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LE CONGRÈS NATIONAL DE SIVAS : Ya Istiklâl Ya Ölüm !


Ecrit par Özcan Türk (Facebook), 2019-09-03 21:59:00


LE CONGRÈS NATIONAL DE SIVAS : Ya Istiklâl Ya Ölüm !

Il y a 100 ans... le 4 septembre 1919

Après la signature de l’armistice de Moudros, l’Empire ottoman est humilié : le pays est occupé par l’ennemi et son armée est démobilisée.
Les pays de l’Entente préparent le dépècement de l’Empire ottoman !
Mais un homme s’oppose à ce scénario apocalyptique : Mustafa Kemal Atatürk !
Mustafa Kemal embarque d’Istanbul pour Samsun le 16 mai et y débarque le 19 mai 1919 : C’est la date retenue comme le début de la guerre d’Indépendance.

Le 23 juillet 1919, Mustafa Kemal organise un Congrès régional à Erzurum où il réussit à cristalliser les forces patriotes à l’est du pays et donne corps à la résistance turque face à l’occupant.
Il y gagne sa première bataille vers l’indépendance de la Turquie.

A présent, il doit organiser un congrès ayant une envergure nationale afin de donner une légitimité et une puissance populaire qui englobe toute la Turquie dans la Guerre de libération contre l’envahisseur.

▪️UNE RÉUNION MENACÉE

Pourtant, la tenue de ce nouveau congrès ne se fait pas sans risque car d’une part, le gouverneur d’Elazığ, Ali Galip reçoit l’ordre du gouvernement collaborationniste d’Istanbul d’intervenir à Sivas pour stopper les protagonistes et d’autre part, les Français menacent.

Le 20 août 1919, Mustafa Kemal reçoit un télégramme du gouverneur de Sivas, Reşit Bey qui lui communique les menaces d’invasion de Sivas, reçues de l’inspecteur général de la gendarmerie française le commandant Bruneau, si un Congrès devait se réunir dans cette ville. Le gouverneur suggère donc soit d’annuler le Congrès, soit de le déporter à Erzurum ou à Erzincan.
La première réaction de Mustafa Kemal à la lecture du télégramme est de sourire en prononçant ces quelques mots : « Mon cher Mazhar Müfit, tout cela est vraiment très amusant. ». Puis, après s’être tranquillement assis dans un fauteuil, il rajoute avec flegme : « D’abord, savourons un bon café turc ; nous écrirons ensuite notre réponse au gouverneur. ».
Après son café, Mustafa Kemal rédige ces lignes : « Moi, je ne me laisserai jamais intimider ni par les Français, ni par aucun autre pays étranger. Ma seule source de force et de sécurité réside dans mon peuple ! ». Il explique ensuite que les menaces françaises ne sont qu’un bluff et qu’il ne faut surtout pas en tenir compte. Ce soir-là, lorsqu’ils prennent la route de Sivas, Mustafa Kemal précise à Mazhar Müfit Kansu que le militaire français quittera Sivas avant leur arrivée. « Si un peuple tout entier clame son intime conviction : « Soit l’Indépendance, soit la mort ! » alors nulle force ne peut se dresser face à lui ! » relève Mustafa Kemal pour raffermir un peu plus l’énergie et la vivacité de chacun. (source : Mazhar Müfit Kansu, « Ezurum’dan Ölümüne Kadar Atatürk’le Beraber », C.1, pp. 150-158, 162).

Mazhar Müfit Kansu Bey était un compagnon d’armes, proche et fidèle d’Atatürk. Il a publié ses mémoires en 1948 dans le quotidien Son Telgraf. En 1966, la Société d’Histoire turque les a rassemblés et publiés en un seul volume : « Erzurum’dan Ölümüne Kadar Atatürk’le Beraber » traduisez : « D’Erzurum jusqu’à la mort, toujours aux côtés d’Atatürk ».

▪️LE CONGRÈS

Au final, du 4 au 11 septembre 1919, se tient le fameux Congrès de Sivas dans un grand bâtiment de la ville utilisé comme lycée jusqu’en 1981 et depuis, il abrite un musée ethnographique.

