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REVUE DE PRESSE : SPECIALE ANNULATION DES ELECTIONS D’ISTANBUL

Ecrit par Dilek, Pakize, 2019-05-11 11:09:30


Le 23 juin, les électeurs stambouliotes vont devoir à nouveau retourner aux urnes. Saisis par l’AKP, le 6 mai, les juges du Haut Conseil Electoral (YSK) ont décidé à 7 voix contre 4 d’annuler les élections municipales d’Istanbul qui avaient été remportées par le candidat de l’opposition,
Ekrem Imamoğlu.

Le 31 mars, l’AKP connait une débâcle électorale aux élections municipales, il perd ses 2 plus grandes villes : Istanbul et Ankara. Cependant, il réussit à obtenir gain de cause pour invalider les élections d’Istanbul. Seul le mandat du maire sera remis en jeu. Les conseils municipaux, restés aux mains de l’AKP ne sont pas concernés. Pour justifier cette demande en annulation, le parti pour le développement et la justice (AKP) met en avant des irrégularités, notamment que certains présidents de bureaux de vote n’étaient pas des fonctionnaires, ce qui est contraire à la loi. Or, ce sont ces mêmes présidents qui avaient été validés par le haut conseil électoral, dont les membres sont en partie nommés par Recep Tayyip Erdoğan. Ces présidents ont supervisé les élections des maires d’arrondissement et des conseillers municipaux, toutes deux remportées par l’AKP. Elles n’ont pas été contestées ni annulées [1], précise LIBERATION.

Par ailleurs, l’agence progouvernementale ANADOLU annonce que les enquêteurs turcs auraient établi que 43 responsables de bureaux de vote avaient des contacts avec le réseau de Fetullah Gülen. Ce dernier est accusé par Ankara d’être l’instigateur du coup d’état avorté de juillet 2016, relaye LES ECHOS. Le président turc, Erdoğan affirme que « les éléments sont très solides (..) et ne peuvent être réfutés » en ajoutant que l’annulation du scrutin permettra « de lever les doutes concernant les élections à Istanbul » peut-on lire dans LE FIGARO.

La décision de la haute autorité électorale réjouit le camp AKP comme Recep Özel, son représentant auprès du YSK déclarant « Les élections à Istanbul seront renouvelées. Dieu fasse que cela soit bénéfique ». Le chef de l’Etat, quant à lui considère que « cette décision était la meilleure pour renforcer notre détermination à résoudre nos problèmes dans le cadre de la démocratie et du droit et laisser la volonté populaire arbitrer », rapporte LE MONDE.

La presse gouvernementale salue cette décision “Ils avaient volé l’élection, ce n’est que justice, qu’ils ne se plaignent pas. Si l’AKP se débrouille bien lors de ces nouvelles élections, il devrait les remporter avec 300 000 ou 400 000 voix d’avance”, écrit un éditorialiste du quotidien islamiste Yeni Akit, retranscrit dans LE COURRIER INTERNATIONAL.

D’ici au 23 juin, Istanbul sera gérée par un administrateur nommé par le ministère de l’intérieur, comme dans certaines municipalités de l’est du pays.

Réaction de l’opposition

« Ceux qui prennent les décisions dans ce pays peuvent être dans (...) la trahison. Mais nous, nous n’abandonnerons jamais, gardez espoir » rétorque aussitôt le maire d’Istanbul, Ekrem Imamoğlu. Il presse ses partisans à « sécher (leurs) larmes  » en poursuivant « Vous verrez, nous gagnerons tous ensemble », retransmet OUEST FRANCE, avec une posture rassurante et combative ajoute LA LIBRE BELGIQUE.
« Nous avons soif de justice, nous sommes la jeunesse turque qui croit en la démocratie » scande le maire, repris par LE FIGARO. Il promet une révolution par les urnes et voit les prochaines élections municipales comme un "combat pour la démocratie", explique LA CROIX.

Le parti républicain du peuple (CHP), fondé par Atatürk, dénonce une manipulation de l’AKP et n’hésite pas à qualifier la décision du Conseil électoral supérieur de « dictature flagrante » ou de « putsch contre les urnes ».
« Se présenter aux élections face à l’AKP est autorisé, mais il est interdit de gagner ! », s’emporte-t-on dans l’opposition, signale LE NOUVEL OBS.
Sur son compte twitter, Onursal Adigüzel, vice-président du CHP déclare « Ce système qui oblitère la volonté du peuple et méprise le droit n’est ni démocratique, ni légitime », informe LE MONDE.

Des citoyens entre incompréhension et colère

Face à la décision paraissant incompréhensible par une grande partie de la société, des artistes turcs ont diffusé des messages de soutien au maire d’Istanbul. Comme celui du très populaire chanteur Tarkan reprenant la réplique devenant le symbole de la contestation : « Her şey çok güzel olacak » (« Tout ira bien »), rapporte MARIANNE.

