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Interview de M. Osman Korutürk sur Radio Made in Turkey

Ecrit par Pakize, 2013-10-01 09:53:17


Osman Korutürk : « Pendant 4 ans d’ambassade, je n’ai pas compris l’hostilité de Nicolas Sarkozy à l’encontre des Turcs »

Ce mardi 24 septembre, l’émission Politika animée par Özcan Bey de la radio préférée des turcophiles « Radio Made in Turkey (MIT) » a interviewé Osman Korutürk, député CHP d’Istanbul.

Ecouter l’interview d’Osman Korutürk

Fils ainé de Fahri Korutürk, qui a été le 6ème Président de la République turque entre 1973 et 1980, Osman Korutürk suit ses études au lycée francophone St Joseph. Il intègre ensuite la faculté de droit d’Istanbul. A la fin de ses études, il entre au ministère des Affaires étrangères turc. Il a représenté la Turquie comme ambassadeur tour à tour en Iran (de 1996 à 1997), en Norvège (de 1998 à 2000), en Allemagne (de 2000 à 2003) et enfin en France de 2005 à 2009. En parallèle, il a été le représentant spécial de la Turquie en Irak de 2003 à 2005.

Une fois à la retraite, Osman Korutürk se tourne vers la politique et rejoint le parti CHP. En 2011, il est élu député CHP d’Istanbul et est vice-président du groupe d’amitié Turquie-France à la Grande Assemblée Nationale de Turquie.

Osman Korutürk a fait le plaisir aux turcophiles francophones de parler de son père, des relations franco-turques, de la politique intérieure turque et de l’actualité internationale.

Le souvenir très présent d’un père regretté

Osman Korutürk évoque son père comme « un homme de principe et très démocrate ». Son courage politique était très lié à ses principes et qui ne craignait pas les conséquences politiques de ses actes.

Osman Korutürk tient cependant à préciser que, bien que militaire de carrière, (Commandant en chef de la marine turque), son père n’a pas été élu en raison de sa carrière militaire, mais en tant que civil face à un candidat d’origine militaire. Osman Korutürk éclaircit les conditions de cette candidature et nous explique que lorsque le Général Fahruk Güller a démissionné de ses fonctions pour pouvoir poser sa candidature à la présidence de la République, Süleyman Demirel et Bülent Ecevit ont alors poussé la candidature de son père, en tant que candidat civil contre un candidat de carrière militaire. « Mon père était politicien, il avait été ambassadeur, sénateur, il était surtout distingué par ses mérites civiles ».

L’opération Atilla ou l’intervention militaire de la Turquie à Chypre

C’est durant la présidence de son père qu’a eu lieu l’opération « Atilla » en 1974, Osman Korutürk revient sur les évènements qui ont été à l’origine de cette intervention, nécessaire en Chypre. En effet, il nous rappelle qu’à l’époque, le régime militaire de Grèce, représenté par Nykos Sampson avait fomenté un coup d’état destituant le Président élu de Chypre, Monseigneur Makarios. Les chypriotes grecs avaient commencé dés 1963 à tuer les chypriotes turcs, « mais en 1974, la situation était devenue insoutenable ». La Turquie a voulu intervenir avec la participation des deux autres pays garants de l’équilibre de la République de Chypre, à savoir la Grèce et le Royaume Uni. La Grèce étant à l’origine du coup d’état n’était pas éligible et les Anglais ne sont pas intervenus. La Turquie a donc agi seule, sur la base du Traité de garantie signé en 1960. « Mon père était tout à fait d’accord avec son Premier ministre Bülent Ecevit, la décision a d’ailleurs été prise dans le cadre du Conseil de Sécurité présidé par mon père ». L’action de la Turquie était en parfaite légalité, droit dans la ligne du traité de 1960, dû à son statut de garant, ainsi que l’a d’ailleurs conclu la Cour de justice d’Athènes nous rappelle le député.

