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NAIM SÜLEYMANOĞLU


Ecrit par Özcan Türk (Facebook), 2019-11-18 11:27:50


NAIM SÜLEYMANOĞLU

Un géant de l’haltérophilie, triple champion olympique, s’est éteint samedi 18 novembre 2017.
Véritable héros en Turquie, Naim Süleymanoğlu était ce petit bonhomme jovial de 147 centimètres dont le sourire naturel suffisait à combler les cœurs. Mais, si la Turquie l’adule autant, c’est qu’il a été un véritable modèle suite à sa venue en Turquie. Inhumé dimanche, Naim Süleymanoğlu a reçu un hommage colossal du peuple turc, qui l’avait adopté, tant aimé, et tant admiré.
Naim a fui le régime broyeur d’identité turque du dictateur bulgare Todor Jivkov en 1986 et s’est réfugié en Turquie, puisque né en Bulgarie de parents turcs. Dans les années qui suivent, plusieurs centaines de milliers de Turcs de Bulgarie fuiront ce pays communiste en créant la plus grande vague d’immigration en Europe de l’après Seconde Guerre mondiale. Cette population, immigrée en Turquie, est aujourd’hui un modèle d’intégration et de patriotisme par son travail et son civisme. Elle constitue une véritable richesse pour le pays.
Yılmaz Özdil, chroniqueur au quotidien turc Sözcü, a vu, dans ce mouvement de population massif, un écho avec l’actualité contemporaine de la Turquie.
Je vous propose une traduction de son article de ce jour.


TRADUCTION

« Vous n’êtes pas des Turcs ! » décrétaient-ils.

« Vous êtes des Bulgares de confession musulmane » ordonnaient-ils.

Ils avaient fermé toutes les écoles turques. Les portes des journaux turcs avaient été cadenassées. Même se vêtir avec des motifs turcs était devenu un délit. La circoncision était interdite. Les mères qui osaient circoncire leurs garçons se faisaient alpaguer suivie d’une peine d’emprisonnement de 5 ans. Les mosquées étaient fermées. On ne pouvait même pas pratiquer la toilette funéraire de ses morts ! Aucune pratique conforme au rite musulman n’était autorisée. Les pierres tombales en langue turque étaient vandalisées. Parler en turc leur valait une contravention. Les noms turcs étaient bulgarisés. Cette transformation forcée était nommée : « le retour à la race ».
Des militaires en Kalachnikov emmenaient les Turcs à la mairie et exigeaient qu’ils choisissent pour devenir Ivan, Mihayl, Pavel, Dragomir ou Nikolaï, toute une liste de prénoms bulgares au choix. Les registres d’Etat civil turcs étaient annulés et de nouvelles identités bulgarisées leur étaient créées. Il était d’ailleurs impossible, avec son identité turque, de retirer de l’argent à la banque, d’inscrire son enfant à l’école ou d’accomplir une formalité administrative. L’usage d’un nom bulgare ou bulgarisé était devenu obligatoire. Naim Süleymanoğlu était devenu Naum Shalamanov ! Les enseignants lisaient les prénoms des enfants turcs en bulgare.
On ne pouvait même pas demander un « café turc », il fallait dire « café oriental ».
Cette politique d’assimilation forcée tournait au génocide. Entre 1980 et 85, plus de 1000 Turcs ont été torturés et assassinés dans les camps bulgares et notamment dans le camp de concentration de Béléné.

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Le camp de concentration de Béléné se situe sur l’île de Béléné au milieu du fleuve Danube, entre la Roumanie et la Bulgarie, à un endroit où les courants sont particulièrement forts. Les dirigeants, militants et résistants turcs étaient enfermés dans ce goulag bulgare. Il n’y avait aucun système de chauffage, certains mourraient de froid, il était interdit de se rendre aux toilettes la nuit tombée, les détenus devaient utiliser des seaux. Même celui dont l’appendice a éclaté avait droit à la question fatale : « Acceptes-tu de devenir bulgare ? ». Le « non » entrainait le décès par non-assistance. Au repas, était servie, très régulièrement, de la soupe au cochon, bien-sûr sans aucune tranche de pain. Libre aux Turcs de mourir de faim !

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L’effondrement du régime soviétique n’était qu’une question de temps. Gorbatchev, afin d’éviter l’implosion de l’URSS, lança des reformes mais en vain. Le glas avait sonné pour le régime de Todor Jivkov. Dans un dernier souffle de folie, Jivkov décrète « la Grande excursion » : une migration forcée.
Selon lui, la Turquie n’allait pas ouvrir sa frontière et lui allait justifier à la face du monde : « Vous voyez, la Turquie ne veut pas d’eux, ils ne sont pas turcs, ce sont des Bulgares musulmans. ». Le calcul inepte du dictateur bulgare n’a pas tenu… la Turquie a ouvert ses portes.

