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Réplique à Jean-Marc « Ara » Toranian


Ecrit par Maxime Gauin, 2014-01-09 08:30:00


Voilà trois ans que M. Toranian se retenait de me répondre directement. Cette fois, il n’y a plus tenu ; j’avais touché une corde particulièrement sensible. Toutefois, cette réponse, assez confuse, écrite sous le coup d’un énervement visible — où il me donne tantôt du « sieur Gauin », tantôt du « Maxime », tantôt du « M. Gauin », et même du « M. Maxime Gauin » — esquive plus qu’elle ne riposte. J’avais commencé par dire que M. Toranian était mal placé pour entonner la musique de la « solidarité » arméno-juive, puis j’avais répondu sur le fond. Sur la négation de la Shoah et l’antisémitisme en Arménie comme sur les attaques répétées, impunies contre le tout petit mémorial du génocide juif à Erevan, rien, silence, on rend les armes. Ces points touchaient pourtant à la substance même de la protestation élevée par M. Toranian contre un éditorialiste de France Culture. Sur son parcours, l’ancien porte-parole de l’ASALA répond à propos de certains sujets, mais pas tous.

Sur l’air de « Oui, mais ce n’est pas si grave »

Je le « renvoie », dit-il, à ses « engagements des années 70-80 ». L’intéressé lui-même ne manque pas d’y revenir souvent sans que j’y sois, en général, pour quoi que ce soit, par exemple quand il répète encore, dans les années 2010, tout le bien qu’il pense, notamment, de Gilbert Lévon Minassian, condamné à perpétuité en 1989, ou des quatre terroristes de l’ASALA condamnés en 1984 pour l’attaque du consulat général turc de Paris.

J’aurais utilisé de façon tendancieuse des citations d’articles parus dans Hay Baykar, un journal dont M. Toranian fut le rédacteur-en-chef du début à la fin. Ces phrases, dit-il, « ne sont pas très aimables, c’est le moins que l’on puisse dire, envers Monsieur Beguin accusé de tous les maux (nombre d’Israéliens se sont montés aussi sévères que lui par la suite). » Si M. Toranian avait toujours poussé à ce point l’euphémisme, nous n’en serions pas là. J’ai cité ces propos parce qu’ils présentaient non seulement, et dans les termes les plus explicites, Menahem Begin, alors Premier ministre israélien (qui venait de rendre le Sinaï aux Égyptiens jusqu’au dernier grain de sable, au terme des accords de Camp David), d’être un nouvel Hitler, mais affirmaient aussi que la politique de feu Begin faisait « l’unanimité » en Israël, de la Knesset à la rue. Si ce n’est pas une façon de nazifier les Juifs, un peu comme Dieudonné, en prenant pour prétexte telle ou telle tragédie du conflit israélo-arabe, qu’est-ce que c’est ? Quant au communiqué de l’ASALA, en 1979, sur la « Turquie sioniste », M. Toranian s’abstient de le commenter. Il aurait fallu pour cela reconnaître la nature antisioniste et antisémite de cette organisation terroriste.

Particulièrement savoureux est ce passage :

« Tout le monde sait que cette organisation a grandi et s’est développé comme beaucoup de groupes « terroristes » de cette époque dans la mouvance de l’OLP »

Eh bien non, cela se sait, mais pas assez, notamment dans certains milieux que M. Toranian tente de séduire en cachant son passé, ainsi d’ailleurs qu’une partie de son présent. Cela ne se sait pas assez que l’ASALA était dépendante de l’OLP à l’époque où cette organisation planifiait encore des attentats aussi horribles que le massacre des athlètes israéliens à Munich (1972) ou celui de trente-sept Israéliens, cette fois dans le but explicite de torpiller la paix entre Tel-Aviv et Le Caire (1978).

