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Turquie du football : se méfier de l’eau qui dort.


Ecrit par Engin, 2015-04-04 17:37:29


Turquie du football:se méfier de l’eau qui dort.

Par Jean Guillaume Lozato

Le football et la Turquie apparaissent comme deux domaines liés intimement. La passion, le défi sportif, le combat,des notions en commun définissant l’histoire de chacun.
Le football et la Turquie ont en commun de représenter deux thématiques de discussion propices à la vivacité des échanges, à la vigueur des débats passionnés et sans fin. Tant à la télévision que lors d’un apéritif entre amis.
Le football provoque la polémique entre amateurs de football, entre non amateurs également(s’il s’agit des nuisances sonores ou des incivilités de certains supporters)et amateurs défendant leur sport favori,entre politiciens,entre programmateurs des soirées télévisées.
Exactement comme la Turquie. Les amateurs de football dépassés par les succès inattendus de clubs turcs ou de la sélection ottomane, le citoyen européen confondant allègrement turcophones et arabisants, les politiciens au sujet de son entrée éventuelle dans la Communauté Européenne, les responsables des programmes télévisuels se démenant afin de juger s’il est important ou non d’en parler puisqu’il ne s’agit pas d’une grande puissance pétrolière...

La Turquie a souvent dû composer,à partir de rien.
Son profil atypique de pays musulman mais laïc, lisant le Saint-Coran en arabe mais s’exprimant en langue turque écrite en alphabet latin dans la vie quotidienne et officielle, l’a fait se singulariser. Et cette singularité est à double tranchant. Cette part de mystère peut fasciner comme rebuter. Intriguer ou dissuader. Au point de se retrouver coincée entre deux mers et donc deux continents.

Cette conscience d’unicité débouche sur une conscience d’unité et d’indivisibilité.
Cet ethnocentrisme a favorisé un isolement des mentalités,notamment en matière d’autocritique et de formation.
Sur le plan sportif, la lutte a longtemps tenu le haut du pavé et les méthodes de préparation martiales voire spartiates inspirèrent peut-être à tort les anciens entraîneurs de football. Le football turc a ainsi vécu pendant longtemps en se suffisant à soi-même. Dans le même temps le spectateur national était beaucoup plus captivé par un derby stambouliote ou par une opposition entre le Trabzonspor et Ankaragücü. Recherchant ainsi l’expression ininterrompue de sa turquitude.
L’ouverture vers l’extérieur conjuguée à l’adoption de l’écriture en caractères latins, dans un souci de meilleure communication, permit une évolution positive de l’existence du ballon rond en Turquie.
La participation des footballeurs turcs aux Jeux Olympiques de 1948 puis celle à la Coupe du Monde 1954 allèrent dans ce sens.
Puis une longue traversée du désert avec quelques étoiles filantes.Les succès ponctuels lors de certains matches en Coupe des Champions/Champions’League,en Coupes des Coupes ou Coupe UEFA/Europa League encouragèrent occasionnellement la ’’Milli’’. Mais si peu.
Ce manque de continuité et de précision fit en sorte que la préparation mentale de l’effectif national fut marqué par l’incohérence.L’approximation se ressentit sur le fait que même avec une génération de profils émergents dans les années 80 et 90. Les membres de l’équipe turque étaient plus individualistes, davantage préoccupés par la possibilité de se faire remarquer par des recruteurs étrangers ou par de puissants sponsors. C’est ceci qui fit que la sélection nationale manqua souvent de peu l’ultime étape d’une qualification, comme pour le ’’Mondiale Italia Novanta’’(1990).
Le footballeur turc a longtemps été préoccupé par son image sur le plan local, national mais pas international.
La prise de conscience puis de confiance -sans vouloir faire de jeu de mots !- s’est opérée lentement, étape par étape, entrecoupée de pauses. Un peu comme des années scolaires rythmées par les trimestres et les congés.
Dès que les instances dirigeantes, mais aussi le public, comprirent l’intérêt de s’ouvrir vers l’extérieur, l’amorce du progrès fut palpable, bien que progressive. Les pionniers Sükrü Gülesin et Metin Oktay en Italie, puis Ehran Onal au Bayern Münich donnèrent l’occasion d’observer, de s’informer, de méditer sur la santé du football national tout en se concentrant sur le football international.
La suite logique furent la qualification à l’Euro 96, les prestations convaincantes à la CM 2002 puis à l’Euro 2008, avec qualités techniques et physiques habituelles, mais aussi mental plus solide, organisation tactique plus rigoureuse, préparation plus méthodiques, enthousiasme communicatif, osmose.