Osman Korutürk précise qu’il s’agissait d’une période « où le monde était instable ». Et malgré un environnement instable et une fragilité en Turquie même, son père a su gouverner pendant 7 ans sans avoir recours à l’armée. Même si l’armée interviendra, finalement, 5 mois après la fin du mandat du Président Fahri Korutürk, ce à quoi il ne pouvait plus rien, étant redevenu civil. Osman Korutürk estime d’ailleurs que les nombreuses carences de la démocratie turque actuelle trouvent leurs causes dans l’intervention militaire dans les affaires politiques, de manière générale.

« Ce n’est pas un Président qui me manque, mais c’est mon père ».

Osman Korutürk regrette son père, ses conseils : « un père, c’est irremplaçable, quel que soit son métier ».

Des relations soutenues et éprouvées avec la France

Décoré de la médaille de Grand officier de l’ordre national du mérite, Osman Korutürk évoque la période de la présidence de Jacques Chirac où ce dernier était plutôt en faveur d’une adhésion, de la Turquie à l’Union Européenne, tout du moins les négociations ont pu commencer. Osman Korutürk fait remarquer que c’est après l’arrivée de Nicolas Sarkozy que « l’attitude du gouvernement français a totalement changé », s’alignant sur la position d’Angela Merkel. Cette dernière préconisait un partenariat privilégié, alors que la Turquie bénéficiait déjà d’un tel partenariat. Osman Korutürk déplore que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel aient été les deux politiques bloquant le processus d’adhésion de la TR à l’Union Européenne (UE).

« Pendant 4 ans d’ambassade, je n’ai pas pu comprendre sa position à l’encontre des Turcs »

Osman Korutürk décrit son sentiment d’incompréhension totale tant face à l’opposition, aussi fermement exprimée par Nicolas Sarkozy, concernant la candidature de la Turquie à l’UE que face à son « attitude totalement antipathique » à l’égard des Turcs et de la Turquie. Et il note que, bien qu’opposée à l’avancement des négociations de l’adhésion de la Turquie à l’UE, Angela Merkel a toujours déclaré qu’elle respecterait les décisions qui ont été prises au sein de l’UE et les décisions qui ont été prises par le gouvernement allemand avant son arrivée.

Puis, Osman Korutürk décrit ses relations avec la France comme étant vives, et inscrites dans la longévité. Ayant été ambassadeur en France jusqu’à 2009, il explique qu’il maintient ses relations parmi ses collègues français, au sein de ses relations interparlementaires et aussi via le CHP, étant membre de l’International socialiste, il reste très lié dans ce cadre, au parti socialiste français. De même, ajoute t il, que le parti socialiste européen, lui permet d’entretenir également des relations entre le CHP, le PS français et belge.

«  La Turquie n’est pas un sujet brûlant dans les préoccupation de la population française ».

Toutefois, Osman Korutürk regrette l’existence, au sein de la classe politique française, d’une idée reçue selon laquelle « la population française serait assez sensible aux relations avec la Turquie ». Or, dément-il, une enquête qu’il a menée au cours de son ambassade en France auprès de la population a révélé que, non seulement les relations de la France avec la Turquie ne faisaient pas partie des préoccupations des Français, mais aussi que les avis concernant la Turquie étaient plutôt sympathiques. « Sentiment, ou absence de sentiment négatif, dont la classe politique ne semble pas informée » dit il.

Néanmoins, Osman Korutürk insiste sur la nécessité d’améliorer ce point afin de renforcer les relations entre les deux pays, car, cette pseudo sensibilité de la population devient un prétexte, pour la classe politique française, pour mettre une distance, précise Osman Korutürk. Et cette distance existe de part et d’autre, poursuit Osman Korutürk puisque l’attitude de l’une pousse l’autre, la classe politique turque, à s’éloigner aussi.

De ses années d’ambassade à Paris, de 2005 à 2009, Osman Korutürk garde le souvenir marquant d’une conception très particulière de la démocratie des politiques français.

