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Égypte : le diagnostic placebo en attendant la Turquie.

Ecrit par Engin, 2019-02-09 21:32:48


Égypte : le diagnostic placebo en attendant la Turquie.

L’Égypte a son président : Abdelmajed Al Sissi . Un président qui a décidé de diriger l’état nord-africain de son bâton de maréchal . Un bâton de maréchal se muant en bâton de maître déclinant son autosatisfaction . Un aveuglément dont le M.O.C.I s’est entre autres fait l’écho à plusieurs reprises depuis mars 2016 .
En coulisses,la Turquie saura-t-elle tirer profit de la situation malgré son inflation glaçante à 7,5 pour 100 ?

L’ILLUSION INSTITUTIONNELLE NATIONALE.

Être l’homme fort d’un pays dont on exerce le contrôle militariste ne signifie pas demeurer maître de toutes les contingences .

Économiquement, Al Sissi est trop optimiste , pas totalement infondé mais en partie contestable , Si l’on passe du point de vue théorique à celui pratique .

Al Sissi s’est lancé il y a deux ans dans une politique d’élargissement du Canal de Suez , Soit , Porté par un enthousiasme aveugle, prêt à accueillir un flux conséquent d’investisseurs étrangers, convaincu que cela permettrait de faire baisser le prix de l’inflation , Soit , Mais là intervient un acte manqué au sens freudien du terme . C’est l’erreur survenue dans l’impression de timbres lancée en septembre 2014 pour le projet de Suez : une représentation d’une image du... Canal de Panama !!

Cela peut aider à détecter la fausse route du timonier Al-Sissi : se calquer sur Panama sur la seule base du canal . Les investissements étrangers représentaient 10 du P.I.B panaméen pour 2015 . L’Égypte, elle, ne peut tabler sur rien de sûr puisque par nature tout investisseur ou actionnaire privilégie la stabilité . Pour le moment, l’effet pervers serait d’attirer prioritairement les spéculateurs ès tendances baissières . Panama a un canal transocéanique situé à une échelle beaucoup plus planétaire que l’isthme égyptien, jouit d’une zone franche(Colon), d’une stabilité financière (due à la dollarisation), d’un centre bancaire et financier à la pointe .

L’économie du petit état d’Amérique Centrale affiche le plus fort dynamisme latino-américain, Principalement pour deux raisons, d’excellentes recettes touristiques, des investissements en infrastructures comme moteur de croissance, Or, l’erreur d’appréciation du chef d’état égyptien est que la manne touristique n’est plus qu’un souvenir chez lui, Et le coté infra-structurel est de qualité inégale .

Autre contraste qui se pose, le rapport énigmatique avec le royaume saoudien, voisin direct , Par conséquent, quel investisseur étranger serait prêt et prompt à prendre le risque ?

LE RAPPORT A L’ ARABIE SAOUDITE.

L’Arabie Saoudite a une position de grand frère imposant, Ou encombrant, Parfois accommodant avec l’Occident, parfois dérangeant,

Cet état frontalier endosse un leadership moral, théologique du fait de hauts lieux de culte musulmans, économique grâce à la rente pétrolière . Une légitimité qui en fait le cador de la région MENA, Un rayonnement affirmé différent du timide décollage égyptien entravé par la tenaille Libye/Sinaï .
Pour l’instant la dette extérieure égyptienne est gérable . Il est néanmoins plus réaliste de ne pas miser sur un état de grâce fragile de l’actuel haut dirigeant, sans compter que le soutien du bloc monarchies du Golfe + Occident risque de s’étioler, Avec un Mohammed Ben Salmane agissant tel un agent isolant . La nation égyptienne semble se diriger tout droit vers un carcan.

LE COROLLAIRE DE TOUT CA/LE RETOUR DE L ’ IRAN .

