivement, de semaine
en semaine. Proportionnellement à l’évolution de la situation des ouighours
sur le sol administratif chinois. Proportionnellement aux tâches qui nous
incomberont et qui m’attendront.

GGL : S’il-vous-plait dîtes-nous en plus sur ces tâches ?

TA : Cela relève de l’exécutif. J’ai été nommé vice-premier ministre. J’en
suis fier. Et je suis fier de mes partenaires. Fier de cette
représentativité en exil, visibilité tolérée d’une minorité musulmane opprimée par le gouvernement de Xi Jinping.

JGL : Pourquoi cette base logistique aux États-Unis ?

TA : Parce qu’il s’agit d’une grande nation Indéniablement ; et la Chine en semble comprendre que la force, elle qui pratique l’intimidation constante envers nous. Les États-Unis c’est aussi un formidable carrefour. Entre Atlantique et Pacifique et à coté du Canada. Or le Canada et les USA abritent un certain nombre de membres de la communauté ouighoure. En plus, c’est pratique pour moi puisque je réside sur le sol américain (il baisse les yeux avec modestie , comme pour s’excuser, puis se reprend avec un soupçon d’autorité dans le regard ) . Les États-Unis c’est l’opposé de la Chine alors tant mieux si c’est comme ça. La statue de la Liberté se trouve à New-York, pas à Pékin. Nous pensons que les États-Unis constituent un épicentre politique dans le monde. Malgré quelques récentes critiques de détracteurs européens ou orientaux, c’est le pays des Droits de l’Homme. Cette nation, elle tolère et encourage les critiques contre les camps de concentration chinois ou sont entassés des millions de ouighours. Les États-Unis ont pris conscience de l’occupation du Turkestan Oriental que les chinois s’obstinent à appeler et à faire appeler Xinjiang.

JGL : On sent un sentiment spécial. Une reconnaissance.Vous vous y sentez bien aux États-Unis d’Amérique ?

TA : (sans hésiter) Évidemment. Je peux comparer. Croyez-moi.J’ai travaillé en Chine, au Japon et enfin aux États-Unis. Ma famille et moi avons une super qualité de vie.

JGL : Quelle activité exercez-vous à l’origine, en dehors de toute activité politique ?

TA : J’enseigne les mathématiques dans le supérieur. J’avais commencé à la Tokyo Denki University. Cela fait maintenant dix ans que je suis installé aux États-Unis. Je donne aussi des cours privés à mon compte et là mon pays d’accueil encouragent vraiment l’initiative individuelle. Pas comme en Chine.

JGL : Plus d’opportunités qu’en Chine ?

TA : Oui. En Chine il y a très nettement moins de possibilités. Chercher à s’enrichir est mal vu sauf sous certaines conditions. Ensuite les gens comme moi y sont fortement discriminés. Cela a des répercussions sur le plan du recrutement. De plus, ils peuvent se retrouver sanctionner professionnellement ou emprisonnés simplement s’ils accomplissent le Ramadan.

JGL : en tant que musulman aux États-Unis, quel est votre ressenti ?

TA : Bien dans l’ensemble. Même très bien. L’américain de base tout comme les grands intellectuels de ce pays ont une ouverture d’esprit. Plus dans certains états que d’autres, d’accord, mais dans l’ensemble ça se passe très bien. Et puis à la mosquée ici j’ai pu rencontrer des musulmans autres que ceux de l’Extrême Orient. Par exemple des pakistanais, des marocains...ou des américains parfois.Il m’est arrivé de sympathiser avec des croyants nord-africains et c’est grâce à l’ouverture des États-Unis, qui gère mieux l’après 11 septembre 2001.Tous les pays occidentaux devraient y réfléchir.Je suis tout à fait intégré, rassurez-vous.

JGL : Donc d’un point de vue religieux, vous côtoyez les membres de " l’oumma " sans difficulté.Mais alors d’un point de vue ethnique, existe-t-il un relationnel ouighour ici sur le sol américain ?