En effet, Osman Korutürk dit avoir été surtout marqué par la façon dont Nicolas Sarkozy a très fortement poussé la loi de pénalisation de ce qui est appelé « la négation du génocide arménien » en fin 2009 et ce, alors même que de nombreux députés et parlementaires s’opposaient à ce projet de loi qu’ils estimaient « restrictif de liberté » en ce que la loi qui en serait issue « ne permettait pas un libre échange de points de vue » et surtout contraire à la mentalité et à la conception des libertés des Français ». Osman Korutürk décrit Nicolas Sarkozy comme une personne « trop autoritaire pour une démocratie, et peu polie envers ses collaborateurs ». Il va même jusqu’à le comparer, dans son mode de gouvernement, au Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdoğan.

Osman Korutürk raconte par quel raisonnement il en est venu à s’engager sur la voie politique. Bien qu’une retraite au soleil lui aurait été agréable, il estime que cela aurait été sombrer dans la facilité que de critiquer un gouvernement ou une situation alors qu’il y a la force physique, et les moyens de s’investir afin d’apporter sa pierre à l’édifice. Et la situation de la Turquie exigeait un investissement destiné à « préserver les valeurs qui ont guidé la République ». Osman Korutürk ajoute que la Turquie est un milieu extrêmement fertile à la fondation d’une République démocratique.

Politique intérieure turque

• Le CHP et sa place dans la scène politique turque

Lorsque Osman Korutürk s’engage dans la politique, c’est vers le CHP qu’il se tourne car, il explique, qu’il s’agit du parti fondateur de la République turque, un parti social démocrate, mené par Kemal Kılıçdaroğlu, que Osman Korutürk décrit comme étant une personne droite, respectable et respectueuse de ses collaborateurs. Osman Korutürk précise que le CHP est un parti démocratique en ce que ses membres sont libres de vocaliser leurs idées, contrairement au parti du gouvernement où Osman Korutürk fait observer qu’il n’existe pas la même liberté pour leurs membres, mais qu’ils sont contraints à suivre leur leader dont la parole fait loi.

Si le CHP est critiqué de ne pas être très présent sur le terrain en Turquie, Osman Korutürk déplore que la réalité ne soit pas transmise telle qu’elle devrait l’être par les médias turcs. Le député poursuit : « les médias sont terrorisés ». En effet, expliquant que la quasi-totalité des médias sont aux mains d’hommes d’affaires, ces derniers restent « très vulnérables face au gouvernement ». Et pour une présence plus remarquée sur le terrain franco-turc, cela ne tiendrait qu’à une question d’organisation selon Osman Korutürk, car bien qu’il affirme que Gülsün Bilgehan et Haluk Koç, porte parole du CHP sont en France pour la plupart du temps, l’animateur de l’émission Politika, insiste bien sur leur absence « on ne les voit pas ». Osman Korutürk promet qu’il y sera remédié, grâce à un programme de visites en France, en Belgique et d’autres pays d’Europe occidentale, dans le cadre d’une organisation de sympathisants du CHP, composée de ressortissants turcs vivants à l’étranger.

Quant à l’évocation, par Özcan Bey, d’une faiblesse des partis d’opposition ne parvenant pas à provoquer une coalition en rassemblant suffisamment de voix, Osman Korutürk attire l’attention des auditeurs sur la nécessité d’une analyse « plus profonde » des résultats des suffrages. En effet, il clarifie « parmi les votes que l’AKP a récoltés, une majorité ne leur était pas destinée directement. Les électeurs se sentant plus proches de certaines valeurs, plus religieuses, ou plus conservatrices ont été appelés à voter pour l’AKP par défaut, faute de voir leur propre parti représenté aux élections, le parti de centre-droit ayant disparu. Il s’agit donc d’une mosaïque formée à cause de la disparition du parti de centre droit. Les votes destinés directement à l’AKP tournent autour de 20-25% ».

Osman Korutürk semble confiant pour les prochaines élections de voir changer la tendance, notamment à l’est du pays où, pour l’instant, le CHP est représenté seulement à Tunceli. En s’adressant aux masses, en tant que parti social démocrate, le CHP soutient toutes les formes de libertés, ainsi que l’égalité des chances pour tous. Aspirations que le Député estime d’autant plus justifiées que les évènements de Gezi, toujours selon Osman Korutürk, ont mis fin à une croyance erronée que « la population turque et, spécifiquement la jeunesse, était apolitisée ». Il a pu constater qu’il existait « une réelle conscience des valeurs contemporaines » et « manifester contre l’intention de modelage de leur existence par la classe politique démontre que la vocation du CHP est finalement de rigueur ».

