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LA TRADITION DU NOUVEL AN CHEZ LES TURCS


Ecrit par Özcan Türk (Facebook), 2018-12-18 22:22:48


Dans mes lectures variées, je suis tombé sur cet article assez opportun à l’approche des fêtes de fin d’année. Son auteur est Arif Cengiz Erman, turcologue diplômé de l’université d’Uppsala en Suède. Je vous soumets ci-dessous une traduction de son texte avec des ajouts personnels pour une meilleure compréhension de mes lecteurs.


TRADUCTION

Avant leur adoption de l’islam, les Turcs possédaient une croyance monothéiste où le Soleil occupait une place centrale. Le 22 décembre, juste après le solstice d’hiver où le jour commence à rallonger au détriment de l’obscurité, les Turcs anciens célébraient la fête du Nartugan pour clamer « la victoire du Soleil sur la nuit ». En turc ancien et en mongol, le mot « Nar » signifie « Soleil » et « Tugan » signifie « Doğan », en français « Naissant ». Plus simplement, c’est la fête de la renaissance du Soleil.

De nos jours, cette fête est célébrée dans les Républiques turciques d’Asie centrale ainsi qu’au sein de certaines populations turciques de la Fédération de Russie.

Le système de croyance actuellement en vigueur dans les populations en Asie centrale et en Sibérie, nommé à tort chamanisme, repose sur le culte d’un Dieu unique et créateur ainsi que le respect voué aux esprits sacrés nommés « iye ».

La croyance des Turcs anciens, le tengrisme est la plus ancienne religion du monde. Il est la quintessence du monothéisme. Le système religieux faisait du ciel, Tengri, conçu dans sa matérialité, le grand Dieu suprême, soit l’univers lui-même. Comme il est l’univers, Tengri (ciel, univers, père) est aussi son équilibre et son protecteur. Dans le tengrisme, tout dans l’univers est un morceau de Dieu.

En turc moderne, le mot dérivé Tanrı est utilisé comme terme générique pour « dieu », ou pour le Dieu des religions abrahamiques, et est utilisé aujourd’hui par les Turcs pour évoquer Dieu. Les Khans Gökturks faisait reposer leur pouvoir sur un mandat venant de Tengri. Les khans étaient généralement acceptés en tant que fils de Tengri, qu’ils représentaient sur Terre.

Chez les premiers Turcs historiques, la foi en un dieu unique repose sur la sacralisation de la source de toute vie qu’ils constatent dans la nature et dont ils ne sont qu’un élément.

Et sur notre planète, le soleil apparait comme cette source divine primordiale donnant la vie, la chaleur, la lumière. Dieu qui est donc initialement associé au soleil s’étend progressivement pour englober le ciel puis tout l’univers. Tengri est donc le Ciel-Père ou le Ciel-Dieu pour reprendre les mots du grand turcologue français Jean-Paul Roux dans « Les religions dans les sociétés turco-mongoles ».

Dans le tengrisme, les dates des fêtes sont calculées en fonction de la position du soleil et son interaction avec la lune. Ainsi les solstices qui correspondent à une durée de jour maximale ou minimale et les équinoxes qui se traduisent par une durée égale entre le jour et la nuit sont l’occasion de grandes célébrations. Par exemple, à la première pleine lune qui suit le 21 juin, le solstice d’été, correspond la fête du Soleil Rouge (Kızıl Güneş Bayramı) et, à la première pleine lune qui suit le 21 décembre, le solstice d’hiver, correspond la fête du Nartugan (la renaissance du Soleil), soit le 22 décembre.

L’arbre de Vie (ou Arbre-Monde) est une figure divine regroupant la naissance, la vie, la mort puis la renaissance. Il est le symbole de la perpétuation de toute chose dans la création. Les esprits qui quittent les corps à la mort et les esprits qui vont rejoindre les corps à naître sont identifiés par des petits oiseaux perchés sur les branches de l’arbre de Vie. Il est porteur d’une dynamique cyclique, celle du jour et de la nuit, celle des saisons, celle de la vie et de la mort.

Selon les Turcs anciens, le jour et la nuit mènent un combat perpétuel. Le 21 décembre est la nuit la plus longue mais aussitôt, c’est le soleil qui commence à vaincre et ainsi, les jours s’allongent. Voilà, c’est le début de l’année !
A l’inverse de ce qui est usuellement convenu, la décoration du sapin est une vieille tradition turque selon la sumérologue Muazzez İlmiye Çığ, qui estime que cette tradition est passée en occident par les Turcs :

« La décoration de sapin est purement turque à la base. La croyance des Turcs anciens fait référence à l’existence d’un arbre allant du centre de la terre et montant jusqu’au ciel. C’est l’arbre de Vie. On trouve cet arbre également chez les Sumériens.

A partir du 22 décembre, le soleil commence à s’imposer et éclaire plus longuement notre monde. Les jours se rallongent. Le jour et la nuit sont en conflit permanent. Le 22 décembre marque la victoire du jour. Les premiers Turcs voient dans cette date une fête de la renaissance et la célèbrent.
Au Turkestan, il y aurait un arbre nommé « Akçam », (Sapin blanc) et ce conifère ne pousserait nulle part ailleurs. Selon la tradition, les habitants ramenaient chaque année un sapin blanc chez eux et y déposaient dessous des présents pour remercier Tengri des bienfaits qu’il leur a donnés cette année-là. Et pour la nouvelle année, ils accrochaient sur les branches leurs vœux emballés dans des morceaux de tissus. Durant cette période étaient organisées de grandes festivités. Les familles se regroupaient, on visitait les ainés, on mangeait tous ensemble les meilleurs repas et on se montrait sous ses plus beaux atours.

Cette tradition est passé des Turcs aux occidentaux. Tout cela n’a strictement aucun lien avec Noël. Le concile de Nicée (actuel Iznik en Turquie) qui s’est tenu en 325 choisira la date du 25 décembre pour Noël, une date qui correspond à une fête païenne, la fête de Sol invictus mais les chrétiens ont vite associé le Christ au soleil. Pourtant, les chrétiens n’avaient pas pour culture de décorer un arbre. Cette tradition démarre vers le 16è siècle en Allemagne, puis traverse le Rhin, pour aller en France et s’étend au monde. »

Chez les Turcs anciens existe un personnage connu sous le nom de « Ayaz Ata » (Le Père du Grand Froid) qui apparait durant les périodes hivernales et vient secourir ceux qui sont dans le besoin. Chez les Etrusques qui ont un lien de parenté avec les Turcs, le mot « Ays » signifie « esprit sacré/protecteur  ». D’ailleurs, le mot « Aysun », dérivé de « Ays » existe comme prénom féminin chez les Turcs actuels.

Et pour les Kazakhs, Ayaz Ata est tout simplement le Père Noël.

Selon la mythologie turque, « Ayaz Ata » (Le Père du Grand Froid) aurait été créé de la lumière de la Lune et symboliserait l’esprit protecteur du froid qu’il contrôlerait. Ainsi, le mot « Ays » que les Turcs anciens utilisaient pour symboliser l’esprit protecteur est, plus tard, devenu le Père du Froid en Asie centrale.

L’esprit sacré et protecteur du froid des Turcs anciens n’est autre que celui que les populations turques modernes nomment Ayaz Ata. En occident, il est devenu le Père Noël. D’ailleurs, il n’existe chez les occidentaux aucun mythe ancien relatif au père Noël. C’est un personnage récent.

Arif Cengiz Erman

18 décembre 2018

©Traduit du turc par Özcan Türk

Source : Arif Cengiz Erman est avec TC Ayten Mert.

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