Façon « même pas vrai »

Certaines accusations sont impossibles à traiter avec légèreté, notamment lorsque j’écris que l’ASALA participa à l’attentat de la rue Copernic, en octobre 1980 :

« Idem pour ces sous-entendus diffamatoires quant à une implication arménienne dans l’attentat de la rue Copernic. Et pourquoi pas dans celui contre les Twins Towers aussi pendant qu’on y est ? Quelle preuve ? Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose, n’est-ce pas ? »

Si M. Toranian a bonne mémoire, il se souviendra qu’il démentait déjà, dans les années 1980, et de façon aussi véhémente, des informations similaires, sur ce même attentat de la rue Copernic.

Quoi qu’il en soit, dans la note en bas de page qui suivait mes affirmations sur l’attentat de la rue Copernic et plus généralement sur la collaboration entre l’ASALA et divers groupes terroristes palestiniens, se trouvait, notamment, une référence à un livre paru en 2001 chez L’Harmattan et non démenti à l’époque :

« L’ASALA voit le jour, en 1975, au Liban, pays dans lequel les Arméniens ont trouvé refuge après le génocide de 1915. L’arrivée de Palestiniens au Liban suscite l’adhésion de certains Arméniens qui, sur le modèle des terroristes qu’ils côtoient, adoptent cette méthode dans leur lutte contre l’État turc. Une transnationalité alliée à une ouverture idéologique affirmée conduit l’organisation à étendre son champ d’action. La haine des juifs et de l’Occident est à l’origine de sa participation à l’attentat de la rue Copernic, en 1980, à Paris [1]. »

J’aurais pu citer aussi l’Encyclopédie du terrorisme international de Thierry Vareilles, également parue chez L’Harmattan, toujours en 2001, et qui dit, p. 91, que l’attentat de la rue Copernic fut « revendiqué par l’ASALA ».

Déjà, en 1981, Bruno Frappat faisait observer, dans Le Monde du 17 novembre : 

« Il est désormais établi que l’attentat meurtrier du 3 octobre 1980 a été commis par des hommes appartenant à une organisation qui, sans être l’ASALA, a des liens avec elle. Le fait que Panadryu (l’homme à la moto) et Giorgiu (le militant arménien [de son vrai nom Monte Melkonian. MG]) aient disposé de faux passeports de même provenance confirme qu’il existe des échanges logistiques entre des groupes palestiniens et les terroristes arméniens (de même, il y a des similitudes pour la nature des explosifs qu’utilisent parfois les groupes de l’ASALA et des Palestiniens). »

Et dans Libération du 27 juillet 1982, des membres de l’ASALA (on était avant la scission de l’été 1983) déclaraient ne pas condamner l’attentat de la rue Copernic, tout en refusant courageusement de l’assumer. Ils continuaient : « En tout cas, si le groupe qui a entrepris l’action n’a pas réussi à expliquer sa portée politique, c’est aussi en raison de la puissance de la propagande sioniste [sic]. » On n’est pas très loin de Dieudonné.

Le déclin de l’ASALA et les procès

« Je me contenterai de rappeler que l’ASALA a scissionné et s’est auto dissoute à la suite d’un certain nombre de crimes dénoncés par ses propres militants, qui n’ont pas attendu Maxime [Gauin] pour se réveiller. »

L’ASALA ne s’est jamais « autodissoute » et M. Toranian le sait très bien. Bien après l’attentat d’Orly, il y eut, par exemple, la tentative d’assassinat contre l’ambassadeur de Turquie à Budapest (1991) et l’attentat à l’explosif contre l’ambassade de Turquie à Bruxelles (1997). Encore à l’hiver 2008-2009, les vétérans de l’ASALA ont fait taire l’universitaire arméno-australien Armen Gakavian, qui voulait lancer une pétition d’excuses pour les attentats de l’ASALA et des CJGA/ARA, voire pour les crimes de guerre des volontaires arméniens de l’armée russe, durant la Première Guerre mondiale.

