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Turquie - Europe, ce cynique « partenariat privilégié »


Ecrit par TN-pige, 2009-06-29 08:11:00


Source : Yerleske Campus
Par Garip Turunç - http://turunc.fr/
Maître de conférences à l’Université de Montesquieu Bordeaux IV
Professeur associé à l’Université Galatasaray d’Istanbul

Dans une campagne européenne qui bat son plein, la Turquie fait recette. Mais Nicolas Sarkozy et ses partisans ne trompent-ils pas les électeurs en proposant un « partenariat privilégié » comme alternative à l’entrée d’Ankara dans l’Union ?
Car ce concept à la mode n’apporte que peu de suggestions réelles et de progrès par rapport à ce qui existe. Il ressemble fort à une coquille vide destinée à sauvegarder coûte que coûte les intérêts économiques européens en Turquie tout en préservant l’UE des inconvénients de l’intégration ; en outre, il masque des motivations réactionnaires et identitaires peu avouables et s’appuie sur des mythes dépassés.

Les partisans du « partenariat privilégié » arguënt surtout des différences culturelles rédhibitoires et incompatibles. Ils utilisent comme épouvantail l’image du « cheval de Troie islamiste » dont il conviendrait de protéger la blanche colombe européenne (Troie se trouvait bien en Asie Mineure, future Turquie, mais le stratagème du cheval fut inventé par les Grecs !). N’entend-on pas souvent affirmer que l’entrée de la Turquie mettrait l’Union aux frontières de l’« axe du mal » (Syrie, Irak et Iran), de la poudrière kurde et des tensions du Proche-Orient et du Caucase ? En passant, on oublie l’écrasante responsabilité des Européens dans la genèse de ces conflits.

Les flatteries - « notre amie la Turquie », « ce grand pays qui mérite notre respect » - ne peuvent masquer la duplicité des adeptes du « partenariat privilégié ». On sait gré à ce pays d’avoir été un « soutien du monde libre face au danger communiste », mais on lui dénie la capacité d’accéder par lui-même au rang d’« État économiquement développé et démocratique » et de « conserver force et stabilité » sans l’aide de l’Europe, présentée comme modèle incontournable.

La flatterie n’a d’égale que l’inconsistance des propositions et la persistance à marteler les « incompatibilités » : continents différents, pas de passé commun, identités insolubles. Qu’en termes courtois ces choses-là sont dites ! Elles ont l’avantage de cacher l’indigence du concept (dont les Turcs ne veulent pas !) et les arrière-pensées sous un voile pudique. Elles permettent aussi d’éviter de prononcer des notions qui dérangent - « choc des civilisations », « club chrétien », « islamophobie » - et de donner à ses auteurs le visage de la tolérance, de l’ouverture, face à l’intransigeance et aux imperfections des Turcs. Le fond du problème, c’est pourtant ce refus d’envisager la cohabitation sur un pied d’égalité avec un peuple dont on se plaît à souligner la propension à l’obscurantisme et à l’arriération politique et sociale.

Il est urgent d’en finir avec l’hypocrisie et les mensonges. Disons la vérité !
Sur une question si délicate, quels garanties et signes de confiance les Européens sont-ils prêts à manifester aux citoyens turcs ? S’il s’agit d’assurer la sécurité collective et sortir de l’opposition Occident-Orient, que sommes-nous prêts à mettre sur la table qui n’existe pas déjà ? Le président se sent-il prêt à relever le défi stratégique le plus important de son quinquennat ?

Suggérons à Nicolas Sarkozy trois propositions en guise de compromis : un partenariat stratégique et diplomatique plein entre la Turquie et la France puis avec l’Europe dans un second temps ; un partenariat économique viable permettant de pérenniser l’ancrage de la Turquie à l’UE, en corrigeant les coûts engendrés aux exportateurs et investisseurs européens en Turquie par l’ouverture du marché européen ; enfin, un partenariat politique susceptible de fournir à la Turquie les moyens de décider à égalité avec les Européens sur tous les sujets « communautaires » qui la concerneraient. On peut alors imaginer un conseil de représentants permanents dont les projets seraient validés par une assemblée de délégués cooptés par les députés européens et par la députation turque, le tout accompagné d’un comité de vigilance des relations euro-turques composé de hautes personnalités, de sages indépendants.

Mais plusieurs conditions sont nécessaires : ne pas interrompre les négociations en cours ; donner à l’UE une vraie capacité de décision politique et une dimension stratégique ; et faire preuve d’imagination et de volonté politique. N’attendons pas pour agir que l’avenir nous soit complètement révélé. Car, alors, nous n’agirons jamais et nous serons entraînés par les événements que nous aurions renoncé à orienter.

Garip Turunç - http://turunc.fr/
Maître de conférences à l’Université de Montesquieu Bordeaux IV
Professeur associé à l’Université Galatasaray d’Istanbul

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