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"Patriotisme contre la patrie", par Vartan Harutiunyan (Arménie/Turquie)

Ecrit par TN-pige, 2008-07-08 08:30:00


Turquie News vous propose de découvrir la traduction d’un éditorial du journaliste arménien Vartan Harutiunyan. M. Harutiunyan explique en quoi le principe de "patriotisme" défendu par les nationalistes arméniens n’est autre que de la turcophobie.

Bonne lecture.

par Vartan Harutiunyan
Traduction : Turquie News

Notre patriotisme n’est rien d’autre que de l’hostilité contre les Turcs, et le plus patriote des Arméniens est le plus antiturc. En général, pour un Arménien, patriotisme et hostilité aux Turcs sont directement proportionnels. L’ensemble de l’art et de la littérature arméniens d’époque soviétique, l’ensemble de notre culture, porte la marque de l’hostilité aux Turcs, est rempli de chagrin, de larmes, demandant, sur un ton souffreteux, le mont Ararat, Sipans, Kars, Erzurum, et qui sait quels autres lieux encore encore, ainsi que par la représentation de notre victorieux et grand passé, multiséculaire.

Nous représentons un passé qui commence et se termine par une défaite peinte aux couleurs de la gloire, sans y porter de critiques, sans l’examiner, oubliant, ou ne voulant pas comprendre, que nous avons de véritables trésors ― des œuvres littéraires et artistiques, écrasées et rabaissées par ceux qui les forcent à s’intégrer dans une vision étroite du monde, qui n’apparaissent que peu ou pas du tout au yeux des autres peuples. Nous parlons plutôt avec arrogance et vanité de notre époque et de nos pertes, cherchant chez nos voisins et dans le monde les raisons de ces pertes. L’Europe est représentée comme traîtresse à nos intérêts ― nos voisins, comme les ennemis. Sans amis, sans alliés, c’est nous contre le reste du monde ― comme si les autres nations, les autres États, du monde, n’avaient que des amis ; comme si nous étions les seuls à ne pas avoir de chance. Cela, ce sont les fondements de notre culture au XXe siècle, les fondements que nous avons bâtis. Lésés par le monde et par nos voisins, nous demandons et demandons encore. Nous sommes les victimes, nous vivons de nos griefs et de nos revendications.

Lorsque toutes les nations vivant sous la dictature soviétique, des pays baltes à l’Extrême-Orient, ont saisi l’occasion qui se présentaient à elles [au tournant des années 1980-1990], ont commencé à demander l’indépendance et la souveraineté, nous commençâmes à réclamer, non l’indépendance, mais le [Haut] Karabakh, nous emportant contre nos voisins, sans considérer que cette dispute avec eux pourrait être reportée, dans l’espoir que cette querelle puisse être résolue pacifiquement, comme un différend entre deux États souverains.
Plutôt qu’une telle solution, nous nous retrouvons avec un problème insoluble, une arme dirigée contre nos deux États [l’Arménie, pays envahisseur, et l’Azerbaïdjan, dont 20 % du territoire national est occupé], qui freine notre développement économique et politique.
Sans réfléchir, même à nos propres intérêts, nous avons demandé le Karabakh, et considéré toute expression d’indépendance comme une provocation. Nous avons créé le comité Karabakh, et fait de ses membres des idoles, nous aveuglant complètement, transformant un peuple en une foule, nous lançant, tête baissée, dans cette régression qui se poursuit jusqu’aujourd’hui, et qui se poursuivra. En effet, sans se contenter de ronger l’os du Karabakh, notre intelligentsia nationale, avec cette irresponsabilité complète, caractéristique de la mentalité d’esclave qui est la sienne ― et seulement la sienne ― continue produire des griefs, à tel point qu’aujourd’hui, le principal fondement de notre politique étrangère est devenu le génocide, et les griefs qui l’accompagnent.