Un retour en forme pouvant se transformer en retour en force pour l’Ancien Empire Perse et engendrant une relégation en arrière plan pour l’Égypte ?
L’Iran peut compter sur un réchauffement des relations diplomatiques avec l’Occident, que ce soit les États-Unis ou’ réside une diaspora, Ou encore la France et l’Italie qui ont déployé d’évidents efforts de communication .
la force de l’Iran est plurielle:_ Son emplacement au carrefour des mondes arabe et turcophone .

Un littoral important .
_Un leadership religieux dans la communauté chiite .
_Un système bancaire qui a été réinventé (un peu comme l’avait fait la Tunisie et son agenda des réformes, dont l’Égypte devait s’inspirer...) .
_D’indéniables réserves pétrolières et gazières (seconde réserve mondiale) .
_une hausse des start-up .
_le plus grand marché des télécommunications du moyen-Orient .
_Une collaboration franco-iranienne dans le secteur pharmaceutique .
_Une dette publique et externe faibles,pendant que l’inflation galopante en Egypte cohabite avec l’obsolescence de ses moyens de production .

Ce pouvoir d’attractivité apparaît plus qu’une concurrence pour la nation des Pharaons, comptant déjà 40% de sa population sous le seuil de pauvreté . Il s’agit d’une vraie menace pour sa santé économique .

UN FAUX DIAGNOSTIC AU PROFIT DU JOKER TURC ?

La Turquie a prouvé il n’y a pas longtemps qu’elle savait tenir tête à l’ogre saoudien lors de l’Affaire Kashooggi. Autre domaine dans lequel la nation ottomane pourrait relever la tête : l ’ économie . En effet, certains spécialistes des pays émergents pronostiquent une reprise voire une embellie au premier semestre 2019. Avec de très bons résultats concernant les chiffres liés au tourisme. L’Iran semblant s’essouffler depuis trois mois et dans tous les cas, représentant un interlocuteur de proximité géographique utile pour la Turquie d’Erdogan.

UN ETAT D’ALERTE POUR CONCLURE.

L’Égypte ne dispose pour l’instant pas de suffisamment de conditions fiables . Un électorat peu concerné (28% de participation seulement aux dernières élections) traduisant la disparité entre zone du Canal et reste du pays ; un manichéisme Frères Musulmans/Armée, avec à la clé un pouvoir toujours attribué à la suite d’une lutte armée : Nasser puis Sadate puis Moubarak puis Al-Sissi . Une vision martiale des choses qui avait déjà perdu Saddam Hussein et Zine El Abidine Benali .

A partir de la Conférence de Sharm el Cheikh de mars 2016,trop d’opportunismes maladroits ont conduit le Maréchal à penser que l’économie n’était qu’une simple question d’arithmétique . Son intervention en février dernier a encore poussé le chef de l’état à des effets d’annonce disproportionnés . Encouragé par un parterre de médias internationaux complaisants .
L’Egypte ne réalise pas sa position de second couteau . A l’échelle régionale il y a une pluralité quasi absente débouchant sur une mainmise monolithique saoudienne .
Les projets pharaoniques de canal risquent de porter malheur à Al-Sissi, à l’instar du Colonel "Guide" Mouammar Khaddafi assassiné tragiquement après avoir rêvé d’un barrage comparable à celui d’Assouan .
Pendant ce temps-là, les statisticiens de la C.O.F.A.C.E prévoyaient une croissance iranienne il y a deux ans . Tendance confirmée avec des prévisions à 6 pour 100 pour cette année . Pour Panama les chiffres sont encore plus éloquents (8,4 en 2013 ;6,2 en 2014 ;6,1 en 2015 ;6,4 pour 2016 et un déficit courant qui s’est considérablement réduit au cours de la période 2017-2018 ) .Pendant ce temps,deux événements à caractère terroriste sont survenus sur le sol égyptien à cheval sur décembre 2018 et janvier 2019 ...

Gianguglielmo /Jean-Guillaume LOZATO, professeur d’italien à L’ENSG et à International Paris School of Business,chargé de cours à l’Université Paris-Est. Auteur de recherches universitaires sur le football italien en tant que phénomène de société.

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