Pour exprimer leur colère et leur soutien à Imamoğlu, plusieurs milliers de personnes sont descendues dans les rues d’Istanbul. Certaines ont apporté leur instrument de musique, d’autres se sont équipées de casseroles, de cuillères et de sifflets détaille l’hebdo. RFI, de son côté donne la parole à des manifestants :
« Cela fait 70 ans que des élections libres ont lieu en Turquie et jusqu’ici, les perdants avaient toujours accepté leur défaite, estime le commerçant. C’était ce qu’il restait de plus précieux à notre démocratie. Là, je suis sous le choc, je ne comprends pas pourquoi le Haut conseil électoral a fait ça. Il n’aurait pas dû salir la légitimité de notre système électoral. Maintenant, comment les gens vont-ils avoir confiance ? A chaque nouvelle élection, il y aura toujours un soupçon. » se désole un commerçant. Une enseignante à la retraite, quant à elle, ne peut cacher sa colère « Soit on annule tout, soit rien, non ? S’ils avaient tout annulé, j’aurais dit d’accord, il y a peut-être vraiment eu des irrégularités. En fait, le pouvoir veut juste annuler l’élection qu’il a perdue. Mais j’en suis sûre, l’opposition va gagner à nouveau, parce que les gens sont en colère, nous sommes en train de perdre notre démocratie », assure-t-elle.

Mobilisation pour aller voter

Une campagne sur les réseaux sociaux a été lancée pour motiver les citoyens à aller voter. Les villes administrées par l’opposition, se trouvant sur la côte ont également encouragé les Stambouliotes sur un ton humoristique à rester chez eux pour vote, comme la mairie de de Bodrum qui a publié sur son compte Twitter “Chers Stambouliotes, d’importantes chutes de neige sont attendues à Bodrum le 23 juin. Toutes nos plages seront fermées”, informe le site MEDIAS BRUXELLES.

Conséquences économiques

La décision d’annuler les élections d’Istanbul pourrait aggraver la crise économique que connait la Turquie. Le site ALLNEWS.CH met l’accent sur la crainte des investisseurs face aux incertitudes en Turquie. Avec perte de crédibilité de la CBRT (la banque centrale turque), la monnaie a perdu 12% depuis le début de l’année. A la suite de l’annonce de l’invalidité des élections, la livre turque a dépassé la barre des 6 pour un dollar.

De plus, le prix du pétrole a augmenté de 35% au cours de l’année entrainant une inflation, explique le site. La décision de renouveler l’élection à Istanbul suscite par ailleurs l’inquiétude des marchés qui pressent le gouvernement turc de consacrer toutes ses forces à relancer l’économie indique L’ORENT LE JOUR.
C’est l’une des raisons pour laquelle, Erdoğan veut absolument garder la capitale économique. Il ne peut se permettre une défaite analyse LIBERATION. D’autant que « perdre cette ville qui concentre un bon tiers de la richesse nationale, c’est aussi priver l’AKP de capitaux et de fonds publics précieux pour nourrir entrepreneurs amis et clientèle  » renchérit LE MONDE. Par ailleurs, RADIO TELEVISION SUISSE (RTS) révèle que les dépenses du bureau du maire d’Istanbul étaient colossales ; le budget de la ville est de 20 milliards de lires et sa dette de 26 milliards de lire. Le maire destitué compte bien utiliser cette découverte durant sa campagne.

Réactions à l’étranger

Le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas a jugé mardi "incompréhensible" l’annulation de cette élection. « Seule la volonté des électeurs turcs peut et doit décider de qui occupera le bureau du maire à Istanbul. Le respect des principes démocratiques de base, dans des conditions électorales transparentes, est, de notre point de vue, une priorité absolue », apprend-on sur EUROPE 1.

Dans son communiqué sur le site de FRANCE DIPLOMATIE, la France appelle « les autorités turques à mettre en œuvre toutes les mesures nécessaires pour garantir le respect des principes démocratiques, du pluralisme, de l’équité et de la transparence, en particulier en assurant la présence d’observateurs internationaux ».
La presse francophone, dans sa majorité s’inquiète de la dérive autoritaire de Recep Tayyip Erdoğan.

FRANCE CULTURE se demande ce qui reste de la démocratie en Turquie et reprend les propos du site d’info Ahval, créé aux Etats-Unis par des journalistes turcs exilés en 2016, « la Cour suprême électorale a clairement cédé aux pressions politiques, imposées depuis des semaines par le camp présidentiel ».
Un mépris des règles démocratiques, déplore LE MONDE qui met en garde contre les dérapages possibles durant la campagne. Dans la même ligne, LIBERATION estime que l’illusion démocratique tombe à Istanbul. L’annulation de ces élections gagnées donne à voir l’affaiblissement des institutions démocratiques, transformant le pays en un régime autoritaire, soutient le journal.

À la suite de l’ingérence dans les élections, l’Union Européenne a exhorté lundi les autorités turques à permettre à des observateurs internationaux de surveiller le nouveau scrutin en juin. « Garantir un processus électoral libre, juste et transparent est essentiel pour toute démocratie et est au cœur des relations entre l’Union européenne et la Turquie », ont souligné dans un communiqué la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini et le commissaire à l’élargissement Johannes Hahn, peut-on lire notamment dans 20MINUTES.

SOURCES :

[1Le 31 mars 2019, les électeurs ont utilisé la première fois pour des élections municipales une seule enveloppe à déposer dans l’urne, dans laquelle ils choisissent le maire, l’élu municipal et le maire du district

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