Sur la « dénonciation » d’un « certain nombre de crimes par ses propres militants », je renvoie, une nouvelle fois, à l’éditorial d’Hay Baykar du 11 mars 1985, commentant le verdict du procès de l’attentat d’Orly :

« Un militant arménien vient d’être condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Ainsi la montée de la répression anti-arménienne que nous dénonçons inlassablement depuis des mois aura atteint, le dimanche 3 mars, à 3 heures du matin, son point culminant.

[…]

Ce scénario s’est reproduit avec Soner Nayir, lui aussi désigné à la vindicte publique au moment de son arrestation comme l’auteur de l’attentat d’Orly. […] Quant à Ohannès Semerci, simple porteur de valise, il aura lui aussi été sacrifié au nom à la fois que de la responsabilité collective, de la psychose antiterroriste gagnant actuellement le pays et sur l’autel du rapprochement franco-turc.

Ces trois condamnations constituent un nouveau coup porté à la cause arménienne. »

On est loin de la condamnation.

Autre argument de M. Toranian :

« Nombre des combattants de l’ASALA ont comparu devant la justice. On relèvera simplement que les cours d’assises se sont montrées dans la très grande majorité des cas particulièrement clémente à leur égard, au grand dam d’Ankara. »

La clémence particulière à laquelle l’ancien porte-parole de l’ASALA se réfère ne vaut que pour le procès de Paris, en janvier 1984, et celui de Suzy Macheredjian et Alexandre Yenikomchian en Suisse, en 1981. Ce fut bien différent au procès de l’attentat d’Orly, évoqué ci-dessus. Bien différent également lors du procès de Vicken Tcharkutian, condamné à douze ans de réclusion criminelle par la justice américaine, pour des attentats qui n’avaient tué personne, et du procès de Zaven Bedrossian à Londres, condamné le 23 juillet 1983 à huit ans de prison ferme pour détention illégale d’explosifs et association de malfaiteur (il n’était impliqué dans aucun attentat ou projet d’attentat meurtrier). L’inspirateur de l’ASALA, Gourgen Yanikian, fut condamné en première instance (1973) et en appel (1974) à perpétuité pour un double assassinat.

Quant à la France, le procès d’Orly n’est pas une singularité, et M. Toranian le sait parfaitement. Le procès de décembre 1984, contre des membres du Mouvement national arménien (MNA) de M. Toranian s’est soldé par plusieurs condamnations à des peines de prison ferme, pour détention illégale d’armes et d’explosifs, et association de malfaiteurs. Les commentaires faits alors par Hay Baykar (12 janvier 1985, pp. 4 à 8) sont très éloignés de la tranquille assurance qu’affecte M. Toranian, mais très proches, par contre, la virulence du ton employé récemment contre la Cour européenne des droits de l’homme, à propos de l’affaire Perinçek. Voici ce qu’écrivait le journal de M. Toranian à propos de la justice de la République : « Procès des boucs émissaires de la répression anti-arménienne à Créteil » (titre) ; « au banc des accusés, six Arméniens, boucs émissaires du pouvoir » (chapeau) ; « cynisme de l’histoire, parodie de la justice » (idem) ; « la sévérité du tribunal doit plus que jamais inciter la communauté arménienne à la vigilance et à la mobilisation, afin qu’elle démontre, dans ces moments difficiles, son aspiration à une véritable justice » (idem). La différence, pour le procès de l’attentat d’Orly comme pour celui du MNA, Hay Baykar lui-même l’avait soulignée : « une partie civile acharnée et opiniâtre », représentée par maîtres Jean Loyrette, Christian de Thézillat et Gilles Depoix — trois des avocats d’affaires les plus redoutables du barreau de Paris à l’époque.