TA : Oui.Heureusement qu’il existe. Notamment sur le flanc Est du territoire. Ce tissu relationnel est familial, festif, religieux à certaines occasions, chaleureux, fraternel, bienveillant. Mais profondément marqué par tout ce qui se passe là-bas chez nous. J’insiste sur l’expression "chez nous " car la Chine y est entrée quasiment par effraction. C’est pourquoi nous nous rencontrons régulièrement. Nous nous réunissons pour renforcer les liens, chez tel ou tel ou bien dans des restaurants ou des salles. Il existe des restaurants que je vous conseille vraiment (avec un ton professoral ) Vous les adorerez et vous comprendrez bien des choses à propos de nous. La camaraderie ce n’est pas que l’apanage du seul communisme dans la vie. Il faudra l’expliquer aux chinois.

JGL : D’où êtes-vous exactement au Turkestan ?

TA : De la ville de Dorbujin.

JGL : Cela vous manque, on peut l’imaginer ?

TA : Énormément. Cela fait trois ans que les contacts avec ma famille ont été rendus impossibles. Cela me perturbe tellement qu’une fois ,perdu dans mes pensées , j’ai provoqué un accident de la route !!

JGL : Si vous deviez présenter votre peuple aux gens extérieurs, notamment à l’Occident à majorité chrétienne, que diriez-vous ?

TA  : Tellement de choses.
d’abord commençons par le plus simple : avec nos coreligionnaires. nous sommes musulmans sunnites, nous respectons aussi bien les sunnites que les chiites. Il faut cependant agir pendant qu’il est encore temps car des mosquées sont détruites en terre ouighoure. Au secours mes frères ! Au secours mes frères arabes, berbères, ou turcophones ou subsahariens ! d’autres musulmans sont inquiétés en Asie du Sud-Est, il s’agit des rohingas en Birmanie. Les huis ,eux, basés en Chine, ne sont pas apparentés aux ouighours mais sont plus proches des Han. Ils commencent à être regardés différemment. Mais comme beaucoup peuvent s’apparenter aux autres chinois, ils ne sont pas de victimes de racisme comme nous les ouighours.
Pour ce qui est de se présenter à l’Occident : aidez-nous et en nous aidant vous vous aidez vous-mêmes à mieux comprendre l’Islam. C’est l’occasion de faire une bonne action, une " hassanat " tout en pouvant parfaire sa connaissance de la religion musulmane et de ses représentants dans le monde. Vous nous découvrirez mieux. ce sera l’occasion d’un formidable échange entre religions. Les musulmans ne sont pas tous des terroristes et les occidentaux catholiques ou protestants ou athées ou juifs ne sont pas tous des ivrognes. C’est l’occasion de remettre les pendules à l’heure pour le bien de l’humanité.
Tout ça pour dire qu’il peut y avoir une fraternité religieuse comme une fraternité inter-confessionnelle.

JGL : Pour conclure cette interview, quels sont vos projets ? Quel est votre message ?

TA  : Nous essayons avec notre gouvernement de restaurer notre indépendance. Je dis bien restaurer. Non pas obtenir, puisque la Chine nous a annexés alors que nous avions notre propre république. Nous voulons aussi restaurer la paix. Nous n’avons pas que nos visées territoriales légitimes. Nous œuvrons pour la paix, donc, la justice, une existence normale et honnête ou` notre culture et notre liberté religieuse seraient respectées. La paix c’est important que ce soit pour les croyants ou les non-croyants. Mais c’est encore plus important de la respecter pour les croyants, observants ou laïcs, car c’est la volonté de Dieu. Nous voulons rassembler tous les pays démocratiques, en ajouter aux trente-trois déjà signataires.Nous voulons officialiser le terme de génocide pour ce qui est en train de nous arriver. Avec notre gouvernement nous avons une mission de représentativité et d’information. C’est pourquoi nous projetons de nous réunir à Paris au tout début du mois de juillet. Donc en France autre nation liée aux Droits de l’Homme. De plus pas mal de turcs résident en Allemagne, France et Belgique et ça peut jouer pour la progression de la sensibilisation.

Enfin ,mon message : FREE UYGHUR !!!

Gianguglielmo /Jean-Guillaume LOZATO, professeur d’italien à L’ENSG et à International Paris School of Business,chargé de cours à l’Université Paris-Est. Auteur de recherches universitaires sur le football italien en tant que phénomène de société

#Ouïghours Chine TALIP ATAJAN
Plan du site | RSS 2.0 | Copyright Turquie News 2006-2019 | Mentions légales PageRank