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"C’est le reflet de l’activisme du lobby pro-arménien, très influent aux États-Unis"


Ecrit par Ali Bal, 2010-03-06 19:54:01


GÉOPOLITIQUE.
Didier Billion, chercheur à l’Iris (1) est un expert de la Turquie qui, à l’instar de nombreux Historiens spécialisés en histoire ottomane, réfute le terme "génocide" pour qualifier les évènements de 1915 relatifs aux déportations arméniennes.

« Sud Ouest » : Pourquoi la commission des affaires étrangères a-t-elle reconnu le « génocide » arménien ?

Didier Billion : Ce n’est pas la première fois que cette commission s’intéresse au sujet. Le même vote a eu lieu il y a deux ans. Certains parlementaires s’acharnent à vouloir faire reconnaître ce génocide. On peut supposer que c’est le reflet de l’activisme du lobby pro-arménien, très influent aux États-Unis. Un certain nombre de démocrates, à cause d’un tropisme « droits-de-l’hommiste », ont la volonté de rétablir la justice en se battant depuis plusieurs années pour faire voter cette résolution. On verra bien si la commission réussira à la soumettre à la totalité du Congrès américain.

Quelles sont les répercussions immédiates sur les relations turcoaméricaines ?

La Turquie a rappelé son ambassadeur immédiatement. C’est la première étape de la dégradation des relations diplomatiques. On verra dans quelles conditions cet ambassadeur reviendra à Washington.

Par ailleurs, Barack Obama a téléphoné à son homologue turc. Le président américain est gêné par ce vote, comme l’avait été son prédécesseur Georges W. Bush.

L’importance géostratégique de la Turquie est indéniable. D’ailleurs, Obama a réservé sa première visite bilatérale à Ankara l’année dernière. On comprend bien que dans sa tentative de redorer le blason des États-Unis au Moyen-Orient, la Turquie est un partenaire privilégié et un acteur incontournable.

Au Moyen-Orient, que pourrait engendrer l’adoption de cette résolution ?

La Turquie joue un rôle très important dans la crise iranienne, le Premier ministre turc, Recep Erdogan, s’est proposé à différentes reprises pour revêtir la fonction d’intermédiaire.

Ankara a aussi une grande importance pour l’approvisionnement et le rapatriement des troupes en Irak. Pour des raisons diplomatiques, stratégiques et militaires, la Turquie est donc un pion considérable pour les États-Unis.

Si cette résolution est votée par la totalité de la représentation parlementaire américaine, on peut imaginer que les relations américano-turques seront durablement entamées.

C’est la peur de Barack Obama. Les Turcs ont de ce fait des moyens de pression pour faire valoir leur position.

Où en sont les relations entre Turcs et Arméniens ?

Au mois d’octobre dernier, les deux voisins turc et arménien ont signé des protocoles de réconciliation. La secrétaire d’État Hillary Clinton était présente à cette signature en Suisse. Depuis, Turcs et Arméniens ont pris beaucoup de retard. Pour l’instant, aucun des deux Parlements n’a voté ce protocole. L’adoption de la résolution par la commission des affaires étrangères du Congrès vient au mauvais moment. Barack Obama, qui pressait Turcs et Arméniens à voter au plus tôt le protocole, n’est plus en mesure de tenir ce discours. Tout ça ne va pas dans le bon sens.

(1) Spécialiste de la Turquie, il est chargé de mission auprès du directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques.

Auteur : Mohammed Haddad

Source : SudOuest


Les événements de 1914-1922

Des affrontements inter-ethniques et des déplacements forcés de populations en Anatolie orientale, entre 1914 et 1922, ont fait plusieurs centaines de milliers de morts parmis les Turcs et les Arméniens. L’Empire ottoman était alors engagé dans la Première Guerre Mondiale aux côtés de l’Allemagne et de l’Empire Austro-Hongrois. Dès 1914, des Arméniens ottomans ont massivement pris le parti des Russes, contre les Turcs, se livrant à des massacres de masse et à des pillages dans l’est de l’Anatolie. A la suite de ces événements, le gouvernement ottoman décida d’éloigner une partie de la population arménienne des zones de front et à risque. Ce transfert se solda par un lourd bilan humain.

La Turquie et de nombreux historiens rejettent catégoriquement la thèse controversée d’un "génocide" que le gouvernement ottoman aurait perpétré contre la population arménienne de l’Empire. Cette thèse, défendue par les nationalistes arméniens, est aujourd’hui instrumentalisée afin d’exercer des pressions politiques sur la Turquie, notamment pour entraver la perspective de son adhésion à l’Union Européenne.

Mot-clé :
Lobbying arménien
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