Annoncé par la circulaire de Amasya, le Congrès de Sivas est une assemblée de représentants venus de toutes les provinces de l’Empire ottoman. Au total, 41 délégués parviennent à participer au Congrès de Sivas (voir la photo des délégués en commentaire). En fait, d’une part une partie du pays est occupée par l’ennemi et d’autre part, le gouvernement d’Istanbul qui collabore avec l’envahisseur britannique, fait tout pour empêcher la tenue de cette assemblée.

▪️L’ACCUEIL DES HABITANTS

Le 2 septembre 1919, la population de Sivas, très enthousiaste, accueille Mustafa Kemal et les représentants sur la colline à 5km à l’entrée de leur ville. Menés par le gouverneur de Sivas Reşit Bey, les habitants de Sivas escortent fièrement les participants jusqu’au bâtiment qui doit accueillir le Congrès.

Atatürk, souriant et espiègle, interroge le gouverneur : « Où se trouve votre commandant français ? ». Lorsque Reşit Bey lui répond qu’il est occupé à fuir en direction de Malatya… Le groupe ne peut s’empêcher d’esquisser un sourire. Cette première victoire psychologique galvanise et dope la foule un peu plus tout en confortant les délégués dans leur action. A présent que tous les esprits sont éperonnés, on peut se mettre au travail !

▪️LA FÊTE DU SACRIFICE

L’assemblée se réunit le 4 septembre. Le 6 correspondant à la fête du sacrifice, les participants décident d’interrompre les réunions. Mustafa Kemal et les délégués présentent leurs vœux à la population de Sivas qui les entoure.
Dans les mosquées de Sivas, on prie pour le Congrès et la victoire de Mustafa Kemal contre l’ennemi. Mais comme le pays est sous occupation, un goût amer général plombe l’atmosphère et ternit l’ambiance, d’ordinaire très festive, de la fête du sacrifice.

▪️ALI GALIP

Le 3 septembre 1919, le ministre ottoman de l’Intérieur du gouvernement collaborationniste de Damat Ferit ordonne au gouverneur d’Elazığ, Ali Galip de recruter des bandes armées des tribus kurdes et d’attaquer Sivas pour éradiquer l’organisation du Congrès. Le 6 septembre, Ali Galip avance de Elazığ, via Malatya, en direction de Sivas en compagnie d’un major anglais du nom de Edward W. C. Noel. Mustafa Kemal qui suit de près ces développements, informe le Congrès puis envoie des hommes armés pour neutraliser ces hostilités. Ali Galip et sa horde sont refoulés et fuient vers Malatya puis Urfa. Ali Galip se réfugiera à Alep.
Mustafa Kemal ponctue cette offensive avec ce télégramme au gouvernement d’Istanbul : « Monstres infâmes, honte à vous qui collaborez ! Vous aidez l’ennemi contre votre propre peuple ! Sachez que rien ne nous fera reculer et nous vaincrons. Reprenez vos esprits ! » (source : Sinan Meydan, Ya İstiklal, Ya ölüm : Sivas Kongresi, Sözcü, 4 septembre 2017)

▪️REJET DU COMITÉ UNION ET PROGRÈS

Dès son démarrage, l’assemblée exprime publiquement et officiellement son rejet de tout lien avec le Comité Union et Progrès (İttihat ve Terakki Cemiyeti,) des Jeunes Turcs qui était dirigé par Talat, Enver et Djemal Pasha, ces derniers ayant fui le pays après l’avoir empêtré dans la défaite et l’invasion ennemie.

▪️LA RÉSISTANCE NATIONALE UNIFIÉE ET LÉGITIMÉE

Ensuite, Mustafa Kemal est élu à la tête du mouvement de résistance nationale et préside le comité exécutif.
Le Congrès de Sivas est une seconde victoire pour Mustafa Kemal car il confirme toutes les décisions prises au Congrès régional d’Erzurum.
Il fédère sous son seul commandement tous les mouvements de résistance qui sont nés à travers le territoire.
Il définit les points principaux du Misak-ı Millî (Pacte national) pour la résistance et façonne la future politique à mener dans le cadre de la guerre d’Indépendance turque.
La résistance turque devient nationale et elle est ainsi officiellement et solidement unifiée sous le commandement de Mustafa Kemal Pacha !

De plus, le Congrès de Sivas s’oppose fermement aux groupes ethniques qui veulent fonder un état grec byzantin et un état arménien indépendants faisant clairement valoir l’unité et l’indivisibilité de la Turquie.

