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Blois : Jack Lang soutient les historiens et la liberté d’expression menacés par les nationalistes arméniens


Ecrit par TN-pige, 2009-01-30 10:42:44


Intervention de M. Jack LANG, le 11 octobre 2008, à Blois

(voir la vidéo ci-dessous)

« J’aborde d’un mot le sujet qui nous réunit, je ne prétends pas du tout l’épuiser en quelques mots, d’ailleurs je suis entouré à l’instant de spécialistes éminents, qui ont travaillé, et puis dans la salle même se trouvent de très grands historiens qui interviendront. Quelques mots en vrac, je n’ai pas préparé d’exposé, quelques mots en vrac pour dire qu’au cœur de cette discussion, c’est la liberté, c’est la liberté de penser, la liberté de chercher, la liberté de découvrir, la liberté de poser des questions. La liberté... et c’est à la fois une conviction et aussi un tempérament. Je crois que en toute matière qui touche à l’intelligence, à l’art, à la création, la liberté doit être le principe, parfois absolu même, et on ne peut y apporter de dérogations ou de conditions éventuellement, que dans certaines circonstances parfaitement définies, liberté de penser, y compris, pardon d’être éventuellement, politiquement incorrect, y compris de penser mal. Si on ne reconnaît pas le droit de penser, de penser mal, alors la liberté n’est point.
Je n’invite pas évidemment à penser mal, chacun a ses convictions, ses valeurs, mais en même temps il faut, sauf dans certaines limites, et hélas pour proposer un sujet ou une question dont vous allez débattre, qu’est-ce qui fait que nous considérons par raisonnement ou par intuition ou par émotion ou parce que nous sommes des citoyens de cette époque là, que la loi sur la Shoah et sur la négation de la Shoah doit être comme telle respectée ? Pourquoi, comment ? Et pourquoi sommes-nous réservés, sinon hostiles à d’autres lois de proclamation et surtout à d’autres lois de criminalisation liées à des faits historiques ?

Je prends un exemple concret pour avancer, donc je ne réponds pas à la question que je pose, elle sera dans les débats. Pour avancer un peu dans mon interrogation, je prends l’exemple de l’Arménie. Il se fait que moi même, et donc je dois dire la vérité comme il se doit, j’ai voté la première résolution de l’Assemblée nationale sur la reconnaissance, entre guillemets, peut-on dire, car il faut là aussi que les historiens fassent leur œuvre, le génocide arménien. Je l’ai voté, car je pensais que c’était un acte de réparation morale et de réparation historique, et face aux refus absolus du gouvernement turc d’accepter la moindre discussion, le moindre débat sur ce sujet, il m’avait semblé que l’Assemblée nationale française pouvait accomplir cet acte. Je ne sais pas si je réagirais de la même manière aujourd’hui, mais en tout cas je l’ai voté. Et à l’époque, j’étais président de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, donc je suis doublement coupable, si j’ose dire, député et président de la Commission des affaires étrangères. En revanche, je me suis dressé avec vigueur contre la deuxième loi sur l’Arménie, déjà à ce moment-là j’ai commis une infraction, vis a vis des instructions de mon propre groupe, j’ai refusé de voter un texte aussi monstrueux.

Ce texte permet la poursuite pénale contre des historiens, contre des personnes, contre des citoyens, contre des journalistes, qui entreprendraient de discuter, de s’interroger sur l’ampleur, sur la réalité, sur les formes des massacres (il y a eu massacres) d’Arméniens, commis par les armées turques. Disons-le, il faut parler clair, ceux qui ont voté ce texte l’ont fait non pas du tout par une sorte de commisération morale, non pas du tout par une sorte d’attachement à une histoire. Ils l’ont fait tout simplement, par préoccupation électorale, pensant ainsi récolter les voix de la communauté arménienne de France, qui mérite notre respect. Mais en même temps, le devoir d’un haut responsable politique, d’un parlementaire, d’un ministre, c’est d’accomplir son mandat avec courage et avec conviction, et de résister à toutes les pressions quelles qu’elles soient. Et la conséquence de ce vote absurde, inacceptable de l’Assemblée nationale, a été qu’en Turquie même, j’avais participé en tant que professeur invité de l’université de Bilge à Istanbul, nous avions réussi à réunir un comité d’historiens mixte arménien et turc, c’était une première, qui avaient consenti à se rencontrer, à discuter, à réfléchir pour confronter leurs thèses, confronter leurs appréciations. Et ce vote a eu de tels échos que ça a bloqué, provisoirement, ce travail qui est essentiel : comprendre, connaître la réalité historique dans cette région du monde.

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