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La révolte des mères

Ecrit par Pakize, 2019-09-26 08:01:00


Depuis un peu plus de trois semaines, on observe un mouvement spécial en Turquie, à Diyarbakır : les mères sont passées à l’action.
Et pourtant, elles sont passives. Assises pacifiquement devant le siège de la direction provincial du HDP, le Parti démocratique des peuples, certaines tiennent une photo à la main. Certaines pleurent. D’autres crient en silence leur douleur.
La douleur d’une mère. La douleur indicible de la perte d’un enfant.

35 familles sont actuellement en train de manifester pacifiquement devant les locaux du siège de la province de Diyarbakır du HDP, le parti démocratique des peuples. Leurs revendications ? Qu’on leur rende leurs enfants amadoués, manipulés, enlevés, arrachés à leur famille pour les enrôler dans les camps du PKK, cette organisation terroriste reconnue comme telle par la Turquie, les Etats-Unis, l’Australie, le conseil de l’Union Européenne. Cette organisation terroriste qui met la Turquie à feu et à sang depuis le début des années 80, s’en prenant aux forces de l’ordre, aux militaires. Et aussi aux civils.
Le kidnapping n’est pas une nouveauté pour le PKK, c’est toujours ainsi qu’elle a procédé pour maintenir ses effectifs, lorsque les villageois ne « donnaient » pas de leurs propres mains leurs enfants pour « la cause du kurdistan ».

La nouveauté réside surtout dans la réaction de ces mères, de ces familles qui en ont assez de ne pas savoir où sont passés leurs enfants, ignorant même s’ils sont encore en vie. Certaines mères étant là pour réclamer leur fils dont elles n’ont plus de nouvelles depuis plus de 4, 5, 7, 8 ans…. Elles sont déterminées à les reprendre, coûte que coûte, morts ou vifs.

Ce qui est assez nouveau aussi, c’est que ces familles ont un interlocuteur désormais : le HDP, le parti démocratique des peuples. Ce parti politique, vitrine politique du PKK dont le co-président Selahattin Demirtaş croupit en prison pour « avoir fondé ou dirigé une organisation terroriste armée, d’avoir fait la propagande d’une organisation terroriste, d’avoir incité à commettre une infraction, d’avoir fait l’apologie du crime et de criminels, d’avoir incité le public à la haine et l’hostilité, d’avoir incité à désobéir à la loi, d’avoir organisé et participé à des réunions et défilés illégaux et de ne pas avoir obtempéré à l’avertissement des forces de sécurité relatif à la dispersion d’une manifestation illégale » semble ne plus être la « voix démocratique des peuples » dans ces régions où il est pourtant fortement représenté.

En effet, pour ces familles, le seul responsable de ces « disparitions » d’enfants est le HDP. Pour toutes ces mères, le lien entre le HDP et la disparition de leur enfant est clairement établi. Nombreux sont les parents qui ont pu faire le rapprochement entre le moment où leur enfant s’est évanoui dans la nature et la fréquentation récente de celui-ci avec le parti ou un de ses membres. Pour ces familles il est devenu évident qu’il ne s’agit pas d’une malheureuse coïncidence dans la chronologie de l’enlèvement de leur enfant.
D’autant que nombre d’entre eux ont pu établir une communication soit avec leur enfant kidnappé, soit avec des membres de ce parti leur ayant affirmé que leur enfant « est dans les montagnes » sans plus de précision.
C’est ce que déclare nomment M. Avunan, parti rechercher son fils auprès des locaux du HDP de Cizre, dont les membres lui ont répondu avoir remis leur fils aux mains du PKK.
Beaucoup de ces mères pointent du doigt Selahattin Demirtaş, co-président de ce parti. Arrivée de Konya pour réclamer sa fille de 16 ans, Madame Yıldız Ballı interroge : « il affirmait « vous êtes nos mères, vous êtes nos sœurs » où est donc passée cette fraternité ? ».
C’est Madame Hacire Akar qui avait ouvert la voie le 22 aout dernier. Son fils n’étant plus réapparu la veille, elle s’est armée de son courage et est allée demander des comptes au siège du HDP. Après avoir occupé l’entrée pendant 3 jours, elle a retrouvé son fils et a libéré les lieux.
S’inspirant de son courage, le 3 septembre suivant, c’est Madame Fevziye Çetinkaya et sa famille qui sont venus occuper les lieux afin qu’on leur rende leur fils de 17 ans, dont ils ont perdu la trace le 30 aout dernier.
Les mères présentes sont à bout de forces, rongées par le chagrin, leur manifestation ne peut qu’être pacifique, tant qu’elles ne sont pas agressées par des membres et élus du parti HDP. Comme ce fut le cas pour Madame Akar, la première à siéger devant ces bureaux et qui a été malmenée parce que sa présence gênait, jusqu’à ce qu’un groupe d’hommes interviennent afin d’y mettre fin. Ce qui fut également le cas de la famille Çetinkaya que les membres du bureau ont cherché à évacuer. Au cours de cette agression, au début du mois, on a pu entendre une des parentes lancer à un élu qui l’interpellait : « je t’en donnerai moi de la « cause du kurdistan » Rendez-nous notre enfant ! » renforçant ainsi le soupçon de la responsabilité du HDP dans l’enlèvement des enfants par le PKK.
Au total aujourd’hui, ce sont 35 familles qui occupent l’entrée de ces locaux avec la ferme intention de ne pas repartir tant qu’elles n’auront pas récupéré leurs enfants. Recevant nombre de soutiens, que ce soit d’associations, de civils, de journalistes, ou de personnalités du spectacle.

