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La déportation des Musulmans de Georgie (partie 3)


Ecrit par TN-pige, 2011-04-06 07:00:00


par Sophie Tournon

- A - Le contexte
- B - Les responsables
- C - Les victimes
- D - Les témoins
- E - Les mémoires
- F - Interprétations et qualifications des faits
- G - Bibliographie


C - Les victimes

Il est pratiquement impossible d’établir avec exactitude le nombre de victimes déportées, tant les archives
divergent. Les premiers rapports font état de 91 000 déportés, certains analystes avancent un maximum de
120 000. L’identité des déportés est tout aussi complexe : outre une minorité de tsiganes (deux wagons leur
sont « réservés »), il est question d’environ 75 000 « Turcs », ce terme englobant des Géorgiens musulmans
aussi appelés Meskhètes, des Turcs, des Tarakamas, des Azéris, 9 000 Kurdes et 1 300 Arméniens sunnites
(Khemchiles) et quelques tsiganes déportés dans deux wagons.
Lors de la déportation, les hommes du NKVD répétaient cette seule phrase : « On vous déporte.
Rassemblez-vous. Vous avez deux (trois) heures. » (Bugaj, Gonov, 1998:215). Certains se font rassurants
en faisant croire à un déplacement temporaire, d’autres pillent les maisons sous les yeux mêmes des
propriétaires. Les conjoints musulmans de non-Musulmans sont épargnés, mais dans les faits, les familles
restent globalement soudées et choisissent l’exil. Toutefois, ceux qui restent sont soumis à des contrôles
humiliants et à d’insupportables pressions psychologiques (L. Baratachvili, 1988, n9:106).
Après la guerre, les déportations se poursuivent : une résolution du Conseil des Ministres de l’URSS du 29
mai 1949 ordonne la déportation du Sud Caucase de tous les Turcs, Grecs et Dachnaks (révolutionnaires)
arméniens, sans préciser leur nombre (Bugaj, Gonov, 1998:222). Les frontières turco-soviétiques sont ainsi
littéralement nettoyées de tout « élément suspect », en premier lieu des Musulmans.
Entassés dans les wagons de fret, les déportés sont maintenus dans l’ignorance de leur sort. Lors du trajet -
près d’un mois -, l’absence d’hygiène, d’eau et d’alimentation les affaiblit et les décime. Ceux qui meurent de
faim, de froid ou de maladies sont jetés hors des wagons, parfois enterrés à la hâte dans les congères. Les
estimations font état de 15 000 à 18 000 morts lors du transfert. La situation s’avère tout aussi dramatique
une fois arrivés en Asie centrale. Lors des premières années d’exil, jusqu’à 30 % des déportés périssent. Le
taux de mortalité dépasse de loin le taux de natalité, tendance qui ne s’inverse que vers 1949 (Zemskov,
2003:203).
L’hiver rigoureux, les nombreuses épidémies de typhus et la faim sont les principales causes de mortalité. Il
n’existe aucune statistique officielle permettant d’évaluer l’impact réel de la déportation et de ses conditions
sur l’évolution démographique des « Turcs » et autres déportés de Géorgie. Des recoupements opérés avec
les autres peuples déportés permettent toutefois d’avancer qu’entre 10 % et un tiers des déportés ont
succombé aux conditions imposées par le trajet et l’exil forcé.
Les déportés sont assignés à des emplois pour lesquels ils n’ont bien souvent aucune compétence. Pour
survivre, enfants, femmes et personnes âgées doivent travailler. Tous sont alors des « colons spéciaux »,
main-d’oeuvre malléable et sous-payée soumise à des contrôles stricts. Il n’est pas rare que les membres
d’une même famille soient exilés dans des villages différents, voire des républiques distinctes. Toutefois,
des communautés de Meskhètes, de Kurdes et de Khemchiles se forment progressivement, soudés par le
traumatisme de la déportation et l’incompréhension de leur stigmatisation. L’endogamie semble généralisée,
certes par tradition mais aussi elle est due à leur situation d’isolés, de stigmatisés, de « peuples punis ».
Dès 1956, après la politique de déstalinisation entamée sous N. Khrouchtchev, des leaders meskhètes (aussi
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La déportation des Musulmans de Georgie
appelés Turcs Meskhètes) fondent un mouvement de lutte pour le retour en Géorgie, le VOKO (Comité
organisationnel temporaire pour la libération) probablement sur le modèle des Tatars de Crimée, leurs
compagnons d’infortune. Mais ce mouvement n’obtient aucune réponse à ses nombreuses pétitions et lettres
ouvertes. Sa faiblesse structurelle et ses divisions internes l’empêchent d’être un véritable foyer d’agitation
dans une URSS hégémonique, sourde à toutes revendications identitaires aussi légitimes soient-elles.

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Voir également :
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Meskh%C3%A8tes
- http://www.ahiska.org.tr/tarihi.php
- http://www.ahiskalilar.org/portal/index.php

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Histoire La déportation des Musulmans de Georgie
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