Accueil | Nos rubriques | Europe

Christopher Bryant, secrétaire d’Etat britannique aux affaires européennes

"Ceux qui veulent que l’Europe reste un club de chrétiens me mettent en colère"

dimanche 10 janvier 2010 | par Hakan


Christopher Bryant, le secrétaire d’Etat britannique aux affaires européennes, devait dîner, mercredi 6 janvier, à Paris, avec ses homologues français et allemand, Pierre Lellouche et Werner Hoyer. En poste depuis juin 2009, M. Bryant connaît bien le sujet européen qu’il a couvert comme journaliste de la BBC à la fin des années 1990. Cet homme, qui va fêter ses 48 ans ce mois-ci, fut membre du Parti conservateur avant de rejoindre le Labour en 1986. Après des études d’anglais et de théologie, il avait commencé sa carrière comme vicaire puis chapelain au sein de l’Eglise d’Angleterre.

Dans quel cadre s’inscrit votre rencontre avec Pierre Lellouche et Werner Hoyer ?

L’Europe des Vingt-Sept n’est plus celle des Quinze que j’ai connue lorsque j’étais journaliste à Bruxelles. Les grands pays - la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni - ne peuvent plus imposer leur point de vue. Dans le même temps, il y a une véritable demande d’un leadership. A chaque réunion, c’est visible. Il nous faut trouver une réponse à cette situation.

Qu’attendez-vous du nouveau couple de l’exécutif européen, Herman Von Rompuy, président stable de l’UE, et Catherine Ashton, la haute représentante pour les affaires étrangères ?

Trois choses. La première, c’est une Europe plus efficace sur la scène mondiale, dont les actions seraient mieux coordonnées. Par exemple, dans ses relations avec la Russie, il faudrait que Bruxelles parvienne à organiser un front uni comme elle l’a fait avec l’Iran. La deuxième, c’est une réforme du budget. Plus d’argent doit être consacré à des enjeux du XXIe siècle - à l’emploi, à l’économie verte - et non plus du XIXe. Enfin, il faut revoir la politique agricole commune, qui mange 40 % du budget européen.

Pourquoi le Royaume-Uni reste-t-il si eurosceptique ?

Je ne dirais pas ça. Les Britanniques voyagent énormément en Europe. Et nous sommes le pays membre de l’Union européenne qui s’est le plus impliqué dans l’élargissement. Certains disaient que ce serait l’élargissement ou l’approfondissement. Finalement, nous avons fait les deux et c’est un succès britannique.

Faut-il poursuivre sur cette voie ?

Bien sûr. L’élargissement, c’est plus de prospérité et plus de droits de l’homme. Nous devons aller plus loin avec les Balkans et la Turquie. En Croatie ou en Macédoine, nous voulons voir des gouvernements stables et non corrompus. Quant à la Turquie, son intégration est stratégique pour l’Europe.

C’est-à-dire ?

En nous alliant avec la Turquie, nous pourrons accroître notre sécurité énergétique. Et je suis persuadé que ce pays sera le tigre asiatique de l’Europe dans les années à venir. Ceux qui veulent que l’Europe reste un club de chrétiens me mettent en colère. Regardez l’Espagne et l’influence que les musulmans ont eue sur ce pays.

Pensez-vous qu’un jour le Royaume-Uni adoptera l’euro ?
Il faudra d’abord qu’une série de conditions économiques soient remplies. Par exemple, en Grande-Bretagne, les ménages ont largement recours à des crédits immobiliers à taux variables. Ce qui signifie que la moindre variation des taux a une influence déterminante sur leur niveau de vie. Tant que cela sera le cas, nous ne pourrons pas nous mettre entre les mains de la Banque centrale européenne.

Cela ne risque pas d’arriver ?

Qui sait ?

Les choses changent. Les emprunts immobiliers sont plus souvent à taux fixe qu’avant.

Le Parti conservateur, emmené par David Cameron, que les sondages donnent gagnant aux prochaines élections législatives britanniques, a quitté le Parti populaire européen (PPE). Que pensez-vous de cette décision ?

C’est de la pure folie. Sans même parler du choix des nouveaux alliés des tories, pourquoi choisir de rejoindre un groupe parlementaire qui a moins d’influence ? Les entreprises britanniques sont désormais moins bien représentées à Bruxelles. Et les tories sont à la merci de leurs alliés, qui ont dans cette histoire un énorme pouvoir puisque la pérennité du groupe n’est pas assurée. Il faut sept pays pour constituer un groupe parlementaire. Ils sont tout juste sept. Trois pays - la République tchèque, le Royaume-Uni et la Pologne - ont plusieurs députés européens. Les quatre autres n’en ont qu’un.

Propos recueillis par Virginie Malingre
(Source : le Monde.fr)


Voir en ligne : "Ceux qui veulent que l’Europe reste un club de chrétiens me mettent en colère"