Le cas Nejdeh et le nazisme arménien

M. Toranian prétend encore :

« Que dire également de la référence à cet article publié parmi des dizaines de milliers d’autres dans armenews et qui a omis de mentionner le ralliement de Nejdeh, un héros arménien du début du siècle dernier, au troisième Reich, avec l’espoir aussi fou que débile qu’Hitler bouterait le communisme hors d’Arménie... Comme si nous ne connaissions pas cet épisode et que nous ne l’avions jamais cité, décri, analysé et bien sûr condamné. Lecteur assidu de nos colonnes, Maxime Gauin devrait tout de même le savoir ! »

Je prends ici les lecteurs attentifs à témoin : d’abord, je n’ai pas parlé d’un, mais de deux articles ; ensuite, ce ne sont que deux exemples parmi d’autres, comme chacun peut le vérifier. Ainsi :

17 septembre 2011 : un article sur un autre hommage rendu à Nejdeh (dont le nom se translittère aussi en Njdeh), sans la moindre prise de distance. http://www.armenews.com/article.php3?id_article=73086

9 mars et 2 septembre 2013 : Nejdeh rangé parmi les « combattants » et les « héros », sans précision. http://www.armenews.com/article.php3?id_article=87668

Inversement, je n’ai pas trouvé d’article, en cherchant avec les orthographes « Nejdeh », « Njdeh » et « Nzhdeh » (les plus courantes en caractères latin), où la rédaction d’Armenews.com « condamnerait » le passage de Nejdeh du côté des nazis.

Le coprésident du Conseil de coordination des associations arméniennes de France (CCAF) reprend à son compte le terme « héros » pour désigner quelqu’un qui, nous dit-il encore, s’est « rallié au Troisième Reich ». Pour sortir de la contradiction, il tente de nous expliquer que le « héros » s’est fourvoyé, et n’a été mû que par l’anticommunisme. C’est faux. Il était avant tout mû par le racisme.

Nejdeh fut chargé par son parti, la Fédération révolutionnaire arménienne (FRA), de créer, fin 1933, un mouvement de jeunesse aux États-Unis, mouvement dont le nom (Tzegharon) peut se traduire par « la religion de la race », ou « l’Union des adorateurs de la race ». Le mouvement existe toujours, sous un nom plus sobre et en anglais (Armenian Youth Federation), mais revendique encore l’héritage des années Nejdeh. La première profession de foi de l’organisation créée par Nejdeh disait : « Je connais ma race. Je crois en ma race. J’adore ma race. Je sais que ma race est grande […] et que le Tzeghagron combat pour elle. » (Haïrenik Weekly, 11 janvier 1935, cité — mais oui — dans Yves Ternon, La Cause arménienne, Paris, Le Seuil, 1983, p. 127). Dans l’Hairenik Weekly du 10 avril 1936, Nejdeh était encore plus explicite : « Aujourd’hui, l’Allemagne et l’Italie sont fortes parce que ce sont des nations qui vivent et respirent en termes de race. » En 1939, le journaliste arméno-américain Arthur Derounian, qui se faisait passer un Italo-Américain fasciste, dans le cadre d’une enquête approfondie sur les réseaux nazis et fascistes aux États-Unis, se trouva en face de deux membres de la FRA, Edward Masgalajian (contributeur de l’Hairenik Weekly) et Richard Koolian. Masgalajian expliqua « fièrement » à Derounian que « le programme et la philosophie » du Tzegagron étaient « similaires » à ceux des Jeunesses hitlériennes [2].

Rien n’autorise à prendre Nejdeh pour un cas isolé. Ses déclarations sont en parfaite harmonie avec les publications officielles de la FRA dans les années 1930. Par exemple :

« Il est parfois difficile d’éradiquer ces éléments nocifs [les Juifs], quand ils ont contaminé jusqu’à la racine, à la façon d’une maladie chronique, et quand il devient nécessaire pour un peuple [en l’occurrence les Allemands, ou plutôt les nazis] de les éliminer par une méthode peu commune, ces tentatives sont considérées comme révolutionnaires. Au cours d’une telle opération chirurgicale, il est naturel que le sang coule. Dans de telles conditions, un dictateur apparaît comme un sauveur. » (Haïrenik, 19 août 1936).