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350 mille de nos congénères ont pris la route avec femme et enfants. La majorité à pied, d’autres dans des trains, des autobus, ils se sont rués en Turquie en laissant derrière eux la terre où ils sont nés, leurs maisons, leurs biens, en abandonnant tout. Après la Seconde Guerre mondiale, le monde a assisté à la plus grande vague d’immigration en Europe. La moitié de ces Turcs de Bulgarie s’est installée dans la province de Bursa et les autres se sont éparpillés à Istanbul et en Anatolie.

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Ça fait 28 ans maintenant…

Durant ma carrière journalistique, j’ai traité d’innombrables informations. Mais, je n’ai jamais vu, lu ou entendu un seul de nos concitoyens immigrés de Bulgarie impliqué dans un crime contre l’ordre public ; je n’ai jamais vu, lu ou entendu un seul nuire aux intérêts de la Turquie ; je n’ai jamais vu, lu ou entendu un seul poignarder la Turquie dans le dos avec des activités liées à une secte religieuse ; je n’ai jamais vu, lu ou entendu un seul trahir l’Etat turc avec une organisation criminelle.

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Ils ont travaillé dur. Ils ont travaillé avec dignité, avec fierté, avec honneur. Ils n’ont pas boudé le travail, même le plus ingrat. Ils ont été besogneux. Ils ont trimé. Ils n’ont jamais rechigné dans un travail, à l’inverse, ils sont devenus des bourreaux de travail.
Je me souviens très bien de cette époque. Les femmes de ces Turcs de Bulgarie étaient devenues des modèles pour tout le pays. La Turquie a découvert, avec elles, des femmes chauffeurs de bus, des femmes travaillant à la boucherie, à la charcuterie, des femmes devenues gérantes de société de plomberie,… Nous avions découvert des femmes dans tous ces « métiers d’hommes ». Une formidable première, grâce à nos congénères originaires de Bulgarie.

Je n’en ai entendu aucun, parmi eux, qui ne payait pas son loyer, aucun qui n’acquittait pas sa dette, aucun qui trichait, aucun qui volait l’Etat, aucun qui dérangeait son voisin, aucun !

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Ils sont devenus des travailleurs exemplaires dans les usines turques. Leur parole valait argent comptant quand ils étaient commerçants. Ils ont commencé comme employés, ils sont devenus employeurs. Ils ont élevé, comme eux, des enfants dignes, fiers, patriotes et contemporains. Leurs enfants sont devenus médecins, avocats, ingénieurs, universitaires, sans aucun piston, sans aucun privilège ni passe-droit.
Ils ne sont jamais devenus des fardeaux pour la Turquie. Au contraire.

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Puis…

Notre héros national, notre septuple champion du monde, notre champion qui a battu 46 records du monde, l’homme le plus fort du monde, Naim Süleymanoğlu est décédé.

Ses obsèques ont fait les gros titres de la presse sportive turque.

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Publier le décès de Naim dans les pages des journaux de sport comme si c’était un évènement sportif démontre à quel point nos médias turcs sont « assimilés ».
Naim Süleymanoğlu, par son histoire, sa personnalité et bien entendu son talent, transcendait très largement sa discipline et le sport.

La presse turque est victime d’un « génocide professionnel » mais, même 28 ans après, elle ne le réalise toujours pas.

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Je m’adresse là à nos dirigeants politiques et à la presse panégyriste et flagorneuse de notre pays. Vous avez créé une situation sociale difficile à résorber même 100 ans après. Sans qu’il n’y ait une once de lien de parenté, ni d’affection historique, ni d’unité de conscience, vous avez grandement, massivement et inconditionnellement ouvert nos portes à 4 millions de Syriens. Vous leur avez octroyé un revenu mensuel, vous avez dépensé plus de 30 milliards de dollars (pour le moment), vous n’avez tenu aucun registre relatif à leur adresse, leur état civil, leurs mouvements, leur accès à l’emploi, vous n’avez pris aucune mesure pour prévenir les conflits culturels, aucune mesure sanitaire en faveur des populations, vous avez déchiqueté la frontière turco-syrienne et la sûreté nationale est devenue un imbroglio sans nom.
Oui, je l’écris à vous les responsables.

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Naim Süleymanoğlu avait repoussé du revers de la main une valise des Américains contenant 10 millions de dollars en espèces ainsi qu’une campagne publicitaire de 100 millions de dollars. En préférant se réfugier en Turquie, sa mère-patrie, il était devenu une inspiration pour tous ses congénères coincés en Bulgarie par le régime de Jivkov. Naim Süleymanoğlu était devenu pour tous les Turcs de Bulgarie l’espoir de liberté, la boussole, cette force qui a permis d’abattre d’épaisses cloisons…

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Naim est un héros authentique car il ne s’est pas limité à faire gagner des médailles exceptionnelles à notre pays. Il a aussi permis à la Turquie de gagner des citoyens exceptionnels dont le nombre avoisine aujourd’hui le million et qui brillent par leur dignité, leur honneur et leur civisme exemplaire !

Yılmaz Özdil
21 novembre 2017

©Traduit du turc par Özcan Türk

Source de l’article original en turc : http://www.sozcu.com.tr/2017/yazarlar/yilmaz-ozdil/naim-suleymanoglu-2098683/

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