Dans le reportage vidéo filmé par la chaîne BBC en Turc ci-dessous, nous pouvons entendre la déclaration de Zeyyat Ceylan, chef de la section provinciale du HDP à Diyarbakır. Pour lui, ces manifestations ne sont qu’une mascarade, une manipulation orchestrée par le gouvernement désireux de donner du crédit à sa décision de destituer les Maires issus de la formation HDP élus démocratiquement. Toujours est-il que les mères de Diyarbakir ont été rejointes par des familles directement concernées venant d’un peu partout, y compris d’Istanbul. C’est le cas de la famille Bingöl venu rejoindre les mères de Diyarbakir pour réclamer leur fils disparu à Arnavutköy en 2014 à Istanbul. Le but est de s’unir pour être plus forts, ensemble, espérant aussi empêcher que d’autres familles soient meurtries.
Or le témoignage des familles est sans équivoque : les parents Biçer déclarent que le HDP endoctrine les enfants, le jeune Biçer ne savait même pas parler le Kurde mais il a été filmé lors de meetings du HDP, aux premiers rangs, lançant des slogans. Le père Biçer dit également que son fils a été enlevé après avoir été en contact avec un des membres du parti. M. Biçer a pu parler à son fils après son enlèvement. Ce dernier, atteint d’un cancer, lui a annoncé avoir marché pendant au moins 4 à 5 heures pour rejoindre les montagnes.
En outre, la famille Çetinkaya, la deuxième à tenir le siège dés le début du mouvement, a appris que leur fils s’est d’abord rendu dans les bureaux du HDP avant de disparaître. Au surplus, des enregistrements de cameras de vidéo surveillance de la ville ont pu être analysés et la famille y voit le fils, parti jouer un match de foot d’après ses dires, rejoindre l’autogare de Diyarbakır retrouver une personne connue des forces de l’ordre pour être un membre actif du PKK. La trace de leur enfant s’évanouit lorsque ce dernier monte dans un bus à destination de Mardin. Par ailleurs, la cousine du disparu affirme quant à elle que son cousin était appelé sans cesse, tous les jours, au parti, et aujourd’hui tous les membres prétendent ignorer qui il est. Sans omettre de mentionner ce qu’elle a clamé bien fort lorsqu’un élu tentait de l’éloigner des lieux : « je t’en donnerai moi de la « cause du kurdistan » Rendez-nous notre enfant ! ».
Ce qui leur permet également d’établir un lien entre le HDP et le PKK : Les enfants qui disparaissent ont tous fréquenté ou ont été en contact avec un ou des membres du parti. Et finissent dans les montagnes au milieu du PKK, qui les transfère au YPG, bras armé du PKK en Syrie. Le doute quant au rôle participatif du HDP dans les méfaits du PKK n’est plus permis.
Necla Çur, une des mères révoltées, a pu raconter comment son fils se fait séquestrer depuis son enlèvement. Alors âgé de 15 ans, le jeune Vahit a été emmené dans les montagnes 4 ans auparavant. Elle est allée jusque dans les montagnes, a imploré qu’on lui rende son fils, en vain. Elle a néanmoins pu l’approcher et l’entendre dire qu’il voulait s’enfuir, rentrer à la maison, mais qu’on le droguait, qu’on lui racontait que s’il s’en allait, l’Etat le tuerait et torturerait sa famille. Quant à son père, lorsqu’il a tenté d’aller le voir, il s’est retrouvé avec une arme pointée sur sa tête.

Pour ces familles, le « combat » du HDP/PKK n’est pas le leur : le kurdistan, elles s’en fichent, ce qu’elles veulent ce sont leurs enfants. Certaines préfèrent même voir leur propre enfant mourir que de les voir lever une arme contre les forces de l’ordre de leur pays et appellent le gouvernement à éliminer tous les membres du PKK dans les montagnes, tous sans exception, y compris leur propre enfant.

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