▪️LE MANDAT AMÉRICAIN

Face à l’activisme énergique en faveur d’un mandat américain de certains délégués comme Kara Vasıf Bey, İsmail Hami Bey, İsmail Fazıl Paşa, Bekir Sami Bey et Refet Bey, Mustafa Kemal proteste vigoureusement : « Plutôt que de vivre comme les enfants d’un peuple qui renonce à son indépendance et à sa fierté, je préfère mourir avec dignité l’arme à la main. Qu’il est curieux que certains ne le comprennent pas ! » et qualifie leur démarche de « misérable ».(source : Kansu, ibid., C.1, pp. 247, 248).

Hikmet, le jeune représentant des étudiants en médecine, surgit et renchérit : « Je m’appelle Hikmet. Les étudiants de médecine que j’ai l’insigne honneur de représenter ne m’ont pas donné leur procuration pour acquiescer un quelconque mandat étranger ! Ils m’ont demandé d’œuvrer pour notre cause, celle de l’indépendance et rien d’autre. Il est hors de question que j’accepte autre chose, et certainement pas un mandat étranger sur notre pays. Et nous nous opposerons, sans parcimonie, à tous ceux qui prendront position en faveur d’une autorité étrangère, y compris contre vous, mon Pacha, -avec le respect que je vous dois-, nous nous opposerons à vous si vous défendez un quelconque mandat étranger sur notre pays ! »

Et Mustafa Kemal de rebondir : « Bravo et n’aie crainte mon jeune ami ! Nous pouvons être fiers de vous que je vous félicite. Votre discours est digne, fier et courageux, le sang vaillant du peuple turc coule dans vos veines. J’ai confiance dans la jeunesse de mon pays et je suis fier d’elle. Même si nous étions minoritaires, jamais nous n’accepterions un mandat étranger. Notre cause est la même, notre combat n’a pas changé, le mot d’ordre non plus : « Soit l’Indépendance, soit la mort ! » ».

Au final, le mandat américain voulu, avec insistance, par certains délégués est formellement rejeté !
Pour apaiser les défenseurs du mandat américain, Mustafa Kemal accepte l’envoi d’un courrier (voir en commentaire) au Sénat américain, non pas pour demander un mandat sur la Turquie mais uniquement pour solliciter un comité neutre venant étudier la situation dans le pays. Bref, un comité fade sans véritable pouvoir. D’ailleurs, les USA ne donneront jamais suite à ce courrier. (source : Sinan Meydan, ibid.)

Qu’il est cruel de constater que la Turquie qui avait rejeté, en 1919, le mandat de Wilson, acceptera en 1947, l’ingérence américaine avec la doctrine Truman et le plan Marshall !...

▪️SIVAS, UNE FORCE NATIONALE

Le congrès de Sivas devient la représentation nationale de la Turquie.

L’ensemble des poches de résistance est fédéré au mouvement national de libération dirigé par Mustafa Kemal.

Les décisions prises à Erzurum sont réitérées et gagnent une envergure et une légitimité nationales.

Le Congrès de Sivas devient donc le Congrès National de Sivas puisque ses décisions embrassent toute la géographie turque et s’imposent à toute la population comme son seul représentant.

Voici les grands principes dictés à Sivas :
▪️La patrie est une et indivisible.
▪️La nation se défendra et fera face à l’occupation et l’ingérence étrangères.
▪️La volonté nationale doit s’ériger au rang de puissance souveraine.
▪️Aucun mandat ni patronage ne sera accepté.

C’est à Sivas où la résistance turque face à l’ennemi prend officiellement corps avec un chef, une orientation, une politique, des valeurs, une envergure et une légitimité nationales, un mot d’ordre et un objectif ultime : l’Indépendance !
Le Congrès de Sivas symbolise le cri de liberté du peuple turc ! Les Turcs ont proclamé, à Sivas, leur indépendance.

Atatürk résumera : « Les décisions préparant la libération du peuple turc ont été prises à Sivas ! » (Atatürk, 13 novembre 1937, Sivas)

Hommage à Atatürk et hommage au Congrès de Sivas pour l’organisation des Turcs dans leur lutte pour l’indépendance !

Vive l’indépendance ! Ya Istiklâl Ya Ölüm !

Özcan Türk
04/09/2019

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