• « Une coalition plus que souhaitable »

Osman Korutürk regrette que le gouvernement actuel ne soit justement pas axé autour d’une coalition et clarifie son propos en ce qu’une coalition serait plus sécuritaire pour la Turquie dans l’état actuel des choses. En effet, pour Osman Korutürk, « la démocratie est un régime exigeant des concessions, autant de la part de l’équipe qui gouverne que de celle qui ne gouverne pas. » Or, notre invité nous fait remarquer que la position du Premier ministre et de son parti n’est basée que sur la « suprématie du nombre », seul le représentant du plus grand nombre a légitimité à prendre des décisions, ne laissant ainsi aucune place aux concessions. Ce qui n’est pas compatible avec la définition de la démocratie selon Osman Korutürk, à savoir qu’elle est fondée par un accord social, constitué de concessions mutuelles.

« La coalition est une forme d’exercice de la démocratie ».

• « Une réussite économique fictive »

Osman Korutürk dénonce l’argument utilisé par l’AKP pour justifier son succès. Partant du constat des chiffres de la production ou de l’emploi en Turquie, en berne, Osman Korutürk qualifie la réussite économique que l’on prête au gouvernement de « fictive », et « basée sur des investissements étrangers ». Il note toutefois que le gouvernement « a eu le bon sens de poursuivre la politique économique mise en place en 2001 par Kemal Derviș » destinée à relever le système bancaire turc de la crise financière, et qui aura permis de traverser celle de 2007 ».

• « Le canal est une absurdité inouïe !  »

Les grands projets du gouvernement suscitent apparemment beaucoup de réactions en ce que le CHP n’est pas favorable à la construction d’un 3ème pont sur le Bosphore, encore moins au projet du canal de contournement du Bosphore.

En effet, Osman Korutürk estime que ce canal mettrait en péril tout l’écosystème des 3 mers concernées par ce projet : la mer noire, la mer Egée et la mer de marmara. Il met également l’accent sur l’inutilité de ce canal en ce que les risques d’accidents marins dans le Bosphore ont été réduits par un système de démarcation électronique. En outre, Osman Korutürk craint que ce canal ne provoque une multiplication, par 3 de la population d’Istanbul qui est actuellement de 14 millions d’habitants.

Enfin, le projet visant à faire construire un 3ème grand aéroport à Istanbul n’est motivé, selon Osman Korutürk, que par un intérêt de rente. Le député explique que, même si l’aéroport d’Atatürk, actuellement le plus grand aéroport de Turquie, n’est plus suffisant compte tenu du trafic qui l’engorge, provoquant ainsi trop de retards sur les vols transitant par cet aéroport, il aurait tout simplement pu être agrandi, vu qu’il dispose de l’espace nécessaire tout autour. La construction d’un 3ème aéroport, sur un autre espace géographique, pourrait permettre l’exploitation des terrains autour de l’aéroport d’Istanbul.

• « Une ouverture Kurde nécessaire »

Du point de vue d’Osman Korutürk, la résolution de la question kurde « aiderait beaucoup la Turquie dans son évolution ». Néanmoins, Osman Korutürk critique fortement la façon de traiter la question par le gouvernement et explique que, tel que présenté par l’AKP, avec un contenu inconnu, que ce soit de la population ou de la classe politique elle-même, le projet ne peut être accueilli favorablement de manière unanime par la population. En effet, le Premier ministre ne propose pas un programme clair et précis, « il ne parle que de « surprises » et personne n’a la moindre idée de ce dont il parle. » Abordée de la sorte, l’ouverture kurde ne peut alors que paraître comme « de la poudre aux yeux destinée à assurer un calme temporaire jusqu’aux élections ».

