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Deux déroutes successives pour le nationalisme arménien (Arménie/Turquie)


Ecrit par TN-pige, 2008-07-04 10:47:27


« Nous n’avons pas besoin de démontrer le génocide historiquement, car il a déjà été approuvé politiquement » disait M. Brian Ardouny, président de l’Armenian Assembly of America, sur la chaîne de télévision publique américaine PBS, l’an dernier [1]. M. Ardouny avait parlé trop vite.

Deux échecs particulièrement cuisants ont été enregistrés, récemment, par la propagande nationaliste arménienne. D’abord, en Suède, le Parlement a rejeté, par 245 voix contre 37, la résolution « reconnaissant le génocide arménien » [2].

Cette résolution paraissait pourtant avoir toutes les chances de passer. Si quelques milliers de citoyens suédois seulement sont d’ascendance arménienne, un nombre bien plus important sont d’origine assyro-chaldéenne ou kurde, et sont encadrés par de puissantes associations nationalistes et antiturques.

Le lecteur voudra bien accepter quelques mots d’explications à ce sujet. Les Assyro-Chaldéens (également appelés nestoriens pour leur religion, ou syriaques, pour leur langue) sont une très vieille population, implantée traditionnellement dans le sud-est de la Turquie et dans le nord de l’Irak. Jusqu’aux années 1920, ils étaient organisés selon des structures claniques, pour ne pas dire tribales, et des conflits récurrents les opposaient aux clans (tribus) kurdes de l’Empire ottoman depuis le milieu du XIXe siècle au moins. Au début de 1915, plusieurs milliers d’Assyro-Chaldéens, armés par les services secrets russes, se joignirent aux milices arméniennes dans la province de Van. Ce mouvement insurrectionnel fit reprendre, mais avec une violence inédite, le triste cycle des représailles : des bandes assyro-chaldéennes détruisaient des villages kurdes, tuant des innocents, violant des innocentes ; des bandes kurdes détruisaient des villages assyro-chaldéens, tuant et violant d’autres innocent(e)s [3]. De 1965 (quand fut inventé le « génocide arménien ») jusqu’aux années 1990, les nationalistes arméniens ne manifestèrent aucun intérêt pour les souffrances assyro-chaldéennes. Ils changèrent de position en considérant que l’immigration massive de nestoriens irakiens vers la Suède, depuis 1967, avait formé une puissante communauté [4]. Alors, pourquoi ne pas la séduire, en lui concédant le mot magique de « génocide », et ainsi influer sur la politique suédoise ?

Outre le chantage électoral, les propagandistes arméniens pouvaient compter sur le souci traditionnel des Suédois à l’égard des droits de l’homme. Le statut de victimes, attribué collectivement à tous les Arméniens, par l’omission systématique des atrocités commises par les comités dachnaks et hintchaks [5], ne pouvait que rencontrer un écho favorable chez les personnes mal informées. Pour donner du poids et impressionner les naïfs, une pétition fut présentée, signée par des dizaines d’universitaires, dont aucun n’était un historien spécialiste de l’Empire ottoman.

Tout cela n’a pas suffi. La défaite fut sans appel. En dehors des députés d’origine kurde, ou dépendants du vote kurde et assyro-chaldéen, personne ne songea à soutenir les accusations de « génocide ». Mieux encore : le Parlement suédois nota que les spécialistes ne sont pas d’accord sur les évènements de 1915-1916, et que la convention de 1948 n’est pas rétroactive de toute manière, soit deux faits gênants qui déclenchent la colère des nationalistes arméniens [6].

Il est vrai que les propagandistes arméniens commirent l’insigne maladresse de prétendre que l’ONU avaient « reconnu le génocide arménien » en 1985. Le même mensonge avait été servi, en 2000, à la commission des affaires étrangères du Parlement suédois, qui était revenue sur son erreur deux ans plus tard [7]. Les parlementaires suédois n’ont manifestement pas apprécié d’être ainsi pris pour des idiots.

OSCE
le 2 Juillet 2007

Mais un vote encore plus important a eu lieu ce 2 juillet. L’Assemblée parlementaire de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a adopté une résolution, déposée par les représentants turcs. Que dit cette résolution ? Que les évènements du passé doivent être laissés aux historiens, et qu’on ne peut parler de génocide, avant la Seconde Guerre mondiale, seulement en cas de consensus fondé sur une étude exhaustive des archives [8]. Symboliquement, l’impact est fort, car l’OCDE est la deuxième organisation internationale, après l’ONU.

Seuls les délégués arméniens ont voté contre cette résolution. Les représentants des cinquante-cinq autres pays membres ont voté pour ou se sont abstenus. La défaite est on ne peut plus écrasante ; d’autant que ce vote infirme les textes votés par les parlements de certains pays de l’OCDE (notamment la France et la Grèce), portant « reconnaissance du génocide arménien ». Il est bien évident que les représentants de ces États n’ont pas agi de leur seule initiative, que les gouvernements étaient au courant et qu’ils ont donné leur accord. Cela démontre le spectaculaire reflux de la propagande arménienne, là où elle était hégémonique voici peu d’années encore. Mais un tel reflux est finalement assez logique. En France, les provocations répétées de M. Devedjian, la stratégie très agressive des organisations nationalistes arméniennes, jamais satisfaites, finissent par lasser [9]. Les journalistes européens sont excédés par le harcèlement des propagandistes arméniens [10]. Le Parlement grec n’avait accepté de voter la résolution de « reconnaissance », en 1994, que pour gêner la Turquie ; c’était encore la grande époque du nationalisme grec, agressivement antiturc, excédé de devoir accepter, sous la pression des onze autres pays de l’UE, la signature d’un traité d’union douanière entre la Communauté européenne et la Turquie. Depuis 1999, c’est la réconciliation gréco-turque qui est à l’ordre du jour [11]. Que pèsent, dans ces conditions, les vociférations de la Fédération révolutionnaire arménienne ? Que représente l’Arménie dans le commerce extérieur grec ?