J’ai déjà expliqué, références à l’appui, et sans être démenti, que la « race aryenne », était déjà une obsession de la FRA vers 1922, quand Hitler n’était encore qu’un agitateur de brasserie.

De même, en décembre 1942, quand Nejdeh s’est retrouvé, à Berlin, dans le Conseil national arménien nouvellement établi sous le patronage du ministre du Troisième Reich chargé des Territoires de l’est, Alfred Rosenberg, il était en compagnie de Vahan Papazian, ex-député de Van, membre du comité central de la FRA et du Hoybun kurde, ainsi que d’Ardachès Apéghian, correspondant à Berlin du journal Drochak (organe de la FRA). Le versant militaire du Conseil national arménien était matérialisé par le 812e bataillon arménien de la Wermacht (20 000 hommes), dirigé par Drastamat Kanayan, alias Dro, qui était tout simplement, de 1923 à sa mort, en 1956, la figure dominante de la direction collégiale de la FRA [3]. Cette collaboration militaire s’inscrivait dans un cadre plus large, consistant, pour Berlin comme pour Rome, à utiliser la FRA et le Hoybun contre les Alliés et contre la Turquie.

Et nous voilà revenus au fond, ce fond que M. Toranian préfère esquiver : était-il vraiment pertinent, de son point de vue, d’évoquer la Seconde Guerre mondiale ? Les attaques répétées, impunies, contre le (petit) mémorial de la Shoah d’Erevan ne prennent-elles pas une tout autre dimension, une fois replacée dans leur contexte historique ?

Maxime Gauin


Nota Turquie News :

1-/ Par souci de transparence nous reproduisons ci-dessous le texte d’Ara Toranian.

2-/ Nous vous proposons également de découvrir, dans le portfolio ci-dessous, quelques illustrations glanées sur des sites internet ultra-nationalistes arméniens. Certains de ces sites sont des blogs édités par des adolescents. Illustration de l’hystérie et de l’idolâtrie à l’égard du terrorisme arménien que les militants nationalistes arméniens veulent perpétuer.

Particulièrement gratiné, la page de présentation d’un groupe de danse nommé "ansambl A.S.A.L.A.", ou quand le racisme et la haine primaire s’immiscent insidieusement dans ce qui se présente comme de la "culture". Affligeant.


POLEMIQUE
Réponse aux nouvelles attaques de Maxime Gauin
http://www.armenews.com/article.php3?id_article=96241

Dans son dernier opus anti arménien publié sur Turquie-news.com, Maxime Gauin, vigie du nationalisme turc et pourfendeur professionnel de la cause arménienne, essaie une nouvelle fois de me mordre aux mollets, au motif de ma réaction à une tentative de diviser, sur une antenne publique, Juifs et Arméniens, deux peuples victimes de génocides. J’avais commis là en effet un grave impair, qui méritait bien le déchaînement du sieur Gauin. Ayant eu le mauvais goût de rappeler la solidarité des ébranlés, d’évoquer les similitudes entre le destin de ces deux entités et de citer les multiples témoignages de soutien mutuel qu’ils se sont manifesté, ce thuriféraire de l’Etat criminel turc me renvoie à mes engagements des années 70- 80... Et parmi la multitude d’articles qui ont été publiés à cette époque, il s’échine à dénicher des phrases (dont aucune soit dit en passant n’est de moi), qu’il sort de leur contexte pour les assimiler à des propos antisémites - on a les passe-temps qu’on peut... Sa dernière trouvaille a trait à des morceaux choisis de papiers sur l’invasion israélienne au Liban en 1982, les bombardements sur Beyrouth et les massacres de Sabra et Chatila. Et ils ne sont pas très aimables, c’est le moins que l’on puisse dire, envers Monsieur Begin accusé de tous les maux ( nombre d’Israéliens se sont montés aussi sévères que lui par la suite). Ces quelques phrases , extraites d’un article écrit par un tiers dans une revue dont j’ai effectivement été le directeur de publication durant ses 12 ans d’existence ( et qui n’a jamais fait l’objet de la moindre condamnation pénale ou civile) devraient-elles m’interdire de dénoncer aujourd’hui les tentatives d’opposer Arméniens et juifs dans une émission de France Culture ? S’il fallait disqualifier selon les mêmes critères tous ceux qui étaient dans les équipes dirigeantes de la presse gauchiste de l’époque ( depuis la Cause du Peuple, jusqu’à Libération, en passant par la mouvance trotskiste), il ne resterait plus beaucoup d’intellectuels français en position de pouvoir défendre les droits de l’homme...

