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SONGÜL

Ecrit par Özcan Türk (Facebook), 2019-06-27 13:56:58


SONGÜL

L’une des plus ignobles manipulations gülenistes a été, sans nul doute, les fallacieuses affaires Ergenekon et Balyoz qui ont été montées de toutes pièces par FETÖ, le réseau criminel de Fethullah Gülen.

Ces conspirations connues sous le nom de « affaires Ergenekon et Balyoz » ont décapité le Haut Commandement kémaliste de l’Armée turque.
Finalement, la justice turque a acquitté l’ensemble des officiers jugés pour avoir « comploté en 2003 afin de renverser le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan », alors Premier ministre.
Même si la justice les a blanchis après 3 ans d’enfermement, les militaires ont vécu leur condamnation, leur emprisonnement et l’affront jusqu’au plus profond de leurs viscères.

L’un de ces drames concerne le lieutenant-colonel SONGÜL, la première femme commandant de gendarmerie dans toute l’histoire de la Gendarmerie turque !

Malheureusement, Songül et 12 autres militaires ont péri le 31 mai 2017 lorsque l’hélicoptère qui les transportait, un appareil français de type H215M Cougar, a heurté une ligne à haute-tension dans la commune de Şenoba, dans la province de Şırnak, à la frontière irakienne.

Le chroniqueur Yılmaz Özdil a rendu hommage à Songül en retraçant un épisode de sa brillante vie.
En voici une traduction.


TRADUCTION

Nous sommes en 2014, au mois de juillet.
La canicule s’impose très tôt, c’est pourquoi la matinée est particulièrement étouffante dans la capitale Ankara.
La porte du cabinet d’avocats situé dans l’avenue Cinnah sonne. Lorsque la porte s’ouvre, une jeune femme de grande taille, à l’allure digne et noble s’avance telle une lumière resplendissante.
Elle porte un jeans, un t-shirt et sa main tient une modeste sacoche.
Elle s’assoit
Elle est particulièrement embarrassée.
Elle ne sait pas comment raconter son histoire, ni d’où commencer.
Elle réfléchit à chaque mot qui traverse son esprit mais ne sait pas comment les exprimer.
Ses yeux se remplissent, puis jaillissent ces quelques mots : « Je veux laver mon honneur ! ».

*

Une femme au cœur blessé… cherche secours auprès d’une femme au cœur vaillant.

*

En effet, l’avocate dont elle a frappé la porte est Şule Nazlıoğlu Erol. La même Şule Nazlıoğlu Erol qui, seule face à tous, a enfilé sa robe d’avocat -alors que ceux qui se disaient hommes se terraient sous leurs bureaux-, et a permis d’effondrer devant la Cour Constitutionnelle, l’infamante affaire Balyoz, une conspiration fabriquée de toutes pièces.
Clairement, maître Şule Nazlıoğlu Erol est une légende vivante du monde du droit turc !

*

Alors que Maître Şule Nazlıoğlu Erol pense avoir tout vu et vécu en matière de calomnie, de conspiration, de complot et de cabale durant sa brillante carrière, même elle n’en revient pas… La jeune femme qui a frappé à sa porte est major dans l’Armée turque !

*

Elle se nomme Songül YAKUT. Son prénom Songül signifie littéralement « La Dernière Rose ».
Elle est effectivement la dernière rose d’une famille modeste de 5 enfants.
Elle a perdu son père alors qu’elle n’avait que 8 ans. Elle a étudié grâce aux économies de bouts de chandelle et aux mille et un sacrifices de sa tendre mère. Elle est diplômée de l’Ecole militaire de l’Armée de terre.

Elle est devenue la première femme commandant de gendarmerie dans l’histoire de la Gendarmerie turque !
Songül est l’honneur de notre pays, brillante, officier patriote et pro-Atatürk.