Le cycle footballistique turc obéit à une logique de chronologie syncopée.
Le parcours turc est marqué par un rythme irrégulier, des hauts et des bas, des victoires chatoyantes contrastant avec de surprenants revers. Des consécrations (troisième place en coupe du monde lors de l’édition nippo-coréenne de 2002, finaliste de l’Euro 2008) et des désillusions de dernière minute (élimination en barrages de l’Euro 2004 par la modeste Estonie ou en barrages de la CM 2006 avec la Suisse à la suite d’une rencontre retour houleuse) ont rythmé la vie des supporters turcs.

Récemment,la Turquie a subi une cuisante défaite 0-4 à domicile face à un Brésil revigoré. En toute logique au vu de la physionomie de la rencontre.
Le handicap du football turc, c’est la nostalgie de ses moments glorieux du passé. La talentueuse génération des Sükür, Ergun, Nihat, Belozoglu, Alpay, Mansiz, Hasan Sas, Basturk, Servet, Temizkanoglu, Davala, Demirel a quand même attendu six ans après l’obtention de la médaille mondiale de bronze en 2002 pour s’illustrer à nouveau dans un tournoi majeur comme s’il fallait déguster puis digérer un triomphe.
Même l’Italie grande référence du ballon rond est passée par là, après la conquête du titre suprême à l’issue de España 82.
Même la France tombée de haut au mondial Corée du Sud-Japon de 2002, après avoir été sacrée coup sur coup championne du Monde puis d’Europe.
Même l’Allemagne tenante du titre mondial en 1994,éliminée par une inoubliable Bulgarie.
Même le Brésil de Pelé éliminé au premier tour à la World Cup 1966.
Même le Maroc,premier qualifié africain au deuxième tour de l’histoire du football au Mundial Mexico 1986,fut absent quatre ans plus tard,pour ne reparaître que pâlement à USA 94.
Prendre en considération ces nations pour tenter de comprendre le processus turc pourrait expliquer bien des choses.
Les points communs existent au niveau géographique,historique,religieux :
_L’appartenance au sol européen (Istanbul et Edirne s’y situent,si,si !)
_La France et la Turquie inspirèrent un homme : Mustafa Kemal Atatürk.
_La Méditerranée,et ses traits de caractère présents en Italie comme en Turquie.
_Le Maroc est un royaume musulman, jadis un empire.
_Les relations suivies de la Turquie avec la RFA puis l’Allemagne réunifiée.
_Le Brésil est défini par beaucoup de géographes et d’économistes comme nation émergente ; la Turquie mérite cette dénomination.
Tous ces éléments permettent de nourrir une réflexion tout en puisant diverses sources d’inspiration.

Par conséquent, la Turquie du football doit tirer des leçons du passé, sans pour autant en faire table rase.
Elle doit tirer des leçons du présent, tout du moins des observations régulières. Tout en ayant une vision à long terme pour mieux préparer l’avenir.
Cette cinglante défaite face à la bande brésilienne à Neymar et Willian en novembre dernier pourrait se révéler salutaire à condition d’une forte introspection.
Quelques protagonistes expérimentés comme Demirel, Altintop, Burak Yilmaz, Umut Bulut devront seconder les plus jeunes dans un souci de transmission. Puis de progression. Le vivier existe. Il faudra trouver le bon mode de gestion. La phase de reconstruction doit débuter. A-t-elle débuté récemment par la qualification du Besiktas au détriment de Liverpool ? ou du match nul méritant obtenu aux Pays-Bas qui a failli se convertir en victoire ?

La Fédération Turque de Football, en se basant sur un passé récent et avec des compétences qui se sont améliorées au fil du temps a les moyens d’appliquer une politique efficace à travers ses dirigeants, ses entraîneurs, ses formateurs, ses bénévoles.Il ne reste plus qu’à convaincre les joueurs et à ce que les joueurs se convainquent eux-mêmes. Le football est un sport collectif...
Les joueurs jouant à l’étranger(Erdinç, Arda Turan, Gündogan, Altintop...), les entraîneurs connaissant d’autres championnats (Fetih Terim) pourraient oeuvrer au renouveau du foot turc sur l’échiquier international.
Par nonchalance orientalo-méditerranéenne le footballeur turc prendra son temps pour y réfléchir. En sirotant son ’’çay’’. Cela laissera le temps aux jeunes pousses à la fois d’écouter les conseils avisés des anciens et de laisser entrevoir leur talent.
Un gardien sûr une base défensive concentrée et une osmose collective garantissant cette organisation qui fait à nouveau défaut. La technique, le physique et la détermination faisant déjà partie du patrimoine footballistique turc.
Le temps nous a montré que les internationaux turcs n’étaient jamais aussi performants que lorsqu’ils avaient reculé pour mieux sauter.
Pourquoi pas une participation fructueuse à Russie 2018 ou à Qatar 2022_avant de se refâcher ’’cycliquement’’ avec la presse et les supporters_,en terre européenne chrétienne orthodoxe, ou en terre d’Islam, de surcroît dans l’ère de l’Ancien Empire Ottoman.
Histoire,quand tu nous tiens.

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