Sur le front universitaire, la propagande arménienne enregistre un net recul depuis 2005. Cette année-là, Guenter Lewy, professeur émérite (aujourd’hui honoraire) à l’université du Massachussetts avait dû s’y reprendre à douze fois (vous avez bien lu) avant de trouver un éditeur pour son livre The Armenian Massacres in Ottoman Turkey, à cause des pressions exercées par des groupes arméniens, emmenés par le tristement célèbre Peter Balakian, professeur de littérature anglaise. Rappelons, pour bien faire comprendre l’ampleur du scandale, que cet historien est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages, publiés par de prestigieuses maisons, telles que les Presses universitaires d’Oxford, dont deux ont été traduits en français, en allemand, en italien et en néerlandais. M. Lewy avait ensuite rencontré de sérieuses difficultés pour se faire entendre. Ce n’est plus le cas, désormais, bien au contraire. Il a ainsi prononcé une conférence à Harvard le 13 mars 2007, et une autre à la bibliothèque Springfield, en mai 2008, malgré les virulentes protestations des dachnaks américains [12].

Depuis 2006, M. Dadrian et ses amis du Zoryan Institute ― une fondation proche de la FRA [13], intégralement financée des Arméno-Américains ― n’ont pas réussi à trouver un seul argument contre l’article du lieutenant-colonel Edward J. Erickson, chercheur à l’université de Birmingham et spécialiste d’histoire militaire ottomane [14].

Cette série d’échecs explique sans doute l’étonnant assouplissement du gouvernement d’Erevan. M. Sarkissian, président de la République arménienne, vient de se déclarer partiellement favorable à la commission mixte d’historiens, proposée par la Turquie en 2005, suscitant la colère de la FRA et la satisfaction du gouvernement turc [15].

Des voix courageuses, comme celle de Vartan Haroutiounian, commencent à s’élever contre l’imbécile haine antiturque, ce qui n’était guère imaginable dans les années 1990 encore [16].

La sagesse commencerait-elle à l’emporter ?

[2Michael van der Galiën, « Swedish Parliament : No Armenian Genocide », Poligazette, 12 juin 2008 http://poligazette.com/2008/06/13/swedish-parliament-no-armenian-genocide/

[3Voir les passages sur les nestoriens dans Justin McCarthy, Esat Arslan, Cemalettin Taşkiran et Ömer Turan, The Armenian Rebellion at Van, Salt Lake City, Presses universitaires de l’Utah, 2006 ; et dans Guenter Lewy, The Armenian Massacres in Ottoman Turkey, même éditeur, 2005.

[4« Un petit coin de Mésopotamie en Suède », Le Monde, 12 mars 2008.

[5Outre les ouvrages cités ci-dessus, voir, notamment, Kara Schemsi, Turcs et Arméniens devant l’histoire, Genève, 1919 (ouvrage disponible en ligne : http://louisville.edu/a-s/history/turks/turcs_et_armeniens.pdf) ; Congrès national turc, Documents relatifs aux atrocités commises par les Arméniens sur la population musulmane, Istanbul, 1919 (http://louisville.edu/a-s/history/turks/atrocites_commises_par_les_armeniens.pdf) ; ATAA, Armenian Atrocities and Terrorism, Washington, 1997 (http://www.karabakh-doc.azerall.info/ru/armyanstvo/arm12eng.htm) ; et Justin McCarthy, Death and Exile : The Ethnic Cleansing of Ottoman Muslims, Princeton, Darwin Press, 1995.

[6Ömer Engin Lutem « The Swedish Parliament and the Armenian Genocide Allegations », site du Centre de recherches stratégiques, Institut d’études arméniennes, 17 juin 2008 : http://www.eraren.org/index.php?Lisan=en&Page=GBultenDetay&BultenNo=13219

[9« L’arrivée d’Estrosi achève de marginaliser Devedjian », Rue89, 19 juin 2008 (http://www.rue89.com/2008/06/19/ump-larrivee-destrosi-acheve-de-marginaliser-devedjian) ; « La mainmise de l’Élysée sur l’UMP suscite de vives tensions dans le parti majoritaire », Le Monde, 22 juin 2008 ; ― voir aussi la nette différence entre l’accueil réservé par Le Monde à la proposition de « reconnaissance », à la fin des années 1990, et à celle de pénalisation, en 2006 : le quotidien vespéral est passé du soutien à la critique.

[10« Brussels reporters fed up with Armenian lobby », Today’s Zaman, 10 mai 2008 (http://www.todayszaman.com/tz-web/detaylar.do?load=detay&link=141415).

[11Quelques exemples à ce sujet : Jean-François Pérouse, La Turquie en marche. Les grandes mutations depuis 1980, Paris, editions de La Martinière, 2004, pp. 344-345 ; « Turks, Greeks, to share foxhole », Turkish Daily News, 7 décembre 2007 (http://www.turkishdailynews.com.tr/article.php?enewsid=90450) ; « Greek students, professional make their home in Turkey », Turkish Daily News, 25 janvier 2008 ; « Lecturer in Turkish Languages in Rhodes Break Old Stereotypes », Turkish Daily News, 15 mars 2008 (http://www.turkishdailynews.com.tr/article.php?enewsid=99032).

[13Şükrü Aya, The Genocide of Truth, Istanbul, Publications de l’université de commerce d’Istanbul, 2008, p. 513 (http://armenians-1915.blogspot.com/2008/04/2429-new-e-book-genocide-of-truth-based.html).

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