*

L’infâme cabale Balyoz qui a saccagé l’Armée turque sans même tirer une seule balle l’a atteinte, elle aussi !
Son acte d’accusations est composé d’un courrier anonyme et de faux enregistrements sonores.
Elle est célibataire, alors on la diffame même dans sa vie privée.
Elle est auditionnée dans le cadre d’une enquête disciplinaire.
- « La voix de l’enregistrement n’est pas la mienne, enregistrez ma voix et procédez à une identification vocale en criminalistique » s’indigne-t-elle mais en vain.
Ceux qui l’ont piégée l’ont condamnée depuis belle lurette !
L’enquête n’a d’enquête que le nom. Il n’y a aucune investigation. Elle est jetée de l’Armée comme une malpropre.

*

C’est la raison pour laquelle le major Songül frappe la porte de celle qu’elle considère comme la meilleure des avocats, maître Şule Nazlıoğlu Erol.

*

(Maître Şule Nazlıoğlu Erol se lance dans le combat juridique en compagnie de l’un de ses confrères associés Maître Mustafa Yuvanç.
J’ouvre ici une parenthèse.
Mustafa Yuvanç était auparavant Colonel au sein de l’Etat-major des Armées. Dans le cadre de la cabale Balyoz, il a été emprisonné durant 3 années dans les maisons d’arrêt de Hasdal et de Mamak. Durant son incarcération, il s’est plongé dans les études de droit et a obtenu un diplôme de la faculté de droit de l’Université Dokuz Eylül. Comme 20 autres officiers, lui aussi a bénéficié de la défense de maître Şule Nazlıoğlu Erol.
Lorsqu’il a été relaxé, son avocate l’a appelé :
- « Viens, rejoins mon cabinet, travaillons ensemble » lui a-t-elle proposé.
Ainsi, le Colonel Mustafa Yuvanç commence à exercer en qualité d’avocat.
Ironie du sort, la première affaire qu’il est appelé à traiter est celle du major Songül, victime comme lui de la conspiration Balyoz.)

*

Première action, les avocats interpellent la Commission d’enquête du Ministère de l’Intérieur. Ils démontrent que les éléments à charge dans le dossier de Songül : le courrier de dénonciation et les enregistrements audio sont des faux. Logiquement, le major Songül peut donc de nouveau enfiler son uniforme et retourner sous les drapeaux. Pourtant, malgré un rapport de disculpation solide comme le Pont-Neuf, savez-vous ce que fait le Commandement Général de la Gendarmerie ?
Il cache le rapport !
Les mains manipulatrices du réseau criminel FETÖ (auteur aussi de la tentative de coup d’Etat de juillet 2016) continuent d’entraver la justice. Comme c’est directement le Commandement Général de la Gendarmerie qui cache le rapport innocentant Songül, les audiences devant le Haut Tribunal Militaire sont constamment reportées et la décision verrouillée. Sur ce, les avocats portent la réclamation devant le Haut Conseil à l’Information rattaché au Premier ministre. La demande est acceptée et le Commandement Général de la Gendarmerie est contraint de fournir le rapport 6 mois plus tard. Lorsque le Haut Tribunal Militaire étudie le dossier, tout est parfaitement limpide, il s’agit d’une manipulation. Les juges ordonnent à 3 voix contre 2 la réintégration de Songül sous les drapeaux.

*

(J’ouvre ici une seconde parenthèse. 2 des 5 juges ont voté contre le major Songül, ils ne voulaient pas l’innocenter. Sachez qu’à la suite de la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016, ces 2 juges ont été inculpés et condamnés pour appartenance à l’organisation terroriste FETÖ.)

*

La réintégration de Songül est décidée certes mais ses déboires se poursuivent. Bien que la décision soit rendue en octobre 2015, elle n’est notifiée que 2 mois plus tard et Songül ne peut revêtir son uniforme de major que 4 mois après comme si certains faisaient tout pour prolonger un peu plus son supplice.

Ils voulaient qu’elle abandonne, qu’elle jette l’éponge, qu’elle en ait ras le bol, qu’elle aille à vau-l’eau, qu’elle démissionne, qu’elle se sépare de l’armée.

*

Le calvaire de Songül dure 3 années.
Elle ne renonce pas.
Elle ne se livre pas à l’ennemi.
En digne soldat, elle résiste.