Osman Korutürk déclare que le CHP a pu quant à lui élaborer un programme clair et précis, contenant 17 points essentiels, en ouvrant à tous la possibilité de participer à son élaboration, grâce à leurs idées, qu’ils soient ou non sympathisants du parti.

Quant aux propos exprimant la crainte de voir cette ouverture conduire à la libération d’A. Öcalan et son élection en qualité de député à la grande assemblée générale, Osman Korutürk les qualifie de rumeurs, sur lesquelles il ne souhaite pas « spéculer », quoiqu’il reconnaisse qu’elles circulent beaucoup. Il réaffirme la volonté du CHP de « discuter de cette ouverture sur le fond », par le biais d’un projet de démocratisation, débarrassé de tout concept trop flou tel que des « surprises » annoncées par l’AKP. Un projet auquel participeraient la société civile, la classe politique et les universitaires, notamment.

Politique internationale

• La Turquie, seule dans la tourmente syrienne

Ayant également exercé en qualité de Directeur général adjoint pour le Moyen Orient, Osman Korutürk connaît bien la Syrie. Il explique notamment que si par le passé les relations entre la Turquie et la Syrie ont été assez mouvementées du fait du soutient du PKK, par la Syrie, celles-ci sont revenues à la normale vers la fin des années 90, avec notamment l’expulsion d’A. Öcalan par la Syrie, ayant ainsi permis son arrestation et son jugement par la Turquie.

Toutefois, Osman Korutürk déplore que Recep Tayyip Erdoğan, se soit rapproché plus que nécessaire avec Bachar El Assad - de réunions de cabinets de ministres, en partenariat stratégique ; jusqu’à déclarer « que la Syrie et la Turquie étaient face à des dangers similaires dans la région », jusqu’à se désigner comme des « frères » - pour finalement changer subitement de comportement lors de la montée du « printemps arabe » en Syrie, vers fin mars 2011.

Osman Korutürk explique que quand le régime syrien a usé de la violence pour réprimer son peuple, et alors que l’AKP restait « silencieux », le CHP est intervenu auprès du gouvernement syrien pour « lui conseiller de résoudre le conflit par des moyens démocratiques ».

Il déplore également que le gouvernement turc ait pris une position allant jusqu’à « organiser l’opposition syrienne en Turquie, renforcer les éléments armés en Syrie et entrer ainsi directement au cœur d’un conflit existant dans un pays voisin ».

« La Turquie ne fait pas partie de la famille arabe »

Selon Osman Korutürk, en prenant position, la Turquie tente d’entrer dans des conflits existants au sein de la famille arabe, et il fait remarquer qu’elle ne peut s’immiscer si elle n’est pas appelée à arbitrer par les pays concernés. Il souligne également que le CHP a, quant à lui, proposé que la Turquie initie une conférence internationale qui réunirait le régime syrien, l’opposition syrienne ainsi que les pays voisins intéressés, tels que la Russie et l’Iran en vue de trouver une solution au conflit.

L’invité transmet une analyse de la position de la Turquie qui, « plus à l’aise dans une atmosphère stable, s’est toujours vue comme un pays générateur de stabilité dans la région ». Et qui soudainement quitte ce rôle de neutralité en prenant partie pour un conflit armé. Osman Korutürk poursuit en affirmant que si une telle action militaire était déployée en Syrie, cela mettrait en danger tous les paramètres de la région. Osman Korutürk tient à rappeler que même s’il est prématuré de parler d’un « conflit mondial », il ne faut pas perdre de vue cependant que d’autres pays que ceux de la région sont impliqués, tels que les Etats Unis d’Amérique ou encore la France, quoique l’intervention des USA n’est plus d’actualité et si la France était en faveur d’une intervention armée, cette dernière était subordonnée à l’autorisation du Congrès américain.