Il n’y a personne parmi eux pour dire : « arrêtons-nous une minute, essayons de prêcher l’amour et le respect de nos voisins, en espérant qu’ils nous rendent la pareille. » Non, il n’est question pour eux que de Zeitoun, Ardahan, Van, Nakhijevan. Sans penser au potentiel actuel et futur de l’État, sans comprendre qu’il vaut mieux avoir un État de petite taille mais digne, que deux millions et demi à trois millions de protestataires pleins de griefs, constamment en guerre avec leurs voisins. N’ayant que des revendications qui mènent à rien, le nationalisme arménien (à la différence de tous les autres), pleure, se lamente, maudit, se plaint. Les griefs constituent l’une des deux bases sur lesquelles la pensée arménienne s’est développée depuis environ un siècle, l’autre étant le génocide, avec toutes les manifestations masochistes qui lui sont liées.

Les intellectuels et des personnalités publiques qui ont servi les dictateurs à toutes époques, fidèlement, et jusqu’à la fin, qui ont juré fidélité à toutes sortes d’idées et de slogans antihumanistes, qui sont faibles et pleins de désir pour le vieux pays [l’est anatolien], aujourd’hui, sans avoir mis fin à la guerre [contre l’Azerbaïdjan], nous mènent vers une nouvelle guerre. Si seulement il y avait quelqu’un qui demande à ces intellectuels patriotiques et leurs partisans : « Qu’avez-vous, personnellement, mis sur l’autel de la liberté de la patrie ? Qu’avez-vous sacrifié ? Combien de gouttes de sang avez-vous versées ? Combien de gouttes de sueur ? Combien de fois avez-vous combattu sur le champ de bataille ? Combien de fois avez-vous été blessé ? Combien de vos fils, qui n’avaient pas encore vingt ans, avez-vous enterrés ? »

Il suffit de ne pas dire que tous les garçons qui ont été tués sont les vôtres. Ils appartiennent aux mères qui vont à Yerablur tous les samedis, elles dont les larmes ne sèchent jamais. Et avez-vous été à Yerablur ? Combien de fois ? Nous avons la charge de Panjouni [l’aspirant politicien dans la satire politique de Yervand Otyan du début du XXe siècle, toujours utilisé aujourd’hui par dérision] sur nos épaules, couronné de la gloire, depuis le début du XXe siècle jusqu’en ce début du XXIe ; et maintenant, nourri au lait de l’impérialisme pendant soixante-dix ans, Panjouni nous lance dans la bataille, sans se soucier de nous, mais seulement de lui.

Ce ne fut pas un hasard si, à l’époque soviétique, nous avons été autorisés à mener une propagande antiturque, et à présenter des griefs ; c’était en adéquation avec les plans réalisés à notre intention par l’État [russe] qui nous a conquis (par la faute de la notre intelligentsia). Pourtant, [à cette époque], toute déclaration, écrite ou verbale, sur la restauration de l’État [arménien], un État indépendant, était condamnable, et aucun intellectuel, aucune personnalité publique qui se déclarât « national(e) », aucun poète, aucun historien ne pensait à cela, ne voulait seulement penser à cela. Bien au contraire, ils étaient contre l’indépendance, ils ne la recherchaient pas, comme si elle ne tenait qu’à eux. Ils ont juré allégeance à leurs maîtres [russes], ils considéraient la possibilité d’aller à Moscou comme un très grand honneur, ils bavardaient à propos de la famille fraternelle [l’URSS ?], et ils voulaient écrire quelques lignes à propos de Van, Massis, ou des ruines d’Ani, se figurant qu’ils remplissaient ainsi leur devoir patriotique.

Le « patriotisme » qui cherche notre avenir dans le passé, qui ne voit pas les erreurs de nos pères et grand-pères, que juge inadmissible d’évoquer de ces erreurs à haute voix, n’a toujours fait que nous nuire. C’est ainsi que nos grand-pères ont aimé ce pays, et en raison de leur amour, nous avons été ramené à une place presque invisible sur la carte du monde. Nous n’avons hérité de rien, sauf de la défaite et de l’émigration. Voilà ce qui s’est passé. Le matricide et le parricide ne sont absolument pas le patriotisme. Condamnons Samvel [le héros éponyme du roman de Raffi, qui a tué sa mère pour le bien de son pays d’origine], comme nous le ferions s’il était notre voisin, et allons de l’avant. Que nos enfants puissent regarder nos grand-pères librement, de manière critique et, pourquoi pas, avec ironie.

Source : Hetq Online
http://archive.hetq.am/eng/society/...

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