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Afife Jale : la première actrice turque de théâtre commémorée

Ecrit par Hakan Akgün, 2019-07-25 15:36:24


Le monde du théâtre célèbre aujourd’hui les 78 ans de la disparition d’Afife Jale, la première actrice musulmane de la scène théâtrale turque. Née en 1902 à Kadıköy, sur la rive asiatique d’Istanbul, Afife choisira « Jale » comme nom de scène.

Au début du XXe siècle, sous l’Empire ottoman, les femmes musulmanes se voyaient interdire de jouer devant un public masculin, les restreignant au public féminin.

Malgré le décret du ministère de l’Interieur et l’opposition de son père, Jale rêvait d’être actrice. Avec quatre autres étudiantes, elle a été admise à Darulbedayi, l’ex-théâtre national d’Istanbul, en tant que stagiaire en 1918. Jale et Refika Özbayer ont été les seules à rester ; les autres ont abandonné en raison des chances peu encourageantes qu’une femme musulmane devienne actrice. À la fin de l’année, Refika Özbayer travaillait comme souffleuse, alors qu’Afife devenait actrice stagiaire.

Lorsque l’actrice arménienne Eliza Binemeciyan – les femmes non musulmanes grecques, arméniennes et juives n’étaient pas visées par le décret ministériel – a quitté le théâtre peu de temps avant la première de la pièce « Yamalar » de Hüseyin Suat le 13 avril 1920, les responsables de Darulbedayi ont décidé de confier le rôle d’Emel à Afife. Jale a ainsi joué son premier rôle dans « Yamalar » le 22 avril 1920 dans le théâtre Apollon à Kadıköy. Dès lors, elle est devenue la première actrice musulmane turque du pays.

À propos de sa première apparition sur scène, elle déclara au journaliste Refik Ahmet Sevengil en 1926 : « C’était la première fois de ma vie que j’étais heureuse. J’étais dans le magnifique état d’ivresse que l’art donne à mon âme […] Le scénariste Hüseyin Suat attendait dans les coulisses. Il s’est arrêté alors que je partais, m’a embrassé sur le front, et m’a dit : “Notre scène avait besoin d’un sacrifice artistique. Tu es ce sacrifice ». »

Une carrière non sans embûches

Jale a joué sa deuxième pièce, « Tatlı Sır » (Doux Secret), durant une semaine. Lorsque la police a tenté de l’arrêter, une autre actrice, Kinar Sivaciyani, l’a aidée à s’échapper.

Lors de sa troisième pièce, « Odalık » (La Servante), Jale a fini par être arrêtée et abandonne sa carrière d’actrice ce qui lui provoqua divers problèmes de santé, dont de sérieux maux de tête, et l’entraina dans la spirale de l’addiction à la morphine.

Mais, en 1923, Mustafa Kemal Atatürk, le fondateur de la République turque, leva l’interdiction qui avait fait le malheur de l’actrice et a même soutenu les actrices. Ainsi, Afife Jale partit en tournée en Anatolie avec la compagnie Burhanettin Tepsi. Puis, elle donna des représentations dans diverses villes du pays avec la scène nationale de Fikret Sadi.

Cependant, la santé de Jale n’a cessé de se détériorer et elle fut obligée de quitter le théâtre en raison de sa dépendance à la morphine.

Lors d’un concert en 1928, Jale rencontra Selahattin Pınar qu’elle épousa en 1929. On pense que Selahattin Pınar a composé de nombreuses chansons pour Jale qui sont devenues des classiques, notamment : « Comment ai-je adoré cette femme cruelle ? », « J’ai compris que tu ne m’aimerais pas » et « Fleur délicate ». Mais la morphine eut une nouvelle fois raison du bonheur de l’actrice, son addiction entrainant leur divorce en 1935.

Afife Jale est finalement décédée le 24 juin 1941 à l’hôpital psychiatrique Bakıröy à Istanbul. Elle fut enterrée au cimetière Kazlıçeşme.

« Rappelez-vous de moi en train de tenir, de me soucier et d’étreindre, ne vous rappelez pas de moi avec pitié », avait confié Afife Jale au journaliste Nezihe Araz, avant de déclarer « Si le théâtre existe, j’existe. »

Afife Jale a marqué l’histoire du théâtre en Turquie. Chaque année depuis 1997, les Afife Theatre Awards sont organisés par Yapı Kredi à la mémoire de l’artiste.

Alexandre Gassier
Source : Aujourd’hui la Turquie

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