« La Turquie s’est trouvée totalement isolée de par sa prise de position. »

• Des discussions chez les Frères musulmans, « un parti politique sérieux »

Osman Korutürk précise le cadre de ces discussions et justifie la visite de la délégation du CHP en Egypte par la nécessité de discuter, avec le Ministre égyptien du commerce et des industries, du sort des investissements turcs en Egypte. Notre invité rappelle que ces investissements s’élèvent à quelques 2 Milliards de US Dollars et que le volume des échanges commerciaux entre la Turquie et l’Egypte représente 5.2 Milliards de US Dollars dont une part de 3.6 milliards pour les exportations de la Turquie à destination l’Égypte. Or, la position du gouvernement turc et les propos tenus par le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdoğan, ayant ébranlé la sensibilité de la population égyptienne à l’égard de la Turquie, tout contact a été coupé.

Aux propos du Vice-premier ministre turc, Bekir Bozdağ, qui réagit à cette visite en déclarant que « le CHP légitimait les auteurs du coup d’Etat », Osman Korutürk répond simplement que le message qui a été délivré à l’occasion de cette visite, tant auprès des Frères musulmans qu’auprès de tous les acteurs politiques d’Egypte, était plus une incitation à « entamer un dialogue national » afin de faire évoluer la démocratie. Osman Korutürk précise que cette délégation a en effet rencontré presque tous les partis politiques qu’elle estime en passe de jouer, dans les mois à venir, un rôle majeur dans le processus de démocratisation de l’Egypte.

• Une Turquie éloignée des peuples turciques

Le sentiment des peuples turciques selon lequel la Turquie serait surtout focalisée sur l’espace arabo-musulman n’est pas totalement infondé pour Osman Korutürk. D’autant que, tout en étant tourné sur cet espace, le gouvernement turc entretient une « relation incompréhensible » étant donné, comme le souligne l’invité, qu’il n’a plus de relation avec la Syrie, pas de relation non plus avec le gouvernement central d’Irak, pas de relation avec Israël, serait-ce à travers l’existence d’une ambassade et n’a plus de contact non plus avec l’Egypte. Il est donc nécessaire, du point de vue d’Osman Korutürk de bâtir des relations, sur un principe d’égalité, avec les pays turciques. Il insiste bien sur la volonté du CHP de construire une relation sur un mode égalitaire, en opposition à ce qu’entreprend le gouvernement actuel en se posant parfois dans une approche « hautaine » et de « supériorité ».

Osman Korutürk rappelle qu’il s’agit « de pays parents en ce que leur population parle la même langue, des pays en voie de démocratisation exemplaire, qui sont économiquement bien organisés, et dont la population a une éducation supérieure à celle de la moyenne constatée dans la région ».

• Une reconduction attendue pour Angela Merkel

La reconduction d’Angela Merkel lors des dernières élections fédérales parait une évidence pour Osman Korutürk. En effet, sa position de leadership face à la crise économique en Europe n’a pu qu’être bénéfique pour l’Allemagne.

Son opposition au droit à la double nationalité, notamment pour les Turcs d’Allemagne ne semble pas poser de problème dans la mesure où Osman Korutürk estime qu’il s’agit là d’une position « peu raisonnable » et pense que la mentalité des Allemands finira bien par évoluer. En effet, cette opposition serait née d’une « fausse perception selon laquelle les Turcs ne seraient pas bien intégrés en Allemagne ». Or, Osman Korutürk rappelle que du temps de son ambassade en Allemagne, une étude menée par des universitaires avait établi que l’intégration des Turcs était très réussie.

Même si l’on peut déplorer l’absence des Turcs sur des positions décisionnaires, hormis les 12 parlementaires et notamment Cem Özdemir. Toutefois, Özcan Bey, l’animateur ne préfère pas considérer le n°2 des Verts, Cem Özdemir, comme un exemple du fait de ses positions hostiles à la Turquie, notamment lorsque Cem Özdemir a virulemment milité pour un embargo de l’Allemagne sur les ventes d’armes à la Turquie.

« La xénophobie envenime la classe politique des pays occidentaux »

Osman Korutürk affirme qu’une xénophobie montante expliquerait le succès de la droite aux dernières élections législatives ayant eu lieu en Norvège et ce, deux ans seulement après la terrible tuerie provoquée par un seul homme, A. Behring Breivik, un terroriste d’extrême-droite.

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