*

Lorsqu’elle est exclue de l’armée, Songül perd sa solde, elle vit sans aucun revenu.
Elle ne réussit pas à avouer à sa maman son expulsion de l’armée. Elle n’arrive pas à le lui dire. L’attaque traîtresse des conspirateurs du réseau FETÖ est si violente que les huissiers viennent saisir sa petite maison d’Ankara dont elle ne peut plus payer le crédit bancaire.
Songül tente littéralement de survivre avec les quelques sous qu’elle a économisés. Elle rudoie sans ménagement tous ses amis qui lui suggèrent un travail temporaire clamant :
- « Même s’ils ont confisqué mon uniforme, je suis un officier de l’Armée turque. Jamais je ne m’engagerai ailleurs sans avoir lavé mon honneur. Cet affront m’est inacceptable. Je refuse de vivre ainsi diffamée ! »

*

Rappelons pour ceux qui ont oublié ou qui veulent oublier le contexte de l’époque de l’infâme conspiration Balyoz….

- La chaine publique TRT diffusait en direct les excavations des prétendues caches d’armes qui avaient pour but, accuse-t-on sans gêne, de renverser Erdoğan ;

- Nos officiers décorés de la médaille d’honneur se tiraient une balle dans la tête tant l’injustice les avait meurtris ;

- De très nombreux gauchistes, des libéraux, des allergiques du kémalisme, des antimilitaristes défendaient bec et ongles le slogan « Yetmez ama evet ! » (Insuffisant mais oui pour le référendum visant une modification de la Constitution turque en 2010). Ils ont finalement placé la justice turque sous l’emprise criminelle de FETÖ, le réseau conspirationniste de l’imam Fethullah Gülen ;

- Les conjurés riaient à gorge déployée en instrumentalisant le Tout-Puissant : « Allah est grand, son châtiment est impitoyable ! » ;

- Parallèlement, ils se pâmaient de joie en faisant chanter aux enfants africains, dans leurs écoles, « la ballade dans les vignes de Gesi » (Gesi Bağları) ;

- Notre gouvernement ne cessait de chanter les louanges du « Très-Vénérable Hodja Efendi » Fethullah GÜLEN, le même qui est honni aujourd’hui par le même gouvernement ;

- Certains applaudissaient de voir « la Turquie en train de nettoyer ses intestins »…

- Une grande partie de notre presse indigne jubilait avec ses gros titres en feux d’artifice !

Certains se faisaient écrabouiller par le broyeur de la conspiration anti-kémaliste pendant que d’autres triomphaient d’extase.

Tel était le contexte ignoble de l’époque.

*

Au final, le major Songül est lavée de tout soupçon.
Elle recouvre son honneur immaculé, elle est flamboyante comme toujours.
Elle resplendit dans la dignité et la fierté !

Un mois plus tard, elle porte ses galons de lieutenant-colonel.
Elle est mutée à Şırnak, une province à l’extrême sud-est de la Turquie et limitrophe de l’Irak.

*

L’avocate et la militaire sont devenues comme deux sœurs. Un lien intime s’est noué entre elles. Maître Şule Nazlıoğlu Erol dont l’existence même est une source de fierté pour la justice, prend le lieutenant-colonel Songül entre quatre yeux :
- « Ecoute-moi, on a bien vu au cours de cette bataille juridique que ces personnes malveillantes occupent des postes décisionnels clés, ils continuent de nuire avec autant de vilenie que possible, et ils continueront. Tu es blanchie maintenant, ton honneur est sauf, refuse cette affectation à Şırnak qui constitue une menace. » suggère-t-elle.

*

Mais Songül est amoureuse de la Défense du pays.
La renonciation n’a jamais effleuré son esprit.
Elle est aussi excitée que le jour où elle a obtenu son diplôme de l’Ecole militaire des officiers.
- « Je suis un soldat, j’irai là où le devoir m’appelle » répond-t-elle.
Les deux femmes s’embrassent.
Elles se font des adieux.

*

Puis, un hélicoptère.
13 victimes.

*

Nous avons perdu Songül. Quel gâchis effroyable !
C’est une honte pour ce pays !

Yılmaz Özdil
2 juin 2017

Traduction de l’article original : http://www.sozcu.com.tr/…/yaza…/yilmaz-ozdil/songul-1878066/

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