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Bertrand Batie : ’’l’Europe fait preuve d’apathie et la Turquie se construit comme puissance’’

Ecrit par , 2009-11-26 10:28:22


Que signifie "reconfiguré" alors que les problèmes restent les mêmes : risque de conflits, question palestinienne, Etats corrompus, sociétés verrouillées, économies fragiles ?

Bertrand Badie : Certes, les enjeux restent les mêmes, les impasses sont toujours aussi évidentes, et peut-être même les données essentielles du conflit sont-elles semblables à ce que nous avons connu pendant de trop nombreuses années. Pour autant, rien n’est absolument figé. Les acteurs, très nombreux, ont changé, pour certains de manière significative, et peut-être que le pari du statu quo, qui est essentiellement celui de l’Etat d’Israël, est mis à mal par les transformations qui affectent le jeu de la Turquie, dont on ne saurait négliger les formidables évolutions, mais aussi par le repositionnement, hésitant, léger mais significatif, de la politique des Etats-Unis depuis l’élection de Barack Obama.
Le pari du statu quo est beaucoup plus difficile qu’on ne pourrait le croire : mettre tous ses espoirs diplomatiques et politiques dans le gel d’une situation constitue une option difficilement tenable, comme le montre l’histoire, et étroitement dépendante d’une complicité objective des acteurs du champ de bataille comme des puissances, grandes ou moyennes, qui pèsent sur le dossier du Proche-Orient. Au moment où l’Europe fait preuve d’apathie, la Turquie se construit comme puissance régionale, ce qui modifie profondément la donne moyen-orientale.
La Syrie, jusqu’il y a encore très peu de temps mise au ban de la communauté internationale, est sollicitée tant par les Etats-Unis, qui les premiers et déjà du temps de Bush en avaient pris l’initiative, que par l’Europe elle-même.
Quant à l’Iran, l’activisme de sa diplomatie contestataire contribue peu à peu à faire évoluer les différents dossiers moyen-orientaux.

La Turquie modifie-t-elle radicalement sa politique au Proche-Orient ?

Bertrand Badie : Très certainement, et il s’agit là d’un événement majeur. La Turquie accède au rang de puissance émergente et même de puissance moyenne. Le propre de cette identité est de s’affirmer comme puissance régionale.
Mécaniquement, toute apparition d’une nouvelle puissance se traduit par une transformation de son environnement régional et par une tentative de la nouvelle puissance de s’imposer dans son rôle de leader. Le génie de l’actuelle diplomatie turque, d’Erdogan, de Gül et du ministre des affaires étrangères Davutoglu, est de transformer cette zone d’influence en zone de paix. La Turquie solde les conflits qui traditionnellement l’opposaient à tous ses voisins : diminution des tensions avec la Grèce, normalisation avec l’Arménie, bonne entente avec l’Iran, réconciliation avec la Syrie (qui est allée jusqu’à l’abolition des visas dans les deux sens).
Reste le dossier kurde, qui lui-même évolue de manière assez spectaculaire. Cette diplomatie a une part de génie puisque son œuvre de pacification conduit non seulement à l’extinction de vieux conflits, mais également à renforcer de façon spectaculaire la confiance que tous ces voisins portent à la nouvelle Turquie.
Pouvoir parler et se faire écouter de l’Iran, de la Syrie et du monde arabe en général constitue un renforcement énorme de la capacité d’offre diplomatique d’Ankara. L’Europe serait bien inspirée d’y prêter attention plutôt que de banaliser son discours de rejet de la Turquie...

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