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Elections européennes : … où l’on ressort le croquemitaine (i.e la Turquie)


Ecrit par TN-pige, 2009-06-10 08:00:00


Par Tibère Geoffrey-Vaillant

Du spot télévisé de l’UMP, ou des interventions dans les médias de ses représentants, à coté de promesses générales pour « changer l’Europe », le citoyen retiendra clairement l’engagement à dire non à la Turquie dans l’Union Européenne.

Le la avait été donné par Nicolas Sarkozy (président au-dessus des partis, redescendu dans l’arène électorale) dans son discours de Nîmes début mai, lorsqu’il avait déclenché les applaudissements d’une assistance jusque là bien sage, en clamant avec détermination son opposition à l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne : « il faut que l’Europe ait des frontières » et « la Turquie n’a pas vocation à devenir membre de l’UE ».

L’argumentation n’est ni développée, ni plus approfondie. L’affirmation se suffit à elle même. C’est sans doute largement voulu et calculé. Ce message s’adresse à un électorat que les sondages présentent comme nombreux en France, qui partage déjà cette conviction. Cette conviction bien ancrée est souvent l’expression de préjugés légués par l’histoire, d’une représentation mentale où la Turquie est perçue comme le symbole de l’autre, du barbare au sens grec du terme, pauvre et musulman. Incompatible en tout cas avec « l’héritage de la chrétienté » revendiqué dans le discours de Nîmes.Il ne s’agit donc pas d’argumenter, mais de s’assurer des votes de ceux qui partagent cette vision identitaire de l’Europe. Et ces voix sont très convoitées par d’autres partis de droite : M. de Villiers, en esprit avisé, avait même tenté de faire breveter à son profit exclusif le slogan « non à la Turquie » !

Qu’en est il sur le fond de la position de N.Sarkozy sur la Turquie ? Faut il en croire ses déclarations publiques ? « La Turquie est un pays d’Asie mineure, ce n’est pas un pays européen ». L’argumentaire est plutôt maigre, car aussi bien, sans la Turquie, l’Europe n’est pas complète. Transposée à l’OTAN, cette affirmation reviendrait à affirmer : « la Turquie n’a pas de côte sur l’Atlantique nord, elle n’a pas vocation à être membre de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord ! ».

Comme dans le cas de l’OTAN, la question essentielle qui devrait être le cœur de la réflexion sur la candidature turque, est d’examiner s’il est de l’intérêt respectif de l’Europe et de la Turquie que cette dernière fasse sienne les valeurs et les règles de l’Union, et en devienne membre.

Quant à « l’élargissement sans fin » avec lequel tente de nous effrayer M. Sarkozy, il suffit de consulter la carte du conseil de l’Europe pour voir ce que pourraient être les frontières ultimes de l’ensemble européen. Et le flou des frontières coté oriental ne se trouve pas tant sur les rives du Bosphore que sur les contreforts de l’Oural.

Une réflexion sereine sur la Turquie ne peut pas avoir lieu en période électorale. Suivant la voix de leur maître, les responsables de l’UMP ont été vifs à surenchérir, ainsi le chef de campagne Xavier Bertrand pour qui c’est « non à la Turquie aujourd’hui, non demain et non après demain ! ».

Une instrumentalisation aussi primaire de la candidature turque est indigne d’une élection européenne :

Indigne vis-à-vis de l’enjeu européen ! Mettre la Turquie sur le devant de la scène, c’est aussi laisser en second plan les maux dont souffrent les européens au quotidien et les enjeux à venir : problèmes économiques, montée du chômage, ouverture des marchés au commerce international sans encadrement de règles concernant la protection sociale, conditions de travail et rémunérations, dégradation de l’environnement, approvisionnement énergétique de l’Europe, insuffisance d’une politique extérieure européenne, d’une défense commune indépendante…

Indigne et mensonger quant au calendrier européen : les négociations d’adhésion seront longues, bien au-delà des 5 années de la législature à venir. Autrement dit, la candidature n’est pas un enjeu du mandat des eurodéputés qui seront choisis le 7 juin prochain. Aucune décision concernant une adhésion définitive ne sera discutée pendant cette période. Faire croire que le vote du 7 juin est décisif pour la candidature turque relève du mensonge le plus grossier.

Le processus de négociations est déclaré ouvert, c’est-à-dire susceptible de se conclure par une adhésion ou par un « partenariat privilégié ». Personne ne remet en cause ces négociations, même les opposants les plus intransigeants à la Turquie dans l’Union.

Indigne et méprisant vis-à-vis de son propre électorat. Une partie importante des électeurs UMP sont réticents à voir la Turquie intégrer l’UE. Mais les négociations peuvent elles être stoppées ? « Avec moi ce sera non ! » avait affirmé haut et fort le candidat Sarkozy lors de la campagne présidentielle de 2007. Qu’en a-t-il été ? Les négociations ouvertes en octobre 2005 n’ont pas été arrêtées, 8 chapitres nouveaux ont été ouverts de puis l’élection de M. Sarkozy, dont deux durant la présidence française. Il n’est d’ailleurs pas dans les pouvoirs du président français de revenir sur une décision prise à l’unanimité par un conseil européen !

C’est au moment où cette candidature était débattue qu’il aurait dû s’y opposer. M. Sarkozy arrive après la bataille ! Pourtant il n’est pas nouveau dans l’arène politique. Ministre du gouvernement Balladur dans les années 1990, il a même dirigé la liste européenne du RPR en 1999, justement à l’époque où la candidature turque était discutée. Que n’a-t-il pris alors l’initiative d’une campagne contre cette candidature lorsqu’il en était temps, lorsque celle-ci était sur la table !

Les négociations continuent et continueront donc, quels que soient les résultats des élections.

Tout ce tintamarre n’est qu’une diversion et une manœuvre grossière pour récupérer des votes. La question turque ne présente aucun caractère d’urgence.

Indigne vis-à-vis du partenaire turc : le conseil des dirigeants européens d’Helsinki a validé la candidature turque en décembre 1999. Au conseil européen de 2004, l’UE s’est engagée à l’unanimité de ses membres à ouvrir des négociations en vue de l’adhésion. Que dire d’un état qui reviendrait sur les décisions internationales à chaque changement de majorité ? Que vaudrait alors la parole de la France ?

La Turquie a été associée à toutes les étapes de la construction européenne depuis l’après guerre : membre du conseil de l’Europe depuis 1949, accord d’association d’Ankara de 1963 qui prévoit à terme l’adhésion de la Turquie à la structure européenne, traité douanier de 1996 qui supprime la majorité des droits de douane entre la Turquie et l’Union comme pour les échanges intercommunautaires, candidature à l’UE entérinée en 1999, négociations d’adhésions entamées en 2005…

Indigne doublement ! Début juillet s’ouvre la « saison de la Turquie en France ». Initialement prévue comme « l’année de la Turquie en France », la manifestation a été raccourcie et repoussée après les élections européennes. Nul doute qu’à cette occasion nos responsables politiques, qui auront tiré jusqu’à la faire rompre sur la ficelle du « non à la Turquie », prononceront la main sur le cœur de beaux discours vantant les liens séculaires entre la France et ce « grand pays ami ».Et de ranger pour un temps le croquemitaine dans le placard… Jusqu’aux prochaines élections

T. Geoffey-Vaillant

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