Que dire également de la référence à cet article publié parmi des dizaines de milliers d’autres dans armenews et qui a omis de mentionner le ralliement de Nejdeh, un héros arménien du début du siècle dernier, au troisième Reich, avec l’espoir aussi fou que débile qu’Hitler bouterait le communisme hors d’Arménie... Comme si nous ne connaissions pas cet épisode et que nous ne l’avions jamais cité, décri, analysé et bien sûr condamné. Lecteur assidu de nos colonnes, Maxime Gauin devrait tout de même le savoir ! Mais son propos n’est pas d’informer, mais de discréditer. Sa méthode, toujours la même quel que soit le sujet, consistant à isoler un fait, puis, en le montant en épingle, à lui conférer une signification générale qu’il n’a pas.

Idem pour ces sous-entendus diffamatoires quant à une implication arménienne dans l’attentat de la rue Copernic. Et pourquoi pas dans celui contre les Twin Towers aussi pendant qu’on y est ? Quelle preuve ? Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose, n’est-ce pas ?

Et que dire de ses attaques contre l’Asala. Tout le monde sait que cette organisation a grandi et s’est développé comme beaucoup de groupes « terroristes » de cette époque dans la mouvance de l’OLP, laquelle a aujourd’hui la sympathie de l’équipe qui dirige la Turquie... Je me contenterai de rappeler que l’ASALA a scissionné et s’est auto dissoute à la suite d’un certain nombre de crimes dénoncés par ses propres militants, qui n’ont pas attendu Maxime pour se réveiller. Nombre des combattants de l’ASALA ont comparu devant la justice. On relèvera simplement que les cours d’assises se sont montrées dans la très grande majorité des cas particulièrement clémentes à leur égard, au grand dam d’Ankara.

Que pourrait bien nous apprendre encore M.Gauin ? Qu’Hitler était arménien ? Que le CCAF a manipulé Mohamed Merah ? Que Mathieu Madénian écrit en cachette les sketches de Dieudonné ?

A l’heure où des intellectuels turcs demandent pardon aux Arméniens pour 1915, à l’heure où des commémorations du génocide sont autorisées en Turquie même, au moment où M. Davutoglu, ministre turc des Affaires étrangères avoue que le traitement infligé aux Arméniens a été un « acte inhumain », M. Maxime Gauin risque de se retrouver bien seul dans le radeau négationniste à souffler dans ses voiles pour essayer de le faire avancer. Affligeant.

Ara Toranian

[1- Nathalie Cettina, Terrorisme : l’histoire de sa mondialisation, Paris, L’Harmattan, 2001, p. 45-46.

[2- John Roy Carlson (Arthur Derounian), Under Cover, New York, E. P. Dutton, 1943, pp. 81-82 (voir aussi p. 110).

[3Arthur Derounian, « The Armenian Displaced Persons », Armenian Affairs Magazine, I-1, hiver 1949-1950 ; Gaïdz Minassian, « L’Internationale socialiste et les partis socialistes exilés du bloc communiste : le cas de la Fédération révolutionnaire arménienne Dachnaktsoutioun », Revue d’études comparatives est-ouest, XXXII-3, 2001, p. 111, n. 7 ; Christopher Walker, Armenia. The Survival of a Nation, Londres-New York, Routledge, 1990, p. 357.

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